CHAPITRE PREMIER
le forcèrent d'éloigner sa mère, il lui ôta la jeune Marie et la donna à la Reine Anne, en la priant de Faimer et de la bien traiter pour l'amour de lui*. En même temps, il fit M""« de La Flotte Hauterive dame d'atours de la Reine, à la place de M"' du Fargis qui venait d'être exilée *. Anne d'Autriche reçut d'abord assez mal le présent qu'on lui faisait'. Elle tenait à M"* du Fargis, qui, comme elle, était du parti de la Reine mère, de l'Espagne et des mécontents, et elle regarda sa nouvelle fille d'honneur, non-seulement comme une rivale auprès du Roi, mais comme une surveillante et une ennemie. Elle reconnut bientôt à quel point elle s'était trompée. Le trait particulier du caractère de M"* de Hautefort, par-dessus toutes ses antres qualités, le fond même de son âme était une fierté généreuse, à moitié chevaleresque, à moitié chrétienne, qui la poussait du côté des opprimés et des faibles. La toute-puissance n'avait aucune séduction pour elle, et la seule apparence de la servilité la révoltait. Dans cette belle enfant était cachée une héroïne, qui parut bien vite dès que les occasions se présentèrent. Voyant sa maltresse persécutée et malheureuse, par cela seul elle se sentit attirée vers elle, et par goût comme par honneur elle résolut de la bien servir. Peu à peu sa loyauté, sa parfaite candeur,
i. M'^^deMottevilIe, Mémoires, éd. d'Amsterdam, 1750, 1. 1, p. 48 et 60.
2. Sur M*"* du Fargis, voyez dans le Journal de M. le cardinal i>oc DE RicHEUED, la CopU des lettres de M'^* du Fargis qui ont ^ni sujet à sa condamnation,