‹ Madame de HautefortChapitre 80 sur 182 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

quelque grâce à espérer pour lui. La Reine, mécontente, ne répondit pas un seul mot. Quand on servit la collation, M"** de Hautefort, qui avait le cœur serré, ne put pas manger, et lorsqu'on lui demanda pourquoi, elle avoua qu'elle ne savait pas se divertir en songeant à « ce pauvre garçon*.» C'en était trop : dès ce moment, la Reine, poussée par Mazarin, résolut de se délivrer de cette perpétuelle censure, et elle n'en attendit plus que Toccasion*.

Le trait dominant du caractère de M"* de Hautefort, avec la générosité et le courage, était une intarissable bonté. A la cour de Louis XIII, elle était la ressource de tous ceux qui avaient à faire entendre quelque plainte ou à réclamer quelque faveur légitime. Elle n'hésitait jamais à se mettre en avant dès qu'elle croyait la justice intéressée. Elle avait continué ce rôle depuis qu'elle était revenue auprès d'Anne d'Autriche. Quelques jours après la triste promenade de Vincennes, le 13 ou le 14 avril 1644, un soir, à ce que raconte M"® de Motteville, la Reine allant se mettre au lit et n'ayant plus que sa dernière prière à ûiire, « M"* de Hautefort, toujours occupée à bien feire, en déchaussant la Reine, appuya la recommandation d'une de ses femmes qui parloit en faveur

d'un vieux gentilhomme servant, qui depuis long-

^' Archives des affaires étrangères, France, t. CVI, lettre de ^«udiû à Servien, 23 avril 1644.

1 IV* Carnet : « Quando S. M. è in colera con Otfort, questa in- ^Prende e li fa far ogni cosa. » V« Carnet, p. 48 : « M"* di Otfort P^la al disavantaggio di S. M. e caballa continuamente. Dar ordine perche pai'ta. »

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temps étoit son domestique et demandoit quelque grâce. M"® de Hautefort, ne trouvant pas la Reine de trop bonne volonté pour lui, lui dit et lui fit entendre par des souris dédaigneux qu'il ne falloit pas oublier ses anciens domestiques. La Reine, qui n'attendoit qu'une occasion pour se défaire d'elle, contre sa douceur ordinaire ne manqua pas de prendre feu là-dessus, et lui dit avec chagrin qu'enfin elle étoit lasse de ses réprimandes et qu'elle étoit fort mal satisfaite de la manière dont elle vivoit avec elle. En prononçant ces paroles, elle se jeta dans son lit et lui commanda de fermer son rideau et de ne lui plus parler de rien. M"* de Hautefort, étonnée de ce coup de foudre, se jeta à genoux, et, joignant les mains, appela Dieu à témoin de son innocence et de la sincérité de ses intentions, protestant à la Reine qu'elle croyoit n'avoir jamais manqué à son service, ni à ce qu'elle lui devoit. Elle s'en alla ensuite dans sa chambre, sensiblement touchée de cette aventure, et je puis dire fort affligée. Le lendemain, la Reine lui envoya dire de sortir d'auprès d'elle et d'emmener avec elle M"® d'Escars, sa sœur*.» Voilà le récit d'une amie de la Reine. Celui de l'amie de Vl^^ de Hautefort, qui nous a laissé l'histoire de sa vie^ est bien différent. Après la scène, que Tamie de M"* de Hautefort donne un peu autrement, celle-ci, au lieu de se jeter à genoux en protestant de son innocence et de chercher à se sauver, comprit d'abord l'intention d'Anne d'Autriche et vit bien qu'il fallait quitter la

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