De Mme de la Sablière à Vabbé de Rancé
Ce 14 février 1690 (3).
Nous allons entrer dans un saint temps, M. T. R. P. (4), pendant lequel je voudrois bien ne vous point importuner, mais je me sens un besoin d'avoir de vos nouvelles que je vous prie de ne me pas refuser, et votre ste bénédiction que je vous demande pour obtenir les grâces nécessaires pour devenir de plus en plus agréable à (5) N. S. Je sçay par une expérience qui ne m'a jamais
(1) Mon très révérend père.
(2) Mon très révérend père.
(3) 4» février 90. — Le mercredi des Cendres étant en 1690 le 8 février, la date du 4 février, du manuscrit F, paraît être la bonne.
(4) Ces quatre lettres manquent dans le manuscrit F.
(5) Notre Seigneur.
manqué, ce que vos paroles peuvent sur moy, et je ne fais nul doute qu'elles ne me soutiennent. Je me sens plus heureuse que je ne l'ay (1) jamais esté. L'Écriture (2) ste, qui est presque ma seule lecture, me paroist suffisante pour me remplir le cœur pour un éternité. Soit que ma santé soit moins mauvaise, ou que j'y fasse moins d'attention, j'en suis contente enfin. (3) Il n'y a que l'expérience qui puisse apprendre ce que Dieu fait pour ceux qui vivent pour luy dans un entier abandon. Deux choses seulement me font de la peine ; l'une est la misère que je vois dans cet hôpital (4), où les corps et les âmes souffrent assurément beaucoup ; l'autre, (5) les obligations où je me trouve de recevoir des gens avec qui il paroistroit dur que je ne voulusse plus avoir de commerce. Si vous croyez qu'avec le temps, je puisse faire quelque chose de mieux sur cela, j'espère que vous me l'ordonnerez. C'est à quoi je vous conjure, (6) M. T. R. P., de songer devant (7) N. S. Je n'ai sur cela nulle précipitation, mais il me semble que je me sens attirée à une plus grande retraite, et que ! si Dieu me continue les grâces qu'il me fait, je n'y trouverois nul vuide. Ces pensées là me viennent mesme sans chagrin contre ceux que je vois, qui sortent de ma teste en mesme temps que de ma présence ; mais quand on peut estre seule devant Dieu, cela n'est-il pas (8) meilleur que d'en parler avec les hommes? Continuez moy vos bontéz, (9) M. T. R. P., et me croyez (10)....
F. Lettre 17.
3L — [De Mme de la Sablière à Vabbé de Rancé.]
Fragment. [1690?]
Je ne laisse pas d'avoir les sens plus délicats que je ne les ai jamais eus, mais c'est une souffrance momentanée, qui m'est bonne à me faire faire un sacrifice que je regarde comme une des plus , grandes miséricordes de Dieu sur moy. Ce n'est pas là une vie
(1) Encore esté.
(2) Sainte.
(3) Il ni a que.
(4) (Les Incurables.)
(5) Est l'obligation.
(6) Mon très révérend père.
(7) Nostre Seigneur.
(8) Bien.
(9) Mon très révérend père.
(10) Votre.
que le monde put comparer pour les plaisirs avec celle que j'ay menée, mais celuy qui me l'a fait entreprendre, et qui m'y soutient sçait si jamais j'ay esté si heureuse que je me trouve, et si cette paix, qui surpasse tout entendement, peut estre comparée a tout ce que les sensuels pourroient imaginer qui les pourroit le plus satisfaire. Ce que je sens à n'en pouvoir douter, c'est qu'il ne faut (1) point tourner la teste en arrière, mais j'espère que la crainte que j'en ay, me garantira ; j'éprouve qu'elle augmente à proportion que j'aime (2) davantage.
A. No 42.
F. Fragment 15.