MARIE, LA MARQUISE
marie, à elle-même Le ciel a donc exaucé ma prière.
La voici. Pourrai-je soutenir sa vue?
MARIE
Comme elle est troublée !
la marquise, à part.
Comme elle est calmel (Haut.) C’est vous qui avez laissé tomber ce billet devant moi? Qui a pu vous engager à cette démarche? (Avec effort.) Me connaîtriez-vous?
, MARIE
Non! mais une femme comme vous n’a pu être conduite ici que par un sentiment de compassion; cela m’a donné confiance.
LA MARQUISE
Parlez, je vous écoute.
MARIE
Que Dieu m’accorde la grâce de bien exprimer ce que je souffre; je suis sauvée si vous me comprenez.
LA MARQUISE
Comment ne comprendrais-je pas les misères de votre situation? enfermée après avoir connu la liberté, misérable après avoir connu la fortune...
MARIE
Privée de mon enfant, madame, après avoir connu le bonheur de l’embrasser !
LA MARQUISE
Pauvre femme!
N’est-ce pas que c’est bien cruel? Qu’on m’emprisonne, qu’on me fasse mourir lentement de misère et de honte, c’est bon, je n’ai rien à dire, il y a des preuves contre moi; mais qu’on me prive absolument de la consolation de voir ma fille, voilà qui est contre les lois de Dieu, et il eilt été plus humain de me tuer tout de suite. N’ètes-vous pas de mon avis?
LA MARQUISE
Depuis combien de temps en êtes-vous séparée ?
MARIE
Depuis cinq ans ; mais il faut vous dire toute la vérité, je ne suis pas restée cinq ans sans la voir... est-ce que je vivrais encore? Tous les dimanches, un vieil ami qui, malgré tout, m’est resté fidèle, l’amenait à l’église, dans une tribune, et moi, perdue dans la foule des prisonnières d’en bas, je regardais et invoquais ma fille comme un intermédiaire entre Dieu et moi. Il y a trois dimanches, c’était le jour des Rameaux, je lui trouvai la figure pâle et fatiguée; elle semblait souffrir; quel tourment de ne pouvoir demander de ses nouvelles, et avec quelle anxiété j’attendis le dimanche suivant! elle ne vint pas, madame, elle ne vint pas. Vous jugez de mon inquiétude, de mon désespoir. Je cherchai mille moyens pour apprendre le motif qui l’avait retenue; mais la règle de cette maison est si sévère! Personne ne vint à mon secours... enfin la semaine s’est écoulée. Ce matin, je suis entrée dans l’église avec le tremblement d’un cou-