‹ Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentique [microform]: choix de ses lettres et entretiensChapitre 4 sur 98 · XII · texte numérisé non relu

XII

« Parallèle des trois premiers rois bourbons, p. 222; Mémoires,

XII, 107, etc.

INTRODUCTION

céder, et le parti entier comme près de s'éteindre. Le comte Ezéchiel Spanheim, ce chargé d'affaires de l'électeur de Brandebonrgqui écrivit en \Q90 une Relation si curieuse*, apporte ici un témoignage particulièrement autorisé, puisqu'il s'est beaucoup occupé de l'affaire de 1685, et qu'il a été fort actif à diriger le mouvement du Refuge vers les États de son maître Frédéricr.uillaume. « Je devrois ajouter quelques réflexions, dit-il (page 24), sur la part funeste qu'on attribue à M""" de Maintenon dans la malheureuse et cruelle persécution suscitée aux gens de la Religion en France, ce qui a paru d'autant plus étrange qu'elle, et toute sa famille, étoit née et élevée dans la même religion, que son grand-père y a signalé son zèle, sa plume et son courage, que presque toute sa parenté s'y trouvoit encore, et n'a pas été à l'abri de ces mêmes persécutions. On n'en sauroit rien dire ni deviner aucune cause, sinon qu'elle a tout sacrifié au penchant du Roi et à la résolution qu'il en avoit prise de longue main, qu'elle a voulu s'en faire un mérite particulier auprès de lui, qu'elle a pu même se flatter quelque temps qu'on viendroit à bout de ce grand dessein sans y employer des moyens aussi extraordinaires et aussi violents, qu'elle n'a pas eu ou le pouvoir ou la volonté de les détourner, et que la bigoterie enfin est venue au secours de la prévention, et d'ailleurs de son entière résignation aux volontés et à l'engagement du Roi. )) C'est ce même témoin étranger qui, en des Portraits écrits à la même date (page 421), avec des signes d'abréviation souvent difficiles à lire, s'exprime de la sorte : « Si on connoissoit M""" de Maintenon en particulier, on conviendroit qu'il n'y a point de dame plus vertueuse et qui ait plus d'esprit sans chercher à le faire valoir. » Il ajoute : « Extrêmement avare (ou peut-être, dit le soigneux éditeur qui a déchitfré de son mieux le manuscrit, « de bonne extraction »). Beaucoup d'esprit. Dévote. Aimée et considérée du Roi. Honnête femme. » Ces appréciations de Spanheim, qui d'ailleurs recueille les bruits et n'allègue aucune preuve, ne paraissent pas éloignées de la vérité. Il est très vraisemblable que le peu-

* Elle a été publiée à nouveau en 1882, avec beaucoup de soiu,pour la Sociélé de l'histoire do France, par M. Cli. Srhefer (1 Yol.in-8°).

lNTl\(U)r(:TlON.

chant à plaire à Louis XIV, à Mre du n.ème avis, ot uu seuli- . meut de dévotion cette fois assurément mal euteudue, out dicté la conduite de M- de Maiuteuon en 1685. On ne trouve dans ses lettres an<ui.e idée suivie contre les protestants, l.ette même personne qui avait tait enlever sa nièce pour la co.ivert.r, nui pressait les Villetle et les Saint-Hermine, ses parents de mériter par leur conversion les bonnes grâces du Roi, - il iaut l'en blâmer - prêchait à son frère d'Aubigné la tolérance envers les calvinistes dans son gouvernement, puis applaudissait, après 1685 à la destruction de l'hérésie et même aux tueries des Camisards en Languedoc, cela tout en déplorant les excès en général et sans rien apercevoir des grandes conséquences que de si graves fautes politiques auraient pour l'avenir. Elle n'avait pas assez d'influence sur les affaires, surtout dans cette première période, pour préparer et faire résoudre secrètement une entreprise comme celle de la révocation. Voltaire a cent fois raison quand il écrit à Formey (17 janvier 1755) : « Pourquoi dites-vous que M™" de Maintenon eut beaucoup de part a la révocation de l'édit de Nantes? Elle n'y eut aucune part : c est un fait certain. Elle n'osait jamais contredire Louis XIV. ))

Mais plus tard, en 1697 probablement, on lui soumet un mémoire « touchant la manière la plus convenable de travailler a la conversion des huguenots )), et dans sa « Réponse * )), elle déclare qu'il serait dangereux de rappeler les protestants, d abolir les édits publiés depuis 1685. Tout ce qu'on peut faire, a son avis, c'est de tenir à l'égard de ceux qui .sont restes dans le royaume une conduite à la fois ferme et très prudente, en

évitant les rigueurs.

Si la date de 1697, que porte cette réponse dans le manuscrit des Lettres édifiantes à Versailles, est exacte, il est clair que la pièce communiquée à M- de Maintenon a dû être soit le mémoire composé et présenté par les représentants du Reïu-e lors des négociations de Ryswick, soit celui que les protestants de l'intérieur rédigèrent et firent sans doute parvenir au Roi--, soit plutôt un mémoire écrit à la suite de ces di-

* Voirnoti-c tome 1, page '293. „ . , . ,• i

« Tous deux sont conservés dans la collection des actes diploina-

INTRODUCTION

verses propositions. On sait avec quelle énergie Louis XIV avait refusé de se laisser imposer des conditions à ce sujet dans le traité de Ryswick; mais il est possible qu'après la paix conclue on ait voulu en France aviser à de nouvelles mesures. Vauban avait jadis proposé le rétablissement pur et simple de l'édit de Nantes: mais il y avait au moins dix années de cela, puisque Louvois lui adresse à ce sujet une dure réponse à la date du 15 octobre 1686, et l'écrit de M™"^ de Maintenon répond évidemment à d'autres propositions que celles que contenait sou mémoire : la situation était d'ailleurs maintenant tout

autre.

On devine aisément, même avant de les avoir lus, les arguments que M-"" de Maintenon fait valoir. Elle sépare nettement la question religieuse, comme nous dirions aujourd'hui, de la question purement politique. Sur le premier point elle ferait des concessions. (( Il est vrai, dit-elle, que, par rapport à la conscience, il me paroitroît qu'on pourroit aller jusqu'à rétablir dans le royaume la liberté d'être de la religion prétendue réformée sans exercice public » ; mais elle énumère aussitôt les nombreux dangers qu'entraînerait, à son avis, un changement brusque et déclaré. Veut-on bien considérer, en effet, que les Réfugiés avaient fait cause commune avec les puissances étrangères en Rrandebourg, en Suisse, en Hollande, en Ângleterre.^Ils avaient secondé la révolution de 1688, et comptaient sur Guillaume HI, l'ennemi juré de Louis XIV, pour les rétablir en France. A chaque négociation, à chaque occasion pour les alliés d'imposer au Roi des conditions humiliantes, les délégués du Refuge, Jurieu, Beringhen, Brousson, hommes d'une grande autorité par leur mérite et leur caractère, devenaient diplomates pour essayer de réduire, eux aussi, Louis XIV. Les protestants restés en France répondaient à ces efforts, et quelquefois par une entente avec l'ennemi. Il ne faut peut-être pas reprocher outre mesure ces alliances extérieures, car une telle conduite n'était pas jugée absolument comme elle le serait

tiques relatifs au traité. Voir sur cet important sujet une étude d.^ MF Puaux 111s dans le Bulletin de la Société de Vhistoire du protestantisme français, tome XVI, 2« série, 1S67, p. 256 et 505.

;-;;;^M:;?:.=; ?-p-f^A?Ki^^. ^!^^àiS^^^J^S^^^W!i^'^^ r^^.:k^- :^i t^^^t:C "^^'^ "- ''■

LU

INTUODUCTION.

aujourd'hui. Les liens moraux de la nationalité n'étaient pas aussi étroits qu'ils le sont de nos jours. Comme l'avaient fait Turenne et Condé, Schomberg allait combattre contre nous dans une armée étrangère. Et la réciproque ne manquait pas : les lettres de M"' de Maintenon montrent le prétendant d'Angleterre, Jacques 111, i)renant part dans nos rangs à la campagne de 1700 contre les alliés commandés par Marlborougii et le prince Eugène, et, connne il s'était bien conduit, elle remarque qu'il lui avait été avantageux davoir pu donner une liante idée de sa valeur à ses propres sujets en combattant contre eux. U n'en est pas moins vrai que la cause du Refuge était beaucou]) trop mêlée à celle des ennemis acharnés de Louis XIV pour qu'il pût se pièter à leurs espérances. C'est ce qui montre quel mal profond avait causé l'acte de 1C85; ])lût à Dieu qu'il eût été possible de le réparer!

Saint-Simon ne serait pas bien venu à reprocher à M™ de Maintenon les conclusions de sa Réponse, lui ([ui en 1715, par de pires raisonnements et avec insistance, fait renoncer le Régent à cette même mesure du rappel des Réfugiés, lui qui, dans les mêmes pages où il blâme l'acte de 1085, s'exprime comme il suit sur la conduite qu'on aurait dû tenir, à son avis* : (( 11 falloit gagner les ministres des réformés peu à peu par des bienfaits, et les principaux d'entre eux; les réduire tous de fait, mais sans déclaration publique, au seul négoce, aux arts, aux métiers, et les nobles et les plus riches à vivre de leur bien sans nul emploi civil ni militaire; réduire peu à peu le nombre de leurs prêches pour les leur rendre plus incommodes par l'éloignement, et les induire à les moins fréquenter. »

Voilà quelle hypocrite et insidieuse conduite Saint-Simon eût voulu qu'on suivit à l'égard des huguenots en pleine paix. C'est précisément la même qu'on a cru ne pouvoir attribuer qu'à l'esprit d'Escobar et du jésuitisme espagnol-; c'est ce qu'on peut appeler la méthode de l'application stricte de l'édit de

* Parallèle des trois rois, p. 223.

^ Voir une étude importante de M. A. Sabatier dans le journal Le Temps (lu 8 mai 1880.

LNTRODUCTION.

MM

Nantes perfidement pratiquée pour ruiner le parti protestant sans sortir d'une légalité prétendue.

Nous ne savons quelles circonstances l'ont appelée à exprimer son avis sur ce mémoire concernant les protestants ; mais il ne serait pas étonnant qu'elle eût été en effet consultée, soit par les conseillers de Louis XIV, soit par ordre du Roi luimême ; car, nous l'avons dit, elle croyait de son devoir d'employer ce qu'elle avait de crédit à un certain gouvernement des alTaires religieuses : elle avait lié partie avec le cardinal de Noailles, jusqu'à correspondre avec lui au moyen d'un chiffre ; on sait combien elle s'efforça plus tard de l'arrêter dans son jansénisme, quelle influence elle eut sur le choix des évê(iues : elle n'eût pas refusé le litre de mère de l'Église.

Nul doute au reste qu'en peu d'années sa situation de reine effective ne se soit établie et aflirmée. C'est dans sa chambre que le Roi travaille avec les ministres : elle assiste, en filant sa quenouille. C'est là que les divers membres de la famille royale viennent la consulter, la prendre pour arbitre, et se dr'sennuyer. Elle reçoit les princes étrangers; elle donne des audiences; elle voit à leur départ les généraux elles ambassadeurs; Saint-Simon prétend qu'on fait la cour à Nanon, sa femme de chambre, pour obtenir quelque appui. ?eut-on dire qu'elle ait pris réellement une part active dans le gouvernement ou la politique, et qu'elle y ait exercé une intluence personnelle?

la grande affaire de la succession d'Espagne, qui occupe toute la fm du règne, nous la montre en une correspondance suivie avec la princesse des Ursins, et chargée assurément d'un rôle ; mais il faut voir quel est ce rôle et en quelles limites il reste contenu. Il est vrai qu'au conseil même où a été accepté le testament de Charles II, Louis XIV, dit Saint- Simon, l'a pressée, lui a presque ordonné de dire son avis.

uv INTRODUCTION.

bien (|u'ello voulût s'en taire ; et elle s'est prononcée pour l'aflirmative. Il paraîtrait hardi d'en conclure qu'elle était consullée d'ordinaire ou que son avis fut celte fois décisif. Ce n'est pas elle qui a proposé que la princesse des Ursins fût envoyée comme grande maltresse auprès de la jeune reine femme de Philippe V : la princesse a fort bien su se proposer elle-même. Après avoir, par son crédit dans Rome, rendu à l'influence française, en vue de la succession d'Espagne, de réels services, et contribué particulièrement au mariage piémontais, ce dont Torcy l'a complimentée*, M"" des Ursins a renoué connaissance avec son ancienne amie de l'hôtel d'Albret, qui n'a i)U que faire bon accueil à une personne de talent et d'esprit éprouvés. Saint-Simon affirme que M"' de Maintenon voulut dès lors régner par son intermédiaire à Madrid, et qu'elle malmena ceux à qui il arriva de contrarier dans ces premières années une politique dictée par elle-même ^. C'est une assertion démentie par deux de nos lettres, l'une au cardinal de Noailles' et l'autre à la reine d'Espagne*. M"" des Ursins y est blâmée sans détours de ne s'être pas accordée avec l'ambassadeur de France, le cardinal d'Estrées, et cela lui a valu, en 1704, sa première disgrâce.

Cependant M"" des Ursins, rappelée d'Espagne, est venue à la cour de France. Elle a plu au Roi et à M"" de Maintenon elle-même par son esprit. En même temps la jeune reine d'Espagne a nniltiplié ses instances pour qu'on la lui renvoyât. On se persuade donc aisément à Versailles qu'on n'obtiendra du faible Philippe V aucune initiative, et qu'on ne gouvernera pas la cour de Madrid sans la favorite. M"-' des Ursins voit renouveler sa mission, et il est convenu qu'elle entretiendra une exacte correspondance avec M"" de Maintenon aussi bien qu'avec le ministre des alla ires étrangères Torcy. C'est l'objet d'une sorte de traité,* dont nous connaissons les principaux

* A. Geffroy, Lettres inédites de h princesse des Ursins, Introduction.

* Saint-Simon, III, ICA-iOl.

' 2 février 1707», Manuscrits De Mouchy.

* 5 octobre 1704. Voir notre second volume.

INTRODUCTION

articles, et dont M""" de Maintenon conserve soigneusement une copie dans sa cassette. 11 ne sera tenu nul compte à Versailles des médisances contre la princesse. Elle n'accueillera à Madrid aucune des recommandations qui seront faites par les ministres ou quelque autre personne de la cour au noni du Roi. Il n'en sera pas de même pour celles que le Roi adressera directement.

N'est-il pas évident que c'est le Roi lui-même qui a, sinon dicté ces conditions, au moins réglé cette conduite? Il lui importe en effet d'avoir un moyen particulier de surveiller le loi sou petit-tils et la reine d'Espagne, et de leur faire passer des avis et des conseils intimes. M""' des Ursins elle-même, qui dépend du roi de France comme sujette et comme déléguée, souhaite d'avoir, grâce à une intervention puissante, l'oreille du maître. Quant à M""" de Maintenon, elle ne cherche pas à se procurer un instrument pour quelque dessein politique ou quelque ambition qui lui soit personnelle ; mais elle est le canal par où passeront utilement certaines communications .Mitre les personnes royales. On sait fort bien à Madrid de (pielle volonté, de quelles suggestions elle est l'interprète ; oii n'ignore pas qu'elle est écoutée, peut-être consultée par le \Wi. Elle a donc évidemment une réelle innuence, mais non pas au service de vues particulières. D'ailleurs elle ne se désintéresse pas de ce qu elle transmet. Elle prend plaisir à corresi»ondre avec une personne qui a tout d'abord la conliauce du Roi et la sienne, à lui parler de ce qui concerne ce jeiuie roi d'Espagne qu'elle a vu enfant, et celle jeune reine sœur de sa chère princesse la duchesse de Bourgogne. Elle ajoute volontiers tout ce qui touche à la famille royale et les nouvelles de cour. M""= des Ursins, de son côté, répond d'abord avec un entier bon vouloir : on échange les plus gracieux

compliments.

Mais bientôt les difficultés se présentent. M- de Maintenon lirétend se limiter dans le cercle tracé d'avance. Louis XIV ne veut pas prendre en main le gouvernement de l'Espagne, et certes elle n'entend pas non plus y prétendre. Les résolutions pratiques concernant la politique et la guerre doivent être

INTRODUCTION

prises par lo Roi et ses ministres, et elle déclare qu'elle n'en est pas même régulièrement instruite, loin de vouloir y intervenir. Ce n'est pas le compte de la princesse des Ursins, qui, dépassant le rôle au(pi('l on l'avait destinée, et ne se renfermant pas dans un office intime, voudrait Tentrainer, se faire autoriser et assister par elle, tout au moins s'assurer et se garantir. Dès qu'elle parle en ce sens, M°" de Maintenon se dérobe, et le ton de la correspondance demeure moins que jamais diplomatique et politique. 11 l'est d'autant moins que la princesse, dont certaines lettres à Torcy, par exemple, sont de très fortes dépêches, voudrait parler ici du même ton, et contient mal son dépit de devoir se contenir.

Adresse-t-elle par exemple un mémoire, rédigé sans doute par Orry, et qui devra procurer im notable soulagement des linances, elle ne reçoit que cette froide réponse : (( Votie lettre est fort au-dessus de mes lumières, madame ». — (( Je suis fâchée cpie vous n'ayez point lu, réplique-t-elle : il n'y avait rien d'obscur ni qui passât la portée de notre sexe. » A mesure que les circonstances s'aggravent, les secours delà France, en hommes et en argent, lui paraissent bien m<''diocres, et elle en demande de plus considérables. D'autre part on a bientôt assez à faire à Versailles de suffire aux nécessités de la France ; on commence à négliger l'Espagne, et l'on se fatigue des instances de la princesse, de son initiative, de ses plans, de ses vastes projets. Mais c'est précisément dans ces moments difficiles qu'il faut être informé de ce qui peut s'agiter à la cour de Madrid. M"' des Ursins, de son côté, a toujours besoin de so maintenir. La correspondance continue donc, avec quelque aigreur d'un côté, avec un calme irritant de l'autre part. On lui témoigne, sous les apparences du respect, car elle est toujours traitée en grande dame, qu'on a compris ses impatiences, mais qu'on ne se laissera pas détourner :

(( Je ne me mêle pas d'affaires, madame ; je ne suis presque jamais entre le Roi et ses ministres quand ils travaillent chez moi. Croyez que je vous dis la vérité.... — Je suis un peu comme Agnès; je crois ce qu'on me dit et ne creuse pas

INTRODUCTION. lvii

davantage.... — Jo ne vois presque plus, madame; j'entends encore plus mal ; on ne m'entend plus, parce que la prononciation s'en est allée avec les dents, la mémoire commence à s'égarer. )) La princesse n'en croyait rien, et répondait : « Le portrait que vous me faites de vous, madame, n'est pas rempli de vanité ; mais il ne faut pas le prendre au i)ied de la lettre. Vous entendez ce qui vous plaît, vous voyez ce qui ne vous déplaît pas ; vous vous expliquez ou vous vous taisez selon que vous le jugez à propos. Je l'ai si souvent éprouvé que ce seroit ma faute si je n'en étois pas convaincue, y,

Pourtant, quand viennent les malheurs de 1709, M"" de Maintenon s'émeut, et elle parle bien alors pour son compte. Elle ne songe plus ({u'à la France. Elle implore la paix, dussent les intérêts de Philippe V être sacrifiés. M"" des Ursins au contraire, s'animant à la lutte et s'attachant à la cause qu'elle a prise en main, re])résente avec ardeur les motifs d'espérances connnunes et la honte de la désertion. Elle oppose au découragement la pensée d'une résistance hardie, elle s'indigne des calculs égoïstes ; on échange les récriminations et les reproches. M""' de Maintenon n'y tient plus quand elle apprend que la paix est retardée par cette question d'une souveraineté que la princesse veut obtenir pour elle-même : « Je vous suis trop attachée, madame, pour ne pas vous dire qu'il est difficile de vous justifier sur tout ce qui se passe présentement.... Il n'est que trop vrai qu'on répand partout que vos seuls intérêts empêchent la paix.... — Le Roi n'enverra pas, madame, cinq cents chevaux à Madrid pour vous prendre. Je crois que Sa Majesté n'a jamais douté que le roi son petit-fils ne vous renvoyât si Elle le lui demandoit bien instamment, ni que vous ne sortissiez d'Espagne s'il vous l'ordonnoit comme votre Roi.... — Votre grand personnage ne m'empêche pas de vous plaindre souvent.... —Malgré ce merveilleux personnage, vous me faites grande pitié. )) A de tels dédains, peu voilés. M"' des Ursins répliquait : <( L'injustice est partout, madame, même parmi les personnes qui semblent être sacrifiées à Dieu, et qui ne lui sacrifient pas leurs passions ! »

Lviii 1NTR0DUCTI0^^

»!■"<= (le Maintenon n'avait pas tort d'écrire : « Noire commerce madame, n'est point fade ! «

En résumé, cette correspondance, entreprise de l'aveu du Hoi ou par son ordre, pour surveiller et diriger par M™" des Ursins la cour d'Espagne, montre la docilité de M""' de Maintenon à seconder les vues de Louis XIV bien plutôt qu'une véritable initiative de sa part. Les caractères de part et d'autre, sous l'impression des événements, se trahissent dans ces lettres : on a au commencement le contraste entre la prudente interprète des volontés du Hoi et la grande mondaine, ambitieuse ot politique, puis l'opposition d'un cœur abattu, soucieux de la l)aix, en présence "d'une intéressante ardeur, en tout temps un commerce et un échange réciproque du plus vif esprit, tantôt sur le ton le plus agréable, avec la plaisanterie délicate, tantôt sur celui de l'ironie contenue : c'est ce qui en fait un monument littéraire en même temps qu'historique. Mais il est clair (pie le plus entreprenant et le plus pratique des deux rôles n'a l.as été celui de M'"" de Maintenon. Elle n'a eu dans la grande allaire de la succession d'Espagne ni un personnage d'ingérence toute politique ni une action décisive. Les historiens trouveront sans nul doute sur un pareil épisode beaucoup de documents nouveaux * ; il faudra que ces informations s'accordent avec la vaste correspondance que nous possédons déjà, avec les Mémoires de Noailles, etc., et je doute qu'on puisse jamais démontrer que M""' de Maintenon ait voulu régenter l'Espagne ou qu'elle ait agi dans toutes les négocialions de ces années-là avec quelque ambition ou quelcjne intérêt différent de ceux du Koi.

* M. Alfred Baudrillurt a trouvé réceiiiineiit aux archives d'Alcala d«' llt'iiarès, en Es|)agne, et publiera bientôt des lettres du duc de Dourgu^Mie et d'autres pièces qui ne manqueront pas d'être* instructives.

INTRODUCTION

Est-ce donc en contribuant à de certaines nominations de f'énéraux ou de ministres, en faisant désigner des incapables et écarter des hommes de talent, qu'elle a pu exercer une influence funeste? On l'a beaucoup dit, et Saint-Simon le premier. Mais ses allégations sont vagues et souvent contradictoires. Ce qui est très possible, c'est qu'elle ait conseillé ou seulement inspiré à Louis XIV de choisir des hoimêtes gens pour les grandes charges, comme elle avait conseillé de bons choix d'évêques, et l'honuèteté n'est pas toujours accompagnée du talent : Chamillart fut un vrai homme de bien, fort incapable.

A propos de Chamillart précisément, Saint-Simon a beaucoup chargé M""" de Maintenon*: mais qu'on lise seulement avec attention ses propres récits, même sans les contrôler par d'autres témoignages, et Ton se convaincra, l'on s'étonnera de leur peu de consistance. Il ne conteste pas que Chamillart n'ait dû son élévation à Louis XIV ^ On sait que, conseiller au Parlement, l'occasion de sa fortune fut d'exceller au billard. On le présenta au Koi, qui s'amusait fort de ce jeu, qui trouva en lui son maître, mais agréable et modeste, se plut à son commerce, le lit maitre des requêtes, le logea au château et lui donna l'intendance des finances à Rouen, en 1689. Saint-Simon n'y trouve pas à redire, car Chamillart est de ses meilleurs amis et parfait honnête homme ; et il n'est donc pas étonnant que M™^ de Maintenon, entrant dans le goût du Roi, l'ait choisi pour administrer les revenus et toutes les affaires temporelles de Saint-Cyr. Louis XIV ne s'en tint pas là. Le souvenir lu était importun des dissentiments qu'il avait vus régner sans cesse entre Colbert et Louvois, chargés au même temps l'un de la guerre et l'autre des finances. 11 ne repoussait pas la pensée

' T. VI, p. 4-2G.

- T. II, p. 251.

INTRODUCTION

de choisir pour iiiini>lros des hommes plus accommodants cl plus dociles, lussent-ils médiocres : il saurait bien, pensait-il, les former et les diriger, d'autant plus facilement. C'est lui qui chargea Chamillart seul de la double succession aux finances et à "la guerre, et précisément dans les années les plus difficiles du règne. Le malheureux Chamillart ne tarda pas à être accablé. 11 accumulait faute sur faute. Rien n'était préparé pour les armées en campagne ; tout manquait dans les places de Flandre ; les généraux l'accusaient; Boufllers déclarait qu'il était impossible de le conserver. Cavoie, qui était en possession de faire des mots, disait que le Roi était bien puissant et absolu, et plus (pi'aucun de ses prédécesseurs, mais qu'il ne l'était pas assez pour soutenir Chamillart en place contre la multitude..., « c'étoit une victime (lue le Roi ne pouvoit plus refuser à faversion publique ». Chamillart, lui-même, épuisé, malade, implorait sa retraite. C'est après nous avoir exposé avec son abondance ordinaire, en peintre complet et achevé, toutes ces impossibilités, toute cette « incapacité même », que Saint-Simon, comme si la disgrâce entière de Chamillart ne s'expliquait pas assez, accuse M"""^ de Maintenon d'en avoir été seule l'opiniâtre et vindicative instigatrice, parce que Chamillart, par le mariage d'un de ses lils, s'est approché des Beauvillier et des Chevreuse, dont elle n'est plus l'amie, parce qu'il a voulu persuader le Roi de se mettre à la tète de l'armée sans lui avoir communiqué à elle-même ce dessein. Elle a longtemps dissimulé ; elle n'a pas attaqué là-dessus le Roi directement ; elle a, selon son habitude, pris des chemins détournés et ténébreux ; elle a mis en œuvre « les plus redoutables cabales ». — « Le lundi matin, dit Saint-Simon (10 juin 170^), on sut que le triomphe de M"'' de Maintenon éloit entier, et qu'à la place de Chamillart, chassé la veille, Voysin, sa créature, tenoil cette fortune de sa main* ». Elle fut furieuse, assure-t-il, des nombreuses condoléances, de la foule d'amis qui se rendirent à Létang, campagne du ministre déchu. Elle en « rugissait ». Ce ruf'issement ne parait pas dans ses lettres, où elle parle de

' T. VI. p. 440.

INTRODUCTION

Chamillart comme tout le monde en parlait et avec une entière simplicité : « Le déchaînement contre l'homme que vous savez augmente tous les jours et vient jusqu'au maître.... Il se met en pièces pour le service. — En entrant hier dans ma chambre, au retour de Saint-Cyr, je trouvai sur ma table une lettre de M. Chamillart qui m'apprcnoit sa disgrâce. Le Roi l'a accompagnée de toutes les marques de bonté qui lui ont été possibles. C'est M. de Beauvillier qui lui en porta la nouvelle », etc. Voilà bien de la traïKpiillité au sortir d'un complot si noir, et ce prétendu complot paraît fort inutile pour obtenir un résultat qu'on nous disait inévitable. 11 est clair qu'il n'a existé (pie dans l'imagination de l'historien.

« Voysin, dit encore Saint-Simon, avoit parfaitement la i)lus essentielle qualité, sans laquelle nul ne pouvoit entrer et n'est jamais entré dans le conseil de Louis XIY, qui est la pleine <'t parfaite roture.... — Pleinemenl gâté, comme le sont i)res(pie tous les intendants, surtout de ces grandes intendances, il n'en eut pas même le savoir-vivre. Jamais lioimne ne fut si intendant que celui-là,, et ne le demeura si parfaitement toute sa vie, depuis les pieds juscju'à la tête ». Saint-Simon le retrouva à la fin du règne mêlé comme chancelier aux actes du Roi en faveur des bâtards. C'est donc, et sa femme avec lui, — la célèbre M""" Voysin, fille de Trudaine, — une créature de M"" de Maintenon, à laquelle seule il veut qu'ils aient dû toute leur élévation. Et voilà que le môme Saint-Simon nous raconte avec son détail et ses vives couleurs habituelles quel habile et consciencieux administrateur avait été Voysin dans son intendance de llainaut, et (luel concours parfait son intelligenle femme savait lui offrir. Lors du siège de Namur, les armées trouvèrent, grâce à lui, les places bien approvisionnées, les logements préparés, les ambulances toutes munies, et l'on racontait tout ce qu'avait fait M""^^ Voysin au lendemain de Neerwinden pour les officiers et les soldats blessés, une libéralité, une sollicitude, un bon ordre merveilleux. La cour et M'""^ de Maintenon, qui accompagnaient le Roi, avaient eu, grâce à l'intendante, comme les armées grâce à l'intendant, 'les appartements nombreux et commodes; même, le temps

Lxii • INTRODUCTION.

s'étant mis siibiteinent au froid, M'"^ de Maintcnou trouva sous sainaiu « une belle robe de chambre, modeste etbieu ouatée, et ce présent ne lui en i)arul que plus galant par la surprise, et par la simplicité de s'offrir tout seul ». Divers voyages de la cour achevèrent de faire au ménage une réputation singulière. C'étaient des gens à conlentor tout le monde, en sachant fort bien, ce que Saint-Simon apprécie fort, se tenir à leur place. 11 en dit tant sur eux, et à leur tel avantage, qu'on ne comprend plus pourquoi ils auraient eu besoin d'être les créatures de M"" de Maintenon; on sait bien que Louis XIV aimait à choisir ses ministres parmi ces perçonnes-là.

On ne voit pas, à vrai dire, que M^^ de Maintenon ait été si étroitement et si injustement partiale dans ses amitiés. N'at-elle pas toujours soutenu un lioutHers, pour qui elle ressent tant de juste admiration et d'estime méritée? N'a-t-elle pas sans cesse encouragé et défendu un Villars? Celui-là ne passait pas pour être un dévot ; mais c'était le futur vainqu.nir de Denain. Qu'importe qu'elle ait connu son père jadis, à l'hôtel d'Albret? Quoi de vraisemblable dans celte sorte d'alliance intéressée que Saint-Simon suppose, alliance qui est, cà ses yeux, celle de l'ambition hypocrite avec la forfanterie cupide Ce qui est très sûr, c'est qu'elle a reconnu en lui un de ces hommes heureux qui savent maîtriser la fortune. « On dit ici qu'il est fou, dit-elle; je vous avoue que je désirerois que le Roi eût beaucoup de ces fous-là. » En juin 1709 elle lui écrit : (( Vous faites bonne mine, monsieur, et vous avez grand'raison; mais vous sentez le poids de la plus importante et de la plus difficile affaire qu'un homme puisse avoir entre les mains. Dieu veuille que vous soyez aussi heureux que vous méritez de l'être!... Je ne vis pas depuis que je vous sais à portée d'une action; mais je ine console par votre sagesse, qui sait for! bien connoître le péril, quoique les discours marquent la confiance. » Y a-l-il beaucoup de reines de France qui aient su parler ainsi, de ce style « naturellement éloquent et court » que Saint-Simon, quoi qu'il en ait, admire et définit si bien? Y en a-t-il beaucoup qui aient su mieux goûter des talent? plus utiles au pays? Elle sait bien les défauts de Villars; elle

INTRODICTION. »xih

I,. lui fait entendre en l'avertissant contre lui-même, en lui conseillant de retirer telle demande indiscrète que, selon son ordinaire, il adresse à la cour; mais elle relève et exalte ce (ju'il y a de bon, de généreux, d'heureusement avisé en lui. A la l"6is elle l'admire, le soutient, l'encourage et le modère. Elle lui raconta un jour qu'elle faisait si souvent son éloge à Saint-Cyr que les religieuses s'attendaient à le voir canonisé. Saint-Simon, lui, a pour Villars une sorte de haine. « Ce piedplat de Villars, sorti du greffe de Condrieu, est devenu duc héréditaire! » H va jusqu'à prétendre qu'il a usurpé la gloire de la journée de Denain au détriment d'un de ses officiers, M. d'Artagnan, plus tard maréchal de Montesquion. Villars se taisait valoir sans cesse, alllrme-l-il, aux dépens de ses subordonnés*. Or, précisément sur ce dernier point, et à propos de cet oflicier, une lettre de M-'' de Maintenon donne encore ici un démenti formel. (( Vous m'avez attiré un remerciement de M. d'Artagnan, écrit-elle à Villars lui-même. Je voudrois que les officiers qui servent avec vous sussent les témoignages que vous leur rendez auprès du Roi, pendant que les autres généraux se plaignent souvent de ceux qui sont avec eux. Si on vous connoissoit autant que moi, on vousaimeroit beaucoup. )) M le marquis de Vogiié, dont on connaît les beaux travaux sur le maréchal de Villars, a grand'raison de dire que la France n'eût peut-être pas été sauvée à Denain, si Villars n'avait été soutenu par l'inébranlable fermeté de Louis XIV, et s'il n'avait « deviné près du Roi la protection bienveillante, la raison consommée, l'activité discrète et vigilante de M- de Main-

t(înon )).

Voici le billet qu'elle envoie de Fontainebleau à une des dames de Saint-Cyr le 24 juillet 1712 : « Il se doit passer. (,nelque chose en Flandre dont il ne faut rien dire; mais je vous prie de mettre demain tout le monde en prière, et de ne rien oublier vous-même, ma chère tille, pour obtenir de Dieu une tin heureuse de cette triste campagne ». Dans cette même journée du 2-4 juillet, Villars sauvait la France à Denain.

» T. UI, p. 525.

INTRODUCTION

Soutenir Villars et IJoufrter?, ce n'était aller ni conire les sentiments du Roi ni contre les intérêts du pays. Est-ce que je serai suspect de paradox'^ si je parle du patriotisme de M"'" de Maintenon? Le Roi, qui n'en doute pas, a pour premier soin, quand le matin les courriers arrivent, et qu'elle est, pour quelques heures seulement, à Saint -Cyr, de lui envoyer sans attendre son retour les nouvelles des armées s'il y en a d'importantes. Il lui fait tenir de courts billets écrits de sa main, et dont les copies se retrouvent dans les papiers de Saint-Cyr. « Je crois que vous ne serez pas fâchée de la nouvelle que je viens de recevoir. M. de Vendôme avec 1 200 chevaux a battu toute la cavalerie allemande au nombre de 4500. Tous les officiers généraux y ont fait merveille. Longueval y a été tué. Vous le saurez tantôt davantage (1 'juin IfilMî). — Je viens d'avoir un courrier de M. de Catinat qui m'apprend la nouvelle de la conclusion de la trêve.... J'ai cru que vous ne seriez pas fâchée de savoir cette nouvelle, qui marque que les affaires approchent de la conclusion (juillet 1690). — Les ennemis se sont retirés et le roi d'Espagne est maître de Madrid. J'ai cru que vous ne seriez pas fâchée de savoir cette nouvelle en attendant que vous sachiez un plus grand détail» (décembre 1710). La veille de Malplaquet, comme le jour de Denain, elle instruit Saint-Cyr. « 10 septembre 1709. Les armées sont en présence en Flandre ; un courrier l'est venu dire au Roi h cinq heures du matin. iM(îttez toute la maison en prière, je vous en conjure.... )) Un succès est-il annoncé, elle veut que ses filles chantent le Te Dctnn et se réjouissent, elle double ses aumônes et met sa plus belle robe : « Je m'habillerai de vert si l'on prend Rarcelone, et de couleur de rose si l'archiduc tombe entre nos mains. Je voudrois vous avoir à l'heure qu'il est (c'est à M"- de Caylus, sa nièce, qu'elle écrit), car je serois bien en humeur de me réjouir.... Donnez un louis à chaque demoiselle de Conflans dont elle puisse disposer et se réjouir » (25 avril 1706).

Émue des succès, elle l'est des revers jusqu'cà un prompt abattement. Elle demande sans cesse qu'on traite et qu'on

fasse au plus tôt la paix. « Mon courage est à bout depuis la

INTRODUCTION. i^^'

crainte trop bien fondée d'une descente en France. Je ne puis y voir les ennemis sans avoir le cœur dans une étrange situation. Je suis soumise à la volonté de Dieu dans la partie .npérieure, pendant que Uautre est dans l'abattement. Ma sanle dovroit y succomber; je n'ai pas la force de vous écrire. -- Il u'v a que la paix que nous devions désirer. Je n'ai nulle oran.leur dans mes sentiments. Je ne veux pas me venger du mince Enuène, ni me repentir de la hauteur des Hollandais. In paix, la paix, voilà tout ce que je désire. - Le Roi ne peut me communiquer la moindre partie de son courage, et je ne puis lui inspirer la moindre partie de mes craintes. Il est courageux et chrétien; pour moi, je suis femme, et des plus

faibles. » ,

Voilà l'expression de la vérité histori.pie et morale, n en doutons pas, et n'allons pas obscurcir par des subtilités les ..rands traits qui s'accusent en si vive lumière. Quand se prcripitent coup sur coup tant de malheurs publics et prives, quand se multiplient ces désastres de la France et de la fam.l e rovale qui. dit Saint-Simon, (( font dresser les cheveux a la tète )) elle est femme, mais sans récuser les devoirs de Uepouse. Elle craint, elle a sans cesse devant les yeux les maux de la .uerre et rextrême danger du pays, elle implore la paix; mais elle demeure assidue auprès du Roi, et l'on ne voit pas m qu il s'inspire d'autres conseils que ceux d'une religion devenue plus orave et de l'honneur, ni (lu il cède à la crainte. C'est Im qui ne consent pas à des conditions trop humiliantes; c'est lui qui déclare qu'il s'en ira au midi de la Loire se mettre à la tête de sa noblesse; c'est lui qui montre en de tels jours, dit admirablement Saint-Simon, « avec simplicité la grandeur de son âme, sa fermeté, sa stabilité, son égalité, une force d'esprit qui ne se cache rien, qui ne se dissimule rien, qui voit les choses comme elles sont, (pii de là s'humilie en secret sous la main de Dieu, en espère tout contre toute espérance, affermit sa main sur le gouvernail jusqu'au bout, ne se rebute de rien ne s'obscurcit de rien.... o Saint-Simon dit encore que c est alors vraiment qu'il mérita le nom de grand. Auc.ine part de cette ^Tandeur ne reviendra-t-elle à celle qui l'a constamment

INTKOnrCTION.

assisté pendant de telles épreuves, à celle (pii a étouffé ses propres craintes et lui a certainement adouci le fiirdeau? Où est dans tous les cas « l'indigne et ténébreuse épouse, la duègne, la vieille fée »? Où est « l'ahirne de noirceur et le mystère d'iniquité »?

Mais il y a, il est vrai, aux derniers temps du règne, TatTaire des bâtards et l'exaltation du duc du Maine, et Saint-Simon n'y voit que l'influence de M°" deMaintenon. Il l'accuse au nom de la morale publique, en réalité par ressentiment de l'injure faite au duc d'Orléans, son ami, et aux ducs et pairs. Le juste reproche en revient-il cependant surtout à elle ou seulement à elle? On a dit qu'elle a beaucoup contribué à ces mesures parce qu'elle voulait sauvegarder sa fortune et son cn''dit pendant un nouveau règne. Mais on ne réfléchit pas qu'ayant de tels desseins elle aurait commencé par s'assurer la richesse, ce qui lui eût été facile, tandis qu'au contraire elle ne prit aucunes sûretés du vivant du Roi. Quant à rêver un nouveau pouvoir dans une autre cour, pense- t-on qu'elle avait quatrevingts ans lors de la mort de Louis XIV, et veut-on la confondre avec la Des Ursins, qui avait exigé une souveraineté, et à laquelle il fallait encore, à quatre-vingt-quatre ans, près des Sluarts réfugi(''s à Rome, « une idée de cour et un fumet d'affaires »? La vérité est que M""* de Maintenon a beaucoup aimé le duc du Maine, ce fils de la Montespan et du Roi qu'elle avait élevé, et qui avait répondu à son afïection jusqu'à la préférer à sa mère. Elle n'a pas dû contredire, peut-être même a-t-elle suscité les faveurs dont Saint-Simon se plaint amèrement. Mais elle s^accordait en cela avec le propre sentiment de Louis XIV, qui éprouvait pour ce fils la même affection, et il y avait d'ailleurs des raisons politiques pour expliquer que la tutelle du jeune Roi, le futur Louis XV, fût confiée au duc du Maine. Le duc d'Orléans n'aurait pas dû s'étonner, il aurait pu se féliciter au contraire qu'un autre que lui fût chargé de

Page 1