XXIV. Humilité. — Les sentimens d'humilité que nous
faisons paroitre par nos paroles, ne sont pas sincères, si nous sommes fâchez de persuader les autres de ce que nous disons de nous-mêmes. XXV. Fuir. — Nous ne pourrions souffrir que les autres prissent autant de soin de nous fuir, que nous en prenons de nous fuir nous-mêmes en nous répandant au dehors.
XXVI. Corriger. — On prend aisément en général la résolution de se corriger : on jouit avec plaisir de l'idée de la vertu ; mais sitôt qu'il se présente
(1) De.
quelque passion à combattre, cette résolution s'affaiblit et l'on ne se sent plus capable d'exécuter un dessein que l'on avoit formé sans peine, mais que l'on ne peut exécuter sans se faire violence.
XXVII. Confesser [Confession]. — S'il suffisoit pour être sauvé de se confesser à l'heure de la mort, il ne seroit pas vrai que la voie du salut fut si étroite, et qu'il y eut si peu d'élus. XXVIII. Vice [Vices]. — Le torrent du siècle ne manquera pas de nous entraîner du côté du vice, si nous ne faisons de continuels efforts pour nous avancer dans le chemin de la vertu.
XXIX. Chrétiens. — Si l'on se faisoit une idée de l'Évangile sur la vie de la plupart des chrétiens, on le croiroit plein de maximes directement contraires à celles que Jésus-Christ a établies.
XXX. Passions. — Nous prenons souvent le repentir qui naît de notre inconstance, ou du malheureux succès de nos passions, pour le remords d'une véritable pénitence.
XXXI. Dégoût. — Quand le dégoût que nous avons pour le monde n'est pas un effet de la grâce, mais de l'orgueil et de l'amour-propre, il nous ramène bien à nous-mêmes, mais il ne nous conduit point à Dieu.
XXXII. De l'âme [Ame]. — Il est autant impossible à l'âme de se soutenir dans la grâce sans la prière, qu'il l'est au corps de subsister sans nourriture. XXXIII. De l'âme [Ame]. — Tout ce qui passe avec le temps est court, et ne mérite point d'attirer l'attention d'ur e âme, qui marche sans cesse vers l'Éternité.
XXXIV. Pécheur. — Il n'y a point d'état plus déplorable que celui d'un pécheur qui ne trouve point d'obstacle à ses désirs, et que Dieu abandonne à la merci de ses passions.
XXXV. Salut. — Les chaînes qui nous lioient aux créatures sont souvent rompues, que nous demeurons encore attachez (1) à la terre par notre propre poids. Cet obstacle qui s'oppose à notre salut, et qui subsiste dans les différens âges de la vie, n'est pas moins difficile à vaincre que les autres.
(1) Demeurons attachés.