‹ Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentiqueChapitre 24 sur 43 · A UNE DEMOISELLE DE LA CLASSE BLEUE · texte numérisé non relu

A UNE DEMOISELLE DE LA CLASSE BLEUE

Manuscrits de Versailles. Lettres édifiantes, t. II, p. U3.— Bibliothèqu nationale, niss. fr., n° 15200.

(Janvier 1089.)

Gardez-moi le secret que je vous confie : c'est mercredi que je compte que nous ferons représenter Eslher. Tenez tout prêt2. J'ai fait écrire à M. de Nivert3 de se rendre à Saint-Cyr pour accompagner avec le clavecin. Je suis ravie, ma chère enfant, de vous voir occupée de Dieu comme vous l'êtes ; je le prie de tout mon cœur de se rendre maître du vôtre et de vous conduire dans la voie la plus assurée pour votre salut; si je pouvois y contribuer, je m'estimerois trop heureuse, et vous pouvez vous adresser à moi avec toute sorte de liberté.

1 Les élèves à Saint-Cyr étaient divisées en quatre classes; le costume était le même, saut des rubans de diverses couleurs qui distinguaient les classes. Le bleu était la couleur de la classe supérieure.

- Mercredi 20 janvier 1089 : « À 3 heures le Roi et Monseigneur allèrent à Saint-Cyr, où on représenta pour la première fois la tragédie Cl Eslher ». [Journal de Dangeau.)

5 Nivert était prêtre, et avait fait ses études théologiques au séminaire de Saint-Sulpice. Il ne renonçait pas au goût passionné qui l'entraînait vers la musique, mais il le tournait vers la musique sacrée. Il fut organiste de Saint-Sulpice, puis de la chapelle du Roi et de Saint-Cyr, où il enseignait la musique aux dames.

C'est donc aussitôt après le départ de Mme de Brinon que la maison de Saint-Cyr a sa journée d'éclat, celle qui assure vn partie sa gloire aux yeux de la postérité, la première représentation (VEstker. Les lettres de Mme de Maintenon n'offrent que peu d'allusions à un épisode si célébré des contemporains ; mais les Mémoires des clames de Saint-Cyr (Paris, 184G, in-12, chapitres xiv et suivants) ont d'intéressants récits à ce sujet. Celte partie des Mémoires a été rédigée suc les noies, à peine modifiées sans doulo, de Mme de Pérou : on y reconnaît ce style net, mesuré, agréable, qui est un privilège de ce temps, niais qu'on ne pratiquait nulle part mieux qu'à la maison de Saint- Louis, et dont la réserve n'excluait ni la fine observation des caractères, ni, à l'occasion, quelques traits satiriques modérément voilés. Les Mémoires racontent que Mme de Brinon, pour amuser les demoiselles, leur taisait de temps en temps représenter des tragédies tirées des Actes des martyrs ou autres sujets pieux. Les vers ne valaient guère la peine de les apprendre; pourtant Mme de Brinon ne laissait pas de les aimer : elle en composait elle-même de pires encore. Mme de Maintenon, par complaisance, souffrit ce jeu quelque temps. Par suite, elle crut qu'elle pouvait substituer à ces mauvaises pièces celles de Corneille et de Racine qui lui semblaient, assez épurées de passions dangereuses, lphigénie, Andromaque, xMexandre et autres. Mais les demoiselles les jouèrent avec un tel succès qu'elle commença de craindre qu'elles n'entrassent trop dans l'esprit des personnages qu'elles représentaient, et ne prissent pour les choses profanes un goût capable d'affaiblir celui de la piété. Ce fut alors qu'elle eut l'idée de demander à Racine de composer quelque belle pièce dont la vertu et la religion lîssenl tout le charme. Elle lui écrivit une Ici Ire dont nous ne connaissons malheureusement que celle phrase, conservée par Mm" de Caylus : « Nos petites filles viennent de jouer Andromaque, cl l'ont si bien jouée qu'elles ne la joueront plus, ni aucune de vos pièces ». On sait comment Racine, désespéré d'abord «le «ode mission, prit feu en trouvant le sujet d'Esiher. Les demoiselles commencèrent à répéter le premier acte avant môme d'avoir la pièce entière; la musique des chœurs lui faite par Moreau.Tout était prêt pour le commencement de 1689. Un théâtre s éleva dans un grand vestibule ; Mm€ de Maintenon avait l'ait taire <los habits persans magnifiques pour les actrices;

on emprunta même les diamants qui servaient pour les ballets de la cour. Racine et Boileau dirigeaient les répétitions. La première représentation eut lieu devant le Roi le 26 janvier. Il en fut si charmé qu'il voulut y amener successivement toutes les personnes de la cour; les évoques et les personnes pieuses furent admises à ce plaisir et ne crurent pas devoir s'y refuser. Il y eut « le jour des Saints », Bossuet, Bourdaloue, Mme de Miramion . Le roi Jacques et la triste cour de Saint-Germain eurent leur jour aussi. L'auditoire ne manqua pas de saisir toutes les allusions : Esther était pour tous Mme de Maintenon, bien vengée de l'altière Yasthi, et le nom de Louvois se murmurait rapproché de celui d'Aman. Les Mémoires delà maison de Saint- Cyr ont conservé les noms des actrices et une foule de charmants détails de l'intérieur des coulisses. « Les demoiselles avoient bien envie, disent-ils, que le Roi et Mme de Maintenon fussent contents ; elles y alloient si simplement que quelques-unes, dans la peur de manquer, se mettoient à genoux derrière le théâtre et disoient le Veni Creator afin d'obtenir de ne pas broncher; et je crois que Dieu, qui voyoit leur innocence et leur bonne intention, avoit leur prière agréable.... Jl arriva un jour que Mlle de Maisonfort hésita un peu en jouant son rôle. Racine, qui étoit derrière le théâtre, fort attentif au succès de sa pièce, en fut ému et, dès qu'elle fut sortie de dessus le théâtre, lui dit d'un air fâché : « Ah! mademoiselle, qu'avez-vous fait! « voilà une pièce perdue! » Elle, sur ce mot, se mit à pleurer, et lui qui, avec tout son esprit, ne laissoit pas de faire quelquefois des traits de simplicité, voulut la consoler et, pour essuyer s^s larmes, tira son mouchoir de sa poche, et l'appliqua lui-même à ses yeux comme on fait aux enfans pour les apaiser, lui disant des paroles douces afin de l'encourager, et que cela ne l'empêchât pas de bien achever ce qu'elle avoit encore à faire. Malgré cette précaution, le Roi s'aperçut qu'elle avoit les yeux un peu rouges, et dit : « La petite chanoinesse « a pleuré ». Quand on sut ce que c'étoit, et la simplicité de M. Racine, on en rit et lui aussi. »

Qu'on se rappelle maintenant la charmante lettre de Mme de Sévigné (21 février) sur la représentation cYEsther à laquelle elle assista, ce qu'elle dit de la presse qu'il y avait parmi les courtisans à obtenir la faveur d'y être conviés, delà manière dont le Roi en faisait lui-même les honneurs, et comment elle

peint « l'excès d'agrément de celte pièce..., ce rapport de la musique, des vers, des chants des personnes, si parfait, si complet, qu'on n'y souhaite rien... ».

A Mme DE BRINON.

Versailles. Lettres édifiantes. — Bibl. nat., mss. fr., nouv. acq , n" 1438, p. %7.

Le 11 juillet 1689.

Ne cessez pas vos charités sur Mlle de Chanteloup, madame1, et tachez de la rendre un peu plus raisonnable. Ce n'est que par bonté pour elle que je vous en parle ; mais si elle continue, elle se rendra la plus misérable créature du monde. M. de Gantiers l'épousera, il m'en a donné sa parole, et quoi qu'on puisse lui dire de l'humeur de cette fille, il n'osera me manquer; après cela ce sera à elle à vivre avec eux2 et à en dépendre. Si elle leur montre l'opposition et le mépris qu'elle fait paroître ici en toute occasion, je doute qu'elle fasse un bon personnage. Elle étoit l'autre jour avec moi à Marly à la fenêtre de ma chambre d'où l'on voit ces beaux jardins; je lui dis : « Dans quelque temps une allée de Rosay vous touchera plus que tout ce que vous voyez ». Elle me répondit fort sèchement : « Je ne le crois pas ». Je passai sous silence, comme je fais tout ce que je lui vois faire ; mais elle en use comme si elle avoit vingt mille francs de rentes et que l'on voulût lui faire épouser un misérable; et cuire nous, il vaut mieux qu'elle, de quelque façonqu'on le regarde. En un mot, je ne puis ni ne veux la garder ; si

1 Mllc de Chanleloup éfait nièce de Mma de Brinon, et avait été élevée par elle. Mme deMaintenon l*avail prise près d'elle et, comme «m voit, souhaitait de s'en défaire en la mariant. Elle épousa M. do Cantiers et se rendit malheureuse par son orgueil.

- Avec sa nouvelle famille.

198 LETTRES DE Mmc DE JJAINTENON.

elle veut se retirer, à la bonne heure ; mais je crois l'affaire bonne pour elle, et ce n'est que par le désir de son bonheur que je voudrois qu'elle s'y portât en honnête personne qui a de la raison ; si elle continue, je ne crois point que la douceur d'un mari puisse être à l'épreuve de ne lui pas donner un soufflet aux manières méprisantes qu'elle aura, si vous ne la changez. Elle a une grande amitié pour vous ; ainsi il n'y a que vous qui puissiez quelque chose sur son esprit.

A M. L'ABBÉ GOBELIN

Manuscrits de Versailles. Lettres édifiantes, t. I, p. 721.

Ce "Il juillet 1689.

Je suis en peine de votre santé, et vous me feriez un fort grand plaisir de m'en informer de temps en temps. Ne soyez pas inquiet de Saint-Gyr, tout y va à merveille, mais on y est fâché de votre mal et de votre absence, et je vois avec plaisir que l'on y a pour vous tous les sentimens que l'on doit. La piété y augmente tous les jours, et l'on s'y prend de manière à devoir faire espérer que ce ne sera pas une ferveur passagère.

C'est demain la fête de Sainte-Anne, et celle de notre supérieure1. Elle régalera toute la maison ; voilà connue l'on mêle le relâchement et le travail. J'en suis parfaitement contente ; je ne le suis pas tant de moi, et nos chères dames me laissent bien loin derrière elles; j'espère dans leurs prières. Adieu, ne me refusez pas les vôtres, et croyez que je suis pour vous telle que vous pouvez le désirer.

1 Mme de Loubert, qui avait été élue après le départ de Mme de Brinon.

A Mme DE MONTFORT, DAME DE SAINT-LOUIS.

Manuscrits de Versailles. Lettres édifiantes, t. I, p. 701. — Uiblioth. nat., manuscrits français, nouv. acq., n° 1438, p. 1381.

Juillet 1689.

Ne pensez pas avoir reçu de l'esprit pour ne le pas employer pour Dieu et pour n'être pas obligée à supporter les foibles, au lieu de vous en moquer. Ne croyez pas que la raillerie soit une marque d'esprit : le seul usage des honnêtes gens les fait vivre plus honnêtement les uns avec les autres; l'on passe la vie ensemble : il y en a de sots, de spirituels, de sa vans, d'ignorans; il y en a d'agréables, d'importuns, et cela se passe sans se railler, sans se fâcher, et sans que ceux qui ont plus d'esprit que les autres fassent souffrir ceux qui en ont moins. Mais ce seroit un chemin bien plus court si vous pouviez prendre celui de la piété: on en apprend plus dans un mois sous celui qui nous l'inspire que nous ne faisons toute notre vie dans la morale païenne. Bonsoir, ma chère (il le.

A Mme DE FONTAINES, DAME DE SAINT-LOUIS.

Manuscrits de Versailles. Lettres édifiantes, t. I. p. 588.

Mercredi au soir. 1689.

Je garderai vos questions pour les faire h M. de Fénelon1 dès que je saurai qu'il aura le loisir de vous ré-

1 Fénelon avait été nommé cette année même, 16K9. précepteur du duc de Bourgogne. M,n" de Maintenon avail dû le rencontrer avant celle époque chez les ducs de Beauvilliers el de Chevreuse, dans l'intimité desquels il vivait. Ce n'est qu'à cette date cependant qu'on trouve les premières lettres échangées entre elle et lui, cl ce n'est que depuis lors qu'on voit paraître son influence dans la direction des dames de Saint-Louis. Il venait souvent dire la messe à Saint- Cyr, y prêcher et y cotrfesser.

pondre. Il écrit présentement quelque chose pour moi, et par conséquent pour vous ; mais en attendant je ne puis m'empêcher de vous dire qu'il y a bien des choses dans la lettre que j'ai donnée à Mme la chanoinesse l, qui répondra à ce que vous me demandez. Cet abandon à la volonté de Dieu, cette parfaite indifférence à toutes sortes d'emplois, pourvu qu'ils soient dans son ordre et dans notre état, cette sûreté qu'en quittant pour lui ce qui paroît le plus nous approcher de lui, il sort avec nous et nous accompagne dans toutes nos actions; il me semble, dis je, que cette confiance doit mettre en grand repos les personnes qui vivent dans une grande communauté et qui veulent remplir leurs devoirs sans se distinguer des autres.

Elles les rempliront bien parfaitement, si, après avoir offert le matin toute la journée, et se remettant de temps en temps dans la présence de Dieu, elles portent partout cette paix et cette indifférence.

Elles iront avec le môme goût visiter les bleues ou conduire un ouvrier; il leur sera égal d'entretenir le médecin ou de composer une médecine; et cette indifférence d'un emploi à un autre ne les empêchera pas de faire de leur mieux ce qu'elles feront, remettant toujours le succès entre les mains de Dieu.

Quant aux pensées, il me semble qu'il y a une règle

1 Mmc de la Mâisonfort, chanoinesse d'un couvent de Lorraine, était venue à Paris avec sa mère, fort pauvre et en quAte de quelque secours. L'abbé Gobelin fit connaître celte jeune fille noble à Mmo de Maintenon, qui fut touchée de son malheur et séduite par son intelligence peu commune. Comme le nombre des dames de Saint-Louis était encore insuffisant pour les soins de l'éducation, Mmc de la Maisonfort fut. comme quelques autres personnes, adjointe à la direction des classes, en mémo temps que sa sœur plus jeune était admise parmi les élèves. D'une âme ardente et d'une imagination vive, la chanoinesse, comme on l'appelait dans la maison, fut des premières tà rechercher la direction de Fénelon. D'autres lettres la feront amplement connaître.

assurée pour connoître si elles viennent de Dieu, et c'est de voir si elles nous conduisent à nos devoirs; car si elles nous en dégoûtent, si elles nous persuadent que les autres choses sont meilleures, il est sûr que ces pensées ne viennent pas de Dieu.

La bonne foi, la sincère résolution d'être à Dieu nous aideront souvent à décider dans de pareilles occasions. Lisez les lettres de M. de Fénelon, je vous prie; elles sont d'une pratique continuelle, on les retrouve mille fois le jour. Mme la clianoinesse les a toutes ; il faut qu'elle vous montre à les écrire par articles; elle en seront plus intelligibles et plus utiles, et je n'ai rien trouvé déplus solide. Elles inspirent une dévotion libre, douce, paisible, droite, et il est impossible que ce ne soit la véritable. Je bénis Dieu de l'uniformité des sentimens qui se trouvent dans tous les gens que vous estimez et que vous consultez; j'en espère un grand fruit pour notre chère maison.

A Mme DE BRINON.

Versailles. Lettres édifiantes, t. II,p.4i6.— Bibl.nat., mss.fr., n° 1158, p. 96S.

c22 février 1090.

Je vous assure, madame, que je me sens une grande peine de l'état où se trouve Mnie de Montbas1, que je ne perdrai aucune occasion de presser le Roi, et que, si elle vient, je ferai mon possible pour qu'elle soit contente de moi. Je suis bien difficile à joindre ; j'ai plus d'affaires que jamais; les voyages fréquens de Marly me mettent toujours en arrière, et j'en ai tant à Saint-Cyr que cela seul m'occuperoil quand j'y donnerois (ont mon temps. Nous

1 Autre nièce do M,ne de Brinon, élevée à Noisy, H que Mme de Main tenon avait mariée.

202 LETTRES DE Mme DE MAINTENON.

mettons à Saint-Cyr les prêtres missionnaires l ; nous avons un évoque2 et un saint évêque. Nous avons à bâtir pour les missionnaires : nous avons le consentement de Rome. Vous voyez si tout cela peut m'occupcr, sans compter les affaires du dedans. J'ai donné vos lettres à la chanoinesse pour les distribuer; elle est plus dévote, plus abstraite, plus aimable et plus étourdie que jamais. Mlle d'Aubigné est très jolie; elle a l'esprit fort avancé, bonne fille, et toute instruite et remplie de religion. Voilà, madame, toutes les nouvelles de Saint-Cyr.

Celles de Versailles sont bonnes, car le Roi se porte à merveille; sa santé et sa sainteté se fortifient tous les jours; la piété devient fort à la mode. Dieu veuille la rendre sincère dans tous les cœurs qui la professent ! Nous allons faire un voyage de huit jours à Compiègne; je m'en passerois bien ; mais nous apprenons tous les jours d'un nombre de saints que nous voyons quelquefois qu'il faut renoncer à sa volonté, et faire de bon cœur celle de Dieu. Mlle de Marsilly3 prétend que c'est présen-

1 MM. Brisacier et Tiberge, do la maison do Saint-Lazare.

2 L'abbé Godet des Marais. 11 était son directeur depuis quelque temps, ayant remplacé l'abbé Gobclin, que sa vieillesse rendait toujours plus insuffisant. C'était Mme de Maintenon qui avait fait nommer Godet des Marais au siège de Chartres. Les manuscrits de Saint- Cyr contiennent beaucoup de letlres de l'évèque à son illustre pénitente; Mme de Maintenon les laissa aux dames pour leur édification. On en trouve un grand nombre manuscrites dans le recueil des Lettres édifiantes au séminaire de Versailles. Plusieurs ont été imprimées dans le recueil de Lavallée. La lecture en est assez peu intéressante, à cause de la longueur, de la lourdeur du style, d'une certaine banalité morale et. religieuse; mais elles montrent une grande droiture et une piété sincère. Ce sont probablement ces qualités qui expliquent qu'après les essais qucMmc de Maintenon avait faits de Bourdaloue et de Fénelon, l'évèque de Chartres ait fini par devenir et rester son directeur. Elle voulait bien, en toute humilité, être dirigée; mais elle n'acceptait pas d'être dominée. Sur l'évèque de Chartres, comme sur l'abbé Gobelin, elle gardait la supériorité d'esprit.

5 Cette demoiselle de Saint-Cyr devint la seconde femme de M. de Villette, et ensuite lady Dolingbroke.

tement la mode de Saint-Cyr ; vous savez qu'on pourroit trouver que cette mode-là est plus ancienne.

Adieu, madame, je suis ravie d'avoir trouvé le temps de vous entretenir un moment, car je ne changerai jamais les sentimens d'estime et d'amitié que j'ai pour vous.

J'ai passé trop légèrement l'endroit de notre évoque, puisque vous le connoissez. Le Roi n'avoit jamais vu son visage, il ne connoissoit personne ici ; mais tous les honnêtes gens ont applaudi à ce choix. Il en fut véritablement affligé, et son humilité en a redoublé.

A M-e DE BRINOX.

Versailles. Lettres édifiantes, t. II, p. 327. — Bibl. nat , mss.ff.,n° 1158, p. 971.

Marly, le 24 avril 1690.

Il est vrai, madame, que nous avons été bien touchés de la mort de madame la Dauphine1, et qu'une pareille scène est bien propre à faire faire de sérieuses réflexions; mais tout le monde ne voit point si clair que vous, ni

1 Celte triste princesse, de la maison de Bavière, fille de Ferdinand-Marie, Électeur, et d'Adélaïde-Henriette de Savoie, ne laissa pas un grand vide après elle. Elle avait gardé une femme de chambre allemande nommée Bessola, pour laquelle elle avait une amitié extraordinaire et ridicule, et avec laquelle elle s'entretenait en allemand, même lorsque Monseigneur, qui n'entendait point cette langue, était présent. Le Roi tit, de vains efforts pour obtenir qu'elle se mêlai à la vie de la cour; finalement, elle rebuta tout le monde, et, dil M"'° de Caylus, on la laissa jouir paisiblement de la conversation de son Allemande. Elle passaîl sa vie enfermée dans de petits cabinets sans vue et sans air, ce qui, joint à son humeur mélancolique, lui donna des vapeurs. Elle mourut le '20 avril 1690, à Versailles. Elle fut la mère du duc de Bourgogne, du dur d'Anjou el du duc de Berry. On sait que le Dauphin, son mari, mourut en avril 1711. le duc de Bourgogne en lévrier 1712, et le duc de Berry eu mai 1714. Quant au duc d'Anjou, il devint Philippe V d'Espagne.

204 LETTRES DE Mrae DE MAINTENON.

n'est si bien préparé à profiter de tout ce qui se présente. Pour moi, ma très chère, je ne fais pas le chemin que vous dites, et c'est ma faute tout entière. Dieu fait tout pour m'attirer, et je suis bien convaincue qu'une autre serait toute à lui ; je le suis fort aussi qu'il est le seul digne de remplir notre cœur. Priez-le pour moi, je vous en supplie. Le Roi est en bonne santé; je lui ai fait votre compliment, qu'il a reçu, comme il a toujours fait de ce qui venoit de vous.

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