ACTE U, SCÈNE II
U MARQUISE
Oui, si elle était seule ; mais, votre seconde femme vous a donné une autre enfant.
1,A verrière, irès-agilè.
Non, non, je n’ai qu’une fille, une seule; c’est Catherine!... à elle toute ma tendresse, toute ma fortune. La justice le veut ainsi.
LA MARQUISE
Ah ! c’est donc cela? on vous a trompé... je savais bien que vous aviez rompu avez votre seconde femme, mais j’ignorais pour quel motif.
LA VERRIÈRB.
Pas un mot sur ce sujet, marquise. Tout ce qu’il vous importe de savoir, tout ce que je vous prie d’apprendre au duc de Granville, c’est que ma fille Catherine aura tous mes biens, et aujourd’hui même, je vais prendre des mesures décisives à ce sujet.
LA MARQUISE
Comment ferez-vous?
Vous le saurez plus tard.
Je n’osc vous interroger, 'mais si vous voulez que je vous sois utile auprès du duc de Granville, il y a bien des choses dont il faudrait m’informer. Comment lui archer, par 'exemple, ce que votre seconde femme est devenue...
Dites-lui que sa destinée est ensevelie dans un mystère im-
E énétrable, et que, sur ma parole d’honnête homme, aucune onte ne lui viendra de ce coté.
LA MARQUISE
Je me contente de ces explications un peu vagues, et je tâcherai de les faire accepter au duc. J'irai le voir aujourd’hui môme, dès que j’aurai terminé l’affaire qui m’a conduite icj.
Une œuvre de charité, disiez-vous?...
LA MARQUISE
Oui, mêlée de quelques autres sentiments.
Vous voulez parler à uae prisonnière?
la marquise, regardant son billet.
A celle qui porte le numéro neuf.
Ne demandez pas cette femme, marquise, ne la voyez pas.
LA MARQUISE
Pourquoi ?
Que pouvez-vous avoir de commun avec elle?
LA MARQUISE
Voyez ce qu’elle m’écrit.
la verrière, après avoir lu.
Oh! la malheureuse! elle aura su qui vous ôtes; elle veut vous révéler...
LA MARQUISE
Quoi doue?... vous tremblez!... vous pâlissez!... (D’un Ion ferme , cl en le regardant.) Je verrai cette femme ; je saurai qui elle est.
Ne cherchez pas à le savoir, vous en seriez épouvantée.
LA MARQUISE
Mais votre effroi me la nomme !
Oh ! grâce ! grâce ! ne divulguez jamais ce secret !
LA MARQUISE
C’est donc vrai ! votre femme? et elle est ici?
LA verrière.
Si vous saviez...
Ah! c’est trop! on se sépare d’une épouse infidèle, on la'relègue dans un couvent; mais l’enfermer ici, dans cette prison de femmes perdues, de femmes condamnées pour vol, pour assassinat...
la verrière, hors de lui.
Eh bien ! oui, c’est d’un assassinat qu’elle est coupable ; m'accuserez-vous encore maintenant? (Il veut s’éloigner.)
LA MARQUISE
Restez! restez! vous ne me quitterez pas que vous ne m’ayez tout appris. Moi, je serais invoquée, implorée par votre femme, et je n’exigerais pas qu’on me mit au courant de son histoire ! Je la saurai par vous ou par elle; voyez ce que vous aimez le mieux.
la verrière, après un silence. *
Eh bien ! il y a cinq ans, j’habitais Rouen ; vous habitiez Paris. J’étais remarié depuis deux ans ; mais vous ne connaissiez pas ma seconde... madame de... je ne puis me résigner à l’appeler ma femme ni à lui donner mon nom.
LA MARQUISE
Continuez.
Nous étions heureux... non qu’elle m’ait jamais aimé... son âme n’était pas faite pour les affections légitimes... mais je l'aimais, moi, je l’aimais avec toute la violence et toute la faiblesse d’un dernier amour. Oh ! marquise, si vous l’aviez connue ! si vous pouviez vous figurer tout ce que son esprit et sa beauté possédaient de séduction !... ( S’interrompant )Ne vous imaginez pas que je l’aime encore, au moins 1 je la hais, je la méprise, et, si je n’en puis parler avec calme, c’est qu’elle m’a bien fait souffrir!...
* La Verièrre, la marquiwi.