‹ Madame de LamartineChapitre 3 sur 6 · MADAME · texte numérisé non relu

MADAME

LAMARTINF

C*est avec une respectueuse douleur que nous avons écrit sur ces pages le nom de la femme qui vient de mourir. Madame de Lamartine ne se présente point aux contemporains avec le retentissement de certaines renommées dont la gloire ne sait pas le sexe, mais elle porte avec elle une lumière chaste et profonde qui séduit. On aime à l^uivre cette âme^ éclatante de tout Téclat de Lamartine lui-même^ dans les sentiers ombreux et mystiques qu'elle ai<

10 MADAMB DE LAMARTINE.

mait à parcourir. Il nous eût semblé profane de franchir le seuil de ces régions seretiles, si des 'amis ,particufi0rs de madame de Lamartine n'avaient levé le coin du linceul qui remportait aux caveaux de Saint- Point avec l'encens de ses sacrifices et de ses vertus. Madame de Lamartine, d'ailleurs, par le nom qu'elle portait, par l'influence qu'elle exerça sur un grand homme et sur un grand siècle, cessait à sa mort d'être une personne privée; les cénacles littéraires mêlaient son nom aux MédHalions; les cercles politiques rediercfaaient jusqu'à q«el. point une kiute. éducation faite pjBir rariatoeratîa anglaise pouvait s'accomnoder- avec les idée» de la jeune France; les moralistes et les psychologues étudiaient les ferveurs de eette &me neuve dans la foi, la- fermeté denses croyances et les tendresses instinctives de son esprit pour leBeau et le Bien; puis tous. les. cœurs vibrèrent comme des tambours voilés de deuil> quand le nom de madame de Lamartine morte les frappa

compie une baguette sonore, et voilà comment ce qui trouve tant d^écho devient nécessairement public , voilà pourquoi madame de Lamartine appartient à THistoire.

Or, en 1819, il y avait à Cbambéry tme jeuue Anglaise « d*un extérieur gracieux, d'i;ne imagination poétique, d^une naissance distinguée, alliée aux plus illustres familles de son pays. » Par son père, le major gé> néral Birch, elle appartenait aux Churchill; par sa.mère^ elle descendait en ligne droite d'une race antique deTÉcosse, dontl'honnei;r chevaleresque est le plus riche héritage. £ t vol ci comment cette jeune personne se trouvait en Savoie : son père venait de mourir; sa mère, qui n'avait d'autre enfant que cette fiHe unique, lui avait donné une instruction grave et des talents de peinture et de musique qui dépassaient la portée de Tamateur. Sa fortune lui permettait de compléter, par des voys^s sur le continent et par la pratique des langues étrangères , cette éducation

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soignée. En Angleterre , elle s'était liée avec la famille du marquis de Lapierre, qui les amena à Chambéry, et la beauté, Téclai de^ paysages, la puissance de la nature alpestre, ouvrirent dans l'âme de la jeune fille la source' des grandes émotions. Elle sentit jaillir en elle l'inspiration, elle aima intuitivement la poésie et les Poètes. Sa vie entra dans la veine de la mélancolie intime, qui est le prélude de Tamour. Or , dans les soirées du marquis de Lapierre, on lisait déjà, en petit comité, les Méditations^ manuscrites, de M. de Lamartine. Le poète, qui connaissait particulièrement cette famille, liée par de vieilles relations avec la sienne, adressait ses vers à un de ses amis, qui leur donnait, avec son admiration, la sonorité de sa voix. Mademoiselle Birch, qui allait, assure-t-on, être demandée en mariage par ce jeune gentilhomme, fut involontairement séduite par ces beaux chants.

Elle voulut les voir et les relire, et elle demanda qu'on lui confiât chacune de ces

pages à mesure qu*elles se réTélaient.

A partir de ce jour, mademoiselle Birch ne manqua jamais de venir le soir causer avec sa mère chez madame de Lapierrei M. de Lamartine, en recevant un jour les compliments de ses amis de Savoie, fut informé des admirations qui Tattendaient quand il passerait à Chambéry. On lui parla longuement de cette jeune Anglaise qui recopiait tous ses vers sur un grand album, et les encadrait dans des dessins dignes de les illustrer. Le poète vînt chez M. de Lapierre, et il rencontra le poète inconnu qui peignait ses chants : les deux Ames se comprirent.

Mais pour les unir, il y avait de grands obstacles à franchir : M. de Lamartine était catholique et mademoiselle Birch était protestante ; cependant elle ne protestait plus guère. Elle avait trouvé dans Tœil bleu du poète, dans toute cette physionomie inspirée au profil antique, que le comte d*Orsay a frappée vivante dans le marbre, tout cequMl fallait pour la convaincre. Elle n^avait

pas été trompée, elle avait vu face à face la gloire qui battait de Talle dans les Méditations. Et ce livre-là, pour elle, était plus que la Bible dé Luther. Cependant i( fallut entrer en négociations pouf \aincre madame^ Bircd, qui n'autorisait pas la conversion (Jè sa fille. La suite dira comment la marquise de Lapierre et ses ainis réussirent dans leur mission délicate.

M. de Lamartine réviiit à Mâcon, n'y resta qiie quelques jours et se rendit, poiif sa santé, à Aix-les-Bains. La marquise de Lapierre, madame Birch et leurs filles étaient venues s'y établir pour quelques semaines.

« Je logeais, dit Lamartine, dans une maison peu éloignée de celle que ces dames habitaient, et j*y venais presque tous les joûrâ passer la soirée comme en famille.

L'hôte de la marquise était un excellent et pieui vieillard, iloiiamé M. Perréi, qui, pour accroître son modique revenu et pour gagner, Tété, le pain de l'hiver, louait pendant la belle saison quelques chambres gar-

MADAMB OB LAMARTINE. 15

nies et tenait à bon marché une pension ^uvernée par ses deux sœurs. Ce vîeiUard simple et respectable , dont la vie ascétique arait écrit la macération s«r sa pâle figure, passait sa vie eft selkodeet en prières dans une chambre haute de samatson. 11 y vivait entièrement étranger a«x tracas d'une maison publique, comme un ermite dams sa cellule, au vilien du bruit qui ne l'atteint pas. G'éuitun véritable saint qui, par modestie, s'était refusé la prêtrise, et qui passait sa vie recueillie entre la contemplation ei l'étude des merveilles de Dieu dans sa création. Le saint était botaniste. On le voyait tous les matins, après avoir entendu la messe, gravir seul, sans chapeau, des portefeuilles sous le bras, des filets à prendre des insectes à la main, les p^tes escarpées des ruelles d'Aix, qui mènent aux plus haute plateaux des monugnes, tout en murmurant à demi^voix les vevsets de s6n bréviaire. Le* soir, il en redescendait plus ou moins chargé de foin ou de pauvres papillons épingles,

16 MiiDAMB DB.LAMARTIKB.

àont il grogsiàsait sa collection. La seule distraction qu'Ujse permît après le souper, le chapelet, la prière du soir, était un air de flûte, jpuéi.au bord de sa lenêtre donnant sur les pcés de Tresserves. U avait conservé ce, goûl^ de musique et cet instrument du teii\ps de' sa jeunesse oii il avait été fifre dans un régiment. du roi de Sardaigne. 11 afvait beaucoup d'amitié pour moi, parce que j*aimais à aller^ à mes heures perdues, visiter son herbier et entendre les exp Vw tions scientifiques et providentielles sur la vertu des plantes et sur les mœurs des inr sectes, toutes attestant, suivant lui, la grandeur et les desseins de la Providence.

« Les chuobotements de la maison lui avaient fait connaître la secrète intelligence qui existait entre la jeune Anglaise et moi, les obstacles que sa mère mettait par religion ài>ce penchant de sa fille, et les difficultés qa*elle apportait à nos entretiens. Il croyait de son devoir de les favoriser de toute isa complicité, pensant ainsi contribuer au sa*>

lut d'une âme qui serait perdue, sije mariage ne la sauvait pas. Il me proposa d*étre ma sentinelle dans la maison de ses sœurs, et de m'avertir, en jouant de la flûte, chaque fois que la mère vigilante sortirait sans sa fille pour la promenade. Ma fenêtre, dans une chambre de faubourg hors de la ville, était assez rapprochée pour que les sons aigus de Tinstrument fussent saisiasables à mon oreille et pour que je fisse cadrer mes visites avec T absence de celle qui fut plus tard ma belle-mère. C'est ainsi- que le saint homme servait en con* science un amour naissant, en croyant servir le ciel ; c'est la première fois sans doute que la piété la plus sincère sonnait à des profites l'heure des rencontres. >

Après la saison des bains, M. de Lamartstie vint b Paris pour faire imprimer ses vers. Or, en corrigeant les épreuvesf de sa gl(nre, le poète, pour répondre aux vives mlltcitations de son père, qui ne croyait pas qoe la Muse dût enrichir ses amants, de-

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manda une place à la diplomatie, et^ sur lesdémarches de madame la marquise de Sainw Aulaire et de madarme la duehesâe de Broglie, M. Pasquiery ministre des affaires étrangères, le nomma trouième secrétaire d*amlNiS6ade à Njiples. La Teille du départ de M. de Lamartine pour son poste (1834), l'éditeur Gosselin mettait en vente les Mé^ dUaiionB poétique. Le premier exemplaire sorti des presses avait été envoyé à mad^ moiselle Bircb à Chambéry^ G*était an petit in- 12 d'impression magnifique, tiré à cinq cents. 11 ne portait pas de nom d'auteur.

M. de Lamartine ne Tavait codié qu'à quelques amis, qiland la Postérité le prit sur ses ailes. Le voilà donc patti, «le petit livre, que M. de Genoude et le duc de Rohan Jpatronnaient cependant, le petit livre qui avait déjà Unt foit soupirer, le voilà parti! Il fera soupirer le mondel Le podto s*eti aperçut à peine. « La senle nouvdte qiltf j'eus de mon sort, dans la matinée de mon départ, écrit*il, fut un mot de M. Go»-

MASAUS DB LAMARTINE. 19

selîn m'aoBonçânt que k; public d'élite se portait en foule à sa librairie pour retenir les eiemplaires, et un billet de Toracle, le prince de Talleyraud, à son amie, la sœur do fameux prince Poniatowski, billet qu'elle lui reuToyait à huit heures du matin/ et dans lequel le grand diplomate lui disait qu'il avait passé la nuit à me lire, et que rÀme av9iit enfin ton poète. « Mais le poète allait au^i avoir sa muse. Eu se rendant à son poste, M. de Lamartine passa par llftcon pour faire ses adieut^ piiîj^ il se rendit en Savoie pour demander une dernière fois la main de mademoiselle Bireb. Elle était convertie : la grftce et la gloire avaient opéré. Le mariage fut célébré dans la chapelle du château royal de Ghambéry. Le comte Joseph de Maistre ftigna au contrat pour M. de Lamartine. Ce jour-là, il se fit un rajeunissement dans Tillustre vieillard :

il avait vu la fiancée avec la robe blanche des catéchumènes lire les MéditcUions, et il . apercevait avec ivresse , sur les Soirées de

"iO MADAME DB JLAMARTIMB.

Saint-Pétersbourg^ se leyer enfin une étoile.

Les nouveaux mariée partirent pour F Italie. Nous ne saurions les suivre sur cette terre merveilleuse pour les belles âmes qui âimept le Beau et le comprennent. C'est là que Lamartine a jeté ses cris les plus éternels; c'est là qu*il a rêvé. les plus^ beaux E^es ; b, peut-^tre aussi, il a le plus aimé. Il a mêlé une larme à la vague de ces mers mélodieuses; il a écrit son nom sur tons les rivages et les promontoire^ de cet immortel pays. On sent d^ailleurs un trait d^union d'une douceur mystique entre Lamartine et ritalie. Ces deux mots devaient s'unir ; aussi les retrouve-t-on ensemble dans les plus belles inspirations du poète, dans ses élans les plus heureux et les plus intimes.

Oui, VAmo monnure encore Le doux nom de Cynthie aux rochers de Tibur ; Vanclusc a retenu le nom chéri de Lanre ;

Et Ferrare aux siècles firtors Mnrmnren toiqours celui d'Éléonore...

MADAICB DB LAMARTINB. 21

Vois d'un œil de pitié la vulgaifs jeimesM.

Brillante de beauté, s'eniviaot de plaisir»!; Qjuand elle aura tari la coupe eucbauteresse. Que reslera-t-il d'elle? A peine un souvenir. Le tonlbean, qui l'attend, l'engloaUt tout entière ; Un siienee étemel succède à ses «moois.

Mais les siècles auront passé sur ta poussière, Elvire, et tu vivras toujours I

Ici, c*eât Taccent de la postérité; elle parle dans des nombres d'or. Madame de Lamariine n'y croyait peut-être pas, cependant elle était heurease de paraître y croire pour son mari. Toutes ses soUieitades se concentraient alors sur un i)erceau : Juiia Tenait au monde.

Qaî pândra le bonheur de la mère? qui dira ses joies et ses hrmes^ ses espérances et ses désespoirs? L^enfant était faible en naissant; cependant elle se fortifia, vers sa deuxième année, avec les soins assidus et Pair pur des collines du Maçonnais. JuKa fut élevée à Saint-Point, puis elle suivit ses parents partout où ils altèrent : on ne laisse pas derrière soi un si frêle et un si cher

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trésor! UédncaliaB et rinstractioB de Teo- Êmt forent faites par madame de l^martine eUe-méme. Que f aurais bieuTonlu entendre œtle parole, qui parle a¥ec la rliétorîque imprévue des mères! Heureux ceux qm ont pu Fécouter. Jnlia en profita bien, car, k six ans, elle lisait couramment les Méditations, et quelqaefois le soir elle récitait par cœur, eo se couchant, le Crudfx. Alors die avait fait jsa prière. Madame de Lamartine, qui était d^une piété angéliqii^, Toulut que sa fille connût Dieu en entrant dans la vie. Or, elle faisait lire Julia dans cette vieille BiUe de Royaumont , dont il est parlé dans les CoT^idenceê, et Tenfant, conune son père jadis, en admirait les imag^, en sentait la poésie. Mais.la force physique ne répondait pas assez à cette précoce intelligence, et, malgré tous les soins qui lui furent donnés, Julia, le jour de sa première communion, n'était pas assex robuste pour porter son cierge, un gros ciei^e dont on fait ce jourlà hommage au curé, et que les enfants

HADAME DB LAMARTINB. 33

tiennent à la messe comme symbole de la Foi, une flamme qui brûle et s'éteint au motndue vent. Cependant Julia était ardente à Fétude; son éducation était plus avancée qu»ne Test ordinairenent celle des enfants du même Âge. C'est qu'il est de ces natures tendres et sen»tives de vivre vite et de vivre mieux. Elles comprennent à douze ans ce qui ne s'apprend qu'à quaze; la Providence, dans sa justice, a voulu qu'avant de quitter le monde ellefrai savourent la science pleine d amertumes et de joies. Or, à onze ans, Julia savait le dessin, la peinture et la musique comme sa mère. On pourrait voir encore chez M. de Lamartine, dans des cartons de famille, les petits paysages du M&connais qu'elle esquissait déjà. On reconnaît^ dans le trait, de la mélancolie et de la tristesse; die trahit son école et son origine ; il y avait dans le crayon de cette enfant-là de Fftme et de la douleur. Mais la santé de Julia éprouva une forte secousse ; c'était peut-être encore une crise d'enfance. Cependant les médecins

94 MADAKS DB LAMARTINS.

coDseillèient à M. de Lamartine de faire un voyage en Orient. Madame de Lamartine accueillit eetle pensée avec boDlieur. Dans son ingénieuse tendresse de mère, elle s'était dit sans doute : Julia reviendra; il y a. de la vie dans le soleil! Les sentiments d'une piélé naturelle lui assuraient aussi, à elle catholique fervente, quUi y avait un grand remède dans un pèlerinage fait à ces lieux sanctifiés par la mère de Jésus. Oserez-vous encore maintenant, vous qui avez si vivement accusé Lamartine d'avoir dissipé une grande partie de sa fortune en Orient, ose* rez>vous encore jeter vos plaintes injustes vis-à-vis des deux cercueils qui sont à Saint- Point,... là-bas? Mais comme il fallait profiter du beau temps et des jours de Tété pour passer la mer, on se prépara au voyage^ et Julia, en partant, regarda une dernière (ois avec son âme les belles collines du Maçonnais. Elle pleura beaucoup en quittant toute la famille, qui était réunie pour les adieux, et elle dit à la sœur de Lamar-

line, madame ta comtesse de Gessiat : '«'Oh!

ma tante^ si nous faisions naufrage, et qu'on retrouvât mon eorps, failes-ie eo<terrer à Saint-Point. » Je n'essayerai pas' de compter les vœux que Lamarline reçut sur sa route, les chants. qui s'élevèeeni du fond des vallées et sur Je reniant des montagnes pourlui souhaiter iMMiToyage. U yestyoejoarikj un immense réveil de la èyre en Frimce.

Le» stvopbes qu'Aima de loy lui adressa de Besanço» sont vauies jusqu'à noqs :

rt tplirtJ \kui-tt38ir4Sr «• ad fkba de JiMrveilUs, Ces hêrkau-aoyéê Uw dss fafeon-'vftfmAiltes»

Ces dieux couchés dans l'herbe et ces marbres épars, Ce ciel bteo, eéttener Ae Napte, m% isiille voHes, Qui seoMeiia seceAd «iel lort blancinsaaiA d'AoHes, CNi !al9ioiiéées Césars?

Non, tu ^as tisiier ces %oaériqties'{Jliq^^ Où l'Rvroptt a temi daM le carap des Péta^ee ; L'ArgoHde, bossiBdVjti coulait l^Onent; Les tombeam maflMs de^paite on de'Pinr^ame, Lieux où Byrm portable (Ihaea deson ftme, Lieu ou vèva GbaleaÉbrianfl !

,91 ifaoi, qui Tins n'asseoir à. ton ffyier çtiajnpfttre,. Jâoï qui, jadis, ai bu dans ta coupe de hêtre, ' ' Je suiYraî ton vaisseau dans son rapide essor, Et Yna voix Redira eef adieu poétique :

« Ytisseau, port« Yiigileaux rires de rMiqne Et garde-nous notr^ trésor. >

En arri'vaiit à Maroeillej la poésie muhaita la bienvenue aux Toyagenrs. C^est li. Âutran, un jeune homme encore^ qui les reçut. Ce jour-là »l écrivit cie beaux vers, les plus beaux qu'il ait jamais faits a^ec ceux que, dix mois [dus tard, lui inspira le cercueil que rapportait l'Alceste, L'Académie de Marseille vint aussià kreneontr&^de Tauteurdes MédttatitmSy et- Lamartine lui dît :

Si j'alKuidonne aux plis de la iH>ile rapide

Ce que m'a Êiit le ciel de paix et 4e bonbeo,

Si je confie aux flots de l'élément perfide

Une femme, un enfant, ces deux parts de mon coair. . .

Et je n'ai pas couché mon front dans la pouseière Où le pied du Sauveur en parlant s'imprim».

Et je n'ai pas usé, sur mes lèvres, la pierre Où, de pleurs embaumé, sa mère l'enferma. . « Et je n'ai pas frappé ma poitrine profonde Aux lieux où. par sa morti éclairant l'avenir.

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Il MTrit ses deux bns pour eobn^ssér le monde Et se pencha pour le bénir.

Voilà pourquoi je pars, voilà pourtpioi je joue ' Quelque reste de jours inutile ici*bas.

Qu'importe sur quel bord le vent d'hiver secoue L'arbre stérile et sec et qui n'ombrage pas.

Adieu donc, mon vieux père, adieu, mes sœurs chéries Adieu, ma maison blanche, à l'ombre du noyer; Adieu, mes beaux coursiers, oisifo dans les prairies, Adieu, qion chien fidèle, hélas! seul au foyer. Votre image me trouble et me suit comme l'ombre De mon bonheur passé qui veut me retenir :

Ah ! puisse se lever moins douteuse et moins sombre L'heure qui doit nous réunir !

On mit à la Toile le 30 mai 4833.

La mer était douce, le ciel était beau; une petite brise d*est soufflait Ters Jérusalem.

VAlœBle, qui emportait M. de Lamartine, était un petit navire de deux cent cinquante tonneaux et de seize hommes d'équipage, appartenant au petit port de la Ciotat.Tout avait été disposé le plus confortablement -possible à bord. Il y avait trois chambres :

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la pins grande, qui contenait une bibliothèque de cinq cents volâmes choisis, était réservée à madame de Lamartine et à Jalla; rautreétaitoocnpéepartroisamis, MM. Ané^ dée de Parseval, de Capinas, et le docteur de la Royère^ qui accompagnaient les voya^ geurs. La troisième ^ qui n*était plutôt qu*une petite cabine, recevait le jour par une étroite croisée à fleur d'ean ; elle avait pour ameublement un matelas, un f\inteuil et une table étroite clouée à la carcasse du navire. C'est là que Lamartine écrivit les pages volantes de son Voyage en Orient, Je ne sais s*il trempa sa plume dans TOcéan, mais il en fil des paysages qui en égalaient les profondeurs et le subfime. il n'y (i que ce journal qui puisse nous guider maii^ tenant. Madame de Lamartine veille dans le seerét sur un enfant malade oonfié aux mers; elle salue de loin tous les rivages et s'écrie : « Ce n*est pas là cette Jénisalem où nous allons? » Non, on n*est pas encore dans le» mers de la Grèce ; on n'a pas on*

MADAME DS LAMARTINK. 29

core chargé les quatre canons qui altendent sur le pont les pirates de TÂrcbipel. Enfin»

voici Simiam, où Platon parla de Fimmortatité de Tâme. Latnartifie est sur le pcmt; il s enivre de ce ciel éclatant qui vit naître le plus beau dogme du Monde antique et la croyance la plus consolante de THumanité.

Il appelle Julia qui «si tais aa ebambre; ii veut qu elle s^enivre d*iine douce et suave lumière. Julia ne répond pas : qu'est^il arrivé? Ouvrons le journal de Lamartine»

« 43 ao^at 4832.— Vive inquiétude sur la santé de ma fille. Nous aominea à Tancfe* Triste promenade au temple de Jupiter Olympien et au Stadi. Bu des eaux du ruisseau bourbeux et inioet qui est rilissus,

« 23 août iSaS^ (dans lea Cydades).— Je paaae la nuit à soigner luUa et à me piN>mener sur le pont. Nuit douloufeaae! combien de lois j^ai frémi en peaaMftt que j'ai mis tant de vies sur une seule chance !

Que je seraisi hauri^ux si un Esprit fiélesie

30 MADAMB BB LAUARTINS.

emportait Julia sous les ombres paisibles de Saint-Point. Coup de vent furieux entre rtie d*Âmorgos et celle de Stamplia. Gémissements douloureux du navire « Coups sourds de la lame sur la poupe. Roulis qui nous jette tantèt sur une yague, tantôt sur Tautre.... »

Peu à peu la mer s* adoucit et on arriva à Beyrouth, le 6 septembre, à neuf heures dn matin. A terre, Julia se trouva mieux.

On s'installa promptement : madame de Lamartine avait hâte de reprendre la vie de famille ; cela devait remettre aussi sa iiile souifrante» Mais on ne saurait pénétrer toutes les joies et toutes les tendresses de rintifaiité sur cette terre d'Orient; il f»nt ouvrir les notes de voyage. 11 est écrit de Julia : « Sa mère lui tressait les longues boucles de ses cheveux blonds à T imitation de celles des dames de Beyrouth ; on lu arrangeait son chàle en turban sur sa tête.

Je n'ai rien vu de plus ravissant parmi tous les visages de fenrnie qui sont ffravés dan

ICADAICX SB LàMART^NE. 31

ina némoire, que la figure de ïulia coitTée a'msi du turluin d'Âlep' avec la calotte *ct* or ciselé d'où tomliaietit des frangés de perler et des ch&itues de sequius d'or. » Puis vinreut une série de fêtes arabes. < Julia va à la noce (42 septembre 4832) d'Babib^ I^acbarjii bterprètede M. de Lamartine. »

Le. 4 6 septembre^ un petit atelier de peinture est installé dans la maison des pelérios : « Ma femme el Julia ont peint tes oguirs à fresque. » Quand- en Gn riiabitatioii fut complètement préparée pour rhiver^ Lamartine fit une ex;curâon dans les mon^ tagnes de Beyroulb. Il avait bite de fouler tous ces. sentiers lumineux et immortels d«jà obaatés>par Chateaubriand. Maiîs son absenee ne fut pas longue^ j le 5 octobre, il était deretoiir r « J'ai retrouvé, dit-il, ma femme .et mon enfant en bonne santé, occu^ pées \k embellir et à orner notre séjour d'hiver. » Voilà une note rassurante snt laquelle le poète va entréprendre un plus long voyage. Donc il vit, ceite fois-ci, le

:>2 M-APAMiS as LAHAATINE.

Cacmel, lie^TlndMrj GetkséoDwi, BctMem.

le Oédraà, lataUée de Jesaphai, le^sopuree»

de Sapéf-i Nazareth et Jénnalein. Ikns la chspellâ .dtt' SainuS^ulere, Il fit célébrer dew& mesefli pour raadMne de La»artiiie et pour JuUa.Mals» pendant tant le grand nois qu'il fui eB roitte^ il ne reçut aucune ne«velle dci.sa chêne malade ; lee Aratwa itifes* taii^t le .désertei la posa»n*y passait qu'avec de fortes carajraaes. Enfin, le 3 noTemhre, il lut tiiré de sea «ilrâlcs^^ : « Un conrrier de Jafia m*ap|^te det lettres qak me raseurent siir la jia^ijè 4e ma. fiUe..* Cepemlant il av^t hâle dto ii^feîr son enfant, et il fut bieidtôt.de reto«irJi>ficQrreuthw Le 4d no« «enibre,:il aeiiit airee Julia; il lui fit voir les riiÎAea de Belbeck, comme un de ces grand» 4peel««le» cpi^an doit gtaver dans TimiiglnaAioii de la jeuneMe. « €e jonr^là, dàt41, eUe montait pour la première fois un eiieval du déaert^4|iie je lui avais ramené de la mer Marte, et dont on domestique arabe tenait la bride. Nous étions seuls* La jour«

MADAMK OB LAMARTINE- 33

née, quoique de novembre, était éelataate de Inimèpe, de chaleur et de verdure. Jamm je u'avaisvu celte admirable enfant dans une. ivresse si complète de la nature, dii mouvement, du bonheur d'exister, de voir et de sentir. Elle se tournait à chaque instant vers moi pour s'écrier; et quand nous eûmes fait le tour de la colline de San Dimitri, traversé la plaine et gagné les pins où nous nous arrêtâmes : « N'est-ce « pas, me dit-elle, que c'est la plus longue, <r h plus belle et la plus délicieuse promet nade que j'aie encm^e faîte de ma vie? »

Hélas î oui, et c'était la dernière t Quelques jours après, Julia n*étaît plus. E3ie mourait le 5 décembre t8S2, entre les bras de son père et de sa mère, dans cette déff^ ciense maison qu'elle avaît pemie et ornée.

C*étaît à onze heures de la matinée qu'elle rendit son âme k IHeu. L*aîr était chaud, c^était un des beaux jotirs du soleil. Les petites filles arabes dansaient devant la porte, sous les larges palmiers, sans songer

qiiHi y avait de grandes tristesses tout au près. Il y avait au chevet de Julia, avec ses parents, un religieux d*un couv«nt chrétûgin de Beyrouth. C*est lui qui présenta une dernière fois le crucifix aux lèvres de Fagoni*santé, puis il le remit aux pauvres déshérités conime un suprême adieu :

VoÙà le soavenir, et voilà l'espérance :

Emportez-les, mon fils.

Julia fut embaumée avec des parfums d*aloès et de nopal, les parfums avec lesquels on embauma Jésus; puis on la mil; dans un linceul blanc. Sa tête était légère* ment soulevée, ses blonds cheveux bouclés retombaient sur son cou; sa paupière, doucement abaissée, lui donnak Fair d*un^ jeune fille qui dort et fait un beau rêve.

Ses parents voulurent la voir une dernière fois, puis on ferma le cercuçil qui fut déposé dans un, caveau provisoire à la porte duquel deux janissaires du .consulat de France à Beyrouth, silencieux comme tous

es assîstaBts^ roulèrent une grande dalle de marbre noir, pareille à celle qù'atitrefois les proconsuls romains jetèrent à l'entrée du tombeau du Christ. Mais Julia devait en quelque sorte ressusciter aussi, car elle avait dit : « Si nous faisions naufrage, et qu*on retrouvât mon corps, faites-le enterrer à Saint-Point, c'est là que je veux mourir. » Mais, pour retourner en France, il fallut laisser passer les mauvais jours. L'hiver fut triste et nu, les oliviers des collines de Beyrouth se dépouillèrent de leurs dernières feuilles, et tout ce qui avait forme se présentait aux parents désolés Avec les angles froids et droits d'un corbillard. Et le poiëte pleurskit Iulia :

C'était le seul débris de ma longue tempête, Seul ftuit de tant de fleurs, seul vestige d'amour; Une larme an déport, un bai&er an reitour :

Poiff nos fofen erramts nue étemeUe fètel • C'était, sur ma fenètrf , un laypn d|e.8oleil, Un oiseau gazouillant qui buvait sur ma bouche, Un souitle harmonieux, la nuit, près de ma couche. Une caressé à mon rév^l.

36 MADAME DB LAHARTINE.

C'était le seul amas de ma ehaloe brisée^ Le seal coin pur et blea dans toot mon borisou. Pour <pie son nom sonnât plus doux dans la maison. D'un nom mélodieux nous Tavions baptisée.

C'était mon tmiven, mon mouvement, mon brait, La Toix qui m'encbantait dans tontes mes demeures. Le chame on le soocide mes jovrs, de me& benns. Mon matin, mon soir et ma nuit.

Eli bien! prends, assonvls, implacable justice D'aironie et de mort, le besoin immortel ; Mfli-mtaie je retends sur ton fnèbn nM.

Si je l'ai tout vidé, brise enfin mon calice. Ma flUe 1 mon enfant I mon souffle I la voilà ! La voilà ! J'ai coupé seulement ces deux tresses, Dont elle m'enchaûnait, bier, dans ses caresses, Et j/d n'ai gardé que cela !

Cependant, après qtiatre Ictogs mois passes dans les larmes et dans la prière, M. et madame de Lamartine vîrçnt revenir le printemps; ils reçurent leurs coumûasances de Beyrouth et sortirent avec leurs amis. Ils croyaient rencontrer Jnlîa au soleil dans la verdure et dans les Heurs, Qu*elle est suave la foi de la famille! .Û4i>lle ei^t .b^lle la phi-

iiÀ,9 AME os LAU A SL tilt M. Sl

k>90|^hi6 des mères! M. de LamariiM re»

tourna donc aux ruines de Balbecà pour voir s'il n*y retrouverait paa sa fille qui s'y était promenée peu de jours avant sa mort ; mais il ne vit m4me pas son omlire. Alors il «'assU sur les marbres rongés, et il s'écria, comme la Solitude :

Kt s'il revifntlMiiaiB, son ciiie& Blâme, Inc^rtaii. Ne reconnaîtra plus ni sa voix, ni sa main .

II a laissé tomber et perdu, dans sa route, L^tDlfe de «on œil, l'enflMt (fui, sur sa route, Répandiit U lumiftri et t'imoustalité.

Il noorni sans jnémoire «t sans postérité.

Et maintenant, assis sur la vaste ruine, 11 n*entend qne le vent qui rend ud son mofju<5ur ; Un poids eourbe bob front, écrase sa poitrine, .... Pins es pensée et i»to8 de oœur !

Madame de Lamartine, elle, était pins confiante; il y avait de la lumière dans son désespoir; et quand elle/aisait sa promenade du matin autour de Beyro«Ah, elk disait; comme dans une élégie des mw-

38 Jf AOAMB 1>B LAliARTIKB.

tagnes de Syrie : c . Ma fille est morte! mm&, dans les bontons éè fleurs, je revois la beauté de son Âme; son œil, je le retrouve dans celui de la gatelle ; la liane balancée par le vent a sa grâce. Elle est morte! eC tous ses charmes sont dispersés dans k désert. » Que cet hymne est consolant dans son accent panthéiste! on croit respirer un soufYle des croyances universelles et éter- Délies de Tlnde, et on est heureux de le trouver sur des lèvres chrétiennes au pied du Golgotha. Mais la mer se faisait douce, et Julîa voulait rejoindre les cendres de ses pères. LAlceste était revenu à Beyrouth pour reprendre les voyageurs, et il fut convenu que, pour épargner une douleur nouvelle à la malheureuse mère, les pèle^ fins ne remonteraient pas sur le même navire qui les avait apportés, heureux et confiants, avec la charmante enfant qu'ib avaient perdue. VAlceste reçut le dépôt sacré, le cercueil de Julia, et M. de Lamartine, avec sa famille et ses amis, s^embarqua

MADAlfB DB L A M A R T I IT 8. 89

sur la Sophie; et les deux navires mirent ensemble à la voile, ils arrivèrent bientôt à Marseille^ et M. Âutran eut le douloureux honneur de les chanter :

♦ Plearei, sombres rochers ; pleure, triste léphyre : Et TOUS, flots de la mer, brisez-vous sur recueil ; Vous qui naguère, hélas I emportiez son navire. Vous nous rapportez son cercueil!

Le 26 mai 4833,Juliade Lamartine arrivait h Saint-Point. Le village avait mis ses plus beaux habits, les vieillards avaient repris de la jeunesse, comme les Anciens des livres bibliques, qui retrouvaient Tagilité de Fenfance quand les prophètes avaient ^i qu'un Ange, une âme velue de blanc passerait chez eux. Les châtaigniers du chemin, qui avaient poussé leurs premières feuilles, formaient comme un rideau mortuaire -où k lumière miroitait. La nature était triste cependant dans sa flamme; les ramiers dn château coupaient Tair au hasard avec leurs ailes blondes, et les colombes pleuraient en

Uà,t$k.ME D^ LAMARTIRB.

rouûouiaot iulîa f«t desœndae dass si fotte. £Ue ftvatt revu Saîm^Point avec les fleurs du priutemps.

Les pervenches tapissanent iei oolifMSy l«s violettes embaumaient la vallée.

Dans sa douleur , Lamartini) eot une grande parole. 11 dit : « Ma famille désoN mais, ce sera la France ; ma Patrie succède à ma fille; du moins celle-là ne me sera pas enlevée; et quand j'aurai vécu pour elle, elle me fermera les yeux. » Hélas l oui; celle qui F aima toute sa vie vient de mourir ; il n'y a plus que la France à Tensevelir et à pleurer sur lui.

Mais ce n'est pas ici le lieu des idées tristes et des pensées noires. LVuvi^ de

4S HADAMB DX LAMAKTIHS.

poète prend un caractère nouYeaa, celle de madame de Lamartine s'en ressent aussi. Il est dans la saison la plus éclatante de sou âme; chaque pas qu*il a fait dans la carrière a retrati; son cœur palpite avec le cœur de son pays. C'est qu'aussi il a donné tous ses chefs-d'œuTre : les M^itations sont parues en 4820 et en 4823; puis il a pleuré la Mort de Socrate (4824); il a fait le Chant du Sacre et le Pèlerinage de Child-Harold (4 826) ; Cuvier Ta reçu à rAcadémie française (1830); enfin il a publié^ à l'aube de teilé1f«lutiOt]l dé'iriiillet, les Harmonies poétiqtàb d^^t^iëiies, un cri d'amour sur le •tkÊflimmipl^fidfUMaûi de débris. En ce <tt«f B4àr>ati8s(/'ll'|ii^ étoqnemment contre hi^iYM^>4e'ttià/tJt:>dAits le grand poète, le gÎNÉld^êll^^k'seâlftâiânief. Il a donné la Pom^é>\^dmmmi^9^^); il entre dans le vlf'>id«è'((j^tièiii %bél»Iës; il possède la science des gouyemeiÂ(é^të : bientôt Vorateur e!"fe*tî'B{\jriJVantbâttt'e2''M > ^>(^ëMialitt&mse'>ëSt' jalouse; elle est

MADAKS 9B LAMARTINE. 43

■triste de Toir son enfant pmiiâgié déserter son autel. Pour le retenir, elle vt lui faire le plus éclatant triomphe. Et vraônient ce fut une grande dirte que celle des HarmO" malg^ leur ton légitimiste.

Serions-nous donc pareils an peuple déicide Qui* dans l'aveuglement de son orgueil stupîde, Da laag de sen fianvenr teignit Jérusalem, Prit l'empire du del pour l'empire du monde.

Et dit en blasphémant : c Que ton sang nous inonde. « Roi de Bethléem 1 »

Ah 1 nou n'avons que trop ittristô cet empire* Depuis qu'hunïbles proscrits échappés du martyre. Nous avons du pouvoir confondu tous les droits, Entouré de faisceaux les chefs de la prière, Mis la main sur l'épée et jeté la poussière SorlatMedesrois.

Voilà, de tons nos maux, la fatale origine; C'est de là qu'ont coulé ta honte et ta mine, hà hafaie, le scandale et les dissensioni; C'est de ta que l'enfer a vomi l'hérésie.

Et que, du corps divin, tant de membres sans vie Jonchent les nations.

M. Sainte-Beuw, ûon dans sa ferveur

44 UADirilE DS LAMARTINB.

première, écrivait : « Lamartine avait d'a-^ bord une nacelle,... puis la nacelle est devenue une barque plus bardie,plus confiante aux étoiles et aux larges eaux ;... la barque a fait place au vaisseau : c'a été la haute mer, cette fois le départ majestueux etirré* vocable. Plus de rivage, qu'au hasard, çà et là et en passant. Les cleux, rien que les cieux, et la plaine sans bornes d*un océan pacifique. Le bon océan sommeille par intervalles; il y a de longs jours de calmes monotones. On ne sait pas bien si on avance, mais quelle splendeur même alors au poli de cette surface ! quelle succession de tableaux à chaque heure des jours et des nuits!

quelle variété miraculeuse au sein de la monotonie apparente ! et, à la moindre émotion, quel ébranlement redoublé de lames puissantes et douces, gigantesques-, mais belles! et surtout et toujours Finfini dans tous les sens! Profundum! AHUudo! » Mais M. de Lamartine est entré dans la politique ; les électeurs de Dergues Tont envoyé

h la Chambre, et la ville de Màcon, jalouse de voir son illustre enfant représenter une de ses sœurs du nord , le nomme son député aussi; mais il opte pour Bergues. Puis il publie la Chute d'un Ange, les Recueille" ments, Des Destinées de la poésie, le Voyage en Orient, Jocelyn, les Mélanges poétiques et Discours, la Question d'Orient, et il prépare l'Histoire des Girondins*

M. de Lamartine travaille; il est dans Tépoque active et puissante de sa vie, son génie est calme : la fièvre, qui viendra plus tard, n*a pas encore mis le doigt sur son âme. Il travaille; madame de Lamartine veille auprès de lui. C*est un spectacle touchant de voir sa constante sollicitude : elle entoure son mari de ses conseils et de son amour ; elle est partout où il est, recueillant toutes ses paroles et tous ses regards.

C'est qu'elle a compris que la Providence lui a confié une âme, une âme de poète, d'orateur et de tribun. Elle n'est pas vulgaire, n'est-ce pas? celte mission de toutes

46 MADAICX DS I.AMAJITI1IS.

les benres et de tons les ÎBstants» ce soopir ineessant et généreai. Et cette ine chaste, qui veille sur la chasteté d'ime aatie vie, est admirable. G*est on an^ que le ciel a mis auprès de Lamartine pour défendre sa gloire.

Aussi, avec quels soins madame de Lamartine s'acquitte de ses devoirs! qaette tendresse et quelle activité ! Elle s'occupe de tout, et des détails intérieurs de la maison, et de la correspondance de son mari, et des moindres pages qu'il écrit. Ces pages, elle les recueille une à une, les recopie pomr Fimprimeur^ et réussit à garder ainsi, pour la postérité, les manuscrits du grand poêle.

Elle est curieuse et touchante, cette idée de madame de Lamartine; les amateurs d'autographes lui devront de la gratitude dans ravenir. Jusqu'ici, tous les manuscrits de l'auteur des Giro$uUm Mmt donc sauvés.

Nous avons, dit l'histoire des Méditations poétiques; tous les vers en furent copiés pour madame de Lamartine et mis par le

poète, à la longue et aristocratique éeri* ture, dans la corbâlle de noces l précieux bommage auquel s*en joignit bientôt un autre plus précieux. M. de Lamartine yenâât de composer Jocelyn^ ce lumineux et sublime paysage d'une âme sanctiiée par le sacerdoce et le génie; Jocelyn, où se retrouve • « un firagraent d'épopée intime, ce n*est pas, comme on Ta cru, le type sacerdotal :

le sacerdoce n^est même que le cadre et non le sujet. Le prêtre moralement et physiquement connu a une antre dimension que Jwxlfn. *

€e poème, « qui n'est qu*un épisode, »

écrit au jour le jour, par la montagne, dans la vallée, sur un bloc de granit ou à Tombre d'un châtaignier, avait é€é eonié par Laiiar<tloe à Im gros registre en partie double, ou .plutôt à un gros élbum servant d» i^gîstre.

Sur eei album,le'poètefivait établi» au verso, le eomplâ de tousses henaêtes et nonibrewx viderons de Sûm^Point «t de Montceau :

ebâcuB se trouvait là avec ses journées, son

48 MADAIfBOSLAMARTTlfB.

domicile, son Age et son tillage, ou plutôt le nanéro de sa maisonnette, sans penser que, tout auprès, au recto, palpitait lowiyn et se b&tîssait le presbytère de Valneige, d'éteraelle mémoire. Néanmoins, pendant qu'on vendangeait les vignes^ Lamartine • achevait son poème, et le jour vint de renvoyer k réditeur. Il allait partir pour Paris quand madame de Lamartine l'arrêta :

« Comment, s'écria-t'^Ue, c'est le registre de compte des vignerons que M. de Lamartine envoie! 11 a fait erreur. > Puis elle tourna une page : • Mais non, c'est bien Jocelynl • et elle se mit à rire en feuilletant Talbum où la Poéûe, le Dessin et la Comptabilité rayonnaient dans la gloire. Puis elle courut dans son cabinet de travail et recopia intrét>idement Joeelyn, qui fut adressé à Parus après un retard de quelques jours.

M. de Lamartine, qui était sorti au moment de ce petit coup de Uiéàtre, rentra bientôt et ne park de rien ; il ne s'informa pas si le facteur avait pris Tenvoi; il le croyait bien

MADAMB DB I. AMAKTINS. 49

sons pfcsse qmud» aa déjemiH' de famille* madaume de Lamartine lui remit Talbuui qui contenait le compte de tous les vign^ roos et lui dit qu^elle venait de recofùer Joe^yn et qu'elle allait l'adresser à Paris* Il resta tout étonné» puis il se ra\isa» se souvint qu il était poëte, dans /ocefjfn surtout, et qu il avait perdu de vue ses cliers et laborieux vignerons devant les douleurs d'une âme sacerdotale en peine.

Plein d'admiration et de reconnaissance, Lamartine demanda une plume et il écrivit à la première page de JoeMyn :

A MARU ANNA EUZA.

Doux nom de mon bonheur, si je pouvais écrire Un chiffre inelfeçable au socle de ma lyre, C'est le tien «jne mon cœvr écrirait avant moi. Ce nom où vit ma ^« «t ^ douille mon ftme I Mais poor lai conserver sa chaste omhre de femmo Je ne l'écrirais que pour toi 1

Lit d'ombrage et de fleurs où l'ombre de ma vie Coule BeeiMeBWit, coule à demi tnrie,

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