XXXVI. Passions. — Il est difficile de vaincre ses passions
mais il est impossible de les satisfaire. XXXVII. Vengeance. — La vengeance procède toujours de la foiblesse de l'âme, qui n'est pas capable de supporter les injures.
XXXVIII. Péchez [Pécheur]. — Les hommes se plaignent de leurs peines, et ne se repentent point des péchez qui les attirent.
XXXIX. Devoirs de chrétien [Devoirs]. — Les omissions des devoirs du chrétien, et de ceux de la condition où l'on se trouve, sont des péchez souvent imperceptibles aux personnes mêmes qui les commettent : cependant l'Évangile condamne le serviteur inutile aux mêmes peines que le rebelle.
XL. Péchez [Pécheur]. — Nous ne baissons pas assez fortement le péché, si cette haine ne nous fait éviter avec soin les occasions qui nous ont été des pièges. XLI. Volonté de Dieu. — On ne résiste point à la volonté de Dieu, elle s'accomplit (1) toujours en nous, ou par nôtre obéissance, si nous nous y conformons, ou par nôtre châtiment, si nous nous révoltons contre elle.
XLII. Projets. — Les projets que nous faisons de nous convertir un jour, ne servent le plus souvent qu'à étouffer les remords présens. On se repose sur des desseins chimériques que l'on n'exécute jamais, et par là on se dérobe la vue de ses crimes, ou l'on croit en quelque façon les réparer. XLIII. Fausses et trompeuses [Opinion]. — Toutes les dif férences que l'opinion met entre les hommes sont fausses et trompeuses ; il n'y a que la grâce qui les distingue, on n'est véritablement que ce qu'on est aux yeux de Dieu.
XLIV. Persécution. — Il faut respecter ceux qui nous persécutent, et les regarder comme les exécuteurs de la justice de Dieu qui nous châtie.
XLV. Fidèles. — Si les fidèles qui s'assemblent dans les Églises pour prier, se regardoient comme des coupables qui viennent implorer la miséricorde de leur juge, leurs prières seroient plus humbles et plus ferventes.
XLVI. Amour de Dieu. — L'amour que Dieu demande de nous n'est pas un amour sensible, mais un amour
(1) La volonté de Dieu s'accomplit..
de préférence qui nous engage à sacrifier toutes choses plutôt que de lui déplaire.
XLVII. Desseins. — Si dans tous nos desseins nous ne pensions qu'à plaire à Dieu et à faire sa volonté, quelque succès qu'ils pussent (1) avoir, nous serions toujours contents.
XL VIII. Vertu des payens [Vertu]. — La vertu des payens les a portez quelquefois à mépriser le monde, mais il n'y a que la vertu chrétienne qui puisse faire désirer d'en être méprisé.
XLIX. Vertu. — Toutes les vertus éclatantes nous doivent toujours être suspectes, il n'y a que l'amour de l'humiliation dont le démon ne peut jamais nous faire un piège.
L. Cœur élevé [Cœur]. — Un cœur élevé par la grâce ne trouve rien dans le monde qui ne soit (2) au-dessous de lui.
LI. Vertu. — Si nous considérions que les vertus qui s'acquièrent avec tant de peines, se perdent quelquefois en un moment dans le commerce du monde ; bien loin de le chercher et de nous y plaire (3), nous le fuirions comme un ennemi qui ne pense qu'à nous enlever nos plus précieux trésors. LU. Conversation. — Il se mêle ordinairement dans les conversations les plus saintes, un certain levain d'orgueil et de vanité qui en empêche tout le fruit. LUI. Salut. — Les bons desseins que nous formons et que nous n'exécutons pas, ne servent qu'à nous rendre plus coupables, et qu'à mettre de nouveaux obstacles à notre salut.
LIV. Tristesse. — Il n'y a que la tristesse de la pénitence qui soit une tristesse raisonnable ; toutes les autres sont des marques ou de la foiblesse, ou de la corruption de la nature. LV. Désirs. — Le désir est la prière du cœur ; Dieu qui connoit nos désirs, entend toujours, et exauce souvent cette prière.
LVI. Chute. — Il est juste que celui qui ne fuit point les occasions de pécher, et qui s'expose témérairairement au péril, soit puni de sa présomption par sa chute.
(1) Puissent.
(2) Qui soit.
(3) Nous plaire.
LVIi. Séparer du monde. — H est plus aisé de se séparer du commerce du monde, que de vivre dans le monde avec aussi peu d'attachement que si l'on en étoit séparé. Cependant l'un ou l'autre est nécessaire pour se sauver.
LVIII. Prospérité. — Dieu qui nous promet de ne nous pas abandonner dans la tribulation (1), ne nous fait pas espérer la même grâce dans la prospérité. LIX. Chrétiens [Gloire d'un chrétien]. — La véritable gloire d'un chrétien ne consiste pas à s'élever audessus des autres, mais à s'abaisser pour se rendre plus conforme à Jésus-Christ.
LX. TranqiiiUité du pécheur [Tranquillité]. — La tranquillité du pécheur au milieu de ses crimes, est une létargie spirituelle.
LXL Mérite. — Le mérite de nos souffrances est bien d'un plus grand prix devant Dieu, que celui de nos actions.
LXIL Punition. — La pénitence ne punit pas assés sévèrement le pécheur, si elle n'imite la colère de Dieu, et ne prend la place de sa justice.
LXIIL Plair assuré [Plaisir assuré]. — Un plaisir dont on est assuré de se repentir ne peut jamais être tranquille.
LXIV. Recueillement. — Le recueillement est une espèce de solitude, où il faut souvent se retirer au milieu des conversations profanes du siècle, pour n'être point infecté de l'air contagieux que l'on y respire.
LXV. Grandes choses. — C'est moins en faisant de grandes choses, qu'en s' acquittant facilement des plus petites, que l'on devient saint.
LXVL Inquiétude. — Pour juger du trouble et de l'inquiétude des pécheurs, il ne faut que les consulter euxmêmes au milieu de tous leurs plaisirs. Ils ont la bonne foi d'avouer qu'ils ne peuvent parvenir à se rendre heureux.
LXVII. Prières. — Nous voulons que Dieu nous écoute dans nos prières, et nous ne nous écoutons pas nousmêmes.
LXVII I. Dieu punit [Désirs]. — Dieu punit souvent les désirs déréglez du cœur par les ténèbres de l'esprit.