I. C9 psgragraphe manque aussi dans la Vie imprimée
468 A.PPENDIGB. NOTE PREMIÈRE.
choses que lâ Reine fesoit, quoi? des choses de rien qui déplaisoicnt à ce prince qui ne pouvoit pas s'empêcher d'en dire quelque chose à M">« de Hautefort, soit qu'il le fît à dessein pour que M">« de Hautefort se détachât un peu de cette Reine de laquelle il voyoit assez qu'elle prenoit les intérêts. Mais cette dame, bien loin de profiter de toutes ces choses-là, par une générosité sans pareille, avertissoit cette princesse, afin qu'elle se corrigeât des rôtîtes imperfections qui déplaisoient au Roi. Elle avoit même dit souvent au Roi son sentiment sur ce sujet en excusant la Reine, ce qui l' avoit mis bien des fois de méchante humeur; de sorte que Ton peut dire avec vérité qu'elle sacrifioit ses propres intérêts pour sa maîtresse. C'est à cet endroit qu'on peut dire qu'elle n'a jamais eu sa pareille au monde. Car on a bien vu des femmes élevées sur le trône par un bonheur extraordinaire ; mais il ne s'en est jamais vu qui en aient laissé échapper l'occasion et qui l'aient si fort méprisé.
Dans ce temps-là, M. le cardinal demanda au Roi la charge de gouvernante de M«' le dauphin pour M"« de Lansac, sa parente. M"« de Hautefort, qui n'avoit jamais voulu rien demander au Roi, ne fut pas contente de ce que le Roi n'avoit pas songé à la donner de lui-même à M'"*' de La Flotte, sa grand-mère, qui étoitdame d'atours. Mais quoique le Roi eût cette pensée sans Tavoir dit, il n'osa pourtant refuser la seule chose que lui avoit demandée M. le cardinal pour sa famille. M""* de Hautefort en prit un air un peu plus sévère avec le Roi qui fut au désespoir. Il ne savoit ce qu'il avoit fait qui lui eût pu déplaire. Enfin, ne pouvant vivre tant qu'elle paroitroit n'être pas contente de lui, il s'adressa à M. le cardinal, lui dit qu'il étoit le plus malheureux du monde, qu'il œnnoissoit que M"« de Hautefort avoit quelque chagrin, qu*ii vit ce qu'il pourroit faire pour l'adoucir. M. le car-
dinal vit mieux que le Roi d'où venoit le sérieux de cette dame. Il assura le Roi qu'il travailleroit à la satisfaire et à l'obliger à ne donner plus à Sa Majesté un si grand déplaisir que celui qui lui paroissoit. M. le cardinal étant de retour chez lui fit venir un jeune page qu'il avoit, qui étoit parent de M"« de Hautefort; car c'étoit la mode pour faire sa cour que l'on donnât à ce ministre les jeunes gens de la première qualité pour être élevés chez lui. 11 dit donc à ce jeune page d'aller trouver M"« de Hautefort de sa part, et de lui dire que, comme son très-humble serviteur, il vouloit bien lui donner avis que les plus courtes colères contre le Roi étoient les meilleures, qu^elle avoit mis le Roi dans une affliction qui pou voit nuire à sa santé. Le page s'acquitta de sa commission. M"* de Hautefort fut obligée par les instances que lui fit toute sa famille de quitter son sérieux pour le Roi, et encore d'aller voir M. le cardinal et le remercier de s*étre intéressé de lui donner cet avis.
Elle fut donc chez M. le cardinal qui la reçut avec des agrémens et des honneurs, et des privilèges qu'il n'auroit dû rendre qu'à la Reine. Toutes les portes furent ouvertes; il fut au-devant d'elle, et enfin elle vit d'abord combien sa visite fesoit plaisir à ce ministre. 11 lui dit qu'il étoit au désespoir d'être cause du petit chagrin qu'elle avoit eu, mais que n'ayant pas su qu'elle vouloit cette charge pour madame sa grand'-mère, il l'avoit lemandée au Roi pour sa parente, pour laquelle il avoit toujours eu beaucoup de considération, mais qu'il répareroit cela par tous les plaisirs qu'il pourroit lui faire; qu'il voyoit bien qu'elle ne vouloit rien demander au Boi, mais qu'il la supplioit de lui faire connoître quand 41e voudroit quelque chose pour sa famille, que, sans qu'elle en eût l'obligation au Roi, elle auroit tout ce qu'elle souhaiteroit»
M"* de Hautefort s'en retourna au Louvre, et quoiqu'elle gardât toujours ses airs respectueux pour le Roi, elle quitta néanmoins cet air froid qu'elle avoit, et qui mettoit ce prince au désespoir. Enfin, la joie revint dans le cœur du Roi et sur son visage, et ce fut en ce temps que l'on fit ce couplet de chanson :
Hautefort la meryeiUe
Réveille Tous les sens de Louis, Quand sa bouche vermeille Lui fait voir un souris.
Cependant la Reine qui se voyoit un fils se trouvoit dans une considération bien plus grande qu'à l'ordinaire; et ne pouvant pardonner à M. le cardinal de l'avoir voulu perdre dans l'esprit du Roi, elle cherchoit à lui faire tous les chagrins qu'elle pouvoit par mille sortes d'intrigues qu'elle faisoit contre ce ministre. M. le cardinal qui craignoit le pouvoir de la Reine et encore plus celui de M"*» de Hautefort, laquelle étoit toujours attachée à la Reine et de qui il ne pouvoit espérer aucune complaisance, cela lui fit prendre la résolution de faire ses efforts pour l'ôter de la cour. Mais c'étoit une affaire qui lui paroissoit bien difficile de faire consentir le Roi à ne la voir plus* Il dit au Roi que tout le monde étoit si persuadé du grand pouvoir que M"* de Hautefort avoit sur son esprit et de l'attachement qu'elle avoit pour la Reine que cela mettoit toute la cour dans des "^trigues continuelles contre lui qu'il ne pouvoit plus soutenir, et qu'il seroit obligé de quitter les affaires de l'État et de se retirer. Cette raison étoit le vrai moyen de faire donner le Roi dans le piège qu'il souhaitoit tant. Il craignoit de se voir chargé d'un si graaà embarras, et
lui demanda ce qu'il falloit faire pour mettre ordre à cela. Ce ministre lui dit qu'il ne savoit qu'un moyen qu'il n'oseroit lui proposer, que c'étoit d'éloigner M"* de Hautefort seulement pour quinze jours de la cour, afin que voyant que sa faveur n'étoit pas si grande que l'on croyoit, cela pût retenir tout le monde. Le Roi fut au désespoir de cette proposition; mais enfin ce ministre lui dit tant de raisons qu'il fit résoudre le Roi de l'éloigner pour quinze jours seulement, à condition qu'il empêcheroit qu'elle ne lui parlât point, de peur qu'il ne pût tenir sa résolution. M. le cardinal fit donc dire à M»* de Hautefort de la part du Roi de se retirer de la cour pour quelque temps, ayant jugé cela nécessaire pour le bien de l'État; et en même temps il y eut un ordre aux gardes de refuser la porte à M">® de Hautefort des lieux où seroit le Roi» Elle fut bien surprise, comme Ton peut juger, de recevoir cet ordre. Elle vit bien que le ministre avoit plus d'intrigues et savoit mieux ménager l'esprit du Roi qu'elle, et se disposa à partir. Mais quoiqu'elle sût qu'on avoit ordonné de lui refuser la porte où seroit le Roi, de peur qu'elle ne lui parlât, elle étoit si bonne et si aimée de tout le monde que lorsqu'elle se présenta à la porte, les gardes, après lui avoir dit leur ordre, n'osèrent s'opposer à ce qu'elle entrât. La surprise du Roi fut grande en la voyant avec un air de grandeur et de fierté tout ensemble que le dépit lui donnoit et qui augmentoit sa beauté. Elle lui dit qu'avant de partir de la cour par son ordre elle avoit voulu savoir quel crime elle avoit commis pour avoir mérité d'être exilée. Le Roi lui dit que son exil n'étoit que pour quinze jours, qu'il l'avoit accordé avec une violence extrême aux raisons d'État pour des intrigues qui troubloient toute la cour et que l'on fesoit sous son nom, qu'elle le devait plaindre de la violence qu'il avoit faite
à son inclinatioD , et de la douleur qu'il en souffriroît pendant ce temps. Elle lui dit qu'elle s^assuroit que ces quinze jours étoient pour le reste de sa vie, qu'ainsi elle prenoit congé de lui pour toujours. Le Roi rassura, comme il le croyoit, que rien au monde ne pouvoit l'obliger à se priver de la voir un jour de plus que ce temps de quinze jours. Elle sortit de la chambre du Roi et elle fut dire adieu à la Reine. Cette princesse étoit bien plus affligée que M°»« de Hautefort. Elle voyoit qu'elle étoit cause de cet exil, et qu'elle perdoit une personne en qui elle avoit la dernière confiance, et à qui elleavoit toutes sortes d'obligations, et qu'elle aimoit tendrement. Cependant il fallut la quitter. Cette princesse pleura, sanglota, l'embrassa plusieurs fois, et, faveur que les reines ne font à personne sans titre, elle la baisa, et dans le trouble où elle étoit, n'ayant rien à lui donner, elle défit ses pendans d*oreille qui étoient de la valeur de dix ou douze mille écus, et les lui donna, la priant de les garder pour l'amour d'elle.
Enfin, W^^ de Hautefort partit, et laissa tous ses amis et amies dans une extrême affiiction. Elle s'en alla à La Flotte, qui étoit une terre de M"« de La Flotte, près la ville du Mans. M. le comte de Montignac, son jeune frère, et M"*» d'Escars, sa sœur, s'en allèrent avec elle, et elle avoit sans cesse des courriers de la Reine et de toute la cour. Toutes les femmes de la Reine étoient inconsolables ; car outre la considération qu^elles avoient pour elle, sa grande libéralité étoit encore une raison qui la fesoit plaindre ; car tous les meubles et les habits de la Reine qui dévoient être à M"« de Hautefort, à cause de sa charge de dame d'atours, elle les donnoit tous aux femmes de la Reine, malgré M"« de La Flotte, qui y avoit part aussi bien qu'elle, et qui n'étoit pas d'une humeur si libérale.
Voici * une lettre qu'elle écrivit à la Reine avant que de partir pour son exil:
(( Madame,
tt S'il m'étoit permis de ]uger des sentimens de Votre Majesté par les miens, je n'oserois vous dire adieu pour jamais, de crainte que cette parole ne mît votre vie au même péril où elle met la mienne en vous l'écrivant. Mais puisque Dieu vous fait avoir en cet accident la résignation que vous avez eue en tant d'autres, je ferois une injure à la Providence et à votre courage si je croyois que mes disgrâces et mes déplaisirs pussent donner quelque atteinte à votre santé et à votre repos. C'est donc pour jamais, Madame, que je dis adieu à Votre Majesté, et que je vous supplie très humblement de croire qu'en quelque endroit du monde que la persécution me puisse jeter, j'y passerai mes jours dans la fidélité et dans l'attachement, qui sont les véritables causes qu'on me persécute, et n'aurai de regret, parmi les ennuis qui m'accablent, que de n'en pouvoir pas souffrir davantage pour l'amour de vous. Ma douleur me feroit ici achever ma lettre. Madame, si le zèle que j'ai pour votre gloire ne me défendoit de vous taire une chose qui la peut ternir, et de vous dissimuler Tétonnement que chacun témoigne de l'état où vous laissez M"« de Chémerault. On sait que vous connoissez aussi bien son cœur que sa misère, et on ne croit pas même îue vous lui deviez faire acheter le bien qu'elle peut recevoir de vous par une demande qui lui sortiroit de la bouche avec plus de peine que sa propre vie. Cepen-
1. Tout ce paragraphe avec la lettre est une addition, comme il est dit à a fin même de ce paragraphe.
dant. Madame, on lui a commandé de se retirer avec quatre mille écus, qu'il faut qu'elle emploie à payer ses dettes. On parle de la renvoyer de la même sorte que Ton renverroit Michelette, si l'on s'étoit avisé des grandes cabales qu'elle fait dans la cour aussi bien que nous ; ce qui m'en af&ige le plus est qu'on vous accuse de n'avoir pas ignoré cette proposition et de ne vous être pas encore déclarée de lui vouloir bailler un de vos carrossés, la sous-gouvernante de vos filles, et une lettre de vous qui fasse connoître à sa mère l'entière satisfaction que vous avez d'elle. Sans mentir. Madame, on ne sait que répondre à ces choses-là; car on dit que, si une reine n'a pas d'argent pour (quelques mots difficiles à lire) aux nécessités d'une fille qu'elle a fort aimée, elle peut bien au moins lui envoyer un présent qui témoigne qu'elle ne l'oublie pas, et lui donner après cela une pension qui assure sa subsistance; mais ce n'est pas merveille si vous ne pensez guère à sa fortune, puisque vous négligez si fort sa réputation, et que vous ne songez point à prévenir les impertinences qui se pourront débiter dans son pays. Vous croirez bien, Madame, que c'est seulement par ce dernier point qu'elle est sensible, et qu'elle sauroit beaucoup mieux mourir que de demander. Mais je suis si délicate en ce qui regarde l'opinion que toute la terre doit avoir de vous que, si elle n'avoit point su le présent que vous m'avez fait, je n'eusse jamais pu m'empêcher de lui donner de votre part. Encore que j'aye appris avec dépit la peur que vous avez de déplaire à celui qui m'arrache d'auprès de vous, je proteste. Madame, que vos timidités et vos complaisances me piquent beaucoup plus pour vous que pour moi, et que je me consolerois du mal qu'il m'a fait si j'étois bien certaine que ce fût le dernier qu'il voulût vous faire. Adieu pour la dernière
fois, Madame; je ne puis plus penser à ne vous voir jamais, et si cette mortelle imagination ne me donne relâche pour un moment, je ne vivrai pas même assez pour vous dire que je suis,
« Madame,
(( De Votre Majesté, la très etc. »
Cette lettre si pleine d'esprit et qui marque si bien les sentiments du cœur généreux de M"« de Hautefort, fait voir que si elle n'a pas été élevée sur le trône, elle Ta du moins mérité; car on peut dire que la grandeur de son âme étoit encore au-dessus des puissances de la terre. J*ai été bien aise d'ajouter cette lettre dans les remarques qu'une de ses amies a faites des choses qui sont venues à sa connoissance, que je ne fais que copier. Mais, comme j'ai eu l'honneur d'être bien des années auprès de cette dame, dans trois différents temps, devant que de faire le voyage de Bavière et après mon retour, et depuis la mort de mon mari, on peut juger que j'ai pu avoir appris bien des particularités de la vie de cette illustre personne. C'est ce qui m'a obligée d'y ajouter quelque chose que celle qui a écrit ceci a ignoré et que j'ai appris par cette dame même et des gens qui étoient auprès d'elle, au temps qu'elle étoit à la cour et depuis son veuvage, en ayant été moi-même témoin oculaire; et toutes les lettres que j'ajoute ce sont des copies écrites de sa main et des originaux qui sont tombés dans la mienne ^.
Toutes les dames de la ville du Mans et des environs
1. Cette déclaration ne peut laisser aucun doute sur la parfaite authenticité des pièces ajoutées, et fait YOir combien cette Vie manuscrite est préférable à la Vie imprimée.
tâchoient de divertir M°»« de Hautefort le mieux qu'elles le pouvoient. Enfin la prophétie qu'elle avoit faite au Roi qu'il ne la verroit plus se trouva véritable. M. le cardinal occupa le Roi par mille divertissemens de chasses et de voyages, de telle sorte qu'éloignant toujours le retour de M">* de Hautefort de quelques jours quand le Roi lui en parloit, ce prince s'accoutuma insensiblement à ne la plus voir. Il s'éleva dans ce temps-là des orages contre M. le cardinal. M. de Cinq- Mars et plusieurs autres furent sacrifiés à la colère de ce ministre, et enfin sa mort mit fin à la haine que la Reine avoit pour lui et à celle de bien d'autres. La maladie du Roi suivit de bien près la mort de M. le cardinal, et M. le cardinal Mazarin prit la place qu'occupoit M. le cardinal de Richelieu. La santé du Roi étoit si languissante que l'on voyoit mourir ce prince tous les jours peu à peu. La Reine, quoique ravie d'être délivrée du cardinal de Richelieu, n'osa pourtant rappeler toutes ses créatures, de peur de déplaire au Roi dans l'état où il étoit, et qu'elle avoit besoin de ménager afin qu'il la laissât régente; et par cette raison, M"»® de Hautefort ne revint pas à la cour qu'après la mort du Roi. La Reine lui envoya le portrait de Monseigneur le Dauphin en miniature dans sa solitude, et elle recevoit toutes les marques de bonté de cette princesse qu'elle pouvoit souhaiter. Enfin le Roi mourut ; et d'abord la Reine envoya un courrier à M"»® de Hautefort et lui écrivit une lettre fort obligeante de revenir à la cour. Elle y revint donc avec la joie que l'on peut penser, et elle se pouvoit flatter que sa faveur seroit plus grande que jamais auprès de cette Reine, qui se trouva lors régnante et en état de récompenser tous ceux qui l'avoient servie.
M"** de Hautefort fut reçue à la cour avec une extrême joie de tout le monde. Elle étoit véritablement et sincè-
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rement aimée, ayant toujours fait du bien à tous ceux qu'elle avoit pu et n'ayant jamais voulu faire de mal à personne. Ainsi tout le monde croyoit trouver en elle la même protection, et la voyant encore en état d*être plus puissante que jamais, on se réjouissoit par toutes sortes de raisons de son retour. La Reine la reçut avec mille caresses et témoignages d'amitié. Tout le monde voyoit avec plaisir que le cœur de la Reine n' avoit point changé par l'absence de M«»« de Hautefort. Elle le crut aussi, mais non pas longtemps; car un soir elle s'aperçut qu'il y avoit quelque diminution à sa faveur ; car étant demeurée à son ordinaire auprès de la Reine, lorsqu'elle fut couchée, après que tout le monde fut sorti, une femme de chambre lui dit: « Madame, il faut sortir aussi, s'il vous plaît. » M"« de Hautefort se mit à rire, croyant qu'elle se trompoit, et lui dit: « Cet ordre n'est pas pour moi. » Cette femme de chambre lui dit que personne n'étoît excepté, et M"« de Hautefort, ayant vu que la Reine entendoit cette dispute et qu'elle ne disoit mot, connut que la Reine n'étoit plus la même pour elle. Cependant il n'y eut qu'elle qui s'en aperçut, et tout le monde se réjouissoit avec elle de voir sa grande faveur. Elle aimoit véritablement la Reine, et elle ne pouvoît point s'empêcher de lui dire ses sentimens sur bien des choses qui se passoient et qui intéressoient la gloire de cette grande Reine, à qui M. le cardinal Mazarin persuada qu'il falloit garder plus de gravité dans Tétat de sa régence et ôter autant qu'elle pourroit les airs de familiarité qu'elle avoit donnés auprès d'elle à ses amies et à ses créatures. Enfin M. le cardinal Mazarin craignant que les services que M"« de Hautefort avoit rendus à la Reine ne la missent en droit de lui disputer les faveurs de la Reine, il résolut de la faire sortir de la cour.
Le Roi étoit encore fort jeune; mais il avoît une extrême amitié pour M"* de Hautefort; îl Tappeloit sa femme, et lorsqu'elle étoit incommodée et qu'elle gardoit le lit, il se fesoit mettre sur son lit auprès d'elle et se divertissoit à de petits jeux de son âge et fesoit collation dans sa chambre. Après* qu'il avoit mangé, il demandoit de l'argent à une femme de chambre de M"® de Hautefort avec des instances non pareilles. Cette fille lui disoit: « Mais, Sire, si je vous donne de l'argent, qui est-ce qui me le rendra? — Ce sera moi, Anne; je vous assure que je vous le rendrai quand j'en aurai. » Aussitôt qu'il avoit cet argent, il se mettoit à une fenêtre, et il le jetoit à des gens qui le ramassoient en criant : Vive le Roi I Cela le divertissoit fort et marquoit l'inclination que ce prince a de donner; car jamais Roi qui a régné en France n'a tant donné. Enfin le Roi aimoit M°>^ de Hautefort autant qu'un enfant de son âge pouvoit aimer quelque chose.
M. le cardinal Mazarin ne sachant par quel endroit diminuer l'amitié que la Reine avoit pour M"' de Hautefort, lui disoit sans cesse qu'elle blâmait tout ce que la Reine fesoit et qu'elle s'en moquoit souvent. Enfin, soit que ce fût un prétexte que la Reine prît pour se défaire d'une personne qui étoit en droit par ses services de lui parler plus fortement qu'une autre, la Reine prit le premier prétexte qu'elle trouva qui fut un soir qu'une femme de chambre de la Reine lui demandoit quelque chose que la Reine ne vouloit pas lui donner, cette femme de chambre se mit à la quereller, lui disant qu'il valoit mieux être à des bourgeoises de Paris plutôt qu'à des rois et des reines, et que, si elle ne savoit pas faire du bien à ses domestiques présentement,