A M. LE PRESIDENT DE J1ARLAY
G. B. Depping, Correspondance administrative sous Louis XI T, t. IV, p. 180.
A Saint-Cyr, 3 juillet (1698).
Comme vous êtes le protecteur de toutes les bonnes œuvres, monsieur, aussi bien que le chef du Parlement, je ne crains point de vous faire aujourd'hui une recommandation en faveur des écoles charitables de la paroisse Saint-Sulpice. 11 n'y en eut jamais de plus utiles ni de plus désintéressées. Cependant les mai 1res et maîtresses d'école les troublent quelquefois, et, quoique jusqu'ici ils aient toujours perdu tous les procès qu'ils ont intentés, ils y reviennent souvent. Je vous conjure2, monsieur, de procurer le repos à M. le curé de Saint-Sulpice, qui n'en désire que pour servir Dieu, et je vous supplie de me croire voire, etc.
1 C'est de Féuclon, naturellement, qu'il est question.
2 Mrac de Main tenon s'occupa beaucoup de la paroisse Saint-Sulpice, alors une des plus populeuses et des plus pauvres de Paris. L'abbé Olier, l'ami de saint Vincent de Paul, le fondateur du séminaire de Saint-Sulpice, en avait été curé, et y avait fondé un grand nombre d'œuvres charitables et moralisatrices. Nous verrons les liens de Mme de Maintcnon avec le clergé de cette paroisse se resserrer toujours davantage. Ici elle demande protection pour les écoles pieuses, fondées par le curé, contre les maîtres et maîtresses d'école privilégiés qui les attaquaient.
A M. L'ARCHEVÊQUE DE PARIS
Manuscrits De Mouchy, t. I, j>. (J5.
28 juillet (1698).
J'ai à répondre à plusieurs lettres de vous, monseigneur, qui me font un extrême plaisir ; mais je suis peu maîtresse de mon temps, parce qu'il est presque toujours pris par des gens d'au-dessus, avec qui je le passe en inutilités. C'est un si véritable martyre pour moi qu'il n'y a que Dieu qui pût m'y exposer; car il falloit pour cela connoître le fond de mon cœur.
Je suis très mal contente, monseigneur, de la manière dont vous m'avez reçue à l'archevêché, et jevous dirai avec la confiance que j'ai en vous que les cérémonies qu'on me fait partout ont contribué à me séquestrer du monde autant que je l'ai fait. Je voudrois bien vous distinguer làdessus comme en tout, et il me semble qu'il est très convenable que je sois et paroisse unie avec vous. Mais comptez, monseigneur, que vous ne me verrez plus que chez moi si vous ne me traitez familièrement. Sur quel pied pouvez-vous me faire des cérémonies, comme de me venir recevoir au bas du degré, et de m'accompagner à mon carrosse avec tout ce qui est chez vous? Est-ce que vous êtes adorateur de la faveur, ou est-ce que vous m'en croyez enivrée, et que je trouverois mauvais que vous me traitassiez comme vous traiteriez une femme ordinaire? Encore devois-je présentement, par l'honneur que j'ai de votre alliance, prétendre à une entière familiarité. C'est bien sérieusement que je vous parle, monseigneur, et que vous me blessez le cœur et m'otez la joie de vous voir si vous continuez.
Je ferai voir au Hoi les nouvelles de Home; elles ne l'ennuieront pas.
M. de Ponlcharlrain proposa hier au Hoi de jeter par
508 LETTRES DE Mmc DE MAINTENON.
terre tous les bâtimens de cette place de l'hôtel Vendôme et d'en rebâtir une autre dont Mansart donneroit le dessin. Le Roi répondit que M. de Louvois l'avoit fait faire malgré lui ; que tous ces messieurs les ministres vouloient faire quelque chose qui leur fit honneur à l'avenir; qu'ils avoient trouvé le moyen de le donner au public comme aimant toutes ces vanités-là; que j'étois témoin des chagrins que MM. de Louvois et la Feuillade lui avoient donnés là-dessus; qu'il n'y rctomberoit pas, et qu'il ne vouloit pas qu'on lui proposât rien d'approchant. Je vous avoue, monseigneur, que je le louai de bon cœur de cette réponse.
J'ai vu M. de Meaux et entendu de sa bouche qu'il ne veut plus écrire.
Voici, monseigneur, le dernier article de ma lettre, et celui qui me tient plus au cœur. On m'assure de tous côtés que vous entreprenez un travail insoutenable, et que vous entrez dans trop de détails. Au nom de Dieu, croyez vos véritables amis, et conservez-vous pour ce que vous seul pouvez faire. Faites vous soulager et ne passez point de jour sans vous relâcher tout à fait. Je vous en conjure par la mémoire d'une personne qui obtiendroit quelque chose si elle étoit vivante, et qui est plus heureuse que nous1.