A I- DU PÉROU, RELIGIEUSE DE SAINT -LOUIS
Manuscrits de Versailles. Lettres édifiantes, t. III, p. 729.
A Compiègne l, ce 21 mai 1G93.
J'ai passé une partie du jour de la fête dans les Carmélites dont je suis très édifiée : elles sont pauvres et ravies de l'être; leur maison est petite, comme leur jardin, sans qu'elles désirent de s'accroître; elles ne demandent qu'une subsistance très frugale, et trouvent que les dots qu'on vient de régler sont magnifiques, quoique la plupart des autres couvents s'en plaignent. Ces bonnes filles n'ont qu'une petite chambre pour chapelle, et une pareille pour leur chœur ; tout y respire la propreté et la pauvreté, et je vous assure que je n'ai rien vu qui inspire tant la piété. J'ai bien pensé à vous, à qui je rapporte presque tout ce que je vois, et à vous conjurer d'aimer la pauvreté; vous l'avez vouée, il faut la pratiquer en tout. Dieu a permis que le Roi le plus magnifique qui ait jamais été vous a bâti une maison très simple, et qui n'a de beauté que par la grandeur qui lui étoit nécessaire pour contenir un aussi grand nombre de personnes; ne souffrez jamais, je vous en conjure, qu'on y mette aucun ornement sous quelque prétexte que ce soit. Que voire sacristie soit propre, mais sans richesses, et quand vous aurez à faire des ornemens, qu'ils soient simples. Ce n'est point par la magnificence que Dieu est honoré, niais par la piété solide, qui sera, comme je l'espère, dans voire communauté. MM. de Saint-Lazare font le service avec une gravité et une majesté 1res propres à exciter la ferveur; vos cérémonies sont belles; tenez-vous-en là, et ne souffrez
1 Le Roi était parti pour l'armée de Flandre le 18 mai ; celte fois encore il emmena les dames, c'est-à-dire les princesses ei les dames de leur suite, Mmc de Ma intenon, Mmcs de Soubise, d'ilarcourt, de Chevreuse, etc. On s'arrêta deux jours à Compiègne à cause de la Fête-Dieu. Voir Dangcau.
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jamais que, par un zèle très faux, on veuille orner voire chapelle et vos autels; pour cela on demande et on reçoit de toutes mains; cela vous est défendu, et Dieu a permis qu'on ait pris des précautions qui vous marquent sa volonté. Soyez pauvres en tout, mes chères filles, vivez frugalement, donnez-en l'exemple aux demoiselles que vous élevez ; épargnez pour elles, et, soit que vos biens diminuent ou qu'ils augmentent, vivez toujours comme des tilles qui ont fait vœu de pauvreté, et qui veulent se réduire au nécessaire afin d'étendre plus loin leurs charités. Édifiez, je vous en conjure, par votre simplicité en tout; tâchez de souffrir quelque chose par la pauvreté, tantôt par la nourriture, tantôt par vos habillemens, par la privation de quelques commodités, ou pour vous ou dans vos charges, et profitez de l'excellente instruction que vous avez sur cette matière dans un sermon de M. l'abbé de Fénelon. J'avoue que j'ai une grande envie que vous ayez une solide piété, et que vous ne la fassiez pas consister dans la multitude de prières au chœur, mais dans une prière continuelle par la présence de Dieu dans toutes vos actions.
Je voudrois qu'on travaillât beaucoup chez vous. Ce sera une austérité utile, une épargne et une régularité ; je trouve que le travail des mains est une sorte de pénitence, qu'il porte à l'abaissement et par conséquent, à l'humilité, que*c'est une facilité au recueillement, supposé qu'on le fasse eu silence, selon vos règles. Il n'y a rien dans le travail qui excite l'esprit, qui flatte l'amourpropre, surtout dans un travail simple, bas et commun, comme sera le vôtre; car je crois que vous ne ferez jamais rien de précieux et d'inutile, et que vous vous bornerez à tout ce qui est nécessaire pour votre maison. Je compte qu'à l'avenir les demoiselles auront appris dans les premières classes tout ce qu'elles doivent savoir, et qu'ainsi vous pourrez dans les dernières les
rendre laborieuses; ce ne sera pas un médiocre avantage pour le reste de leur vie. Ces bonnes filles, dont je suis si charmée, font tout ce dont elles ont besoin; elles filent pour la toile et pour les habits; elles font leur pain, leur jardin, etc., et n'ont presque nulle entrée d'ouvriers. Je ne dis pas ceci pour vous, dont l'institut est différent et vous nécessite à vous occuper des demoiselles; mais il est certain que, si vous travaillez avec elles, vous épargnerez beaucoup d'argent et beaucoup d'entrées d'ouvriers et d'ouvrières, ce qui est toujours sujet à des ineonvéniens. Notre-Seigncur a travaillé longtemps dans une boutique ; la sainte Vierge travailloit sans cesse ; saint Paul travailloit de ses mains. Que peuvent répondre à de tels exemples ceux qui dédaignent tout autre travail que celui de l'esprit, qui est souvent aussi dangereux que celui-ci est innocent? Je prie Dieu de vous mettre au cœur ce qui est le plus conforme à sa volonté, à sa gloire et à la bonne odeur de votre maison.