‹ Madame de La SablièreChapitre 46 sur 104 · De Mme de la Sablière à Vabbé de Rancé · texte numérisé non relu

De Mme de la Sablière à Vabbé de Rancé

Ce 18 décembre [16]88.

Je prévois, (1) M. T. R. P., que l'ordre que vous me donnez de ne plus prendre de directeur, vous attirera plus d'importunité de moy que vous n'en avez eu par le passé. Je vous supplie de trouver bon que je vous rende un compte exact de Testât où me laisse (2) le R. P., sur les ordres qu'il m'avoit donnez pour ma conduite, afin que vous ajoutiez, ou que vous retranchiez ce qu'il vous plaira.

Voicy ce que j'ai compris (3) par vous dire que je n'ay point d'estat (4), c'est qu'il me semble que personne au monde n'est si libre que moy, n'ayant ni mari ni enfans dont j'aye soin, ni charge, ni mestier ; et cet estât de liberté qui a fait tout mon bonheur lorsque je n'estois point à Dieu, me fait trembler depuis que je m'y suis donnée, doutant toujours si je suis dans son ordre, car, pourvu que vous m'assuriez que j'y suis, je ne crains rien, et il me semble que je durerois dans l'enfer si j'estois convaincue que c'est sa volonté. Je n'ai de douleur que de l'avoir offensé, et de désir que de réparer le passé, qui a esté (5) long dans un oubli et un abandon de (6) N. S. de ma part qui est inconcevable. De pensée fixe sur cela, je n'en ai point. Les couvents qui seroient de mon goust, je n'y vivrois pas huit jours par Testât de ma santé dont je vous rendrai compte ; ceux que je connois, que Ton (7) appelle les plus réguliers, leurs parloirs et leurs récréations me feroient mourir d'ennui et de dégoust. Vous me demandez donc, (8) M. T. R. P., ce que je veux ; je n'en sçai rien, mais je sens que je voudrois estre (9) tout autant à Dieu que je le puis, et je compte ce que j'ay fait jusqu'icy pour si peu que cela ne me paroist proprement qu'une privation du mal.

Je comprens que ne point aimer le monde, ni rien qui soit

(1) Mon très révérend père.

(2) Ce révérend père.

(3) Pour.

(4) Cf. no 21.

(5) Longtems.

(6) Notre Seigneur,

(7) Qu'on.

(8) Mon très révérend père.

(9) A Dieu.

(1) au monde, est (2) un précepte d'une étendue infinie et d'une pratique sans bornes ; c'est sur quoy j'ay bien besoin que N. S. m'éclaire, car tant (3) qu'on se trouve soy mesme, que (4) sert d'avoir quitté tout le reste?

Je me confesse au supérieur de nostre hôpital, qui est un homme de bien et simple. Je ne sçay s'il a toutes les qualités d'un supérieur, mais ce n'est pas là mon affaire. Je me présente à luy toutes les fois que je communie, mais il ne me veut donner l'absolution que tous les mois ; je ne sçay si vous approuvez cette conduite. Je communie tous les dimanches et (5) toutes les bonnes f estes ; je trouve que c'est bien souvent, mais je suivray sur cela vos ordres si vous daignez me les donner, comme je vous en supplie, estant avec autant de respect, (6) M. T. R. P...

A. No 26.

F. Lettre 11.

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