‹ Madame de HautefortChapitre 62 sur 182 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

excité par lévéque de Limoges, ronde de M"® de La Fayette, employait contre Mazarin auprès d'Anne d'Autriche les plus vénérés personnages, Emmanuel de Gondi, autrefois général des galères, maintenant prêtre de l'Oratoire, le père du duc de Retz et du célèbre coadjuteur ; le vertueux et hardi Gospéan, évéque de Lisieux, et le père Vincent, chef des pères des missions, qui devait être un jour saint Vincent de Paul. Les couvents étaient entrés dans la pieuse cabale, et la Reine n'allait pas aux Carmélites, au Val-de-Grâce, aux Filles de Sainte-Marie, sans entendre d'incroyables discours, qui troublaient sa conscience et lui laissaient de douloureux souvenirs que Mazarin avait peine à dissipera L' évéque de Beauvais s'était d'abord adressé à la marquise de Sénecé, première dame d'honneur et gouvernante des enfants de France. H"*^ de Sénecé, qui sortait de la maison de La Rochefoucauld et par son mariage était entrée dans celle de Beaufremont*, avait autrefois succédé à M'"^ de Che- Trease dans la charge éminente de surintendante de la maison de la Reine. Son loyal attachement à sa maîtresse et la hauteur de son caractère avaient déplu assez vite à Richelieu, qui l'avait écartée et avait mis à sa place M. et M*"® de Brassac. Celle-ci était une « dame de grand mérite, dit M"* de Motte-

1. On en peut Juger par ce passage des Carnets. Carnet III, P* 0: c La superiora deUe Carmélite parl6 contra me. Sua Maestà pianse, e disse cbe se li si parlaya più di simil cosa, non vi tornerebbe. »

2. Henri de Beaufremont, marquis de Sénecé, joua un certain rôle dans les États généraux de 1614, et mourut en 1622, à Tàge de quarante-quatre ans, d*ane blessure reçue au siège de Royan*

ville*, savante, modeste, vertueuse-,» elle s'acijuitta fort bien de son emploi sans intrigues d'aucune sorte, gardant, ainsi que son mari, une exacte fidélité à la Reine à la fois et au cardinal. Quand Anne d'Autriche avait eu un fils, Richelieu avait fait nommer gouvernante, comme nous l'avons dit, M"* de Lansac, sœur de M"* de Sablé, qui, flère de la protection du cardinal, le prit assez haut avec la Reine et la blessa. Après la mort de Richelieu tout changea de face, et l'intérieur d'Anne d'Autriche fut renouvelé comme le reste. La Reine renvoya M""« de Lansac ; et M"« de Sénecé, sortie avec éclat de sa longue disgrâce, devint gouvernante des enfants de France. La Reine aurait bien désiré garder M""* de Brassac pour sa première dame d'honneur, et elle céda à regret aux instances de M°® de Sénecé, qui, en acceptant la nouvelle charge qu'on lui offrait, redemanda aussi l'ancienne, et se trouva ainsi pourvue des deux emplois les plus élevés de la cour. Elle se fit même donner pour auxiliaire et pour survivante sa fille, la comtesse de Fleii. Entêtée de sa naissance , « le nom de La Rochefoucauld seulement à prononcer lui donnait une joie extrême*. » Elle aspirait à gouverner la Reine; elle avait de grandes prétentions pour son gendre le comte de Fleix, de l'illustre maison de Foix, pour bon parent l'évêque de Limoges, et son impétueuse \anité^ souffrait impatiemment la domination d'usé

Page 1