De Mme de la Sablière à Vahhé de Rancé
Ce 14 juin [16]88.
Vos paroles, M. T. R. P. (5), sont des traits enflammez qui portent dans mon âme la chaleur et la lumière ; je sçay présentement ce que je dois faire, et je vais travailler sur ce pied là avec l'homme à qui j'ay affaire. Si je puis me rendre maîtresse du temps envers luy comme vous me la rendez (sic) (6) de (7) la résolution, je ne changerai pas de lieu. Il faut que votre charité soit bien grande pour trouver que ce soit quelque chose que ce que je désirerois de faire. Est-il possible, après la manière dont j'ay vécu, que Dieu ne demanderoit que cela de moy? Je vous demande, M. T. R. P. (8), la permission de vous rendre compte dans les occasions, de ce que je ferai et de ce que je sentirai. Je crois quelquefois qu'il est plus difficile de gouverner une personne qui ne (9) veut estre uniquement qu'à Dieu et qui ne regarde plus derrière elle, qu'une autre qui auroit plus de choses à discuter susceptibles d'estre décidées par (10) des règles. Peut estre n'y a-t-il que Notre Seigneur pour guide dans de certains chemins, ou quelqu'un que vraisemblablement je ne verrai jamais. Je ne désire rien que d'aller droit et de n'avoir point manqué dans (11) tout ce que je vous ai dit qui servoit à la décision que vous m'avez fait la grâce de me donner, car je crains toujours de mettre du mien dans ce que je fais, ne concevant point que je puisse faire pis.
A. No 15.
F. Lettre 8.
(1) Je vais finir tout court.
(2) Devant.
(3) Pas.
(4) Vous estre.
(5) Ces quatre lettres manquent dans le manuscrit F.
(6) (Le mandez?)
(7) Sa.
(8) Ces quatre lettres manquent dans le manuscrit F.
(9) Peut.
(10) Les.
(11) Ce que.
Ce 28 juin... [1688] (1). La Trappe.
Je ne croiois point qu'une lettre put être touchante et plai-j] santé ; c'est pourtant précisément ce qu'est celle que j'ai receuei de vous, M. Non vraiment, M. R. P. (2) ne sçait nullement la| nature du commerce que j'ay chez vous. Est-ce que c'est une infidélité que je luy fais? Si cela est, comme j'aime tout à fait faire les comptes nets, je voudrois que l'on me permit de la faire toute entière. Obtenez cela pour moy, M^, je vous en conjure ;|l car, pour parler sérieusement, que signifie cette lambinerie de retourner dans la rue Saint-Honoré, pour que mille gens m'y reviennent voir que je voudrois ne rencontrer de ma vie, pour entendre les confiances que l'on a en moy sur des fureurs d'ambition qui me font voir des choses à la source que je voudrois ne pas sçavoir? Après m'etre trop montrée, il faut me cacher; après avoir trop écouté, il faut ne plus rien entendre que ce qu'il plaira à Notre Seigneur de me dire, et après avoir trop parlé, il faut me taire. Si l'on me veut bien donner cet ordre, je suis preste à l'exécuter, et, pour les moyens, je les trouverai bien. C'est une chose plaisante d'appeler une retraite, un lieu où l'on sert deux fois le jour deux cens personnes (3), et on a bien de la charité chez vous de trouver que ce soit quelque chose. Si on sçavoit toute ma vie passée, je suis bien assurée qu'on ne regarderoit pas cela comme une réparation, mais je veux espérer que ce commencement me donnera la grâce de mieux faire ; j'en ay un désir que je ne puis vous exprimer. M^, priez N. S. pour moy qu'il le rende efïîcace pour opérer mon salut.