‹ Madame de la Verriere drame en cinq actesChapitre 50 sur 99 · ACTE III, SCÈNE VU · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VU

MARIE

Mais vous m'aviez dit...

HENRI

J’ai dit tout ce gui pouvait vous déterminer à me suivre ; mais, maintenant, je vous dis la vérité.

MARIE

Je vais aller frapper à la porte de ma prison; il faudra bien qu’on m'y reçoive.

HENRI

Ah ! vous ne me quitterez pas comme cela!... C’est ma vie

3 ue vous jouez en même temps que la vôtre... Vous m’entenrez!

MARIE

Monsieur...

HENRI

Oh! je sais que l’heure et le lieu sont étrangement choisis; mais nous sommes tous les deux dans une des crises de notre existence : ce n’est le moment d’attendre ni de réfléchir.

MARIE

Je vous supplie...

HENRI*-

Oh ! écoutez-moi !... Je ne vous apprendiai rien de nouveau en vous disant que je vous aime!... Qu’y avait il dans le verre d’eau que vous m’avez donné?... C’est lui qui a versé dans mon sang le feu qui le brûle. Feu transformateur et terrible!... II a détruit en un instant tous les projets, toutes les affections, tous les rêves de ma vie passée, et de cet amas de cendre, il a fait sortir un homme dont vous êtes l’unique pensée, l’unique espoir, l’unique avenir !

MARIE

Ce langage ne peut me surprendre, et tout homme a le droit de l’employer avec moi ; mais vous auriez été bien noble de me l’épargner, vous à qui je dois tant de reconnaissance, vous qui avez sauvé ma fille !

HENRI

Pardon ! cette première explosion de mon amour a peut-être été trop vive ; mais je la retenais depuis si longtemps ! Pour vous rassurer, il faut vous montrer tout de suite à quel point je vous aime. Madame, j’ai des parents que j’adore et une position qui commence à devenir enviable... Eh bien, fortune, amis, devoirs, famille... j’allais tout abandonner pour vous... Oui, instruit que le convoi de femmes dont vous faisiez partie avait été dirigé sur l’Amérique, j’avais retenu ma place sur un vaisseau qui devait m’y conduire... Tenez, voici une lettre du capitaine... je serais parti dans cinq jours!

MARIE

Malheureux !

HENRI

Oh! ne dites pas cela... ce n’est que depuis que je vous aime

que j’existe!... Où que cette passion me - conduise, je la bénirai toute ma vie ; car si elle ne doit pas me donner le bonheur, elle m’aura du moins fait voir où il était!... Un incident inouï, l’incident de cette bague, et ma nomination de médecin aux Madelonnettes m’ont rapproché de vous bien plus tôt que je ne l’espérais. Ah! comment vous dire ce que j’ai ressenti de joies célestes et de douleurs poignantes quand vous avez reparu devant moi... je vous revoyais!... mais dans quel lieu!... Vous en arracher fut ma première pensée, et quand vous m’avez prié de vous faire sortir cette nuit même, tout le plan de votre évasion était déjà réglé dans mon esprit... ce plan a réussi... vous êtes libre... oui, libre de retourner dans votre prison ou de monter dans lavoiturequi doit nous conduire à la frontière... Faites votre choix. Je n’ai plus qu’une chose à vous dire... c’est que si vous retournez aux Madelonnettes, demain je m'y présenterai. On m’en refusera la porte, attendu qu’on saura que c’est moi qui vous en ai fait sortir , et qu’un pareil scandale doit être infailliblement suivi de ma destitution. Je réclamerai, je remuerai ciel et terre pour vous revoir, tout sera inutile. Qu’arrivera-t-il alors? c’est que, comme vous m’êtes aussi indispensable que l’air que je respire, je mourrai d’une congestion au cœur, ou je me tuerai!...

MAIUE.

Ciel!

HENRI

Vous voilà prévenue. Faites ce que vous voudrez maintenant!

MARIE

Je ne m’arrêterai pas à vos dernières paroles. Non, avec une àme comme la vôtre, vous n’oublierez jamais vos devoirs de chrétien et de fils; vous vivrez, j’ose le prédire; quelque soit le parti que je prenne, vous vivrez ! quant à votre amour, vous m’en parlez avec un accent qui no me permet pas d'y voir une insulte ; je crois cependant qu'il ne me sera pas difficile de le détruire, et voici pourquoi. Vous ne voyez en moi qu’une femme enfermée pour son inconduite, peut-être pour une seule faute trop cruellement punie. Vous vous trompez. 11 y a de ces malheureuses-là aux Madelonnettes; mais il y en a aussi qu'on y retient pour de plus grands crimes, pour aes crimes qui mériter . le fer ou lu eorae... si j’étais une de ces femmes-là, m'aimenez-vous?...

Vous voulez m’effrayer.

MARIE

Si j’étais une de ces femmes-là, m’aimeriez-vous? Je vous prie de me répondre.

HENRI

Eh ! vous ne pouvez pas en être.

MARIE

J’ai été enfermée comme adultère et comme homicide.

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