CHAPITRE CINQUIÈME
aux plus douloureux sacrifices. M"« de Beaumont prit une pension sans trop changer de caractères et M"* de Bregy, belle, précieuse et politique, s'attacha et demeura fidèle au miDlstre triomphant*. Deux
i. « MU« de Beaumont, dit 1I«« de MoUevilie, t. I, p. 352, etc., étoit une fiUe hardie, dont Tesprit étoit grand, rude et sans règle. Elle blàmoit le gouvernement avec si peu de précautions que souvent elle trouYoit des espions où elle croyoit avoir le plus de sûreté, et quoique ses qualités fussent mêlées avec de beaux sentiments, comme ce vaisseau étoit sans pilote, il étoit facile qu^il fit naufrage... Quoique M^« de Beaumont et moi fussions d'humeur différente, et qne sa manière d*agir fût opposée à la mienne, J*aimois en elle, sans approuver son procédé, sa franchise, son esprit qui paroissoit n&torel, ses sentiments qui me sembloient avoir quelque apparence de vertu stolque; mais je lui faisois de conti Quelles harangues sur sa conduite et la rudesse de ses décisions. Elle vouloit toujours réformer TÉtat par cette fausse gloire qu'on trouve en méprisant les mtres. » Il n'est pas moins vrai qu'on trouve les lignes suivantes dans un des rapports de la police secrète de Mazarin, Archives des i^ffaires étrangères. Frange, t. CXLIII, p. 142 : « De l'onzième novembre (1643). On a advis que la dame d'atours (M*"* de Hautefort) ne se fiera pas aisément à la dite demoiselle de Beaumont. La demoiselle de Beaumont s'est déclarée estre pensionnaire de son Éminence pour cent mille escus qu'il lui donne par an en plusieurs fois. » Elle finit, & force d'inconséquences, par lasser la patience de la Reine, qui la renvoya, et plus tard aussi la reprit.
2. Charlotte Saumaise de Ghazan, comtesse de Bregy, a publié un Tecoeil agréable de lettres et de vers sous le titre : OEwores galantes ^ Uaàame la comtesse de B., imprimé à Leyde, et se vend à Paris; iQ-18, 1666. On y trouve son Portrait fait par elle-même. Il y a visai plusieurs portraits de sa main dans les Divers Portraits de Mademoiselle, entre autres celui de Mazarin. Nous en avons recueilli <iuelqaes pièces inédites dans M*"* db Sabl^, Appendice, p. 385, etc. W^ de Bregy avait yingt-quatre ans, en 1643, étant morte en 1693 à l'âge de soixante-quatorze ans. M*"* de Motteville, t. I, p. 419*. t H*^ de Bregy étoit belle femme, faisoit profession de l'être, et i&ème avoit l'audace de prétendre que ce grand ministre avoit pour ({aelqae sentiment de tendresse. » Ce n'était pas du tout de la
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femmes seules restèrent debout, que soutenaient leur naissance, leur dévouement éprouvé et la haute estime dont elles étaient environnées : M"»® de Sénecé, et la belle et flère dame d'atours; toutes deux ouvertement contraires à Mazarin, mais au-dessus du soupçon d'avoir la main dans aucune manœuvre déloyale. Le cardinal faisait d'ailleurs entre elles une fort grande différence. Il savait qu'avec toute sa vertu M°** de Sénecé était ambitieuse, et que, si elle voulait mettre à sa place Tévêque de Limoges ou de Noyers ou Châteauneuf , elle entendait bien tirer parti de leur élévation pour elle-même et pour sa famille ; il comprit donc qu'en faisant pour elle ce qu'elle espérait de ses rivaux, il parviendrait à amortir ses ressentiments ^ sans donner à la Reine Textréme déplaisir et le mauvais air de mettre en disgrâce une personne de cette qualité et de cette considération. La redoutant moins, il la supporta davantage, et dirigea toutes ses batteries contre M"® de Hautefort.
Déjà l'amitié de la Reine pour M°® de Hautefort avait reçu bien des atteintes, et plus d'une scène pénible avait eu lieu entre Anne d'Autriche et son ancienne favorite.
tendresse, mais des soins fort intéressés et de la confiance, comme on peut le voir dans les Lettres inédites de Mazarin à l'abbé F(Mquety BiBUOTiiÈQDE NATiONALB, fond Gaignlèros, n'^ 2799. Mazarin l'emploie à l'informer de bien des choses, et des sentiments de plus d'une personne considérable, par exemple le maréchal de L'Hôpital. 1. M"'*' de Sénecé se soumit avec le temps, après la mort de son gendre, tué jeune encore au sic^ge de Mardyck, et lorsque la fortune 8C fut entièrement déclarée pour le cardinal. Encore fallut-il qu'il satisfit abondamment son orgueil et son ambition, qu'il donnât le