‹ Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentiqueChapitre 7 sur 43 · AU MARÉCHAL D'ALBRET · texte numérisé non relu

AU MARÉCHAL D'ALBRET

19 juillet (1671) 4.

La cour est revenue et a paru fort triste les premiers jours. Le Roi a senti la perte qu'il a faite2; mais il l'a sentie en homme, et la Reine a beaucoup pleuré. J'ai vu notre amie en trop bonne santé, car elle est encore engraissée; le visage est plus beau que jamais. J'ai trouvé toutes les choses comme je les avois laissées, et il ne m'a rien paru de tous les changemens qu'on disoit pendant le voyage. J'ai vu le petit homme en fonction5 et dans ses

1 Les suscriptions sont d'une autre écriture que le corps des lettres, niais d'une écriture très probablement contemporaine. Elles donnent les dates complètes, et sans doute avec exactitude. En tête de chaque lettre, il n'y a pour dates que le mois et le jour.

2 Le duc d'Anjou, né le 5 août 1668, venait de mourir le 10 juillet C'était le second des enfants du Roi et de Marie-Thérèse.

3 II s'agit certainement de Lauzun, ce petit homme blondasse, comme dit Saint-Simon. Rabutin l'appelle « un des plus petits hommes pour l'esprit aussi bien que pour le corps ». Son mariage

mêmes familiarités. Je n'ai pas trouvé Mme la duchesse engraissée * ; Mme de Thianges 2 Test considérablement, et est à Paris depuis quatre jours. Mme de Richelieu3, qui en a reçu une visite, vouloit vous en mander beaucoup de choses; mais elle est dans son lit avec une manière de rhumatisme, et m'a chargée de vous faire ses complimens. M. d'Albret4 est très galant et très magnifique, et dit qu'il a des affaires qui le retiennent ici; je ne sais à qui il en veut. Je passe les jours à travailler en tapisserie enfermée dans ma chambre, et ainsi je suis très mal instruite de ce qui se passe; j'y ai regret à cause de vous que je voudrois bien divertir par quelques nouvelles. On s'en va à Fontainebleau à la fin du mois. On dit que le voyage de Rochefort et de Chambord est rompu; on m'a pourtant dit qu'il se feroit. Adieu, Monseigneur, je ne m'en tiendrois pas à vous faire réponse exactement si mes lettres étoient plus agréables; mais vous savez que vous étiez le seul qui me teniez avertie,

manqué avec Mademoiselle le mettait fort en évidence; il venait de faire un voyage romanesque en Hollande. Revenu au commencement de juillet, il était de quartier auprès du Roi, et reprenait ses allures singulières auprès de la pauvre princesse. (Voir les Mémoires de M1,e de Montpensier, dans la collection Miçhaud et Poujoulat, t. XXVIII.)

1 La bru du grand Condé.

* Sœur de Mme de Montespan.

5 La «duchesse de Richelieu, qui avait épousé en premières noces mi frère du maréchal d'Albret, se remaria au duc de Richelieu, l'héritier du cardinal. « L'un et l'autre avoient du goût pour les gens d'esprit, et ils rassembloient chez eux, comme le maréchal d'Albret, tout ce qu'il y avoit de meilleur à Paris en hommes et en femmes. » (Souvenirs de Mme de Caylus.) Mme de Maintenon était, nous l'avons dit, familièrement reçue à l'hôtel de Richelieu comme à l'hôtel d'Albret. Le premier était situé place Royale; le second existe encore aujourd'hui, rue des Francs-Bourgeois.

4 Le marquis d'Albret, cousin et gendre du maréchal. Mmc Scarron semble faire allusion à quelque galanterie du marquis d'Albret, auquel cette humeur porta malheur. « Que dites-vous, écrit Mrac de Sévigné le 9 août 1678, de M. d'Albret, qui alloit voir amoureusement et Qocturnement M"" de Lameth à la campagne? On l'a pris pour un voleur, on l'a lue sur place. Voilà une étrange aventure. »

28 LETTRES DE Mme DE MAINTENON.

et je crois même qu'en Guienne vous êtes mieux instruit que moi.

Page 1