‹ Madame de La SablièreChapitre 18 sur 104 · LES ENFANTS DE M"^^ DE LA SABLIÈRE (ANNE ET MARGUERITE DE RAMBOUILLET · texte numérisé non relu

LES ENFANTS DE M"^^ DE LA SABLIÈRE (ANNE ET MARGUERITE DE RAMBOUILLET

M. et Mme Muysson (Anne de Rambouillet) émigrent en Hollande ; leur postérité. — Mme de la Mésangère (Marguerite de Rambouillet). — La Fontaine lui dédie Daphnis et Alcimadure, et Fontenelle ses Entretiens sur la pluralité des mondes. Son second mariage avec Charles de Noce ; sa conversion ; sa descendance.

Il nous faut encore parler des deux filles de Mme de la Sablière, Anne et Marguerite de Rambouillet.

Nous espérons que le lecteur nous pardonnera l'aridité des documents qui vont suivre.

Anne de Rambouillet, baptisée le 14 mars 1655, fut mariée à Charenton, le 11 décembre 1672 (1), à Jacques Muysson (2), seigneur du Toillon, Rieux, Bailleul et Barré, âgé de trentesix ans, conseiller au parlement de Rouen, neveu de Conrart et fervent huguenot. Marguerite Hessein donna par écrit son consentement au mariage. Son gendre, qui vint demeurer rue des Fossés-Montmartre, à l'hôtel de la Sablière, fut un magistrat intègre et zélé. Un arrêt du conseil du 23 novembre 1685 l'obligea, comme tous ses coreligionnaires, à abjurer ou à se défaire de sa charge, et ses fermiers furent encouragés à ne point remplir les engagements qu'ils avaient pris à son égard. Seignelay écrit le 19 décembre au lieutenant civil Le Camus : « J'ai rendu compte au roi de ce que vous m'avez écrit au sujet de la demande qu'ont faite les fermiers

(1) Cf. chap. VIII, et E. Haag, Registres de Charenton, notes communiquées par M. Henri Bordier.

(2) Et non Misson, comme l'écrit M. Henri Régnier, Œuvres de Jean de la Fontaine, t. III, p. 329, note 5.

du sieur Muisson, et Sa Majesté m'ordonne de vous écrire qu'elle sera même bien aise qu'un homme aussi opiniâtre dans sa religion trouve un embarras de cette nature dans ses affaires domestiques. » On ne saurait imaginer plus honteux procédé.

La police envahit le domicile de Muysson le 12 janvier 1686, à dix heures du soir. Sa femme, destinée tout d'abord aux Ursulines ou aux Nouvelles Catholiques (1), fut enfermée le 14 aux Miramionnes (2), et ses deux filles confiées à leur grand'mère, Mme de la Sablière, qui en avait demandé la garde, pour être élevées dans la religion romaine, en vertu de la déclaration royale publiée le 12, qui mettait tous les enfants huguenots au-dessous de seize ans sous l'autorité de leurs parents catholiques (3).

La Reynie dut signifier à Muysson, le 20 janvier, son prochain exil à Montargis. Le 24, Seignelay autorise Mme de Miramion à laisser notre magistrat conférer avec sa femme, qui habite encore, le 27, l'hôtel de la rue des Fossés-Montmartre. Les époux sont indécis, et Seignelay conseille à Harlay (l'ami de Mme de la Sablière) de différer l'emprisonnement des enfants, en prenant avec le père, « encore bien qu'il se convertisse,... des expédients pour assurer leur instruction dans la religion catholique ». Ce ne fut donc point, comme le dit Benoît, la crainte de perdre ses enfants qui détermina la conversion de Muysson (4). Sa femme se laissa persuader la première. Le 2 février, Seignelay donnait à Mme de Miramion l'ordre de la remettre en liberté (5).

Le Mercure galant de 1686 annonce le 2 février l'abjura-

(1) Cf. 0. DOUEN, la Révocation de V Édit de Nantes à Paris, t. II, p. 367, ouvrage très intéressant, très précis et que nous avons souvent à citer. Il renferme une excellente notice sur Jacques Muysson et sur sa famille. — Les Ursulines avaient leurs couvents à Paris, rue Saint-Jacques et rue Sainte-Avoie. Les Nouvelles Catholiques possédaient la maison des Filles Saint-Chaumont. Cf. F. Ravaisson, Archives de la Bastille, Paris, Durand, 1876, in-S», t. VIII, p. 383.

(2) Il s'agit de la communauté de la Sainte- Famille, établie quai de la Tournelle et fondée en 1665 par Marie Bonneau, dame de Miramion. Cf. Archives nationales, E 3372. L'ordre d'internement qui indique les Ursulines ou les Nouvelles Catholiques est daté du 10 janvier 1686. Cf. id., 01 30, p. 21.

(3) Archives nationales, E 3372.

(») E. Haao, la France protestante, article « Muysson », t. VII, p. 553, 554. (')) O. DoUEN, la Révocation de V Édit de Nantes à Paris, t. II, p. 367 et suiv.

tion de M. et de Mme Muysson, qui ont « pris un soin très particulier de se faire instruire et employé un long temps pour chercher la vérité qu'ils ont enfin reconnue ».

Les deux époux, ajoutent les Lettres historiques et anecdotiques du 9 février, « ont voulu faire leur conversion pendant la nuit. Lui reprendra sa place au Parlement, et l'on dit que le roy a la bonté de lui donner 25 000 livres pour le dédommager de toutes les pertes qu'il a voulu souffrir » (1). Aussi, le 15 février, en récompense de sa soumission, Jacques Muysson retrouva ses enfants, fut rétabli dans ses charges de conseiller au Parlement et d'administrateur des revenus casuels, et, le 4 septembre, Seignelay le lui confirma de la part du roi (2).

Le ministre fit appeler Muysson trois jours plus tard, et écrivit alors au procureur général : « On a dit au roi que Mme Muysson est mal convertie et que ses enfants ne peuvent être bien instruits étant près d'elle, et comme vous vous êtes mêlé de la conversion du sieur Muysson et de sa femme. Sa Majesté m'a ordonné de vous prier de vous en informer. »

Gomme on prétendait envoyer ses fils et sa fille dans des couvents, Muysson rappela la promesse qui lui avait été faite de les laisser chez lui s'il leur procurait un précepteur et une gouvernante catholiques. Le 18 septembre, le roi lui donna raison, Muysson dissimula, puis quelque temps après s'enfuit incognito en Hollande avec sa famille. Ce dut être vers les mois de septembre ou d'octobre 1687 (3).

De tels subterfuges ne compromettent que le pouvoir qui les provoque. Le i^^ novembre, Seignelay mandait à Ménars qu'on saisissait à Paris les biens des époux Muysson. Ill'invitait à s'emparer de même de leur terre voisine de Senlis. En attendant sa confiscation « légale », la régie de cette terre fut

(1) Bibliothèque nationale, Ms., Supplément français, n® 1643. — A. Jal, Dictionnaire de biographie et d'histoire, 2® éd., Paris, H. Pion, 1872, in- 8°, article « Protestants », p. 1007.

(2) Archives nationales, 01 30, p. 64, 311.

(3) Archives nationales, E 3373. — O. Douen, la Révocation de VÉdit de Nantes à Paris, t. II, p. 367 et ,suiv. Le dossier Muysson (TT 183, n» 42) de» Archives nationales donne la date inexacte 1689,

donnée à Mme de la Sablière (1), et la suppression de la charge du « coupable » fut prononcée le 24 janvier suivant. Dès le 24 octobre 1687, le roi avait donné à Marguerite Hessein radministration des autres biens des malheureux fugitifs :

« A Madame de la Sablière,

« Le roy ayant ordonné à M. de la Reynie de faire saisir les biens de M. et de Mme Muisson, Sa Majesté trouve bon que vous en ayez dès à présent la régie, conjointement avec un homme bon et solvable que vous choisirez. Prenez la peine, s'il vous plaît, de voir M. de la Reynie afin d'agir de concert avec luy en cette affaire. Si dams la suitte je puis vous y rendre quelque service, vous me trouverez disposé à le faire avec plaisir (2). »

Ces biens furent déférés plus tard à Mme de Noce, tante paternelle des enfants, et à Mme Trudaine, leur cousine germaine.

En février 1689, Muysson, « relaps », fut condamné aux galères perpétuelles, à la honte de ses oppresseurs. Ne dirait-on pas, dit un écrivain du temps, qu'il s'était agi de punir « le plus grand de tous les crimes et le plus irrémissible de tous les attentats » (3)?

Muysson retrouvait en Hollande François Morin du Sendat, ex-guidon des gendarmes du roi, Jacques de Dompierre de Jonquières, Adam de la Basoge et Théodore Le Gocq de Saint-Léger, ancien de Gharenton (4), ses beauxfrères. A peine établi à la Haye, il fut l'agent infatigable des réfugiés, s'efforça de les protéger et de les secourir dans leur détresse et entretint une importante correspondance

(1) Cf. Archives nationales, 01 31.

(2) lettre de Seignelay. Cf. Archives nationales 01 30, p. 125, 214, 215.

(3) O. DouEN, la Révocation à Paris..., t. II, p. 367 et suiv. ; E. Haag, la France protestante, article « Muysson ».

(4) Théodore Le Cocq avait épousé Madeleine Muysson. Il mourut à Londres en 1712, et sa veuve s'y remaria à son cousin Henri-David de la Croix. Le 20 juillet 1720, Mlle de la Croix, sa fille et son exécutrice testamentaire, apportait à l'hôpital français de Londres un beau collier de perles d'Orient. Cf. Proceedings oj Huguenot Society of London, t. VI, p. 47, 48.

avec de nombreuses notabilités françaises et étrangères (1).

De 1687 à 1689, un sieur Hennet fut chargé de ses affaires en France. Les familles de la Mésangère et de Noce ne restèrent pas étrangères à l'administration de ses biens, et nous pensons qu'elles ne profitèrent qu'en apparence des avantages que leur assurait la rigueur des édits.

Jacques Muysson fit son testament en 1690. « Il demande pardon à Dieu de toutes les fautes qu'il a commises contre Sa Majesté souveraine, et notamment du péché énorme qu'il a commis en signant qu'il se rangeait à l'Eglise romaine, dont il le supplie, par le sang de son fils Jésus-Christ, son unique médiateur, de ne le luy point imputer.» Il renouvelle ce testament devant Favon, notaire à la Haye, le 23 mars 1695, et institue « sa très chère et bien aimée femme Anne de Rambouillet tutrice de ses enfants ». — Il écrivit, depuis, une requête à Louis XIV au nom des protestants de France (attribuée aussi à Bayle et à Jacquelot) et imprimée en Hollande en 1697 (2), un des trois mémoires remis aux plénipotentiaires de la paix de Ryswick, et une réfutation incomplète de VAç^is aux réfugiés de Bayle. Il mourut au mois de septembre 1697, âgé de soixante et onze ans, comme l'indique une lettre de sa femme à Ezéchiel Spanheim, récemment nommé ambassadeur de l'électeur de Brunswick à Paris, lettre écrite le 12 décembre de la même année à la Haye (3), où elle habitait encore le 1®^ février 1709.

(1) Ces lettres sont intéressantes pour l'histoire des réfugiés français en Hollande. Citons parmi les correspondants français : MM. Beschefer, ami de Perrot d'Ablancourt ; Mauclerc (1693-1694); Ancillon, juge de paix des réfugiés à Berlin ; du Peyron ; Châtelain ; Poulie ; de Colombière ; le marquis du Quesne, ambassadeur de France en Suisse, et la marquise, née Bosc de la Galmette (1695) ; MM. de Marconnay ; de Lestang ; Jacques Féraud ; de Saint- Léger ; César Paget ; de Mauroy ; H. Golier ; Le Goux ; de Louvigny ; de Morogues. Parmi les étrangers : MM. d'Harwich, officier de Guillaume III (lettres datées de Bonn, Cologne et Aix-la-Chapelle, 1689-1690); le duc de Schomberg-Leinster et son frère, fils du maréchal de Guillaume III (campagnes de Catinat et du prince Eugène, 1693- 1694); le comte de Galwey, général de Guillaume III (1694-1696); M. de Spanheim, ministre d'État de l'électeur de Brandebourg (1697); M. Jacques Van Heack, ou Van der Kerk (Bibliothèque de l'histoire du protestantisme français à Paris, 54, rue des Saints-Pères, dossier ms. Muysson, très aimablement communiqué par M. N. Weiss, à qui j'adresse ici mes plus vifs remerciements).

(2) Archives nationales, M 1002. O. Douen, la Révocation à Paris, t. II, p. 367 et suiv.

(3) Bulletin de l'histoire du protestantisme français, 12« année, Paris, 1863, in.8o, p. 306, 307, 409.

Dès le mois d'août 1698, Mme de Noce et Renée-Madeleine de Rambouillet (depuis Mme Trudaine) s'étaient portées héritières, chacune pour moitié, des biens d'Anne de Rambouillet, leur sœur et tante (1). Ces biens, confisqués en vertu de l'arrêt de février 1689, et possédés par elles depuis 1690, leur furent définitivement attribués le 1" mai 1704 (2).

Ancillon écrit quelques années plus tard : « Muysson sera mis sans doute au nombre des plus glorieux confesseurs que la dernière persécution en France ait produits... Il est mort réfugié en Hollande ; ce généreux magistrat avoit abandonné une charge des plus considérables du royaume et des biens en fonds de terre et en argent qui le rendoient un des plus riches et des plus puissants de sa compagnie... Il s'en est vu dépouiller, raser ses maisons de campagne, dégrader ses bois, traiter en un mot avec fureur en haine de sa retraite les choses animées et les choses inanimées pour peu de rapport qu'elles eussent avec lui ; tout cela ne lui a donné aucun regret, et il a fini tranquillement une si belle vie par une mort douce et édifiante, laissant le soin d'une belle et nombreuse famille à une épouse sage et vertueuse, qui, avec la bénédiction de Dieu, en a déjà établi solidement une partie en Hollande et en Angleterre (3). »

Il avait laissé cinq enfants : Philippe Muysson, dont nous parlerons plus bas ; Antoine Muysson, né en 1676 ; Henry Muysson, sieur du Bailleul et de Barré, né le 6 mai 1678, que

(1) Bibliothèque nationale, Ms., Pièces originales, vol. 2428, dossier 54562.

(2) Archives nationales, E 3390. — Les biens de Jacques Muysson excitaient encore en 1732 les convoitises d'Anne du Goudray, veuve d'Antoine- Joseph Conrart, de Jeanne, sa fille, et de Jean-Baptiste Conrart, tous descendants de Jacques- François Conrart, héritier de Grégoire Conrart, ancien échevin de Valenciennes, cousin issu de germain de Jacques Muysson et encore vivant lors de son émigration. Ils les réclamaient en vertu de l'édit de décembre 1714, qui attribuait à leurs plus proches parents la fortune des religionnaires fugitifs, et sollicitaient le rapport du brevet accordé par le roi en 1704 à Mmes de Noce et Trudaine. Nous ignorons le résultat de ces réclamations. — Jbid., TT 183, dossier Muysson, n° 42.

(3) Il ne s'agit point ici, comme l'a cru Walckenaer, de Maximilien Misson. — Cf. Ancillon, Mémoires concernant les vies et les ouvrages de plusieurs modernes célèbres dans la république des lettres, Amsterdam, Wetsteins, 1709, in-12, p. 7 et 8 ; — Walckenaer, Histoire de la vie de Jean de la Fontaine, première édition, 1820, in-8°, p. 438, 439 ; — Cl. Jal, Dictionnaire de biographie et d'histoire, article « Muysson ».

nous trouvons en 1709 capitaine de dragons au service de l'électeur de Brunswick ; Anne-Madeleine Muysson, née en 1680, mariée en 1709 à Jean-François de Morin, baron du Sendat ; N. Muysson, veuve dès 1709 de Jean-Louis Bosc de la Calmette (peut-être celle qui obtint d'un curé de Laon un certificat de catholicité qui valut la prison à son signataire) ; enfin Marie-Anne Muysson, mariée à la Haye, par contrat du ler février 1709, à Pierre de Lisle de Verdun, lieutenant-colonel et capitaine d'infanterie au service de Leurs Hautes Puissances.

A l'occasion de ce mariage, Anne de Rambouillet réunit dans son hôtel ses parents et amis réfugiés : les Villepontoux du Jaure, Frieshem, de Dompierre de Jonquières, de la Basoge d'Hériqueville, de Saumaise, Masclary de Barangeon, du Monceau de Lestang, Bigot de Clamar et de Saint-Pierre, Vallée de Chenailles, Bidé d'Agaury, Bazin de Liméville, de Serrière, etc., etc. La future reçut en dot 30000 livres et 15000 florins de Hollande, ce qui montre que, malgré leurs revers, la fortune des Muysson restait encore considérable. L'époux, fils d'une d^^^ de Rieux, apportait en mariage 41 000 florins.

Revenons à Philippe Muysson du Toillon et Rieux (l'aîné des enfants de Jacques Muysson), né le 7 mai 1674, et marié avant 1709 à Charlotte Le Gocq, parente des Rambouillet. Nous le trouvons membre de l'église wallonne à la Haye le 17 avril 1688, puis établi à Londres le 28 mars 1706 (1). H rédigea son testament le 2 mai 1712. Deux ans plus tard, le 25 janvier 1714, il adressait aux États généraux une requête en faveur de cent six galériens .libérés (2). Il était mort le 8 novembre 1715, date de l'enregistrement de ses dernières volontés par Samuel Favon, notaire à la Haye. Elles conféraient à sa femme la tutelle de ses trois enfants :

1*^ Jacques-Théodore Muysson, baptisé à la Haye le 7 novembre 1700, élève de l'université de Leyde, membre par confession de l'église de la Haye le 20 mars 1717, reçu à Utrecht en 1721 ministre du Saint Évangile, qui épousa à la Haye, le 25 avril 1730, Marie-Louise de Morin (fille de Jean-François de Morin du Sendat et d'Anne-Madeleine

(1) Baptême de Charlotte Duvivier k l'église française de la Patente, à Londres.

(2) O. DOUEN, la Révocation de V Édit de Nantes à ParOi^ t. II, p. 367 et suiv.

Muysson), sa cousine germaine. Il s'établit à Londres, où il fut, en 1732, pasteur de l'église française de Saint-Martin-sur- Lane et de l'église de la Savoie. En 1758, il exerçait encore son ministère à la chapelle royale française de Saint-James (French Chapel royal), et il publia, en 1767, la « Relation des mesures qui furent prises en 1711-1713 pour introduire la liturgie anglicane dans le royaume de Prusse et Vélectorat de Hannover^ traduite de l'anglais par J.-Th. Muysson, ministre de la chapelle française du palais de Saint-James et de l'église française de la Savoie » (1). Jacques-Théodore Muysson et sa femme moururent à une heure d'intervalle, le 24 avril 1771, et leur fils, Philippe Muysson, né en 1733, directeur de l'hôpital français des réfugiés à Londres en 1774, décéda en 1784.

2» Henri-Philippe Muysson, baptisé à la Haye le 13 décembre 1702, reçu membre de l'église de la Haye, par témoignage de l'église d'Utrecht, le 8 juin 1721, qui fut capitaine le 10 février 1727, puis lieutenant-colonel, le 2 novembre 1750, du régiment d'Orange-Frise.

Enfin 3° Dorothée Muysson, fille de Philippe, baptisée le 6 novembre 1707, mariée à la Haye, le 10 janvier 1751, à Franc ois- Alexandre de la Rivière, lieutenant-colonel le 23 juillet 1728, colonel le 18 mars 1746, puis général major le 2 janvier 1748, du régiment des gardes hollandaises infanterie, qui décéda à soixante-dix-sept ans le 20 juin 1764. Elle mourut à la Haye,àrâgede quatre-vingt-neuf ans, le 9 février 1797(2).

Tels sont les renseignements que nous avons pu recueillir sur la descendance de ce magistrat si cruellement persécuté.

Marguerite de Rambouillet, deuxième fille de Mme de la Sablière, née le 20 janvier 1658, fut mariée, comme on l'a dit plus haut, le 10 mai 1678, à Guillaume Scott, seigneur de

(1) Cf. Proceedings nf the Huguenot Society of London, t. VIII, p. 21, 47, 386.

(2) Haao, la France protestante, article « Muysson ». — Bibliothèque du pro testantisme français, dossier Muysson. — Proceedings of the Huguenot Society of London, t. VIII, p. 21, 47, 348, 386.

la Mésangère et de Boscherville, baronnet héréditaire d'Angleterre et conseiller au parlement de Rouen (1). Sa famille, originaire d'Ecosse, avait émigré en Hollande et de là en Normandie, où elle a donné des présidents au parlement et possédé de beaux et nombreux domaines. Son père avait eu, en 1651, l'insigne honneur de recevoir Charles II, roi d'Angleterre, quand il traversa Rouen après avoir échappé à la fureur de ses ennemis. Guillaume assista depuis comme commissaire du roi, en 1677, au synode de Rouen dont le procès-verbal est conservé aux Archives nationales (2).

Mme de la Sablière fut présente aux réceptions données à l'occasion du mariage de sa fdle : « Mlle de La Sablière, dit le Mercure galant^ est une fort aimable personne. Elle est belle, bien faite, et partage les avantages de sa famille, qui est tout esprit (3). »

Intelligente et lettrée, elle avait hérité du charme de sa mère. Aussi La Fontaine l'associa-t-il à l'immortalité qu'il assurait à Mme de la Sablière en lui dédiant, en 1685, son poème de Daphnis et Alcimadiire.

Aimable fille d'une mère A qui seule aujourd'hui (4) mille cœurs font la cour, Sans ceux que l'amitié rend soigneux de vous plaire Et quelques-uns encor que vous garde l'amour,

Je ne puis qu'en cette préface

Je ne partage entr'elle et vous Un peu de cet encens qu'on recueille au Parnasse, Et que j'ai le secret de rendre exquis et doux.

Je vous dirai donc... Mais tout dire,

Ce serait trop ; il faut choisir,

Ménageant ma voix et ma lire, Qui bientôt vont manquer de force et de loisir, Je loûrai seulement un cœur plein de tendresse, Ces nobles sentimens, ces grâces, cet esprit ; Vous n'auriez en cela ni maître ni maîtresse. Sans celle dont sur vous l'éloge rejaillit.

(1) Cf. chap. vni, et Haag, la France protestante, t. VIII p. 205 ; t. IX, p. 240.

(2) Archives nationales, TT 258, 261.

(3) Mercure galant, mai 1678, p. 371, 372.

(4) Peut-être : « seule aujourd'hui », entre deux virgules. Les deux filles de Mme de la Sablière étaient mariées quand ces vers furent composés. Cf. sur ces mots H. Régnier, Œuvres de Jean de la Fontaine, t. III, p. 329.

ïf^

Gardez d'environner ces roses De trop d'épines : si jamais L'amour vous dit les mêmes choses, Il les dit mieux que je ne fais.

Aussi sçait-il punir ceux qui ferment l'oreille A ses conseils...

Le 27 mars 1685, cédant à la violence ou à la persuasion, Mme de la Mésangère abjura la religion réformée et reçut du roi une pension de 2 000 livres (1).

L'année suivante, en 1686, Fontenelle dédiait à Mme de la Mésangère ses célèbres Entretiens sur la pluralité des mondes. S'il faut en croire Trublet, l'auteur l'a prise pour interlocutrice, sous le nom de marquise de G..., afin de pouvoir lui adresser force compliments pleins de finesse et de grâce :

« Il a peint sa marquise d'après cette dame, quoiqu'il n'eût pas eu avec elle les entretiens qui composent l'ouvrage et qui sont pure fiction. »

C'est à Rouen que furent composés ces Entretiens, « Lorsqu'il lut son ouvrage à la dame, la femme de chambre de cette dernière, qui étoit présente, reconnut sa maîtresse dès les premières pages et le parc de la Mésangère, et se mit à sourire. » On lisait encore en 1739, sur l'écorce des hêtres de la principale allée du parc, des vers gravés par Fontenelle (2).

Trublet ajoute que Mme de la Mésangère était une très belle brune, et que Fontenelle fit sa marquise blonde afin de la déguiser un peu. Aussi La Beaumelle avoue-t-il que « la marquise de la Mésangère ne put jouir qu'en secret de la partie qui lui était due dans les applaudissements donnés aux soirées de M. de Fontenelle » (3). Notons qu'elle

(1) Archives nationales, 01 29, p. 173.

(2) N. Trublet, Mémoires pour servir à r histoire de la vie fi des ouvrages de Mes- .rs de Fontenelle et de la Motte..., Amsterdam, Rey, 1759, in-12, p. 128 et note.

(3) « C'est la marquise de la Pluralité des mondes. Nous devons cette anecdote à xM. Baulacre, bibliothécaire de l'Académie de Genève, qui la tient de la bouche même du marquis de la Sablière, frère de cette dame. S'il faut en croire ce savant, on ne doit pas chercher ailleurs la Clarisse de M. de Fontenelle. » Cf. M. DE LA Bkaumelle, V Esprit, ouvrage posthume, Paris, Favre, an XI (1802), in-12, p. 114 et note 29; p. 265.

ne fut pas plus marquise que Mme de la Sablière (1).

Le château fortifié de la Mésangère, situé dans la paroisse de Bosguérard-de-Marcouville, près de Bourgtheroulde, n'était guère habité par le conseiller Scott, que ses fonctions obligeaient à résider à Rouen. Réparé et rajeuni par ses soins, le manoir possédait une riche bibliothèque ; son parc et les jardins avaient été, dit-on, dessinés par Le Nôtre et par Le Brun. Guillaume y établit un temple réformé, supprimé dès

Sa femme, de passage à Paris, le 23 octobre 1679, demeurait à l'hôtel familial de la rue des Fossés-Montmartre, paroisse Saint-Eustache. Le 30 avril 1683, nous la trouvons rue Saint- Honoré, paroisse Saint- Roch, chez sa mère, et le 27 janvier 1687, rue de Cléry, paroisse Saint-Eustache, vraisemblablement chez son grand-oncle Antoine Menjot (2). Elle ne possédait (à notre connaissance du moins) aucun hôtel rue de la Sourdière, contrairement à ce qu'ont pensé MM. Lefeuve et H. Régnier (3).

La Mésangère, qui ne se fit guère connaître que par le ridicule procès qu'il soutint en 1678 contre Jean Roessé de Beuzevilette au sujet d'un banc dans l'église de Quevilly (4), mourui en 1682. Ordre fut donné à ses héritiers de vendre sa charge à un catholique (5). Sa veuve habita longtemps à Rouen, rm de la Grosse -Horloge (n^s 115 et 117), la célèbre maison er bois et en terre cuite construite au seizième siècle au pied de h tour Saint-André, à côté de la belle maison des n^s 129 et 13J de la même rue.

Mme de la Mésangère conserva longtemps une réelle beauté et ne craignit pas de se remarier le 7 mars 1690 (6), contrairement à l'avis de sa mère, de sa famille et de tous sej

(1) J. LouvET, article « La Sablière » dans la Biographie universelle de Didot

(2) Actes reçus par Bouret, notaire à Paris (étude de M» Charpentier, notain à Paris).

(3) Œuçres de Jean, de la Fontaine, t. I, p. clxiv, note 3. — Cf. Lefettvb les Anciennes Maisons de Paris sous Napoléon III, t. V, p. 219.

(4) On trouve Antoine de Rambouillet, secrétaire du roi, mentionné sur lei registres protestants de cette église. Cf. Floquet, Histoire du Parlement di Normandie.

(5) Cf. [Philippe Legendre], Histoire de la persécution faite à l'église de Rouei sur la fin du dernier siècle, Rotterdam, Jean Malherbe, 1704, in-8**, p. 4.

(6) Cf. Mercure de 1690, qui donne la date du 21 février, et chap. xn.

amis, à Charles de Noce, seigneur de Fontenay et de la Chapelle, maître de la garde-robe et premier gentilhomme du duc d'Orléans régent, pourvu en 1719 de 10 000 livres de pension, fils de Claude de Noce, seigneur de Fontenay, gouverneur du comte de Saint-Paul et du duc d'Orléans, et de Marie Le Roy de Gomberville. Ce fut une folie universellement désapprouvée, car ce Charles de Noce, élégant cavalier et ami d'enfance du régent, ne possédait aucune des vertus d'un époux tranquille, et, de fait, il s'associa sans scrupules aux débauches de son patron.

« Noce, dit Saint-Simon, étoit un grand homme, qui avoit été fort bien fait, qui avoit assez servi pour sa réputation, qui avoit de l'esprit et quelque ornement dans l'esprit, et de la grâce quand il vouloit plaire. Il avoit du bien considérablement... Il étoit fort connu de M. le duc d'Orléans, parce qu'il étoit fils de Fontenay, qui avoit été son sous-gouverneur, et il lui avoit plu parla haine de toute contrainte, par sa philosophie toute épicurienne, par une brasquerie qui, quand elle n'alloit pas à la brutalité, ce qui arrivoit assez souvent, étoit quelquefois plaisante sous le masque de franchise et de liberté ; d'ailleurs un assez honnête mondain, pourtant fort particulier. Il étoit fort éloigné de s'accommoder de tout le monde, fort paresseux, ne se gênoit pour rien, ne se refusoit rien. Le climat, les saisons, les morceaux rares qui ne se trouvoient qu'en certains temps et en certaines provinces, les sociétés qui lui plaisoient, quelquefois une maîtresse ou la salubrité de l'air, l'attiroient ici et là, et l'y retenoient des années, et quelquefois davantage ; d'ailleurs poli, vouloit demeurer à sa place, ne se soucioit de rien que de quelque argent, sans être trop avide, pour jeter librement à toutes ses fantaisies dont il étoit plein en tout genre et à pas une desquelles il ne résista jamais. »

Là où Saint-Simon parle sans trop connaître, comme il lui arrive souvent, c'est quand il ajoute que « Noce n'étoit point marié en 1715, parce qu'il estimoit la liberté par-dessus toutes choses ». Noce, marié dès 1690, était alors veuf depuis un an. Il posséda sur le régent une influence considérable, prit part à beaucoup d'intrigues, fut favorable à l'alliance anglaise en 1715, et servit d'intermédiaire en 1718 entre Dubois et Phi-

lippe d'Orléans pour les négociations de Londres. Depuis, ilj flatta le Parlement, protégea Rémond et Nancré, et devint en] 1722 suspect à Dubois, qui le fit exiler à Blois (1). Le duc de Chartres organisait alors une cabale contre le cardinal. Laj Fare en faisait partie, sollicitait le retour de Noce et y employait Mme du Deffand (2). Noce fut en effet rappelé Tannée suivante, et le duc d'Orléans le dédommagea de son exil par un présent de 50 000 livres et par 2 000 écus de pension.

« M. de Nocey (écrit aimablement Moréri), digne fils de son père du côté de la probité, et courtisan sans être flatteur, sut se concilier en même temps l'estime du public et l'amitié de son prince. Sans parler du goût qu'il avoit pour les arts, c'étoit lui-même un homme de beaucoup d'esprit, plein de feu et d'imagination, mais trop enclin à la raillerie (3). »

Mme de Noce, à qui les biens de sa sœur, Mme Muysson,l avaient été injustement dévolus, mourut à Paris, sans enfants de son second mariage, le 30 novembre 1714, à l'âge de cinquante-sept ans, et fut inhumée le lendemain dans l'église des prêtres de l'Oratoire -Saint- Honoré. Son mari lui survécut vingt-cinq ans et s'éteignit à Saint-Germain-en-Laye le 27 juin 1739, à l'âge de soixante-quinze ans (4).

Du premier mariage de Mme de la Mésangère étaient nés deux enfants : Guillaume, fils aîné, et Antoine Scott, seigneur de la Mésangère, né le 15 novembre 1680, qui fut maître d'hôtel du roi, épousa, le 26 juillet 1713, Anne-Élisabeth Bourret, fille d'un intendant de la duchesse de Nemours, conseiller d'État de Neuchâtel en Suisse, mourut à Paris le 4 mars 1763,

(1) Saint-Simon, Mémoires, édition Gheruel, Paris, Hachette, 1873-1875, in-12, t. V, p. 136 ; t. XI, p. 335 ; t. XII, p. 369, 370, 441 ; t. XIII, p. 48 ; t. XIV, p. 215; t. XV, p. 310; t. XVI, p. 208, 274; t. XVIII, p. 388, 443; t. XIX, p. 54, 155.

(2) Archives des Affaires étrangères, France, Galeries, volume n^ 513.

(3) La sœur de Noce, belle et vertueuse, était femme d'André Desson, sieur de Torp. Cf. Moréri, Grand Dictionnaire, Paris, 1759, t. VII, p. 1060.

(4) Mercure de France, juin 1739, p. 1246, 1247. Dans une exposition faite à Londres (le 22 octobre 1885) d'objets ayant appartenu aux réfugiés français, le lieutenant général F. -P. Layard produisit une boîte en ivoire aux armes de Charles de Noce et de Marguerite de Rambouillet, sa grand' tante. Ce précieux objet appartient aujourd'hui à Mrs Somes, née Caroly Mary Layard, qui nous a très aimablement autorisé à en reproduire la photogravure. Cf. chap. xv, et Proceedings of the Huguenot Society of London, t. I, p. 92. — A Huguenot reliCf by lieutenant général F.-P, Layard, Lymington, 1886, in-S».

et ne laissa qu'une fille, Anne-Élisabeth Scott, née le 29 juin 1716, mariée dans la chapelle de l'hôtel de Sassenay à Paris, le 16 décembre 1738, à Charles-Alexandre de Vissée de la Tude Joannis, marquis de Ganges, baron des États de Languedoc, seigneur de Cassillac, Soubeyros, Monles, l'Olivier, fils de Louis de Vissée et de Marie-Charlotte de la Rochefoucauld-Langeac ; morte à Ganges, sans enfants, âgée de vingtcinq ans, en juillet 1741 (1).

Guillaume Scott, né le 16 novembre 1679, fils aîné de Mme de la Mésangère, président en la chambre des comptes de Rouen et chevalier de justice du Mont-Carmel et de Saint- Lazare de Jérusalem en 1723, épousa en 1703 Marie-Thérèse du Paz et fut père de quatre fils et d'une fille, savoir :

Guillaume Scott, seigneur de la Mésangère, lieutenant de dragons au régiment d'Orléans, mort à Bouquelon, près Quillebœuf (Eure), en 1785 ;

Édouard-François-Pierre Scott, seigneur de Roys, chevalier de Malte, mort au château de la Mésangère, paroisse de Saint- Pierre de Bosguérard, en 1764, laissant de son mariage avec Louise Carrel un fils, Edouard- Nicolas-François- René Scott, domicilié à Paris, rue Plumet, en 1782, mort célibataire à Charonne en 1789, et deux filles, Anne Scott, mariée à Charles-Barthélémy de Pillon, seigneur de la Tillaye, dont postérité, et Adélaïde Scott, unie à Louis-François de Bouju, seigneur de Remeville, et en secondes noces (en 1777) à Jean- Antoine Lefèvre de Graintheville.

Le troisième fils du président de la Mésangère, Jean- Antoine Scott de Boscherville, chevalier de Malte, décéda célibataire à Rouen en 1766 ; et le quatrième, Guillaume- Antoine Scott de la Mésangère, né en 1721, marié à Anne Michel de Chambord, mourut en 1760. Il eut un fils, Guillaume Scott, seigneur du Plessis, qui ne laissa d'Adélaïde Morin de la Rivière que deux filles : Félicité Scott, morte célibataire à Bouquelon le 6 mars 1794, et Gertrude, la dernière des Scott, qui épousa, en janvier 1799, Bon-François d'Anneville, d'une ancienne famille normande.

(1) Mercure de France, décembre 1738, p. 2725 ; juillet 1741, p. 1692 ; mars 1743, p. 604, 605. La Chesnayb-Desbois, Dictionnaire de la noblesse, article « Scott ».

La fille du président, Marguerite-Iphigénie Scott, femme d'Anne- Alexandre Bourgoise de Pommerval, baron de Manneville, mourut à Rouen en 1758, laissant deux filles mariées à MM. Gérauld de Beauclair, et Beral de Massebeau Sédaiges, dont postérité (1).

(1) La Chesnaye-Desboïs, Dictionnaire de la noblesse, article « Scott ». — Archives départementales de Seine-et-Marne, dossier de la succession Trudaine, coté E 1100.

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