‹ Madame de la Verriere drame en cinq actesChapitre 25 sur 99 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

LA MARQUISE

Par quel accident votre bonheur fut-il troublé ?...

L’hiver était rigoureux. Quelques troubles ayant éclaté à propos de la cherté du pain, on nous envoya le régiment des dragons de Champagne. Je ne pus me dispenser de recevoir le colonel, qui était de mes parents, et peu à peu il m’amena quelques-uns de ses officiers : l’un d’eux était le comte de Montbrun!...

LA MARQUISE

Ciel!

Vous l’avez connu ?

LA MARQUISE

Moi, non; poursuivez.

Il avait habité Paris en même temps que la famille de ma femme, et j’appris, trop tard, hélas! qu’il y avait été reçu...

Que vous dirai-je?... je m’aperçus bientôt qœune secrète intelligence existait entre madame de La Verrière et lui.

LA MARQUISE

Ah!

Vous vous indignez ?

LA MARQUISE

Je devine.

Je songeais à éloigner ma femme pour quelque temps, lorsqu’un matin... ah! quel souvenir!... c’était le 13 février 1709...

LA MARQUISE

Le 13 février 1709?...

La date est là...

la marquise, à part.

Et là.

On m’annonça la visite du lieutenant de police...

LA MARQUISE

Mon Dieu !

Savez-vous ce qu'il venait m’annoncer? que dans une petite maison située dans les faubourgs de la ville et louée à M. le comte de Montbrûn, on venait de trouver le cadavre de cet officier, frappé au cœur, d'un coup de poignard...

LA MARQUISE

Au cœur! d’un coup de poignard !

Et qu’auprès de ce corps sanglant, madame de La Verrière avait été arrêtée comme coupable de cet assassinat...

U MARQUISE

C’était elle qu’on soupçonnait !

Qu’on soupçonnait? elle était déjà convaincue.

LA MARQUISE

Ah ! l’on vous a trompé !

On m’a trompé! ah ! pensez-vous que pour croire à un pareil forfait d’une personne qui m’était si chère, je n’aie pas exigé des preuves plus claires que le jour ? on m’a trompé ! mais la veille du crime M. de Montbrun lui avait écrit pour lui donner rendez-vous et une de ses femmes lui avait remis la lettre. On m’a trompé? mais sur ses mains, sur son visage, sur sa robe, partout, il y avait partout du sang !

LA MARQUISE

N’a-t-elle rien dit pour se justifier?

Oh ! quel est le coupable qui avoue son crime? elle a nié avec audace et persévérance. Amenée par surprise, disait-elle, dans la maison de M. de Montbrun, elle s’y était d’abord trouvée en tête-à-tête avec ce gentilhomme... mais bientôt l’explication avait été interrompue par l’irruption d’une femme masquée, qui, sans rien regarder, sans rien entendre, avait couru à M. de Montbrun et l’avait frappé... Quelle était celte femme? Qu’était-elle devenue ? madame de La Verrière ne pouvait pas le dire... et ne donnait aucune preuve à l’appui de ses explications. Vous conviendrez qu’elles ne se défendaient pas par leur vraisemblance !

LA MARQUISE

O Dieu !

Son crime avéré, je n’avais plus qu’une chose à faire : me jeter aux pieds du roi et le supplier de me sauver l’honneur. C’est ce que je fis. Touché de mon désespoir, le roi consentit à ce que mon nom ne fût point livré aux tribunaux, et, sans jugement, sans bruit, madame de La Verrière fut conduite dans cette maison. Elle devait être même transportée hors de France, et déjà on l’avait fait partir : mai3 j’avais besoin d’elle pour une idée qui m’est venue et j’ai obtenu qu’on la rappelât. Maintenant, marquise, vous savez tout. Moins bien instruite, vous m’aviez accusé de trop de rigueur pour cette femme. Trouvez-vous encore que j’aie été injuste P Répondez.

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