A M. DE GUIGNON VILLE, A MMNTENON
Imprimée dans les Mémoires de V Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse, 8° série, t. VII, p. 537 *.
A Saint-Germain, ce 28 janvier (1079).
Vous aurez sans doute appris que l'acquisition de Pierre2 est faite, et M. Viette a dû vous mander d'en prendre possession promptement; mais je ne sais si M. le marquis de Montchevreuil vous aura fait savoir le soir particulier que je vous prie de prendre des habitans de ce lieu-là, qui en ont un pressant besoin. Je vous prie donc de faire toutes vos diligences pour que les vauriens en soient chassés, que les insolens soient punis, et que les bonnes gens y vivent en repos. Il n'y a plus le prétexte de La pluralité des seigneurs, et il faut dans ces commencemens les mettre sur un bon pied.
Je vous prie de voir M, le curé de Pierre, de lui recommander encore tout nouvellement la charité de ce lieu-là, el de conférer avec lui sur ce qu'il y auroit à faire pour qu'il y eût deux messes les dimanches et les
1 M. Ch. Pradel a publié dans ce recueil Huit lettres inédites de M™ de Ma in tenon, d'après les Archives des ramilles d'Avessens el du Puy-Montesquieu. Llles concernent le détail <le l'administration de la terre de Maintenon. Voir plus bas la lettre du 9 novembre (1679)
- Par acte du k2.*> janvier 1679, M"" de Maintenon venait d'achetei pour la somme d<> 34 000 livres et d'ajouter à sa terre de Maintenon les seigneuries de Pierres, Théneuse el Boisrichcux.
fêtes. Je crains que plusieurs personnes ne la perdent, et il faut regarder par quel expédient il nous faut l'empêcher, s'il peut y contribuer de son chef, si les paroissiens y voudraient aider, et j'y aiderois aussi, mais de peu et sans m'obliger à rien. Je sais bien que, dès que l'on offre quelque chose aux paysans, ils se rendent difficiles; c'est pourquoi je m'adresse à vous et à lui pour y apporter de la prudence avec de bonnes intentions. Je crois qu'il n'est pas nécessaire que je die à M. le curé de prendre soin des pauvres dans ce froid ici, et que tant qu'ils auront an sou ils ne laisseront mourir personne ni de faim ni de froid1.
J'ai bien de la joie d'avoir vu votre femme en très bonne santé.
Vous aurez soin de la recette de Boisricheux et de Pierre. Au nom de Dieu, ne dépensez pas un sou que sur mon ordre, afin que je ne sois pas trompée sur les mesures que je prends pour ma dépense. Mandez-moi souvent des nouvelles deMaintenon, car, quoique je sois à la cour, je ne laisse pas d'y penser souvent et d'aimer à savoir tout ce qui s'y passe.
Mes complimens à M,le de la Harteloire et à Chariot2.
1 La phrase est irrégulière, mais le sens n'est pas obscur.
2 Boulet de Guignonville, « fermier général aux fermes-unies de Sa Majesté, rue de Braque, à Paris », avait été choisi par Mme de Maintenon pour intendant de sa châtellenie de Maintenon, acquise le 27 décembre 1G74, érigée plus tard en marquisat. — Le marquis de Montchcvreuil s'est toujours mêlé, comme ami, de ses affaires. — M,lc de la Harteloire est. une parente de Scarron, et Chariot est un (ils naturel de Ch. d'Aubigné, que Mrac de Maintenon faisait élever : ils habitaient à Maintenon.
A M. D'AUBIGNÉ