‹ Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentiqueChapitre 34 sur 43 · A M. LE MARQUIS DE DANGEAU · texte numérisé non relu

A M. LE MARQUIS DE DANGEAU

Collection Morrison, à Londres.— Manuscrits de Versailles. Lettres édifiantes

t. IV, p. 459.

21 juin (1097).

Il est bizarre de vouloir faire de vous un précepteur; mais vous êtes capable de tout pour le bien, et vous en

1 Celait alors M. de Harlay.

2 En un formulaire de trente-quatre articles appelé le Formulaire iVIssy. Fénelon le signa « non par conviction, mais par déférence ».

5 Le marquis de Dangeau, qui était chevalier d'honneur de la duchesse de Bourgogne, n'était pas seulement un parfait courtisan, le plus beau joueur et le plus habile, comme le constate si bien Mme de Sévigné (lettre du 29 juin 107(5) : c'était encore un homme instruit, un bel esprit, qui faisait facilement des vers, et qui était de l'Académie française. C'était de plus un honnête homme, d'un aimable caractère, malgré ce qu'eu dit Saint-Simon. Mmo de Maintenu!) lui

pouvez plus faire à la princesse1 que tous les maîtres du monde. Je crois qu'il faudroit lui faire tous les jours deux leçons, l'une de la fable, l'autre de l'histoire romaine. Vous savez mieux que moi, monsieur, qu'il ne faut point songer à la faire savante, on n'y rôussiroit pas. Il faut se borner à lui apprendre certaines choses qui entrent continuellement dans le commerce des plaisirs et de la conversation ; nous avons déjà traité ce chapitre. Je voudrois que Mlle d'Àubigné prît les mêmes leçons pour lui en pouvoir parler le reste du jour; les dames le peuvent faire aussi, et, si vous pouvez nous donner une heure par jour, je crois qu'elle saura bien des choses qui lui seront utiles et agréables. J'ai choisi Coëffeteau2 parce que les chapitres sont courts, et notre princesse n'aime pas ce qui est long. Il faut achever Théodose*. Si vous voulez faire un petit projet, je le ferai suivre et apprendrai moi-même pour la faire répéter. S'il n'y a rien de dangereux ni de trop libre dans les métamorphoses et fables, je vous supplie d'en faire acheter les livres ; mais si on ne doit pas les laisser dans les mains

rend en maintes occasions ce témoignage, et l'on s'explique ainsi qu'elle l'ait associé à l'éducation de la jeune princesse. Il est l'auteur de ce Journal, source d'informations si abondantes et si sures pour toute la fin du règne de Louis XIV, et que Saint-Simon n'a dénigré qu'après s'en être utilement servi. Voir la liés intéressante préface des éditeurs du Journal de Dangeau, MM. Soulié et Dussieux.

1 La duchesse de Bourgogne.

2 Nicolas Coëffeteau (mort en 1023) était un dominicain devenu célèbre sons Henri IV connue prédicateur et controversiste. Il eut à ce dernier titre de nombreuses missions el publia beaucoup d'écrits. Ses talents lui valurent l'évêché de Marseille en 1621. Mme de Maintenon parle évidemment ici de son Histoire romaine depuis Auguo te jusqu'à Constantin^ imprimée plusieurs fois de 1621 à 1680, ouvrage certes fort médiocre, mais qui n'en passa pas moins pour un chefd'œuvre de la prose française.

3 La Vie de Théodose, par Fléchier. H l'avait écrite pour servir à l'instruction du Dauphin. « (l'est, en vérité, la plus belle chose du monde, écrit Mmo de Sévigné, el d'un stylo parfait, o

292 LETTRES DE Mrac DE MAINTENON.

de la princesse et de ma nièce, il vaut mieux nous en tenir à ce que vous nous direz. Quand vous trouverez l'occasion de lui faire un portrait de quelque princesse bien polie, modeste, précieuse, délicate, s'attirant le respect, ne le manquez pas, s'il vous plaît. Je crains qu'on ne se conforme à la grossièreté de noire siècle. Tout ceci demeurera entre nous. Je suis obligée de finir.

Languet de Gergy, dans ses Mémoires sur Mmc de Maintenons dit que, « sur les fins de la guerre qui avoit commencé en 1688, quelqu'un, profitant du désir que le Roi avoit de donner la paix à son peuple et à l'Europe, lui suggéra, comme un moyen de la faciliter, de faire rentrer les protestants dans le royaume à certaines conditions ; et, sous le prétexte des avantages que le Roi en retireroit, il donna un mémoire à cet effet. Mme de Main tenon, à qui apparemment le Roi communiqua le projet, sentit son zèle ému à une proposition qui lui parut contraire au vrai bien de l'Église et de l'État. Quelque éloignée qu'elle voulût être de se mêler des affaires, elle crut devoir s'intéresser à celle-ci à cause de ses conséquences pour la religion, à laquelle elle étoit prête de tous sacrifices, jusqu'à sa modestie même : elle réfuta le mémoire par celui que l'on garde encore tout entier de sa main et que je vais transcrire. »

Lavallée, en insérant ces lignes2, met en note : « On croit que ce quelqu'un était Vauban ». Il ajoute dans la même note : « Les alliés, dans les négociations de Ryswick, voulurent imposer comme condition à Louis XIV la rentrée des protestants)), ï II n'a jamais voulu, dit Dangeau, rien entendre làdessus. )>

Dangeau parle en effet ainsi au 26 septembre 1697, et l'on comprend sans peine que le moment était mal choisi pour tenir à Louis XIV le même langage que les puissances ennemies.

1 Page 259. Voir Lavallée, La famille cl Aubigné et Mmc de Maintenons suivi des Mémoires inédits de Languet de Gergy, archevêque de Sens, sur Mme de Maïntenon et la cour de Louis XIV. Pion, 1863, in-8°.

- Lavallée, Correspondance générale, IV, 197.

Mais quel rapport y a-t-il entre cette proposition, faite en un moment pareil, et le mémoire que Vauban avait adressé dix années plus tôt, puisque la dure réponse que lui adressa Louvois est du 13 octobre 1686? On dit bien que Vauban, non découragé, envoya son écrit à Mme de Maintenon ; mais ce dut être bien avant 1697. De plus, le mémoire de Mmc de Maintenou ne parait pas répondre à ce que contenait d'essentiel celui de Vauban. Il demandait1 le rétablissement pur et simple de Tédit de Nantes, tandis que Mme de Maintenon, ne supposant même pas qu'une telle proposition pût être imaginée, ne s'attache qu'aux ordonnances qui ont suivi et aggravé l'édit de révocation en présence des résistances ultérieures des Réforme's.

A UN MÉMOIRE TOUCHANT LA MANIÈRE LA TLUS CONVENABLE DE TRAVAILLER A LA CONVERSION DES HUGUENOTS.

Manuscrits de Versailles. Lettres édifiantes, t. IV. p. -457.

Si les choses étoient aujourd'hui au même état que lors de Fédit qui révoqua celui de Nantes, je serois d'avis, sans balancer, qu'il faudroit s'en tenir à cette révocation, se contenter d'abolir l'exercice public de la R. P. R.2,et penser à réunir peu à peu tous les sujets du Roi dans la même religion, en excluant dans les occasions qui se présenteroient les huguenots des charges et emplois, s'appliquant avec patience et avec douceur à les convertir en les persuadant de la vérité.

Mais, dans la situation où l'on se trouve aujourd'hui, il faut, ce me semble, changer d'idée.

Il est vrai que, par rapport à la conscience, il me paroîtroit qu'on pourroit aller jusqu'à rétablir dans le

1 Voir X Histoire de Vauban,parM. Georges Michel. Pion, 1879, in-8°, [). 430. - De la Religion Prétendue Réformée.

294 LETTRES DE Mme DE MA1NTEN0N.

royaume la liberté d'être de la R. P. R. sans exercice public, si cela garantissent de quelque grand péril, et que l'on n'eût que ce seul moyen dont on se pût servir.

Mais, bien loin de croire que Ton en dût attendre des effets semblables, je suis persuadée qu'un changement de telle nature en produiroit beaucoup de mauvais et point de bons. Voici les raisons sur lesquelles je fonde mon avis :

1° Dans la conjoncture présente, cette démarche seroit regardée dans les pays étrangers, dans le royaume môme, et surtout par les huguenots fugitifs et par les nouveaux convertis, comme l'effet d'une appréhension causée par la situation des affaires. Ces gens-là en deviendroient plus insolens, et fortifiés par les impressions et les espérances que leurs ministres leur donneroient, les moindres mauvais succès qu'auroient les armes du Roi seroient capables de les porter à tout entreprendre.

2° Je crois qu'une partie de ceux qui ont passé dans les pays étrangers affoibliroient l'État plutôt que de le fortifier par leur retour. Ce sont les plus entêtés et les plus opiniâtres du parti qu'on a vus capables de renoncer à leurs biens, à leur patrie, aux devoirs les plus essentiels, et même à leur légitime souverain, plutôt que de plier à ce qu'on exigeoit d'eux. Des gens de ce caractère seroient prêts à tout hasarder et à donner du mouvement à ceux dont les intentions sont les moins mauvaises, et je crois qu'on ne se tromperoit pas en les .regardant non seulement comme ennemis, mais comme capables de nous en susciter une infinité d'autres. Enorgueillis par le bon succès de leur opiniâtreté, ils confondroient par leurs reproches et leurs railleries les nouveaux convertis ; c'en seroit assez pour faire retomber le petit nombre de ceux qui ont connu la vérité, mais dont la foi n'est pas encore bien affermie, qui sont incertains; et ceux qui, avec le temps, auroient pu suivre le bon parti seroient

fixés à demeurer dans le mauvais, et, pour ceux qui sont huguenots dans leur cœur, il y auroit moins d'espérance que jamais à leur conversion.

5° On ne peut s'attendre que la liberté tacite de conscience sans exercice public satisfit ceux qui rentreroient dans le royaume, ni les nouveaux convertis qui y sont demeurés. Ils compteroient pour rien le changement qu'on feroit en leur faveur s'il n'étoit suivi d'un accord qui les remît au même état où ils étoient avant la révocation de l'édit de Nantes. Gomme ils attribueroient à la crainte ce qui leur auroit été accordé, ils souhaiteroient des événemens qui, en l'augmentant, leur feroient espérer d'obtenir le reste, et n'attendroient que des occasions pour y contribuer.

4° Si l'on accordoit la liberté de conscience, pourroitou ôter aux pères et aux mères l'éducation de leurs enfans? Si on le faisoit, ils seroient plus irrités qu'ils ne le sont aujourd'hui; si, comme je crois qu'il seroit impossible de l'éviter, on les en laissoit maîtres, ce seroit perpétuer dans le royaume un corps puissant que la religion tiendroit toujours dans des intérêts contraires au bien de l'Etat, et qui, s'ils se voyoient privés d'espérances prochaines, en concevroient d'éloignées et envisageroient dans l'avenir une guerre civile, un règne foible, une minorité comme une ressource pour sortir de ce qu'ils appelleraient oppression.

5° Enfin, dans la situation où sont les esprits, pourroiton espérer de les guérir de leur défiance? Ils croiroient que l'on céderoil pour un temps à la nécessité, qu'auslot que la paix seroit faite, le lioi reprendroit la suite d'un dessein qui lui a tenu si fort au cœur, et ils ne compteroient pas plus sur L'exécution d'une nouvelle déclaration accordée en leur faveur que sur celle de Tédit qui, en révoquant celui de Nantes, conservoil la liberté de conscience, la sûreté de leurs personnes et de

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leurs biens, et qui cependant a été suivi de tout ce qui s'est fait contre eux dans les derniers temps.

De plus, par rapport au Roi, j'ai répugnance à un changement tel que seroit celui qu'on propose. Quitter ainsi une entreprise qu'il a poussée si hautement, sur laquelle il a permis qu'on lui ait donné tant de louanges, et dans laquelle ses ennemis ont toujours publié qu'il succomberoit, il me semble que cela intéressèrent sa réputation et seroit contraire à la sagesse et à la fermeté ordinaire de ses résolutions.

De toutes ces raisons il me paroîtroit résulter que le meilleur parti qu'il y auroit à prendre, ce seroit, sans donner aucune nouvelle déclaration et sans révoquer aussi aucune de celles qui ont été données, de continuer comme on a déjà commencé, à adoucir insensiblement la conduite des nouveaux convertis; surtout à ne les point forcer à commettre des sacrilèges en approchant des sacremens sans foi et sans dispositions; ne point faire traîner sur la claie les corps de ceux qui auroient refusé les sacremens à la mort, et ne point faire recherche des effets remis dans le commerce par ceux qui sont hors du royaume.

Pour les attroupemens, ce sont des révoltes et des désobéissances nécessaires à punir, et j'approuverois les châtirnens les plus rigoureux, pourvu, comme il est juste, qu'ils tombent sur les seuls coupables, et que les innocens ne soient pas confondus avec eux.

Veiller pendant la guerre, autant qu'il se pourra, à l'éducation des enfans ; mais, au retour de la paix, considérer cette affaire comme une des principales de l'État, prendre des mesures suivies et uniformes pour éloigner les jeunes gens de leurs familles, n'épargner ni soins ni argent pour leur faire trouver hors de chez eux la subsistance nécessaire : cela, dans le temps, demanderoit un grand examen pour former un plan général dont il ne

faudroit plus se départir. Par cette conduite, on parviendrait à anéantir en France la R. P. R., et on pourroit la délivrer d'un mal dont elle souffre depuis longtemps.

Je n'entreprendrai point de réfuter en détail le mémoire qui m'a été communiqué; j'observerai seulement que l'auteur y parle de zèle et de fidélité comme si on avoit oublié tout ce que l'histoire rapporte de la conduite des huguenots depuis leur origine. N'ont-ils pas fait des guerres sanglantes à nos rois? N'ont-ils pas attiré plusieurs fois des armées étrangères? De ce règne ici, n'a-t-on pas découvert la suite de leurs mauvaises intentions par un acte secret d'un de leurs synodes, fait dans un temps où ils espéroient que Cromwell pourroit les appuyer? Et ne voit-on pas encore aujourd'hui, par les lettres de ceux qui sont fugitifs, combien ils sont portés pour le prince d'Orange et pour les autres princes de leur religion ? L'auteur du mémoire se trompe, je crois, aussi quand il attribue la ligue des princes protestans aux mauvais traitemens que les huguenots ont soufferts. Elle me paraîtroit plutôt un effet de leur politique, et une suite de la jalousie et de l'animosité qu'ils ont conçues depuis longtemps contre la France.

L'auteur dit trop aussi quand il attribue la ruine du commerce, la disette de l'argent, la diminution des manufactures et de la culture de la terre, à la seule retraite de ceux qui sont sortis du royaume. 11 est vrai qu'elle a fort augmenté le mal, mais il y avoit une source et une origine plus anciennes que ce qui est arrivé depuis la révocation de l'édit de Nantes.

« Ici cet écrit paroît finf; puis il y a quelques feuillets détachés, aussi de la main de Mrao de Maintenon3 où est écril. ce qui suit : » *

On ne croit point qu'il faille, par aucune déclaration,

1 Ces deux lignes sonl dans la copie des dames de Saint-Cyr, Lettres édifiantes, IV, 505.

208 LETTRES DE Mme DE MAiNTENON.

faire voir aux nouveaux convertis qu'on consent qu'ils demeurent dans leur religion.

Ce seroit leur faire voir que l'on désapprouve et que l'on se repent de ce que l'on a fait par rapport à eux. Ce seroit les laisser maîtres de l'éducation de leurs enfans, qui non seulement les rendra de la même religion que leurs pères, mais qui hériteront aussi du ressentiment et de l'aigreur qu'ils ont et contre la personne du Hoi et contre le gouvernement.

C'est garder dans le royaume un grand nombre de gens qui ne seront jamais contents que l'exercice de leur religion ne soit rétabli, qui l'espéreront toujours, qui désireront des temps fâcheux, qui entreront dans toutes les révoltes, et qui, après ce qui s'est passé, ne peuvent jamais être des sujets fidèles et affectionnés.

Si on fait revenir ceux qui sont sortis de France, combien reprocheront-ils la foiblesse de ceux qui ont abjuré, et combien leur feront-ils voir l'avantage qu'ils ont tiré de leur fermeté, puisque, sans avoir renoncé à leur religion, ils se trouvent dans le royaume avec le consentement du Roi, jouissant de leurs biens et pouvant espérer dans de certaines conjonctures le rétablissement de leurs temples?

Il ne faudroit point changer de conduite à leur égard d'une manière qui les persuadât que l'on ne se soucie plus de les convertir, mais s'y prendre avec plus de douceur et d'uniformité.

Conserver la même rigueur contre ceux qui s'assembleront ou se distingueront, mais fermer les yeux sur ceux qui ne vont point à la messe, sur ceux qui n'approchent point des sacremens, sur la manière dont ils meurent, et sur tout ce qu'on peut s'empêcher de voir.

Éviter surtout les spectacles qui donnent une idée de martyre, rien n'étant plus dangereux, tant pour les nouveaux convertis que pour les anciens.

— FEVRIER lt)98. — 299

Ne perdre jamais de vue le désir et le dessein de les convertir; s'y prendre avec des maximes solides et uniformes; en faire un projet, le bien examiner et le suivre doucement.

Confier ce que l'on veut aux intendans et aux évoques, afin qu'ils travaillent de concert.

Le plus grand bien seroit d'ôter les enfans; mais il faut accompagner ce dessein de beaucoup de discrétion.

On pourroit clans un temps de paix commencer par les pauvres, faire des hôpitaux dans chaque province, y recevoir les enfans que les parens y voudront mettre, les traiter et les instruire avec de grands soins, les laisser voir leurs proches, qui seront adoucis par le bonheur de leurs enfans.

Recevoir les garçons dans les cadets, et les filles dans des couvens. Des millions ne pourroient être mieux employés, soit que l'on regarde ce dessein en chrétien ou en politique.

L'instruction solide que l'on pourroit donner dans toutes les provinces seroit aussi utile aux anciens catholiques qu'aux nouveaux convertis.

Il faudroit charger du détail des personnes de bon esprit et de piété, qui rendroient compte des choses importantes aux secrétaires d'Etat de la province, et qui suivroient le reste avec un grand soin.

A M. L'ÉVEQUE COMTE DE CMLONS, A CHALONS

Manuscrits De Mouchy.

Versailles, le 25 (lévrier 1698).

Monsieur,

Quoique le Roi ait tâché de réparer par ses bienfaits

ce qui d'ailleurs manque à ma nièce, je suis persuadée

que tout l'honneur et l'avantage de cette affaire est pour moi, et que je méritois plus des complimens que desreciemens l. Je trouve, monsieur, dans votre maison, tout ce que je pouvois désirer, mais la vertu qui y règne est, grâce à Dieu, ce qui me touche le plus. Vous savez la part que vous y avez et combien je vous ai honoré même avant d'être connue de vous et de vous connoître. Je vous demande pour ma nièce votre bénédiction, vos prières, vos bontés quand elle aura l'honneur d'être la vôtre, et d'être bien persuadé du respect avec lequel je suis, etc.

A M. L'ARCHEVÊQUE DE PARIS

Manuscrits De Mouchy, t. II, p. 282.

Le 3 avril (1093).

Les pensions étoient dans le projet de notre mariage, comme le reste; mais comme elles ne dévoient point entrer dans le contrat, on n'enavoit point parlé. Nos jeunes gens jouiront de quatre-vingt mille livres de rente : Dieu

4 Mlle d'Aubigné, la fille de Charles d'Aubigné et la nièce de Mmc de Maintenon, épousait le comte d'Ayen, fils aîné du maréchal de Noailles, et par conséquent neveu de l'archevêque de Paris et de l'évêque de Châlons. Dangeau écrit, à la date du mercredi 12 mars 1G98, quand ce mariage fut déclaré : « M^e la duchesse de Bourgogne dîna chez Mme de Maintenon. Elle y alla dès le matin, dès qu'elle fut habillée, et y demeura tout habillée, faisant les honneurs à tous ceux qui ve noient faire compliment à Mme de Maintenon sur le mariage de sa nièce. Mme de Maintenon se mit sur son lit pour recevoir les complimens. Le Roi donne à Mlle d'Aubigné cSOOOOO livres; savoir : 500 001) livres sur la maison de ville, et 100 000 écus argent comptant, et pour 100 000 francs de pierreries. Mrae de Maintenon lui assure, après sa mort, 200 000 écus de son bien. Outre cela, le Roi donne au comte d'Ayen les survivances du gouvernement de Roussillon qu'a le duc de Noailles et du gouvernement de Berry qu'a M. d'Aubigné. Le gouvernement de Roussillon vaut 58 000 livres de rente et celui de Berry en vaut 30. Mme la comtesse d'Ayen sera dame du palais. »

veuille qu'ils en fassent un bon usage ! Souvenez-vous, monseigneur, de la part que vous avez à mon choix, et mêlez-vous de donner vos conseils pour que les pauvres aient quelque part à la dépense.

Je suis ravie de vous voir content de ma nièce, que je vous conjure dénommer toujours la vôtre. Elle est véritablement modeste ; elle craint Dieu, elle respecte ses ministres. Je vous charge, monseigneur, d'empêcher qu'on ne la gâte par trop de caresses, par trop d'ajustement, par trop de plaisirs, par trop de magnificence, et par tout ce reste qui est si dangereux.

J'ai montré au Roi ce que vous m'avez envoyé ; il me dit que M. de Pontchartrainen avoit eu autant de M. d'Argenson. Au reste, monseigneur, je vous avertis qu'il n'y a rien de si galant que ce que vous me demandez sur sainte Françoise :je n'aurois jamais osé vous donner mon portrait. Mais, pour parler plus sérieusement, faites par vos prières et par vos conseils que je sois véritablement sainte comme celle dont on a pris l'habit pour me peindre1. Gardez toujours le saint François pour l'amour de moi ; ne prétendez pas que toute la noce finisse sans que j'aie l'honneur et le plaisir de dîner avec vous. Préparezvous, monseigneur, à cette complaisance.

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