‹ Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentiqueChapitre 25 sur 43 · A M. LE DUC DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

A M. LE DUC DE RICHELIEU

Autographe à la Bibliothèque nat. .Manuscrits, fonds français, n° 12 768, p. 07.

A Marly, ce 1er (mai 1690).

Il est vrai, monsieur, que Sa Sainteté m'a honorée d'un bref qu'on dit être fort obligeant1; mais je n'en vaux pas

1 Ce bref du pape Alexandre VIII, du 18 février 1G90, se terminait ainsi : « Nous vous prions encore avec un zèle également fort de faire valoir, toutes les fois que l'occasion s'en présentera, l'attacliechement filial que vous avez pour le Saint-Siège, d'en défendre tous les justes intérêts. Fondé sur cette espérance, nous prions Dieu qu'il comble votre digne personne de toutes sortes d'agrémens et de prospérités, et vous donnons de bonne volonté notre bénédiction apostolique. » Mémoiresdes dames de Saint-Cyr (1846, in-12, p. 518). — Mme de Sévigné écrit à sa fille, le 23 avril 1690 : « Ne reconnoissez-vous pas M. de Chaulnes (l'ambassadeur à Rome) d'avoir fait écrire par le Pape à sa chère tille Mme de Maintenon? Elle est si touchée de ce bref qu'elle en a remercié Mme de Chaulnes avec un air qui passe la routine des complimens. » Ce n'était pas la seule faveur qu'en bon courtisan M. de Chaulnes eût obtenue pour Mme de Maintenon. Le Pape, sur sa sollicitation, avait, accordé les bulles nécessaires pour la réunion de la même abbatiale de Saint-Denis à la maison de Saint-Cyr. C'était un bénéfice qui valait 100 000 francs par an : il forma une notable partie des revenus de la maison. Le Pape accordait de plus « le gratis des bulles », c'est-à-dire la renonciation à un droit de 60 000 ccus. La lettre de M. de Chaulnes, du 6 décembre 10*9, annonçant cette grâce dans les termes les plus flatteurs, est citée dans les Mémoires de la maison de Saint-Cyr (mss. de Vers.), t. I, p. 117.

mieux pour cela, et tous ces honneurs ne sont qu'une suite de celui que le Roi me fait. Je prie Dieu de me faire voir aussi clair sur tout le reste qu'il me semble que je vois clair là-dessus. J'espère que les affaires se tourneront comme vous le souhaitez et comme vous ne doutez pas que je ne le désire de tout mon cœur. Vous aurez appris la mort de Mme la Dauphine : il y a longtemps qu'on s'y préparoit; cependant on ne croyoit pas qu'elle arrivât sitôt, et Dieu veuille qu'elle-même n'en ait pas été surprise! Elle a montré de la piété et du courage. Le Roi la vit expirer après avoir été une heure à prier au pied de son lit. Vous aurez su la pension qu'il a donnée à Dessola. On parle déjà de marier Monseigneur, qui a été plus touché qu'il n'a su le montrer.

Adieu, monsieur le duc; le monde passe et nous passerons à notre tour. Le bon parti est d'y penser, vous le savez mieux que personne, et je ne sais là-dessus que ce que vous m'avez appris. Je n'oublie point ces heureux temps, et je conserverai toute ma vie pour vous l'estime, la tendresse et le goût que j'ai toujours eus. Vous m'écrivez avec une cérémonie très-désobligeante.

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