‹ Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentiqueChapitre 19 sur 43 · SEPTEMBRE-DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

SEPTEMBRE-DÉCEMBRE

A M. L'ABBÉ GOBELIN

Manuscrits de Versailles. Lettres édifiantes, 1. 1, p. 576.

(22 septembre) 1686.

Je vous envoie vingt louis pour vos Trente-Trois1. Recommandez-moi à leurs prières, je vous en conjure. Nous nous en allons à Marly, d'où l'on reviendra jeudi ; j'espère que Dieu me fera la grâce d'être plus occupée de lui que des plaisirs que l'on y va chercher. J'ai été bien souvent à Saint-Cyr la semaine passée, tout y va assez bien; je croyois vous écrire une grande lettre, mais je ne fois pas toujours ce que je voudrois. Je me porte fort bien, je suis plus heureuse que je ne l'ai jamais élé, et je vous demande de vos nouvelles après vous avoir dit des miennes.

A Mme DE BRINOX.

Manuscrits de Versailles. Lettres édifiantes, t. I, p. 550.

Ce samedi (décembre 1686).

J'ai ordonné à Manceau de dire à Mme de Tumerv de

tenir la tribune ouverte, afin que les princesses soient tentées d'y entrer. Vous ne le porterez pas loin, Mademoiselle2 va à vêpres, et sera, je crois, suivie deMmede Montespan. Je prends parla la peine qu'elles vous donneront. Je voulois y aller; mais il vaut mieux prier Dieu ici que d'aller causer «à Saint-Cyr avec elles et les trotter partout. Il est cruel d'être chassée d'un lieu où on a tan! de raisons d'aller. Avertissez nos Dames de tenir toul fort propre, car Mademoiselle ira partout. La première chose

1 « Séminaire de Paris où étaienl élevés trente-trois pauvres étudiants. » Note du manusci'il de Versailles. - M11, de Montpensier.

180 LETTRES DE M«ne DE MAINTENON.

que M,le d'Aubigné a dite à Madame1, c'est d'envoyer des complimens à Mme de Brinon ; cela n'est-il pas joli? Je compte que nous ferons demain nos trois postulantes novices, et que nous finirons par les professes; comme c'est ce qu'il y a de plus important, il faut leur donner plus de temps pour y penser ; je compte arriver demain chez vous sur les huit heures, monter à votre chambre, entretenir un moment chaque dame, et puis nous irons où vous l'ordonnerez pour la réception. Je vous porterai des boîtes en attendant celles que je vais faire. Je ne dînerai point à Saint-Cyr ? il faut que je revienne ici. On panse le Roi présentement. Je ne fermerai pas ma lettre que je n'en aie des nouvelles. M. le Prince2 est fort mal; M. le Duc3 partit hier pour lui mener un confesseur.

Lelloi a beaucoup souffert et souffre encore. On dit que sa plaie va bien. Continuez vos prières pour lui.

A Mme DE BRINON.

Bibliothèque nationale, manuscrit 1992, f° 53, Inédite.

Mme de Motteville veut vous mener Mlle d'Hamermont, qu'elle nous donne, et que j'ai déjà destinée aux habite sur mon mémoire, car elle saura toujours découdre quelque guenillon. Mais revenons à Mme de Motteville4, que je vous prie de recevoir comme une personne d'un mérite

1 M,lc d'Aubigné, nièce de Mme de Maintenon, n'avait que deux ou trois ans. Madame est la duchesse d'Orléans.

2 Le grand Coudé.

3 Le lils du grand Coudé.

4 Mme de Motteville, l'auteur des charmants mémoires sur la cour d'Anne d'Autriche, mourut en 1689, à l'âge de 68 ans. On remarquera comment, sous le couvert d'une modeste expression, M,BC de Maintenon se place à côté des reines qui ont aimé M,ue de Motteville.

singulier, tant pour la vertu que pour l'esprit, qui a été aimée tendrement par trois reines, et que moi, indigne, j'aime très-fort aussi. C'est elle qui m'attira les bienfaits de la Reine-Mère1 : c'est assez en dire pour que vous la traitiez bien. Je ne puis répondre sur la tribune que je n'aie visité tout avec vous. Ce que je voudrois bien obtenir, c'est qu'on ne détournât point les ouvriers pour des choses moins pressées que celles que nous leur demandons. Je vis l'autre jour une couple de tables dans leur atelier dont il étoit plus raisonnable de se passer que de la lingerie.

J'espère raisonner sur tout cela demain avec vous. Je n'ai ni le loisir ni la capacité de répondre à ce que vous m'envoyâtes hier au soir. Adieu, ma très-chère, quoi que dise Mme de Saint-Pierre, je ne puis vous plaindre : vous aimez Dieu et vous le servez de tous les talens qu'il vous a donnés. Vous m'aimez et vous passez votre vie en commerce avec moi.

A Mmc DE BR1NON.

Bibliothèque nationale, Manuscrits, fonds français, n° 15203.

Ce mercredi au soir (11 décembre 1686).

Le Roi a souffert aujourd'hui sept heures durant comme s'il avoit été sur la roue, et je crains bien que ses douleurs ne recommencent demain. Ainsi, je vous conjure de remettre à huitaine ce que nous devions faire demain2.

1 Voir plus haut la note à la lettre à M. de Villeltc du 7 décembre 1000.

- Le Roi avait été opéré le 18 novembre de la fistule. « Sur les sept heures du malin, le Roi se lit faire La grande opération, las de porter un mal qui L'incommodoi t.... Cette résolution surprit toul le monde; elle étoil prise il y a six semaines, et personne ne le savoit que M. de Louvois, Mmo de Maintenon et le V la Chaise. » Le succès

182 LETTRES DE Mmc DE MAINTENON.

Le mal du Roi est, à ce qu'on dit, en bon état. M. le Prince lui a écrit une lettre en mourant, qui vous feroit bien pleurer. Voici un temps bien triste, mon cœur est déchiré1*

Je vous répondrai à loisir sur les repas des étrangers; mais vos proches doivent être bien traités chez MlleManceau2. Elle a ordre d'écrire tous les extraordinaires. Adieu. Je ne puis pour ce soir vous en dire davantage. J'espère vous voir avant la huitaine ; mais j'ai cru qu'il falloit remettre à un jour de communion.

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