De Mme de la Sablière à Vabbé de Rancé
Fragment. [1690?]
Ay-je trop de temps à donner à Dieu (4)? je lis, je travaille, je marche en (5) la présence de Dieu, avec le plus de fidélité que je puis dans la veue la plus simple (6) qu'il m'est possible ; je vois combien de chemin il me reste à faire, cependant je n'ai pour toute nourriture pour l'achever, que celle que vous (7) me donnez. Je suis convaincue que je n'en dois jamais prendre d'autre, et que je ne puis, sans infidélité, m'appuyer sur nulle créature (ce seroit pour moy (8) le roseau qui me perceroit la main), et que m'abandonner sans mesure sur la main qui m'a sauvée, est
(1) Pas.
(2) Dieu.
(3) Vêtue.
(4) Dans le manuscrit F, ces neuf mots suivent les mots : je travaille...
(5) Sa présence.
(6) Qui.
(7) Daignez me donner.
(8) Ce.
tout ce qui me reste à faire. Au milieu de ce que je vous dis, (1) M. T. R. P., jugez combien je suis à vous sans raisonner ; je ne réfléchirai pas mesme sur tout ce que vous (2) m'ordonnez. Je suivrai le chemin que vous m'avez tracé, et, du reste, je soustrairai au monde tout ce que je pourrai de mon extérieur ; c'est ce qui touche les hommes, et ce que, je crois, n'est qu'une lettre qui tue ceux qui s'y attachent et à qui Dieu ne donne pas l'esprit qui vivifie. Ce n'est pas sans mortifier que cela se fait, mais (3) c'est ce qui m'est nécessaire et ce qu'il y a de bon. L'on (4) traite d'extrémité ce que je fais, et je trouve que ce n'est pas un commencement à ce que je sens que je devrois faire, et qu'il semble que Dieu demande de moy de plus en plus.
A. No 52.
F. Fragment 13.