‹ Madame de La SablièreChapitre 48 sur 104 · De Mme de la Sablière à Vabbé de Rancé · texte numérisé non relu

De Mme de la Sablière à Vabbé de Rancé

Ce 1. avril (4) [16]89.

J'ay reçu la lettre que vous m'avez fait la grâce de m'écrire, (5) M. T. R. P. Je serai calme à l'avenir sur ma scituation, puisque vous croiez que c'est celle que Dieu demande de moi, car vous fixés mes pensées dès que vous (6) voulez. Je vois dans la vie que je mène une humiliation qui m'est nécessaire, car, comme elle est très commune, ceux qui croient qu'il faut faire (7) une pénitence d'éclat trouveront que je n'en fais pas de proportionnée à ce que je dois, et, comme j'ay le temps de réfléchir sur moy devant Dieu, je me trouve bien loin de ce qu'il me semble qu'il veut de moy.

Si je sçavois quelque remède (8) pour le mal dont j'ay pris la liberté de vous parler, (9) M. T. R. P., je vous obéirois en m'en servant, mais il n'y en a point qui aille au cerveau et au cœur que par des détours et des circulations si longues que l'ignorance des hommes en ignore le succès. Je crois donc (10) qu'il faut sur cela s'abandonner à Nostre Seigneur, et regarder comme une (11) grande faveur le sentiment de la mort qu'il me donne dans (12) ce temps là qui me donne lieu de luy faire un sacrifice

(1) Que celui.

(2) Mon très révérend père.

(3) Mon très révérend père.

(4) Du !•' d'avril.

(5) Mon très révérend père.

(6) Le.

(7) Des pénitences.

(8) Sour.

(9) Mon très révérend père.

(10) Sur cela qu'il faut.

(11) Très.

(12) Ces.

fréquent de tout mon estre, et surtout quand ces maux me prennent la nuit, qui est un temps où il me semble souvent qu'il n'y a que Dieu et moy au monde, qui est un sentiment que je sens préférable de bien loin à tous ceux que j'ay eus en ma vie. A l'égard de mes domestiques, je tâche par douceur et par une conduite opposée au mauvais exemple que je leur ay donné, de les faire rentrer dans leur devoir envers Dieu, car, pour leur parler positivement, j'y suis (1) si peu propre, et ma vie passée me revient tellement dans l'esprit d'abord que je suis preste à blâmer quelqu'un, que je me fais toujours la réponse que (2) l'on me feroit ; cependant il n'y a point (3) dérèglement positif.

Je ferai exactement ce que vous m'ordonnez, (4) M. T. R. P., pour me conserver (5) ce que je me suis réservé pour vivre sur (6) les biens que j'abandonne du reste de bon cœur. Si vous aviez vu tout cela, vous en auriez horreur. Toute cette conduite m'a souvent fourni une réflexion que Nostre Seigneur a rarement guéri quelqu'un, (7) et fait quelque miracle, qu'il n'ait demandé le consentement de celuy sur qui il l'opéroit ; on a pris un chemin bien différent. Dieu leur pardonne et les éclaire ! c'est ce que je crois qu'il faut demander de tout son cœur. '*

Il me seroit impossible, (8) M. T. R. P., de vous faire concevoir le bien que vous me faites ; vous réglez et vous fixés ma vie et mes pensées. Ce n'est pas peu dans l'obscurité où l'on est (9) en ce monde, où je marche seule avec Dieu, soutenue de vous. C'est trop pour moy, puisque je ne devrois avoir nulle consolation. J'espère que vous ne me la refuserez pas le reste de ma vie, et que vous demanderez pour moy à N. S. la grâce du persévérer. Je vous en conjure, (10) M. T. R. P., et de me croire avec plus de respect et d'attachement que personne du monde...

F. Lettre 15. — Un fragment de cette lettre a été publié par M. A. France (Lettres inédites de Mme de la Sablière à Rancé), dans le journal le Temps du 27 septembre 1891, et dans la Vie littéraire, Paris, Galmann Lévy, 1921, in-18, t. IV, p. 339, 340.

(1) Suis peu.

(2) Qu'on.

(3) De dérèglement.

5) Le peu que.

( 6) Ces.

(7) Ou fait.

(8) Mon très révérend père.

(9) Dans.

(10) Mon très révérend père.

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