‹ Madame de HautefortChapitre 95 sur 182 · Mm>amb db Cubvkbusb, chap. m, p · texte numérisé non relu

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confier à personne qu'à elle une affaire où il alloit de toutes choses pour elle, et qu'il falloit trouver moyen de faire le mémoire à ce valet de chambre, ce que M"* de Hautefort fit avec le succès que je viens de dire ; de sorte qu'il n'y eut que la pauvre M"® de Chevreuse qui eut la peine de faire un long voyage.

Que de remerciemens ne reçut pas M"' de Hautefort de la Reine pour un service de cette importance I Si cette princesse avoit eu alors le crédit qu'elle a eu depuis, que n'auroit-elle pas fait pour elle ? La Porte fut mis en liberté ; le commandeur de Jars sortit aussi de la Bastille. M"» de Hautefort ne manqua pas d'employer son crédit pour cela sans que Ton ait pu savoir le sujet qui l'engageoit.

Ge fut environ ce temps que toute la France fesoit des vœux pour que la Reine donnât un héritier à la couronne. La crainte que l'on avoit de voir la France encore plongée dans des guerres civiles comme par le passé affligeoit toute la cour. L'on voyoit le peu d'amitié que le Roi portoit à la Reine qui n' avoit pas tout le sujet du monde d'en être contente, se voyant traitée avec tant d'indifférence. M"« de Hautefort, pour laquelle la Reine tf avoit rien de caché, se résolut de parler au confesseur du Roi pour qu'il fît entendre à Sa Majesté combien l'indifférence qu'il avoit pour la Reine, son épouse, étoit préjudiciable à l'État et encore plus à son salut. Cette invention réussit, et fut cause que le Roi voyoit la Reine bien plus souvent et lui témoignoit plus d'amitié. M®« de Hautefort avoit pris son temps de parler au confesseur la veille d'une grande fête, jugeant bien que le M ne manqueroit pas de se confesser. Le Roi passa la Quit auprès de la Reine ^. Le lendemain, un bon reli-

1. Mb« de MottoTille et le père Oriffet en donnent pooi cause une yitite

gieux, supérieur d'un couvent, s'adressa à M™« de Hautefort, et lui dit qu'il venoit de la part d'un bon frère lai de leur couvent pour la prier d'avertir la Reine de ne point sortir ce jour-là, à cause qu'elle étoit grosse; que ce frère qui avoit fait le voyage de Notre-Dame de Savonne, où il fit faire des neuvaines pour obtenir un prince, avoit eu révélation cette nuit que la Reine étoit grosse d'un fils. M"»* de Hautefort lui dit qu'il étoit plus à propos que ce fût lui qui lui dise, et qu'elle y auroit plus de créance. Dans ce moment, la Reine parut qui devoit aller à la promenade à Versailles avec le Roi. M"® de Hautefort lui dit que ce religieux* souhaitoit lui parler. Elle le fit approcher contre une fenêtre. Ce père lui dit savoir ce qu'à venoit de dire à M"® de Hautefort, qui remarqua que la Reine rougit. Elle rentra dans sa chambre. Quoique la Reine regardât cela comme une rêverie, elle ne laissa pas de faire savoir au Roi qu'elle ne pouvoit pas sortir à cause qu'elle se trouvoit un peu mal. Neuf mois après l'on connut que la prophétie du bon frère étoit véritable. La Reine accoucha de notre grand monarque Louis XIV qui règne aujourd'hui, au bout des neuf mois, après vingt-deux ans de mariage ; elle fut fort mal et même en danger de mourir, ce qui causa bien de la crainte et de la douleur à tout le monde.

U^« de Hautefort ' étoit une de celles qui en ressei>

très-prolongée de Loais XIII à MU« de La Fayette aux Filles Sainte-Marie, e un violent orage qui ne permit pas au Roi de s'en aller à Saint-Maor et It força de coucher au LouTre cette nuit. Cela peut être vrai, et qu'il soit ira aussi que les bons soins de M"« de Hautefort aient réussi à rapprocher Louis de sa femme.

1. Bn marge : c Le Père Vincent. > Cette anecdote ne se trouve dans aucune vie de saint Vincent de Paul, qui, d'ailleurs, n'était pas supérieur d'aa couvent, mais d'une congrégation.

2. Ce passade bien étrange n'est point dans la Vie imprimée, ni dans 1« manuscrit de M. de La Faxelle, qui la soit d'ordinairo.

toîentle plus. Comme elle se trouvoit dans la chambre de la Reine où tous les princes et les princesses s^étoient rendus selon la coutume de France, le Roi y vint aussi, qui voyant M"»« de Hautefort auprès d'une fenêtre, s'approcha d'elle, et ayant remarqué qu'elle pleuroit, lui dit tout bas qu'elle ne devoit pas tant s'affliger et n'avoit pas tant de sujet qu'elle se l'imaginoit. M"® de Hautefort, bien surprise d'entendre parle» le Roi de cette sorte, à quoi elle ne s'attendoif pas, lui répondit d'un ton un peu en colère qu'elle s'étonnoit bien davantage du peu de sentimens que Sa Majesté avoit pour la Reine en Tétat qu'il la voyoit. Mais le Roi ayant repris on air plus gai, lui dit : « Je serai assez content si l'on peut sauver l'enfant, ce seroit assez : vous aurez lieu, madame, de vous consoler de la mère. » M">« de Hautefort baissa les yeux, et fit voir au Roi qu'elle ne prenoit aucun plaisir à tout ce qu'il lui avoit dit. La Reine passa fort mal la nuit. Le Roi ne dormit pas et ne se coucha pas. Il fit lire dans l'histoire par La Chesnaie, un des prenaiers valets de chambre de Sa Majesté, pour trouver un exemple que des rois de France ayent épousé des demoiselles de leurs sujettes. Dieu permit que la Reine accouchât heureusement. M"« de Hautefort en ressentit une joie extrême, et témoigna toujours la même attache pour la Reine. Elle rendit mille grâces au ciel d'avoir donné un dauphin à la France, dont la naissance toute miraculeuse est un présage du bonheur dont elle devoit jouir durant un règne si glorieux et si rempli de merveilles que celui de ce prince, qui fut reçu et regardé de tout le monde comme un présent du ciel.

Quoique* le Roi vécût avec la Reine d'une manière plus douce, il ne laissoit pas de remarquer de certaines

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