‹ Madame de La SablièreChapitre 45 sur 104 · De Mme de la Sablière à Vahbé de Rancé · texte numérisé non relu

De Mme de la Sablière à Vahbé de Rancé

1 décembre [16J88.

Le Père entre les mains duquel vous m'aviez fait la grâce de me mettre, mourut dimanche (8). Je compte sur votre charité pour moy plus que jamais, (9) M. T. R. P., j'espère qu'elle redoublera en cette occasion; je ne regarde que Dieu et vous en ce

(1) Mon très révérend père.

(2) Le.

(3) Pas.

(4) Mais d'une façon.

(5) Obscurité et ignorance.

(6) Cette lettre est donc antérieure au 18 décembre. CL n» 23.

(7) Mon très révérend père.

(8) (5 décembre 1688.) — J'ai cru tout d'abord qu'il s'agissait du père Césaire du Saint-Sacrement (Jean Friche), carme déchaussé, directeur coanu, confesseur de Mile de la Valiière et point janséniste, mais il est mort à Paris le 21 mai et non le 5 décembre 1688. CL Moréri, Grand Dictionnaire, et no" 3 et 8.

(9) Mon très révérend père.

2\}i MADAME DE LA SABLIÈRE

monde pour moy. Je vous supplie donc de me donner vos ordres (1) en telle sorte qu'il n'y ait (2) rien à faire pour moy qu'à obéir, sans qu'il me reste rien dans ce que vous aurez la bonté de me dire qui puisse estre douteux. Je n'ay point de volonté, et plust à Dieu que vous (3) puissiez m'éprouver sur cela à tout moment, pour que je fusse plus assurée que je ne la suis que je ne me trompe point ; mais enfm, puisque cela ne se peut qu'autant qu'en vous est, je vous conjure de vous en assurer. La dernière lettre que j'eus l'honneur de vous écrire étoit si obscure et si pleine de répétitions, que je ne sçai comment j'eus le courage de vous l'envoyer ; mais je ne crains au monde que de ne pas assez plaire à Notre Seigneur en ne réparant pas assez le passé, et en ne luy ofîrant pas tout ce que je fais pour luy assez purement.

Je crois, (4) M. T. R. P., vous avoir rendu compte de la vie que je mène, qui est toute partagée entre cet hôpital (5) et ma maison, dans laquelle je remplis le temps du travail des mains, de lectures, non pas de livres profanes, car je n'en Hs plus du tout (6), et de prières. Je ne sors plus du tout que pour aller chez M. L. P. général (7), rarement pour M® (8) sa sœur, qui est de mes intimes amies ; comme elle vient tous les samedis servir nos pauvres, je ne sortirois pas pour elle. Voilà donc la seule sortie que je fasse, mais il me paroist qu'estant encore à portée de ceux qui peuvent (9) me venir chercher, c'est encore trop, puisque je serois mieux en lieu où je serois sûre de ne plus voir personne du monde. Je n'ai nulle veue en vous disant cela ; c'est seulement pour vous exprimer un sentiment que je crois avoir, et qui est peut-être plus dans mon esprit que dans mon cœur, dont je ne suis point du tout assurée, puisque je ne me connois point.

A. No 23.

F. Lettres 10 et 13, cette dernière datée... 89. — La lettre 10 constitue le premier paragraphe de la nôtre, la lettre 13, le second. S'il s'agit d'une seule lettre, comme l'indique le ms. A, la date [16]89 du ms. F. est évidemment fausse.

(1) Pour moi.

(2) Qu'à obéir.

(3) Pussiez m'éprouver à tous moments.

(4) Mon très révérend père.

(5) (Les Incurables).

(6) Lis plus.

(7) Achille de Harlay, sieur de Grosbois, procureur général au parlement de Paris, mort en 1712 à 73 ans.

(8) (Marie de Harlay, femme, en 1663, de François Le Bouteiîler de Senlis, marquis de Moucy, mestre de camp du régiment de la Reine, puis maréchal de camp, tué en Flandre; morte en 1709.)

(9) Venir me chercher.

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