‹ Madame de La SablièreChapitre 21 sur 104 · IV. Grands. — Les grands vivent presque toujours sani · texte numérisé non relu

IV. Grands. — Les grands vivent presque toujours sani

réflexion : cependant ils sont plus obligez que lei autres, de rentrer souvent en eux-mêmes, pour s< dire de certaines véritéz qu'ils ne doivent pa espérer apprendre d'ailleurs.

V. Orgueil. — Il y a une singularité vicieuse qu'ins pire l'orgueil, et c'est ce que le Fils de Dieu con damne si souvent dans les pharisiens : mais y a une singularité évangélique qui s'oppose ac torrent du siècle, qui en condamne l'usage, et c'es le véritable caractère qui distingue les justes de mondains et des pécheurs.

VI. Grands. — Quand les Grands, en donnant lieu d croire qu'ils veulent être flattez, empêchent qu'o ne leur découvre les véritéz qui pourroient l€ instruire, l'ignorance dans laquelle ils vivent es

(1) Les variantes indiquées et les titres entre crochets appartiennent à Téd tion de 1777.

en quelque façon volontaire, et ne les exempte point de péché.

VII. Conseil [Conseils]. — Rien n'est plus capable de rendre un bon conseil, non seulement inutile, mais même préjudiciable, que de l'accompagner d'un mauvais exemple.

VIII. Incertitude. — Il n'y auroit aucune incertitude dans la morale chrétienne, si les hommes, qui conviennent presque toujours des règles générales et des principes, en tiroient les conséquences sans consulter leurs passions.

IX. Charité. — La charité sanctifie les actions les plus communes, et l'orgueil corrompt les plus sublimes vertus.

X. Défauts. — Les gens de bien par leurs bons exemples, corrigent souvent les défauts des autres sans les reprendre ; et ceux qui ne le sont pas, reprennent souvent les défauts des autres sans les corriger. XI. Foy [Foi]. — La Foy nous fait regarder comme des biens ce que le monde regarde comme des maux ; et comme des maux, ce que le monde appelle des biens : et c'est de la différence de ces idées que naît la différente conduite des justes et des pécheurs.

XII. Occupez [Occupés]. — Nous sommes sans cesse occupez d'un avenir incertain, qui souvent ne nous regarde pas ; et nous ne pensons point à celui qui ne peut manquer d'arriver, et d'où dépend notre bonheur, ou notre malheur éternel.

XIII. Salut. — Quand nous négligeons notre salut, ce n'est point la charité qui nous fait travailler à celui des autres.

XIV. Désirs. — Ce qui nous empêche d'exécuter nos bons desseins, c'est que nous ne pensons qu'à notre fuiblesse, et que nous ne faisons pas réflexion qu'il est aussi aisé à Dieu de nous faire faire de saintes actions, que de nous inspirer de saints désirs.

XV. Bonheur éternel. — Il n'y a point de moment où nous ne puissions mériter un bonheur éternel : le temps est donc une chose si précieuse, que le monde n'a rien d'un assez grand prix pour nou< payer celui que nous lui donnons.

XVI. Suplice du cœur [Supplice du cœur. Cf. Cœur]. — Il n'y a point de créature qui ne devienne le

supplice du cœur qui cherche son repos en elle.

XVII. Amusemens frivoles. — Les amusemens frivoles du siècle ne nous ôtent pas moins le goût et le discernement des vrais biens, que les passions les plus criminelles.

XVIII. Usage. — L'usage ne peut jamais servir d'excuse et de prétexte pour pécher : comme c'est le monde qui l'établit, il doit toujours être suspect aux chrétiens, qui ont fait serment dans leur baptême de renoncer au monde et à ses maximes.

XIX. Incréduhté de l'esprit [Incrédulité]. — L'incrédulité de l'esprit vient presque toujours de la corruption du cœur. On ne peut se résoudre à croire ce qui fait violence à la nature. On veut conserver ses passions, et se défaire de ses remords. XX. Défiance. — Nous avons une défiance timide de la Providence de Dieu dans les affaires temporelles : et pour l'affaire du salut, nous avons une confiance téméraire en sa miséricorde.

XXI. Habitudes. — Les habitudes dans (1) la vieillesse ne sont pas de moindres obstacles pour le salut, que les passions dans la jeunesse.

XXII. Défauts. — On corrige plutôt les défauts des autres en les souffrant avec patience, qu'en les reprenant avec orgueil.

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