‹ Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentiqueChapitre 5 sur 43 · A M. DE NUBLÉ · texte numérisé non relu

A M. DE NUBLÉ

Autographe à la Bibliothèque impériale de Vienne. Manuscrit 7049, n° 81.

(Octobre ou novembre 1660.)

M. de Bouilly ne pouvoit m'obliger plus sensiblement qu'en me rendant de bons offices auprès de vous, et il n'a pu vous exagérer assez le cas que je fais de votre mérite et de l'amitié que vous m'avez promise. Vous avez perdu un ami si zélé en la personne de feu M. Scarron qu'il me semble que je dois partager votre douleur aussi bien que vous partagez la mienne. Je vous en suis infiniment obligée, et je suis plus que je ne vous le saurois dire votre très humble servante.

A M. DE VILLETTE

7 décembre (1660).

La régularité que vous avez eue à m'envoyer mon papier baptistaire 2 vous va attirer encore Une importùnité de ma part ; je vous conjure donc de vouloir faire des papiers que je vous envoie ce qu'il faut; j'entends si peu les affaires que je ne saurois vous dire que c'est pouf faire compulser mon extrait baptistaire. Voilà un grand

1 M. de Nublé, avocat au Parlement, à Amboise, était un homme fort considéré, ami de Ménage. Segrais, dans ses Mémoires, raconte qu'ayant acheté une terre à Scarron, il s'aperçut que le poète, peu informé de son propre bien, la lui avait vendue fort au-dessous de sa valeur réelle; il l'obligea à recevoir une somme supérieure à celle qui avait été convenue.

2 Sic. Lavallée, Correspond, générale, 1, 95, donne cette lettre d'après les Manuscrits de MUe d'Aumale, que Momnerqué cite également dans son Introduction aux Mémoires du marquis de Villette. Les papiers de Momnerqué, qui Contenaient ces Manuscrits, ont été brûlés à la Bibliothèque du Louvre, en 1871.

mot1 el je ne sais s'il suffira pour vous faire entendre ce que je souhaite de vous ; je vous conjure d'y travailler le plus tôt qu'il vous sera possible.

Je n'ai encore nulles nouvelles à vous mander de mes affaires ; on me fait espérer que celle de M. le surintendant réussira, et mesdames de Navailles et de Montausier s'emploient pour me faire donner une pension par la Heine2. Voilà toutes mes espérances ; je ne sais si elles sont bien ou mal fondées; je vous en avertirai quand je le saurai ; puisque vous avez la bonté de vous intéresser dans mes malheurs, je vous supplie de faire part de cette lettre ici à ma chère tante.

Je ne sais si vous avez ouï parler du retranchement de ce qui étoit le plus beau dans la charge de capitaine des gardes du corps ; le Roi veut disposer de tous les officiers subalternes, et ce ne sera plus les capitaines qui en disposeront; on retranche dix compagnies du régiment des gardes; on met un quatrième trésorier de l'épargne. On retranche aussi quelque chose aux gouverneurs de provinces, mais je ne me suis pas bien fait expliquer ce que c'est. On met tous les jours de nouveaux impôts; l'édit contre les passemens d'argent et de fil sera publié le premier jour de l'an, et fort observé ; le Roi

1 C'est un mot de jurisprudence. Compulser* c'est, au propre, obtenir communication d'une pièce déposée chez un notaire ou chetf quelque officier public.

2 Mœe Scarron obtint cette pension, qui fut de 2000 livres. A la mort d?Anne d'Autriche, en 1000, elle cessa, mais pour un mois seulement, de la recevoir. La Beaumelle a supposé que Mme Scarron attendit longtemps le retour de cette faveur, et il a forgé plusieurs lettres à ce sujet. Une légende s'est même formée sur les prétendues difieultés qu'aurait suscitées Louis XIV. Les documents authentiques no présentent rien de pareil. Une lettre de Mme de M.iiutenon, de décembre 1710, nous apprend qui1 ce lui à la sollicitation du maréchal deVilleroy, alors inconnu de la veuve de Scarron, que la pension fut rétablie. Mu,c de Maintenon ne l'oublia pas, et ce fut peut-être l'origine de cette laveur soutenue du maréchal qui devint si malheureuse pour les armes de l,i Franee.

1G LETTRES DE Mmc DE MAINTENON.

dit fort qu'il ne veut pas voir ruiner sa noblesse. On a fait une comédie du mariage du Roi, où Ton voit sur le théâtre les rois de France et d'Espagne, l'infante, la reine mère, le cardinal, don Louis de Haro, et de plus l'empereur et la princesse de Savoie ; on la joua au Louvre il y a deux jours, et toutes les personnes intéressées en furent fort contentes; c'est une pastorale1. Je ne l'ai point vue, car je ne suis plus en état de voir ces choseslà que lorsqu'elles seront imprimées ; je vous enverrai celle-là dès que je l'aurai.

Adieu, mon cher oncle; j'en use avec vous avec bien de la liberté ; mais en qui dois-je avoir plus de confiance qu'en vous, puisque vous êtes l'homme du monde à qui j'ai le plus d'obligation, et qui m'a servi de père en mon enfance ? Je conserve ce souvenir avec toute la tendresse et toute la reconnoissance que je dois.

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