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LA POLITIQUE ET LA POES.E

M"* de Lamartine ne put se reposer dans sa douleur. Des émotions nouvelles allaient la saisir; elle aurait aimé garder son mari pour elle et la poésie, mais son abnégation ne voulait pas détourner le génie de sa destinée politique. Elle s'en tourmentait. Allait-il à une défaite ou à une victoire ? Elle savait son regret de son élection, ses appréhensions dans une assemblée d'esprits vulgaires, de sots railleurs prêts à renvoyer le poète à ses nuages, ignorants de la belle légende antique, Apollon, poète et héros, dieu de la lumière et vainqueur de Thydre, comme Lamartine devait l'être en 1848.

Il8 MADAME DE LAMARTINE

Sa douleur au cœur, elle revivait mal. « Ma maison, disait Lamartine à M. de Virieu, est une maison de deuil et de tristesse. »

A la Chambre, il avait répondu à la question : Où siégerez-vous ?« Au plafond. » Il disait vrai. Il planait sur l'arène. Mais il descendait pourtant, pour y lancer des vérités. « Le remède contre les émeutes, c'est la charité dans les lois. » A Saint-Point, M™* de Lamartine le vit avec bonheur retourner sous le chêne, et reprendre Jocelyn. Il avait vendu à Paris 100,000 francs comptant son Voyage en Orient, et comme il disait : son joli petit poème du journal d'un vicaire. Ainsi son voyage en Orient, tant calomnié, se trouvait payé. Il ne fut pas la cause de sa ruine.

Il était revenu d'Orient et du tombeau du Christ, dans un grand renouvellement d'âme. Sa femme s'en troublait. « Les hommes ont trop mêlé d'humanité à l'idée divine. » C'est le moment où son génie ouvrait ses ailes aux hautes aventures, en poésie, en politique, en religion.

Un soir de décembre, Lamartine lui conta un entretien. M, de Talleyrand lui avait dit avec son accent d'oracle : « Vous êtes entré dans les affaires admirablement. — Moi, mon prince, dans les affaires, vous vous moquez. — Trêve de modestie... Vous êtes entré dans les affaires de ce paysci plus qu'aucun homme depuis Juillet, plus profond, plus juste et plus avant que qui que ce soit. Les choses marchent, et vous, vous marchez vite... vous ne pouvez manquer d'être au cœur du pays. » L'oracle prédisait vrai. Ainsi, deux fois, en poésie et en politique, M. de Talleyrand avait été bon prophète pour Lamartin.

Ses paroles de tribune avertissaient la politique de juillet : <- Malheur aux gouvernements qui rangent les bons sentiments dans l'opposition ! »

En avril 1835, parut le Voyageen Orient, M"* de Lamarne le lut avec das larm es. C'était son livre préféré, son

livre à elle, le livre de son cœur. Le récit était plein d'elle. Elle y sentait l'amour d'automne sacré par la douleur et y retrouvait son enfant.

Le voyage en Orient avait été la grande, l'heureuse et douloureuse époque de sa vie, à la fois douce et amère, par le bonheur de la vie intime, en tête A tête, seule avec lui et son enfant, et par sa mort. Jamais ils n'avaient vécu si unis par l'espoir, l'enchantement et la douleur. Les larmes ravivent l'amour.

Elle s'enivra de ce livre.

Elle recueillait l'écho de ses touchants discours pour les enfants trouvés. Il avait été obligé de la quitter, de la laisser seule et triste à Saint-Point, pour aller combattre les lois de Septembre : la diclaiure du silence.

Content de son nouveau rôle, il disait à M. de Virieu que l'éloquence était plus en lui que la poésie. Revenu à Saint-Point, il reprenait la poésie, à la joie de sa femme. Il copiait avec elle les vers de Jocelyn, écrits sur des pages d'album et les marges de. son Pétrarque. « C'est ma poésie de seize ans », disait-il à son ami, Antoine de Latour. Il menait, à côté de sa femme, une vie de poète et de paysan, plantait des arbres et créait des vers qui devaient grandir ensemble.

Le 17 février 1836 parut Jocelyn; ce poème de style domestique et évano^élique, se\on son mot, eut un succès d'enthousiasme ; il prit le cœur des femmes, il ravit et fît pleurer. Vingt-quatre mille exemplaires en vingt-sept jours, sept éditions en Belgique, en Allemagne. Il réalisa pour la première fois l'idéal pur des vers; il avait uni la beauté de la poésie à l'intérêt du roman.

Mais une femme entre toutes l'aima, M""' de Lamartine; c'était son poème à elle, il fut sa fête de cœur, et avec le Voyage en Orient, son livre bien-aimé. Il l'avait écrit pour elle, le lui avait dédié. Il avait placé en janvier 1836, en tête

du poème, cette suave dédicace en vers, ces strophes d'amour chaste, cette couronne de gloire intime au front de la mère de Julia :

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