A M- LA MARQUISE DE CAYLUS
Bibliothèque nationale, Manuscrits, fonds français, n° 15199.
Versailles, 50 août (1687).
Enfin, madame, j'ai vu M. l'abbé de Laurière pour faire plaisir à M. votre fils et pour tacher, par des voies douces, à le conduire à ce que nous voulons de lui, qui est qu'il vive en honnête homme. M. l'abbé me témoigna un grand respect pour vous et beaucoup de chagrin des mauvais offices que l'on lui a rendus auprès de vous ; je vous rendrai compte de la conversation quand j'aurai l'honneur de vous voir. Cependant, madame, je veux vous dire que jusqu'ici je suis fort contente de la comtesse de Gaylus, cl qu'elle passe ses journées fort gaiement et fort innocemment; elle ne songe qu'à travailler, et elle va entreprendre un lit qui, je crois, ne sera pas sitôt fait; mais il n'importe, pourvu qu'elle s'occupe. Je compte de la mener à Fontainebleau, si vous le trouvez bon, et qu'elle ira passer quelques jours auparavant auprès <lo vous; je lui trouve là-dessus tous les sentimens qu'elle doit, qui sont pleins de reconnoissance et d'amitié pour vous.
1 Évidente allusion au bruit, répété par Mme de Sévigné, d'une inclination de la Palatine pour le frère do sou mari, le Roi même : ou (Mi riait.
- La marquise de Caylus, mère du comte de Gaylus marié ;'i
M11" de Mui'say. Voir plus haut la note à la lettre du 1 i mars 1686.
184 LETTRES DE M*c DE MAISTENON.
Je vous supplie, madame, d'ordonner à M. Mestre de m'envoyer le mémoire des dettes de la comtesse de Caylus, car il faut savoir à quoi s'en tenir et régler l'avenir : elle est sans un sou et sans une robe. J'ai prié M. son mari de me faire toucher son argent, afin de le ménager moi-même, ayant de la peine à la voir dans l'état où elle est. Vous voyez, madame, par le compte que je vous en rends, l'envie que j'ai que vous y preniez toujours intérêt, et que vous ne changiez jamais les bontés que je vous ai vues pour elle. J'espère que, par ma conduite, je vous obligerai à en avoir toujours pour moi.
A M. DE V1LLETTE, A PARIS.
Lavallée, Correspondance générale, t. III, p. 90 '.
Ce 4 septembre 1G87.
Prenez garde à toutes les affaires dont vous vous chargez, car il seroit désagréable qu'elles ne se trouvassent pas comme vous les avez proposées. M. de Seignelay a persuadé au Roi que M1,e de Saint-Laurent étoit sur le point de faire sa réunion, et si elle part sans que cela soit fait, on en sera assurément mécontent. Ne vaudroit-il pas mieux la remettre aux Nouvelles catholiques2, et qu'elle s'en démêlât comme il lui plairoit? Je vous avoue que je n'aime point à me charger envers Dieu ni devant le Roi de tous ces retardemens de conversion, et que j'aurois aussi du chagrin de vous voir déplaire quand vos intentions sont bonnes5.
1 Un fragment de cette lettre est cité par Monmerqué dans sa préface aux Mémoires de Yillette d'après les manuscrits de Mlle d'Aumale.
2 On désignait ainsi des maisons religieuses où l'on instruisait les femmes ou jeunes filles qu'on voulait convertir au catholicisme.
3 On lit dans le Journal de Dangeau, dimanche 10 mars 168G :
On prétend aussi que cette MIle de Boisragond n'écoute point, et qu'elle ne sera de longtemps convertie ; cela sera encore sur votre compte. Mme de Saint-Iïerrnine n'a point communié, et c'est son mari qui l'en empêche; je suis indignée contre de pareilles conversions. L'état du chevalier de Saint-Hermine est déplorable, mais il n'a rien de honteux, et celui de ceux qui abjurent sans être véritablement catholiques est infâme.
Toutes ces raisons-là ne me convient pas à mettre M. de Saint-Hermine en liberté; faites de votre mieux là-dessus, je vous en conjure, mais ne les soutenez pas trop, car cela seroit pris ici pour être mauvais catholique.
J'envoie la comtesse de Mailly à Paris1, ne pouvant plus soutenir l'embarras où elle se trouve. Usera bon, je crois, que vous entriez un peu dans ses affaires; je ne veux point la revoir qu'elles ne soient réglées.
Je vous enverrai le comte de Caylus dés qu'il sera de retour d'Anet, afin que vous régliez toutes choses avec lui ; je crois que M. Delpech seroit utile dans ce conseil-là. Si vous jugiez que j'eusse quelque chose à faire là-dessus, vous n'avez qu'à dire, pourvu que ce soit une décision prompte, car j'ai peu de temps à donner.
Adieu, mon cher cousin; voilà des commissions fort pénibles; mais ce sont de bonnes œuvres, et il en faut faire.
« Le Roi donne an marquis de Villette, cousin-germain de Mmo de Maintenon et chef d'escadre, une pension de 5000 francs : il s'est converti depuis peu. » 11 l'était depuis dix-huit mois envi ion. On voit que son zèle pour la conversion des autres s'exerçait d'une manière que Mme de Maintenon elle-même trouvait excessive. On remarquera ce qu'elle dil du chevalier de Saint-Hermine, et comment la
droiture de son esprit reparaît.
1 M110 de Saint-Hermine, comtesse de Mailly, était petite-cousine
de M"' de Maintenon.
486 LETTRES DE Mmc DE MAÏNTENON.