‹ Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentique [microform]: choix de ses lettres et entretiensChapitre 30 sur 98 · A M. DE MONTCHEVREUIL, A BARÈGES · texte numérisé non relu

A M. DE MONTCHEVREUIL, A BARÈGES

Aiitop:raplie au rliâloaii «le Mornay. — Lavalléo, Co7Tespondance générale.

A Fontainebleau, ce 17 scploinbre 1681.

Vous aurez su ce qui se passe ici et la perte de cette jolie princesse * : le Roi en a été touché, et je remets à vous dire ce que je sais de la douleur de M'"® de Montespan. Je crois que nous l'aurons bientôt. J'écris au prince sur la mort de sa sœur; s'il l'ignore, connue on le dit*, ma lettre sera perdue et ce ne sera pas un grand dommage; j'ai de la peine à comprendre pourquoi on la lui cache, car on ne doit pas craindre qu'il soit assez louché ptjur s'en trouver mal. Je voudrois qu'il le sût et (fu'il écrivit au Roi que, connoissant l'extrême tendresse dont il honoroit M"*" de Tours, il croit devoir lui témoigner la part qu'il prend à sa douleur, outre celle qu'il sent lui-même pour la perte de sa sœur; qu'il lui demande la part qu'elle avoit dans ses bontés et qu'il l'assure qu'il fera tout ce qu'il lui sera possible pour le mériter, il est aisé de lui inspirer cette lettre-là tête à tête, et qu'il croie l'avoir faite tout seul.

11 est ridicule que vous soyez toujours à Barèges, et M""^ de Montespan, qui se mêle de décider sur l'usage d'un remède qu'elle ne connolt pas, mériteroit que les neiges vous y assiégeassent. J'espère que l'on vous pressera bientôt de revenir, et que le conseil que je vous donne de le baigner très-peu à Bagnères arrivera trop tard. Je le souhaite de tout mon cœur, et M"'« de Montchevreuil et moi avons un exti'ême besoin de vous; elle et moi sommes très vaporeuses; quand nous sommes malades alternativement, nous faisons des merveilles;

* M"* do Tonrs, fille du Roi. et de M""" de Montespan. venait de mourir à Bourbon, le G septembre 1681, âgée de sept ans. - C'est-à-dire si on lui veut caclier cette mort.

mais par malheur nous souffrons quelquefois en même temps, et la conversation en est moins douce. Je crois que votre absence et le voyage que nous allons faire* lui font voir les choses tristement.

Adieu, mon cher marquis; je vous souhaite et ce cher enfant aussi ; mes compliiueus aux honnêtes gens de chez vous, ils ne s'étendront pas bien loin. Ne plaignezvous pas très fort cette pauvre Saint-Just? Sa douleur me fait mal à imaginer.

Faites brûler la lettre que j'écris au prince, qu'il la voie ou non.

A M. D'AUBUkNÉ.

Colloclion de S. M. le Roi de Ilollaihle.

A Fontainebleau, ce 27 sejitcndirc (1681).

Vous ne saurez jamais les peines que j'ai eues pour votre affaire ni les difficultés que j'y ai trouvées: M. Legois ne sera point chef de mon conseil. Du reste, je suis trop bien récoiupensée de vous avoir fait plaisir et de songer que vous toucherez cent huit mille livres-. Vous ne pourriez mieux faire que d'acheter une terre en Poitou ou aux environs de Cognac ; elles vont s'y donner par la désertion des huguenots. Pour votre voyage de Paris, c'est une affaire de rien et que vous ne devez pas manquer. Il est impossible que vous vous portiez bien après ce que nous avons vu. J'ai donné votre ordonnance à M. Berlhelot. Je voudrois pour l'affaire que je viens de faire pour vous que vous me permissiez d'eni-

* A Strasbourg.

^ C'est-à-dire une somme de 18 000 livres par an, imposée en laveur de d'Aubigné aux fermiers généraux pendant un bail de six années qu'ils venaient de consentir avec le Roi. De telles occasions donnaient lieu publiquement à des gratilications l'oyalcs.

ployer les cent pistoles que je vous dois en habits pour M'^^'d'Aubigné.

J'ai bien de la joie de la conversion de M. de Vaux; je vous prie de lui en faire mes coniplimens. Poignette est bonne catholique; M. de Marmande l'est aussi; M. de Souche fit abjuration il y a deux jours; on ne voit que moi dans les églises conduisant quelque huguenot. Ne soyez point en peine de ma santé, elle est souvent délicate, mais je n'ai jamais de vraie maladie.

Nous partons mardi ; on dit aujourd'hui que c'est pour Metz; vous savez avec quelle tranquillité je me dispose aux voyages ; j'ai mon équipage tout prêt et j'espère qu'il ira gaiement; je serois bien aise que vous vinssiez chez Turbier pendant notre absence.

Adieu, personne ne songe à vous brouiller avec moi ni ne pourroit en venir à bout. M""^ d'Aubigné ne m'écrit guère; je l'embrasse de tout mon cœur.

A M. D'AUBIGNÉ

Collection de S. M. le Roi de Hollande.

Au Pont-de-Mousson, le jour de la Toussaint (1681).

Je ne suis point surprise que vous ayez commencé par manger les dix-huit nulle livres que v(ms devez toucher à la fin de l'année, mais je le suis que vous croyiez que les fermiers généraux vous doivent payer par avance : c'est ce qu'ils ne feront pas, et vous ne déviiez point le désirer. Cette affaire ici est grande et ne vous mettra pas plus à votre aise que vous n'étiez. Je suis au désespoir de vous dire des ciioses désagréables; mais comment puis-je être sincère et m'en empêcher? Il me semble qu'après ce que je viens de faire pour vous, on ne peut dire de longtemps que vous soyez brouillé avec moi; on

— NOVEMBRE 1681. — 15o

ne le croit pas à la cour, où ce qui s'est passé à Fontainebleau a fait grand bruit : il a fallu une bonté bien grande au Roi pour passer par-dessus toutes les difficultés qui naissoiont à tout moment dans votre affaire. 11 n'ordonneroit assurément pas à ces messieurs de vous payer par avance, et il seroit bien étonné de vous voir demander un bienfait avec l'empressement et le chagrin dont on peut exiger une dette. Je ne puis donc en cette occasion que prier M. Brunet, comme mon ami particulier, de vous faire plaisir s'il le peut; mais vous allez si loin sur la dépense que je crains que la somme entière ne soit dépensée, et je ne crois pas que personne vous

l'avance.

Adieu, nous serons le i7 à Saint-Germain. Je vous dirai que je vous y verrois avec plaisir si je pouvois vous y voir content; mais j'avoue que mes proches sont si peu sensibles à ce que je fais, et le sont tant sur ce que je ne puis faire, que leur commerce ne me donne que du chagrin. Il ne m'empêche pas de vous aimer, et je vous en donnerai toujours toutes les marques qui me seront possibles.

Une des premières préoccupations de M'"" de Main tenon, dès qu'elle se sentit du crédit et quelque fortune, fut, avec le soin de sa famille, le zèle charitable pour élewr de pauvres filles. Le souveuir des misères de sa jeunesse et un goût naturel d'éducation l'y poussaient également. Elle transporta à Rueil, en 1682, l'établissement qu'avait formé M"^"^ de Brinon à Montmorency, augmenta le nombre de ses pensionnaires, et y adjoignit une section d'enfants pauvres de ses terres de Maintenon. Ce sont ces dernières qu'elle désigne dans ses lettres sous le nom de Petites sœurs. Mais toutes ses vues se tournèrent bientôt exclusivement vers l'éducation des filles de la pauvre noblesse, en même temps qu'avec sa fortune croissante elle concevait le vaste plan ([U il lui fut donné de réaliser à Sainl-Cyr.

A M™= DE BRINON

Bibliothùque nationale. Manuscrits. Fonds fr., 15 203, p. 19, et 11 675, p. 15.

Ce premier jour de l'an (1682).

Je vous donne le bonjour, madame, à votre chère cousine et à toute notre maison, et je souhaile de tout mon cojur que nous fassions tout le bien qu'il nous sera possible. Je ne puis que vous en fouinir les sujets, et c'est vous qui donnez votre vie pendant que la mienne est très agréable et très inutile.

Ne nous rebutons point de nos petites sœurs ; nous serions trop heureuses si elles nous croyoient et elles seroient trop parfaites. Vous faites Tort bien de faire faire leur linge chez nos pensionnaires, et pour elles il ne faut pas les laisser respirer sur le rouet; ces gens-là ne sont capables du bien que pai' l'habitude, qui ne se contracte qu'avec bien du temps. Je ne dis rien devant elles dont elles se puissent prévaloir, si ce n'est qu'elles aient leur soûl de pain, et j'en charge encore votre conscience; du reste, punissez, ordonnez, vous êtes la maîtresse.

Les poires m'ont passé par les mains, et vos présens sont })lus comptés que jamais, car je vais être mon maître d'hôtel : le mien fait une dépense qui m'a excité une si grande colère que je n'en ai pas dormi. Je ne veux j)as thésauriser, mais je hais le désordre, et j'aime mieux nourrir M"' de Saint-Ilubeit que de crever mes laquais.

Vous n'aurez point le Saint-Sacrement, et c'est le Uoi qui ne l'approuve pas. M. l'archevêque vouloit ôter vos croix et le chant de l'ofiice. Je n'ai pas voulu vous le dire, de peur de vous fâcher; mais je veux que vous sachiez que je fais ce que je puis. Ce n'est pas par vengeance que je voudrois savoir des particularités sur

M"« N.... Instruisez-vous là-dcssus en attendant que je

vous voie '.

Vos opéras^ seront toujours tournés en ridicule par les gens du monde; mais ils me divertissent, et j'entre fort bien dans l'utilité dont ils sont pour les petites filles.

C'est le temps qui me manque ; je suis seule avec M'"''deMontchevreuil auprès de M'"« la Dauphine, et les jours sont si courts qu'effectivement je ne sais comment envoyer M»'' de Mursay. Elle n'est pas capable de mes diligences; il lui faut une fille, et pour cela que je m'en passe, et tout cela pour revenir à la nuit; mandcz-inoi après tout cela si vous la voulez le jour des Rois.

M'^^de Montchevreuil vient de me faire voir une lettre qui mande que sa fille la religieuse est à l'extrémité de vapeurs; je lui offre Uueil, avec votre permission, pour que nous puissions juger de son état.

Je sais les chagrins de M. Pellisson, entre nous, et nous en parlerons si je puis parvenir à vous voir.

M'"*' la duchesse est ici et ne peut se résoudre à la grande affaire d'amener M""^ sa sœurdanscet appartement '\

* Ces qiialrc Hj^mics maïKiueut dans la copie qu'a suivie Lavallée.

"^ M"»= (le Brinou donnait dans le bel esprit; elle composait des pièces de théâtre qu'elle Taisait jouer aux petites lilles. U""" de Maintenon i»artageait ce goût; mais elle sentait ce qu'otTraient de ridicule les pauvres compositions de M""= de Brinon. — Au demeurant, Rueil suscita Saint-Cyr, et sans les opéras de M""^ de Brinon. peutêtre on n'eût jias eu Esllicr.

5 Ces deux lignes manquent dans la copie suivie par Lavallée. — Ces mots « M'""^ la duchesse» désignent Anne de Bavière, lemine de Henri de Bourbon, lils du grand Condé. Sa sœur, Bénédicte Henriette, duchesse de Hanovre, veuve de Jean-Frédéric de Brunsvvick-Hanovre, se relira en t'rancc en 107D avec ses nile>, et l'ut pensionnée de Louis XiV. il peut s'agir ici d'une présentation à la cour un jour d appartement : la duchesse avait des prétentions de rang qui étaient mal accueillies. A la suite d'une querelle avec M""= de Bouillon, elle repartit en Allemagne. Voir les lettres du 24 août 1685 et du 14 octobre 1002.

A M. D'AUBIGNÉ

Collection de S. M. le Roi do Hollaïule.

A Versailles, ce 28 mai (1682).

J'ai fait connoissance avec M. le marquis et M. l'abbé d'Aubigné de Tigny* depuis peu; ils m'ont instruite de notre maison : c'est apprendre bien tard qui on est ; mais cela n'est jamais indifférent, et je n'ai pu voir sans plaisir une généalogie de quatre cents ans ti'ès-bien suivie par des contrats de mariage et l'endroit où nous sommes séparés. Ces messieurs m'ont appris que la terre d'Aubigné est à vendre, celle de Sainte-JesmeS qui étoit l'aînée de la maison, et celle de la Jousselinière, dont ils sont sortis. Il me semble que si vous aviez à faire quelque emploi de votre argent, ce seroit une chose raisonnable et agréable de rentrer dans quelqu'une de ces terres, qui seront à bon marché '. Ils prétendent que vous auriez les deux premières pour quarante mille écus. Mandez-moi si vous avez d'autres vues ou si vous voudriez que je suivisse celle-là. L'argent que vous devez

* Le marquis et l'abbé d'Aubij^né appailenaicnt à une 1res ancieiiiie famille d'Anjou ; leur parenté avec la famille de M"" de Maintenon était loin dï-tre ].rouvée. (Voii- jibis liant la lettre à M. de Villefte, du jour de la Sairit-Marlin 1075, et la note.) Le marquis d'Aubigné lut tué à la bataille de Ramillies étant colonel de dra<;ons ; il laissa un lils (jui fut gouverneur de Saunmr. L'abbé, dont M"» de Maintenon appréciait beaucoup la vertu et la piété, et avec lequel elle entretint de fré({uents raj.ports et une correspondance, fut évéque de >'ovon, l)uis archevêque de Rouen.

- Ainsi que celle de, etc.

5 Tar suite des persécutions (lue subissaient »k>jà les calvinistes dans cerlames provinces. M- de Maintenon écrivait dc-jà six mois auparavant, le 2 septendjre 1081, à son frère r « Tout ce «lue j'aurois a vous dire seroit de tourner utilement l'argent (pie vous allez avoir. On donne les terres en l'oitou, et la désolali(m des huguenots en lera encore vendre : Suriineau, Saint-Poinpin et plusieurs autres vont être en décret.... Vous i.ourriez vous établir en Poitou très agréablement. »

toucher à la fm de l'année, les vingt mille francs que j'ai à vous, et le bien de M"^*^ d'Aubigné, qui ne sauroit être mieux remplacé, vous feroit entrer aisément eu possession; car l'argent comptant n'est pas commun.

11 me semble qu'il y a longtemps que je n'ai reçu de vos nouvelles ni de celles de M'"« votre femme. Je me porte à mon oïdinaire, souvent la migraine et jamais d'autres maux. H n'y a rien de nouveau ici, si ce n'est que M. le duc du Maine a eu le gouvernement delanguedoc par la mort de M. de VerneuiU dont on prend le deuil dimanche pour quelques jours. On dit que nous passerons l'hiver à Versailles, Saint-Germain n'étant pas prêt ^

A M. L'ABBÉ GOBELIN

Manuscrits de Versailles. Lettres édiftantes, t. I, p. 186.

(Versailles, ce 2 juin 10823).

Le plaisir de voir à la messe le Roi très-chrétien et très-aimable ne sauroit vous manquer, non plus que celui de la simplicité de ma chambre ; plût à Dieu qu'il y en eût autant dans mon cœur, et, sans compter ce que je n'y connois point, que je n'y découvre pas des replis qui peuvent gâter tout ce que je lais. Je suis ravie de ce

* M. de Verneuil, fils naturel de Henri IV, était mort le 28 mai ; le duc du Maine avait été nommé aussitôt.

2 Ceci est itrobablement une erreur de i»lume : c'est Versailles qui n'est pas prêt, et c'est à Saint-Germain, en ce cas, que l'on passera l'hiver. On travaillait activement à Versailles, où le Roi n'était encore venu que pour de courts séjours. On pouvait douter en mai (jue les travaux fussent assez avancés. Ce lut précisément en cette même année 1082 que le siège de la royauté fut déanitivement lixé à Versailles.

5 La copie de Versailles date cette lettre de 1080; mais Lavallée {Corresp. gén., t. H, p. 240) donne la date de 1082, qui semble plus juste d'après la teneur de la lettre. L'original n'avait sans doute pas de millésime, selon l'habitude de M"^ de Maintenon.

que le monde loue ce que le Roi fait. Si la Reine avoit un directeur comme vous, il n'y a point de bien qu'on ne dût espérer de l'union de la famille royale; mais on a eu toutes les peines du monde sur la médianoche* à persuader son confesseur, qui la conduit par un chemin plus propre, selon moi, à une carmélite qu'à une reine.

Vous serez le bienvenu lundi, je vous donnerai à dîner. J'ai su que l'on trouve à redire au dernier bienfait que vous avez reçu du Roi ; mais ce qui me fâche, c'est la sensibilité que vous avez eue pour ce ])lâme, que je crois mal fondée; je voudrois que votre tranquillité ne fût jamais troul)lée et que vous fussiez aussi heureux que vous le méritez. J'ai un dessein qui roule sur vous, et dont M. le duc du Maine profiteroit : je voudrois que vous fissiez un petit extrait, recueil, je ne sais comment l'appeler, mais enfin des maximes sur les devoirs d'un prince, (jui lui donnât l'idée qu'il doit avoir de la religion, et une pratique de dévolion courte et solide pour l'emploi de ses journées.

Travaillez sur ce projet, je vous prie, tout embrouillé qu'il est, et croyez que je mérite l'amitié que vous me témoignez par tous les sentimens que j'ai pour vous.

A M"-'^ DE BRtiNON.

Bibiiolliéque nationale. Manuscrits. Fonds français, 15205, p. 8.

Ce i4 décembre 1082.

Je vous prie que personne ne sache que j'irai demain dîner chez vous ; je vous prie en ma faveur que l'on fasse quelque petit régal à nos sœurs de la Charité, et que je les voie dîner en bon ordre. Vous savez que je vous ai

Voir plus haut, p. 44.

toujours demandé que l'on ne dérangeât rien pour moi, que l'on ne s'aperçoive pas que j'arrive. J'irai tout droit faire le catéchisme; n'y venez que quand vous n'aurez plus rien à faire, et traitez-moi en tout comme une personne de la maison. Je porterai ma poularde, que nous mangerons ensemble. J'ai la migraine aujourd'hui et j'en suis ravie, car c'est une espèce de certitude de ne l'avoir pas demain.

A M. DE VILIETTE, A MORT.

Manuscrits de Versailles. Lellres édifiantes, t. I, p. 25:2.

A Versailles, ce 50 janvier 1085.

Je vous écrivis l'autre jour bien saccinclement, étant pressée et ne voulant pas manquer à vous répondre sur le fils de M'"'^ de Caumont, que vous ne devez pas emmener : vous avez bon esprit et avez fort bien prévu (jue vous vous feriez une affaire. Tout ce que vous montrez de raisonnable dans toutes les occasions augmente mon déplaisir de vous voir si propre à tant de choses, et délie exclu de tout. Le bien que je fais à vos cnfans ne me console point de celui que je ne vous fais pas ; je travaille à les faire honnêtes gens sans espérance de jouir jamais de leur mérite, et le vôtre qui est à peu près de même date que le mien me seroit plus propre. Songez à une affaire si hnportante; humiliez-vous devant Dieu et demandez-lui d'être éclairé; convertissez-vous avec lui, et sur la mer où vous ne serez point soupçonné de vous être laissé persuader par complaisance ; enfin convertissez-vous de quelque manière que ce soit. Je ne puis me consoler de votre état et je vois en cela que je vous aime plus que je ne le croyois encore.

Adieu, mon cher cousin, j'aime toujours les eaux de senleur et je n'aime aucune bête; voilà ce que vous avez

St^Bife«a.â^iËaàfcftfei5S

cloniandé h M"« de Mursay de vous faire savoir. Elle est fort occupée avec ses maîtres; ce n'est pas que j'en veuille faire une viiiuose; mais c'est un temps qu'elle emploie que je ne pourrois l'avoir auprès de moi et elle apprendroit des sottises avec des femmes de chambre ; les uistrumens lui donneront ({uelque goût pour la musique ; la danse lui donnera de la grâce, et elle parlera mieux françois davoir appris les règles d'une langue. Elle croît lort et on me la demande tous les jours en mariage'; quand ce sera tout de bon, vous en entendrez parler. Elle dit qu'elle veutètre religieuse, mais elle ne dit pas vrai. .le ne vous parle pas des garçons, je vous crois mieux instruit que moi d'eux. M. de Fourbin en est content et j'en ai très-bonne opinion.

A M""' DE DUINOX.

Bibliothèque nationale. Mannscrits. Fonds français, 15 202, fol. 20.

(Février 1G85.1 Le Iloi donna hier une pension de deux mille francs à

M"° de Scudérr. Vous y prenez trop d'intérêt pour n'en

êlre i>as avcMlie des premières. Je vous prie d'en faire

mon com])liment à ma sœur Lefèvre*.

Manette est chez M™^^ de Moutchevreuil depuis deux

jours; elle commence à s'accoutumer.

* Elle avait douze ans.

- M- de Sévigné écrivait ainsi cette nouvelle au comte de Guitaut : « ^ous savez connue le Roi a donné deux mille livres de peu- Mon a M de .Scudéry. C'est par un hillet de M- de îlainlenou m.-ello apprit cette bonne nouvelle. Elle fut remercier Sa Majesté un jour d appartement, et elle fut reçue (mi toute j.erfection C etoit «ne altaire <iue de recevoir cette merveilleuse muse : le Roi lui parla et 1 embrassa pour lempèclier dembrasser ses genoux. Toute celle petite conversation fut d'une justesse admirable; M- de Blaintemm e oit 1 interprète. Tout le Parnasse est en émotion pour remercier et le héros et l'héroïne. » (5 mars 1685.)

UZ

En entrant chez moi, je trouve dans mon antichambre M"*' de Rivière chargée de présens qui ne me font que de la peine, haïssant fort à recevoir de ceux à qui je ne puis faire plaisir. J'élois lasse de la matinée, que j'avois passée chez M'"'^ la Dauphine, et il étoit l'heure du dîner, ma chambre pleine de gens qui m'attendoient. Ainsi je ne pus l'entretenir; je lui envoyai M"«^ de Mursay pour la mener dans sa chambre, comptant qu'elle dîneroit avec mes fennnes; elle me manda qu'elle s'en iroit dés qu'elle m'auroit parlé; je lui fis demander si elle avoit quelque chose à me dire, elle répondit que non et s'en alla; ainsi je n'eus point à la coucher. Votre bonté et le séjour de la campagne vous fait croire que c'est une chose qui ne se peut refuser que riiospilalité ; cependant ces manières-là ne sont ni du goût ni de la coutume de ce pays-ci; on n'y a ni place ni lits de reste, et ce que j'ai de meubles chez moi est pour mes neveux, qui vont et viennent. Ainsi il faut du moins que les personnes que je voudrois excepter m'avertissent, pour ({u'on ne se trouve point trop de gens à la fois.

J'attends le porteur d'eau de Ruelles, pour voir s'il m'apportera quelque chose où il faille répondre.

A M"- DE DHLNON.

l'.ihliotlièqno nalionalo. Mannscrits. Fonds fiançais, 15205, p. 5C:

(Mars 108:.).

Voilà le premier médecin de la Reine et le plus habile qui soit en France * qui marche pour Jaquette ; servez-vous de l'occasion et prenez ses avis, qui, joints à votre bon sens, vous feront l)ien «gouverner nos enfans. Je serois d'avis

* Fagon avait soigné le duc du Maine; M""" de Maintenon professa toujours pour lui une sincère estime. Il devint médecin du Roi.

*;»::iïo^-t":KJ'«j)-,»^\5fX5;JfaBj^

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que vous nieul)lassiez cetlo chambre que vous vous êtes réservée cliez le jardinier; il y faudroif niellre deux lits avec des pavillons pour les plus malades, et commencer par y envoyer Jaipietle. La jardinière seroit peut-éire bien aise de gagner ce que vous donneriez, et il faudroit faire un marché une fois pour toutes, afin de n'avoir à conq)ler que les journées, et la servante du logis porteroit leur nouriilure. Vous avez raison de croire que nos anges se comnmniquent, car vous me répondîtes à ma dernièi'e lettre une heure après que je l'eus écrite, et sept ou huit avant que je l'eusse fait partir.

Les provisions données à Andrée, les bardes des pensionnaires visitées, et en un mot tout ce qui se passe là-dessus me fait un très-grand plaisir. Je suis flattée autant que je le dois de penser conuue vous, et je n'aimerois pas tant de vous voir agir ])ar déférence. Prenons courage, élevons des enfans qui multiplieront après nous votre bonne éducation. Il ne me reste plus à vous demander que de ne rien troubler quand j'arrive, et que je me range aux occupations des autres plutôt que de leur faire quitter les leurs. Voilà un tablier pour Andrée, que je vous prie de lui donner de ma part.

J'ai lu la moitié de ce que vous m'avez envoyé pour M"^ de Mursay : cela est digne de vous, et fort au-dessus d'elle. Je tiendrai la main pour qu'elle le lise souvent. l>ieu veuille qu'elle profite de son bonheur! Vous l'auiez trois semaines de suite ; j'espère quelque chose de ce temps-là. J'ai parlé encore aujourd'hui à M. Félix * : il ne veut traiter M"^ de la llarteloire qu'au mois d'avril.

i\ou-seulement j'approuve que mes pauvres assistent au catéchisme, mais je voudrois de tout mon co'ur arriver ces joui'S-là.

Mes complimens, je vous prie, à M'"** de Saint-Pierre;

^ PreiiiRT cliirurgieii du Iloi.

JUILLET lt)85. —

l'économie qu'elle a établie sur mes petites filles m'en fera ajouter deux après Pâques, et ce seront les siennes, puisqu'elles subsisteront de l'épargne qu'elle fait sur les autres. Dressons Andrée pour nous soulager là-dessus, afin que nous puissions faire des merveilles de nos pensionnaires. M. l'abbé Gobelin est ravi, édilié et en^-oué de notre communauté. J'ai bien envie de vous voir làdessus. Adieu, ma très-chère, je vous aime de tout moi; cœur.

Louis XIV fit au printemps de cette année 1685 une visite vraiment trionipliale à ses nouvelles provinces, la Franche- Comté et l'Alsace. La Reine, (jui devait le suivre avec une partie de la cour, désigna M'"" de Mainlenon parmi les dames qui seraient du voyage, laveur d'autant plus remanpu'e que la Daul)liine, dont elle était danje d'alour, restait à Versailles à cause d'une nouvelle grossesse. C'est au i-etour de ce voyage que la Pleine fut enlevée, à la suite d'une courte maladie, le 30 juillet 1685. Elle avait quarante-cinq ans, et elle était plus jeune que W™'= de Maintenon de deux ans et queKpies mois.

Le soin extraordinaire avec lequel, au témoignage des dames de Saint-Cyr, M""" de Maintenon a fait disparaître toutes les preuves positives de son mariage, ne laisse retrouver ([ue dans (pielques lettres à son frère et à M""^ de Brinon mainte alhision obscure aux agitations qu'elle traversa pendant cette crise. Le rapport de M""^ de Caylus en devient d'autant plus intéressant. M"*' de Caylus (alors M"" de Mursay) n'avait à la vérité que douze ans; mais elle était d'une intelligence précoce, fort exercée déjà dans celte science du monde qui était une si grande partie de l'éducation d'alors, et elle avait fini par vivre continuellement auprès de M""' de Maintenon, sa cousine, qu'elle appelait sa tante.

« La Heine, écrit -elle dans ses Souvenirs, perdit la vie dans le temps que les années et la piété du Hoi la lui rendoienl heureuse. Il avoit pour elle des attentions auxquelles elle n'étoit pas accoulr.mée; il la voyoit plus souvent et cherchoit à l'amuser; et comme elle allribuoil cet heureux changeujenl à

M""- de Maiiitenon, elle l'aima et lui donna toutes les marques de considération qu'elle pouvoit imaginer. Je me souviens même qu'elle me laisoit l'honneur de me caresser toutes les l'ois que j'avois celui de paroitre devant elle.... La mort de la Reine ne donna à la cour qu'un spectacle touchant. Le Roi fut plus attendri qu'allligé.... La douleur deM""^ de Maintenon, que je voyois de près, me parut sincère et l'ondée sur l'estime et la reconnoissance.

a La Reine expirée. M"" de Maintenon voulut revenir chez elle; mais M. de la Rochefoucauld la prit par le bras et la poussa chez le Roi en lui disant : a Ce n'est pas le temps de « quitter le Roi, il a besoin de vous )). Ce mouvement ne pouvoit être dans M. de la Rochefoucauld qu'un effet de son zèle et de son attachement pour son maître, où l'intérêt de M™^ de Maintenon n'avoit assurément pas de part. Elle ne fut qu'un moment avec le Roi et revint aussitôt dans son appartement, conduite par M. de Louvois.... Le Roi alla à Sainl-Cloud, où il demeura depuis le vendredi que la Reine mourut jusqu'au lundi qu'il en partit pour aller à Fontainebleau.... » M'"^ de Maintenon, qui était retournée près de la Dauphine, la suivit dans ce môme lieu, « et parut aux yeux du Roi dans un si iJ^rand deuil, avec un air si aflligé, que lui, dont la douleur éloit passée, ne put s'empêcher de lui en faire quelques plaisanteries ».

A M. D'AIBIOÉ.

Collection de S. M. le Roi de Hollande.

A Fontainobleaii, ce 7 août (lG8ô).

L'affliction où tout le monde est ici et la mienne particulière ne m'empêchent pas de répondre à votre lettre, puisque vous attendez ma réponse pour vous déterminer, et que je ne manquerai jamais à ce que je croirai nécessaire.

M. Fagon n'est point ici pour le consulter sur Bagneres; mais je connois assez bien ces eaux-là pour vous dire qu'elles ne sont pas bonnes à boire et que leur grand

mérite est pour les maux extérieurs. Barèges amollit et Bagneres fortifie ; il me semble que cela n'a rien de commun avec vos vapeurs.

Ce sont les mêmes vapeurs qui vous font voir les choses aussi tristement. Le malheur de n'avoir point d'enfant est très-médiocre pour le monde, et je vous crois trop raisonnable pour vous soucier que votre nom périsse. Quant à l'estime et à l'amitié que vous avez pour moi, j'en suis très-persuadée et très-aise. La laison qui vous empêche de me voir est si utile et si glorieuse que vous n'en devez avoir que de la joie* : il ne me convient point d'avoir aucun commerce, et je vous ai conseillé par l'intérêt que je prends à vous, de demeurer dans le plus beau lieu du monde, où l'on vit avec le plus d'abondance, et où ce que vous avez est plus consi(léral)le (|ue si vous en aviez une fois autant à Paris, où vous êtes libre sans affaiivs, au milieu de vos proches, et en un mot dans un état que je choisirois de pi'éférence à beaucoup d'autres. Si vous en jugez autrement, je ne prétends point vous contraindre en vous empêchant devenir à l»aris ; mais il me semble qu'il vous sera plus désagréable d'être près sans me voir que d'être éloigné avec un commerce avec moi. Faites sur tout cela ce qui vous conviendra sans me compter, et n'allez pas réveiller vos anciens chagrins. Si le Roi ne vous a pas ûut justice et que vos ennemis vous aient fait du mal, c'est un malheur bien ordinaire; vous êtes vieux*, vous n'avez point d'enOins ; vous êtes malsain, que vous ftmt-il que du re-

1 Lo Roi, la souliaifant sans cesse prés do lui, la retenait à la cour et la rendait invisible. Sa faveur était parvenue au jdus haut de-ré pendant le voyage de Fontainebleau; M"« d'Auniale dit, dans ses Mémoires, que « le Roi, ne pouvant dès lors se passer d'elle, Tavoit fait lo<ïer dans l'appartement de la Reine; les conseils se t'enoicnt dans sa cbanibre, et le Roi y fesoit une grande partie de ses affaires ». (Lavalléc, Correspondance générale^ t. II, p. 502.)

2 11 n'avait que 49 ans, mais il était d'humeur inquiète et chagrine.

nos de la liberlôot de la i)iêté?Tous ces biens-là sont entre vos mains, et j'y eonlribueiai avec plaisir dans tout ce qui me sera possible.

Si vous voulez aclieter une terre, il me paroit que Sainte-Jesme esl une boiuie affaire ; si vous aimez mieux mauLM^r voire revenu à Cognac, ne vous en contraignez pas; enfin vous avez plus de trente mille livres de rente pour six ans'. Après cela, si je suis encore au monde, nous en aurons d'autres, et si je n'y suis plus, vous aurez Maintenon.

A M"" T)E BRINON

BiblioUi. nationale. Mss. Fon.ls français, 15203. p. 70, cl 11075, p. 57.

Fontainebleau, 22 août 1083.

]o ne maïuiue pas de bonne volonté pour les bonnes œuvres en général et pour M"»^ de Ris en particulier; mais je suis sans commerce, et passe fort bien trois mois sans voir les gens qu'on croit que je vois tous les jours. Je ferai pourtant ce que je pourrai pour elle. Vous aurez au premier jour la pension d'Andrée et celles des petits oan-ons, sur les(piels je vous prie d'avoir quelque inspec^

tion. . . 1

.le suis ravie d'avoir fait plaisir à nos révérendes mères;

assurez-les que je n'en perdrai pas les occasions, et que je ne veux point être remerciée.

Je n'ai jamais rien donné à ma sœur Lefèvre : sacliez bien linement ce qui lui feroit le plus de plaisir.

J-aurois voulu de tout mon cœur cacber le présent que j'ai reçu de Rome : car je suis si glorifiée en ce monde de quelques bonnes intentions que je tiens de Dieu, que

1 Voir plus haut la lettre à d'Aubigné, du 27 septembre 1081.

AOUT losr»

j'ai sujet de craindre d'être bumiliée et confondue dans l'autre.

Il n'y a rien à répoudre sur l'article de Louis et de Françoise, ce sont des folies. Je voudiois seulement savoir pourquoi elle nele voudroit pas; car je n'aurois jamais cru que l'exclusion sur celte affaire fût venue par elle. Voyez M"'' de Scudéry, et mandez-moi tout ce qui vous reviendra de bon et de mauvais. Voici une nouvelle scène qui réveille tout le monde \

J'attends la dépense des trois mois pour l'insérer dans celui-ci. Je n'ai pas douté que vous ne gardassiez Andrée et ne vous défissiez de la nièce. Mais, madame, on ne peut avoir trop de soin que nos petites sœurs filent fin, et le plus qu'elles pourront; car rien n'est pareil à ce qui se fait à Maintenon : nos toiles, nos damassés et notre blanchissage réussissent à merveille.

Je suis ravie des miracles de saint Candide ; vous savez ce que je sentis pour lui. Je donnerai de ses reliques à Nanon et à la marquise ^

Adieu, madame ; mes complimensà M"^^ de BonnevauU et à M"*- de la Harteloire. J'ai donné i)lein pouvoir à M. Gobelin pour tout ce que pourra désirer M'"*' de Saint- Pierre.

* Par ces mots : « poui-quoi elle ne le voudroit pas », M'"' de Maintenon parle sans doute d'elle-même, en répondant à quelque conjecture plus ou moins indiscrète de M"" de lUinon. En tout cas, ceci est une allusion bien claire aux bruits qui commençaient à circuler sur les projets du Uoi. M"' de Scudéry, amie de M'°^ de Drinon, était fort répandue dans le monde de Paiis. Ou voit que M™' de Maintenon avait quelque souci de l'opinion.

- La niar([uise de Moniclievreuil.

tfriM^iiiifttfeiaMiififeffi

A >!■"<= DE BRINON

Manuscrits de Versailles. Lettres édifiantes, t. 1, p. i»îG.

Ce 24 août 1G83.

Je n'ai guère vu une i)lus mauvaise bibliothèque que celle dont vous m'avez envoyé le mémoire, et dans quelqu'envie et besoin que je sois de me remplir de bonnes choses, je ne puis vous demander que : Y Introduction à la vie dévote; les .Méditations de sainte Thérèse sur le Pater; cinq tomes du Nouveau Testament, et les Psaumes de David. De tout le reste je ne vois que les livres de M. de Condom qui méritent d'être gardés. Je lis et relirai les livres que vous m'avez envoyés, et suis plus occupée que je ne l'ai jamais été de l'envie de faire mon salut.

Je suis touchée de saint Candide*, et je vous prie de ne vous point lasser de faire prier pour le Roi ; il a plus besoin de grâce que jamais pour soutenir un état contraire à son inclination et à ses habitudes ^

La pauvre M""' de Brunswick me fait grande pitié, et d'autant j)lus que je n'y vois point de remède. Sa fille vous auroit occupée et embarrassée, je crois que vous avez très-bien fait de la refusera Donnez-vous toute à

* M"" de Maiiitcnon avait reçu du pape Innocent XI les reliques de ce martyr; elle les lit i>lacer dans la chapelle de Uueil.

* On comprend que ceci se rapporte au veuvage du Roi : il était

cependant bien récent.

3 Voir plus haut la note de la lettre du l" janvier 1C82. Bénédicte Henriette, duchesse douairière de Drunsvvick-llanovre, lille de la célèbre Palatine Anne de Gonzague, et sœur de la princesse bru du grand Coudé, avait souhaité que sa lille Wilhehnine-Amalia (celle qui éiHtusera le roi des Romains, l'empereur Joseph I") entrât dans la maison dirigée par M"^ de Brinon. Son autre fille, Charlotte-Félicité, devint duchesse de Modène. C'est Bénédicte Henriette (pii, plus tard, avec sa belle-sœur la duchesse Sophie, avec Louise-Hollandine, al>bcsse de Maubuisson, sœur de Sophie, avec M"" de Brinon, prendra part aux négociations pour le rapprochement des Églises où se rencontreront Leibniz, Bossuet et Pellisson.

Dieu : votre maison est assez grande pour vous occuper et bien utilement.

Ne soyez point eu peine de mes insomnies, je reviens dans mon état naturel, et j'espère que je tirerai quelque fruit de ma douleur*.

Envoyez-moi des reliques de saint Candide en plusieurs petits paquets, car je serai aise d'en donner. Ne dites jamais un mot de la permission qui nous est venue d'avoir le Saint-Sacrement; prenez patience. Dieu tournera toutes choses pour le mieux.

A M. D'AUBIGNK.

Collection de S. M. le Roi de Hollande. — Manuscrits de Versailles. Lettres édifiantes, t. I, p. 276.

A Fontainebleau, ce 7 septembre (1083).

Vous avez sans doute appris qu'avant d'être consolés de la perte de la Reine, nous avons eu à trembler pour le Roi, et que nous lui avons cru le bras cassé ^ ; il n'a été que démis et, grâce à Dieu, il est si bien remis qu'il n'y a nulle suite à craindre. i]ci accident l'a fait voir aussi ferme dans la douleur que dans ses autres actions, et il y a eu peu de différence de son sang-froid à celui qui disoit : « Je vous avois bien dit que vous me rompriez la jandje ». Comme je tiens de vous ce trait d'histoire, je vous le rends, et vous jugerez par ma bonne humeur (jue la santé du Roi n'est pas mauvaise.

iM. Golbei't est mort^ et M. le président Le l'elelier va remplir sa place*. Vous l'avez vu prévôt des marchands.

* Pour la mort de la Reine.

* A la suite d'une chute de cheval, le 2 se]itembre. Voir la Gaicllc de France du 4.

* Claude Le Peletier succéda, comme contrôleur général des liuances, à Colbert,de 1683 à 1680. Une rue, et un quai de Paris construit par lui, portent son nom.

1o2 LETTRES DE M""" DE MAlNTENON.

Lo Uoi ôto la charge des bàlinieiis à M. d'OrmoisS à qui il donne cinq cent mille francs, et M de Louvois aura la charge. On ne sait plus si on ira à Chand)ord; cela dépend de l'état où le Roi trouvera son bras ; mais M">« la Dauphine n'ira pas, étant trop avancée de sa grossesse.

Je me suis informée de tout sur la mairie de Cordeaux. Cela ne se vend jamais, et ainsi il n'y a rien à dire de plus; mais je vous conjure encore de tourner votre vie commodément, de manger tous les ans les dix-huit mille francs de l'affaire que nous avons faite ; quand ce temps-là sera venu, nous en ferons quelque

autre.

Allez à Bordeaux, si l'air en est meilleur pour vous que Cognac ; il n'y a que pour son salut qu'il faille se contraindre. Je vous aime plus que je n'aimerai vos enfans, et de plus ils auront mon bien. Tlus je vis, et plus je me désabuse des soins et des projets à venir ; Dieu les renverse presque toujours, et comme ils ne se font presque jamais par rapport à lui, il ne les bénit pas. Je deviens une vieille bien relâchée et bien douce ; ne vous contraignez donc point par rapport à moi, mangez votre revenu, qui va à près de trente mille francs ; faites-en part à votre femme; vivez heureux et en paix. Dieu pourvoira à tout pourvu que vous le serviez. Préparez-vous à la mort sans en être phis triste, et mandez-moi souvent de vos nouvelles. Vous savez que La France a quitté la livrée; il devroit vous mander toutes les semaines ce qu'il sait de nouvelles; cela vous divertiroit.

Adieu, mon cher frère, je vous embrasse et votre fenuue aussi ; il y a trop longtemps qu'elle ne m'a écrit.

4 Plus tard marquis de Blainville, quatrième fils de Colbert, qui gourmandait sévèrement son peu de zèle au poste brillant qu'il occupait malgré sa jeunesse (Voir P. Clément, Lellres de Colberl).

— SEPTEMBRE 1683. — io5

A M. D'AUBIGNÉ

Collection de S. M. le Roi de Hollande. — Manuscrits de Versailles. Lettres édifiantes, t. I, p. :â80.

A Fontainebleau, ce 28 septembre (1085).

J'ai montré au Roi ce que vous m'avez écrit sur sa blessure ou, pour mieux dire, son accident; il l'a reçu comme vous pouvez le désirer ; il quitte l'écbarpe aujourd'hui et est, grâces à Dieu, en parfaite santé.

Voici la réponse de M. Le Peletier qui vous renvoie votre lettre à cause du Monseigneur qu'il ne veut recevoir de personne ; il montre une sagesse et une modération admirables, et tout le monde est ravi de le voir où il est ; Dieu veuille qu'il en use bien !

M. Brunet me demanda hier s'il étoit possible que je consentisse que vous mangeassiez votre bien ; je lui dis que je vous l'avois mandé et que je vous aimois mieux que vos enfans; il doit vous envoyer dix-huit mille francs dans le mois d'octobi^e. Uéjouissez-vous, mon cher frère, mais innocemment; songez à l'autre vie et préparonsnous à y passer avec le plus de confiance que nous pourrons. Faites de bonnes œuviYs; mais songez qu'il faut remplir ses devoirs, et que le vôtre est d'aimer et de supporter en tout la fenune que Dieu vous a donnée. Lisez saint Paul, il vous dira que les forts doivent supporter les foibles, et que vous n'êtes qu'un, votre femme et vous ; enfin vous lui devez de l'amitié, de la complaisance et beaucoup de patience. J'ai bien envie que vous soyez heureux en ce monde et en l'auti^e, et vous pouvez coiupter que je ferai tout mon possible pour y contribuer, vous aimant plus que je ne vous le montre.

Je crois que la Reine a demandé à Dieu la conversion de toute la cour; celle du Roi est admirable, et les dames qui en paroissoicnt les plus éloignées ne parlent

plus dos églises. M™'' de Montclievreiiil, M"^** de Ghevreusc et de Beauvilliers, la princesse d'Harcourt, et en un mot toutes nos dévotes n'y sont[)as plus souvent que M'"^'* de Montespan, de Thianges, la comtesse de Gramont, la duchesse du Lude et M™'' de Soubise ' ; les simples dimanches sont comme autrefois les jours de Pâques.

Mandez-moi si vous avez des livres et si vous n'en voudriez point quelques-uns.

M. de Louvois expédie un peu plus que ne faisoit M. d'Ormois : Versailles, qui n'auroit pas été prêt à Noël, le sera à la fin de ce mois. M""" la Dauphine part d'ici le 0 octobre et va en trois jours, et je demeure, pour m'en aller le 1) avec le Roi, Madame, Monseigneur et la princesse de Conti.

La maréchale de Rochefort est dangereusement malade.

Adieu, je vous embrasse de tout mon cœur; écrivez souvent; j'y répondrai quand je pourrai.

Il est très probiible que le mariage de M""" de Maintonon avec le Uoi fut décidé lors du voyage de Fontainebleau. « Pendant ce voyage, dit M™" de Cayhis, je vis tant d'agitation dans son esprit que j'ai jugé depuis qu'elle éloit causée par une incertiludo violente de son état, de ses pensées, de ses craintes, de ses espérances; en un mot son cœur n'étoit {)as libre et son esprit étoit fort agité. Pour cacher ces divers niouveinens et justifier les larmes que nous lui voyions répandre, elle se plaignoit de vapeurs et alloit, disoif-elle, chercher à respirer dans la forêt avec la seule M°" de Monlchevreuil; elle y alloit même (pielquefois à des heures indues. Enfin les vapeurs se passèrent, le calme succéda à l'agitation, et ce fut

* Selon Saint-Simon, M'"'^ de Soubise, delà famille de Rolian, avait été maîtresse dissimulée. Elle restait bien en cour après la conversion du Roi. Voira ce sujet l'intéressant Ap])endice XI au tome V du SahU-Snnon Boislislc.

à la fin du voyage. » — Aucune lettre de M"" de Maintenon ne contiendra une affirmation directe à ce sujet. Si nous avons bien compris son caractère, elle eut ce qu'on pourrait appeler l'orgueil ou l'ostenlation de la modération. Ce voile transparent qui ne trompait personne, cette énigme dont tout le monde savait le mot, lui plut. C'était une situation unique : « 11 n'y en a jamais eu, il n'y en aura jamais de semblable », disait-elle quelquefois. Vertu ou raffinement d'amour-propre, qui peut dire en quelle mesure? elle le voulut ainsi, et détruisit toutes les preuves directes qui eussent pu se trouver dans ses papiers, toute sa correspondance avec le Roi. — Le mariage fut célébré très vraisemblablement au mois de janvier 1684. Saint-Simon dit que ce fut au milieu de l'hiver qui suivit la mort de la Heine. La messe fut dite, raconle-t-il, au milieu de la nuit dans un des cabinets de Versailles; les témoins furent Bontemps, premier valet de chambre du Roi, qui servit la messe; Ilarlay, archevêque de Paris, Louvois et le marquis de Montchevreuil. Le roi avait quarante-cinq ans et M""' de Maintenon quarante-huit. Le fait du mariage ne resta douteux pour personne. La piété de M™*" de Maintenon, la régularité des pratiques religieuses que le Roi observa désormais, ne permettaient pas de supposer un lien irrégulier. Les rapports dans l'intimité de la famille royale montrèrent le respect et la déférence dus à l'épouse du Roi. Nulle princesse n'y avait une situation si haute. En public, dès que l'étiquette reprenait ses droits. M"" de Maintenon paraissait rarement; si elle y était obligée, elle n'avait aucun rang, et se perdait parmi les autres dames de la cour. — 11 serait facile de multiplier les preuves indirectes du mariage, soit les mots recueillis par les dames de Saint-Cyr, soit les lettres de l'évêque de Chartres Des Marais, qui devint son directeur, et dont l'une, adressée au Roi, contient les expressions les plus précises. C'est seulement dans ses lettres à son frère, auquel la tête tourne de tout ce qu'il entend dire, que M""^^ de Maintenon, embarrassée de contenter et de faire taire ce compromettant persoimage, laissera écluqiper des expressions vraiment signilicalives.

A M. D'AUBIGNK.

Collection (lo S. M. lo lîoi de Ilollamle.

A Versailles, ce 25 juin (1084).

Vous avez tivs-hien fait dallor voir M. le maréclial (rEsfrées, et vous faites Irès-bien de faire tout ce qui peut vous diveilir ; vous n'avez nulle occupation, et ce n'est pas un ;,M*and malheur ; réjouissez-vous et faites votre salut, et vous serez plus habile que ceux qui se donnent beaucoup de peine. Ne vous servez jamais du terme d'ordonner; il faudroit que je fusse sotte pour en user ainsi avec vous. Je vous ai conseillé de demeurer à Cognac, et je vous en ai dit les raisons ; mais encore une fois venez à Paris quand vous voudrez, et croyez que je serois très-fàchée de vous contraindre. Je ne sais ce que vous voulez dii'e sur la beauté de la cause*. Si vous voulez, je vous manderai encore tout ce que je vous ai dit et écrit là-dessus, et vous prendrez votre parti. Je voudrois bien vous persuader, et })our rien au monde je ne voudrois vous forcer.

Je serois bien fâchée que vous vissiez M. Arnaud -; il seroit difficile qu'un procédé tel que le sien ne vous échauffât, et ce temps ici n'est pas propre aux violences; outre que les affaires ((ui roulent sur l'argent ont toujours quelque chose de sale. Je lui ferai parler avant de vous conseiller de vous adresser au contrôleur-général ; car s'il n'entre pas dans vos intérêts, qui ne sont pas dans les formes ordinaires, votre affaire sera pei'due sans ressource.

* Voir plus haut la lollre où M'"'" doMaintouon écrit à d'Aubigné do Fontainobloau, 7 août 108"), que, s'il ne i>cut t'aciicmciit la voir, « la raison en est utile et glorieuse ».

* Quelque homme d'affaires.

J'avois espéré qu'un enfant vous réuniroit, votre femme et vous * ; j'apprends avec douleur que son humeur vous choque : c'est au plus fort à supporter le plus faible ; votre esprit et votre âge doivent vous rendre patient Dieu vous l'a donnée, vivez bien avec elle ; considérez sa jeunesse , donnez-lui des plaisirs honnêtes et ne la laissez pas dans la solitude où on dit qu'elle est ; elle poiuToit avoir toujours quelqu'une de nos parentes ou amies avec elle qui l'amuseroit, et vous devez avoir ces complaisances-là. Les hommes, avec votre permission, sont un peu tyranniques; ils aiment toutes sortes de libertés et n'en laissent aucune; ils enferment pendant qu'ils courent, et croient une femme trop heureuse de les recevoir quand il leur plaît de revenir. Cela est hasardeux avec la plupart et imprudent avec toutes; vous les trouvez de très mauvaise humeur quand elles se sont ennuyées tout le jour, et pour moi je ne songerois pas à divertir celui qui n'auroit nulle attention à mon divertissement. Votre femme est d'une vertu et d'une soumission, de l'aveu de tout le monde, qui devroit vous obliger à toute sorte de complaisances. Essayez de mes conseils, mon cher frère; comme j'ai été plus dans le monde que vous, j'ai plus d'expérience, et j'ai tant connu le fonds de plusieurs familles que je sais très-bien comment il faudroit vivre les uns avec les autres |)our avoir la paix. Je vous la souhaite parce qu'il n'y a rien de meilleur pour ce monde ici et poin^ l'autre.

Je me porte bien depuis (jue je suis à Versailles, et la silreté où nous croyons être de la paix avec les llollandois me donne une grande joie*; celle d'Espagne finira bientôt, et on n'aura plus les inquiétudes de la

• M"^ d'Aubigné était accouchée le 15 avril d'une fille, que M'"* de Maintenon mariera, en 1698, au comte d'Aven, Adrien-Maurice de Noailles.

* Louis XIV signa un traité avec les Provinces-lnies le '2'.) juin.

ir)S LETTRES DE M»' DE MAINTENON.

guerre et de ses malheurousos suites ^ La cour est fort gaie et fort belle; M'"« la Dauphine n'est plus enfermée; elle se donne au public autant qu'on le veut; elle a pour le Uoi toutes les complaisances qu'elle doit : il en est content et il y a une grande union dans la famille royale.

M'"« d'Arpajon^ fait livs-bien dans sa charge! La chambre des filles de M'"« la Dauphine va être complète; les étrangères auront l'avanlage sur les Fiançoises, caila nièce de M. de Strasbourg% que l'on vient de prendre, et la nièce de la comtesse de Gramont\ que l'on v,i nommer, sont plus jolies que les autres.

M"" de Mursay devient assez bien faile et dansera des mieux ; ses frères sont fort honnêtes gens ; mais en faisant tout ce que je fais pour eux, je sens qu'une petite fille de deux mois me touche de plus près, et que je pense très-souvent au plaisir que j'auiai de la marier, si ma vie et ma faveui- durent encore douze ans. .\e pouvant lui rendre d'autres services, j'ai fait remercier M. de Lagny de ce qu'il a fait pour le mari de la nourrice, et vous pouvez l'assurer que je la regarde comme nourrissant ma lille; qu'elle se réjouisse bien pour que son lait soit bon. Adieu, je vous embrasse de tout mon cœur, et je vous aime plus tendrement que vous ne pouvez croire.

* La trêve de Ilatisboiiiie fut si^niée le 50 août avec rEsnaicne et l'Enipeieui-,

- La (liu'hosse d'Arpajon, née d'Harcourt, sœur du marquis de Deuvron, veiiail dï-tro iionimée dame d'Iionuour de la DaM]tliine, ce qu'on aUiilmail avec raison à rinlluence de M»'' de Maintenon : « Elle s'est souvenue Tort agréablement, écrit M"" de Sévigné le 18 juin, de l'ancienne amitié de M. de Benvron et de M""^ d'Arpajon pour elle du temps qu'elle était M»" Scarron. »

^ M"' de Lœwestein, qui devint M"»- de Dangeau.

* Li comtesse do (Iramont était M"^ d'IIamilton, sœur de l'auteur des Mcmoircs de (iramont.

A M. D'AUBIGNÉ

Collection de S, M. le Roi de Hollande.

A Versailles, ce 11 juillet {108i).

Je ne sais oi'i vous prenez que je vous ai écrit une lettre mélancolique; je n'ai aucun sujet de l'être, et personne aussi ne l'est moins. Je vous ai parlé sur la mort parce que j'y pense souvent, et que je ne crois rien de bon à faire que de s'y préparer; mais je le fais avec gaieté, et comme la tendresse que j'ai pour vous va plus loin que votre vie, je voudrois que vous songeassiez à votre salut, et que vous fussiez aussi chrétien que philosophe.

Je vous ai mandé que le Roi ira à Chambord le 15 de septembre, et de là à Fontainebleau jusqu'au 15 de novembre. Vous pouvez prendre ce temps-là, si vous le voulez, pour venir à Paris faire quelque séjour; mais je compte bien avec beaucoup de plaisir vous voir en allant ou en vous en retournant. J'aimerois mieux que ce fût à Fontainebleau qu'à Chambord, où vous seriez très-inconnnodé et oii j'aurois moins de temps à vous donner. Héjouissez-vous, mon cher frère, et ne vous laissez aller ni à votre mélancolie naturelle, ni aux sots discours de nos envieux ; je fais de mon mieux en tout et je ne me rei)roche rien sur vous. Songez à votre état passé pour vous trouver heureux d'avoir trente mille livres de rente, et que mon état présent n'empoisonne point le vôtre, puisque c'est une aventure personnelle qui, comme vous dites fort bien, ne se communique point*. Vous avez du bien et du repos, c'est ce qu'il y a de meilleur pour ce

* L'expression est plaisante et bien trouvée. Elle prouve le mariage ; mais le Roi n'était pas devenu pour cela le beau-lrére de d'Aubigné, quoique celui-ci, dit Saint-Simon, se servît souvent de celle expression malséante.

monde, et nous envions souvent des places dont nous ne nous accommoderions pas. Vos enfans auront mon bien si je meurs bientôt : c'est leur pis-aller; et si je vis assez pour marier ma nièce, j'espère qu'elle le sera bien. Écrivez-moi toujours de ses nouvelles et de toute votre famille. Je suis fort contente de Manceau, et je vous embrasse tous deux de tout mon cœur. Si vous ou M'"*^ d'Aubignè aviez besoin ou envie de quelque cliose, mandez-le-moi librement, et avertissez-moi de la première dent pour que je fasse un présent à la nourrice. Vous ne me parlez point du baptême de votre fille ; elle est nommée? qui l'a tenue? comment s'appellc-t-elle? Je voudrois qu'elle eût un joli nom*.

A M. D'Al BICNÉ, A l'AlUS-.

Collection do S. M. le Roi de Hollande.

A Cliainbord, ce 27 septembre (1G84).

Je souhaite de tout mon cœur ffue vous soyez satisfait de votre voyage, et surtout que vous n'ayez aucun procédé avec M. Arnaud, car, encore une fois, ils sont toujouis désagréables de part et d'autre quand il s'agit d'argent. Je ne doute point de tous les sots discours que l'on vous fait: on voudroit vous exciter contre moi, et peut-être aussi vous faire faire quelque extravagance. Je

* Elle reçut le noni de Françoise, (|in était celui de M"" de Mainleiion.

- Le principal Tragment de celte leUre, si important pour le caractère et la situation de M"^^ de Maintenoo, est cité dans Languet de (iergy (Mémoires sur M'^" de Mainlenon) depuis les mots : « Je ne doute point de tous les sots discours.... » jusqu'à « et qu'il faut songer à une autre». M-"'' de Caylus, dans ses Souvmirx, cite aussi ce passage. L'un et l'autre disent le prendre dans les manuscrits conservés à Saint-Cyr. ^

iiJl

ne pourrois vous faire connétable quand je le voudrois ; et quand je le pourrois, je ne le voudrois pas, étant incapable de vouloir rien demander de déraisonnable à celui à qui je dois tout, et que je n'ai pas voulu qu'il fit pour moi-même une chose au-dessus de moi. Ce sont des senlitnens dont vous pâtissez peut-être; mais peut-être aussi que si je n'avois pas l'honneur qui les inspire, je ne serois pasoi!ije suis.

Quoi qu'il en soit, vous êtes heureux si vous êtes sage, et nous devons songer que tout ne se termine pas à celte vie-ci, et qu'il faut songer à une autre. Je suis très-aise de tout ce que l'on me dit de votre fille, et je sens déjà une amitié pour elle qui est une marque de celle que j'ai pour vous. Je serais très-aise de vous voir à Fontainebleau, et encore une fois comptez que vous êtes lil)re de fiiire tout ce qui vous plaira, et que je ne vous interdis Paris que par conseil, croyant que le séjour ne vous en seroit avantageux d'aucune manière. L'homme de Cognac m'a mandé que son voyage ici ne seroit pas inutile.

Adieu, mon cher frère, écrivez-moi souvent ; je me porte fort bien, grâce à Dieu, à quelques migraines près que je ne compte pas. J'ai bien envie de savoir comment vous aurez été content de Chariots

1/élévalioii de M- do Maintenon avait eu aussitôt pour résultat le développement de son œuvre favorile. La maison de Hueil étant devenue insuffisante pour les pensionnaires, plus nombreuses que jamais, le Roi mettait à sa disposition le château de Xoisy, situé à peu de distance de Versailles, et d('pen-

/ Chariot était un enfant que d'Aubigné avait eu avant son mariage, dont M- de Maintenon s'était chargée, et qu'elle faisait élever a Mamtenon. Nous verrons plus tard que, selon son expression, son Irere lui lit plusieurs présents de ce genre : sa charité les lui fit accepter tous.

102 LETTUES DE M- DE MÂINTENON.

(lant (lu domaine royal. Il y fit faire les dépenses nécessaires pour l'approprier à celte nouvelle destination. Ce fut au commencement de février lG8i cpie la connnunauté de Rueil s'y établit. On porta à cent le nond)re des jeunes filles qui y furent admises, et M""' de Mainlenon voulut qu'elles fussent donoiselles, c'est-à-dire nobles, i)ar(e que, nous disent les Mémoires des dames de Saint-Cyr^ auxipiels nous empruntons tous ces détails, « ces i)ersonnes-là sont plus à j)lain(ire quand elles se trouvent sans bien, et aussi à cause que, par leur naissance, elles peuvent faire valoir et mettre mieux à profit une bonne éducation, non seulement pour elles, mais pour bien d'autres ». M"" de Drinon continua à être supérieure et l'abbé Gobeliii directeur. M'"^ de ^laint(Mion y venait presque tous les jours, voyant et diri<,^eanl toutes choses. Le Hoi prenait plaisir à entendre parler de cette nouvelle fondation, si bien qu'un jour il arriva sans être attendu à Noisy, visita toute la maison, se montra fort satisfait, et, entrant dans la pensée de ce qu'une telle fondation pouvait avoir d'utile pour tant de familles nobles cpii s'étaient ruinées à son service, et de p:lorieux pour lui-même, il résolut de créer ime maison beaucoup plus importante que celle de Moisy, et fixa tout de suite à 250 le nombre des demoiselles qui y seraient rec.ues. Nos Mémoires ne mancpient i>as de dire que cela se fit d'après les désirs et les exhortations de M"" de Maintenon, qui, se souvenant des misères et des dangers auxquels sa jeunesse avait été exposée, ressentait une compassion toute particulière pour les filles nobles et pauvres. Le château de Moisy ne pouvait convenir à ce i,qand établissement. Saint-Cyr, à proximité de Versailles, parut plus convenable. On acheta pour 80 000 livres une propriété qui appartenait à un M. de Saint-Brisson, et où Ton trouvait les bois et les eaux nécessaires. Mansard fut charf,'é de faire les plans des bâtiments, dont l'érection conunenc^a le i" mai lG8o et fut achevée en juillet 1086; ils avaient coûté quatorze cent mille livres. Saint-Cyr fut le cadeau de noces fait à M"" de Maintenon. Louis \IV pouvait conq>arer la modération de celle qui ne demandait rien pour elle-même à l'avidité, au luxe prodigieux de ses maîtresses, et les dépenses de cet utile établissement aux sommes que Colbert avait dû four-

* Mémoires sur M»" de Maintenon recueillis par les dames de Saint-Cyr. Paris, Olivier Fulgence, 1840, in-12.

nir pour le somptueux château de Clagny, dont la construction coûta environ deux millions, sans parler des jardins avec le bois d'oranger, de la ménagerie avec ses bêtes l'ares, d«« la volière, etc. Voir M""" de Sévigné, les lettres de Louis XIV au tome VI des Lettres et Instructions de Colhert, et le curieux volume de P. Clément sur M"' de Montcspan.

K M- DE DULNON.

liibliothcqu»^ nalionalc, manuscrit 199:2, f-OS. lnL'«lU»\

Ce 20 septcmlire(lG8:)).

Je suis tout à fnif fâchée do ce que la séparation do M"^''de Saint-Piorro^ ot de vous se soit faite on mon absence ; j'aurois espéré par mes soins soulaiî^er un pou une douleur que je comprends fort bien, ot je serai fort contente là-dessus si vous foitos autant de justice à mon procédé que j'en fais au vôtre. Je vous ai déjà mandé do vous promener et do cliorchor toute sorte de diversion à votre peine. J'espère que vous n'y succomberez pas, et que vous vous exercerez bientôt à un dessein qui est plus confoi-me aux talons que vous avez reçus de Dieu qu'il ne le soroit de vous renfermer à l'amitié d'une seule créature. Je rcconnois (iiie la vie que vous entreprenez est austère; mais en vérité je trouve aussi que c'est quelque chose de bien délicieux à une chrétienne de travailler incessamment pour Dieu et de n'ouvrir pas la bouche inutilement pour sa gloire. Je no connois point de si nobles fonctions que les vôtres, et quand je pense que vous aurez plus de part que personne à rétablissement que nous allons ffiiro, j'envie votre condition. Vous comprendrez mieux que moi tout ce qui vous doit consoler eu cette occasion, et,puis-

* M""^ de Saint-Pierre était une religieuse, compagne et amie de M™<= de Brinon, mais qui, ne pouvant s'employer dans la nouvelle maison, se retirait dans un autre couvent.

que VOUS avez bien voulu entreprendre une telle charge, je ne doute pas que vous ne vous y donniez tout entière. Il n'y a que la clôture qui me fait de la peine pour vous. Comme je vous l'ai déjà mandé, M. de Louvois m'assure que Saint-Cyr avance ; je le souhaite, et que tout s'y passe selon votre goiit. Le tapissier de Saint-Germain est venu pour me demander le marché des lits. Je ne l'ai pas cru assez fort pour l'entreprendre; j'ai donné ma parole à un autre. Je vous prie de faire mes complimens àM"«de lallarteloire; je ne me crois pas moins fâchée qu'elle de la mort de sa sœur; c'était le cœur du monde le mieux fait et le plus reconnoissant, et (lui m'ainioit depuis qu'elle étoit au monde. Si elle se faisoit son plaisir d'avoir sa nièce dans sa chambre, je lui donnerois; car aussi bien je m'en chargea

M. de Montchevreuil est parti aujourd'hui pour aller prendre possession de sa charge^ et aller voir sou fils et sa belle-fille. M™*^ sa femme a la mine plus froide que vous ne lui avez jamais vue. Adieu ; je vais courre le cerf avec le Roi qui. Dieu merci ! a presqu'autantde santé que vous lui en désirez. Songez pour vous réjouir qu'il s'est encore converti cent mille âmes en Guienne depuis un mois; que la ville de Saintes est convertie, par délibération; que mon frère a harangué celle de Cognac pour les convier à suivre cet exemple et que tout s'est rendue que le Uoi fait des dépenses très grandes

1 Ou se rappelle que M"*^^ de la liarleloire était une pareute pauvre de Scarrou. On voit que M"" de Maintenon avait adopté toute celte

famille. ,

^ a La capitainerie de Saint-tiermaiu fut donnée au marquis de

Montchevreuil ainsi que diverses grâces à l'occasion du mariage

de son lils, qui épousait M"" de Coëtquen. Ce mariage eut heu le

1" septembre, et M"" de Maintenon donna le festin de noces. » (Dan-

geau, 50 août et l'^'' septembre 1085.) 3 « Le soir, on apprit que tous les huguenots de la ville de Mon-

tauban s'étoient convertis par une délibération prise en la maison

de ville. » (Dangeau, 2 septembre.)

pour envoyer de l'argent pour augmenter les églises, ({u'il écrit tous les jours aux évoques d'envoyer des missions partout pour instruire et consoler, et qu'il fait distribuer des livres de la messe, qui font des effets merveilleux sur des gens à qui l'on a toujours dit que l'on ne vouloit pas que nous sussions ce que le prêtre disoit ; que S. M. mande partout que l'on n'épargne nulles dépenses pour les conversions; que l'on décharge de la taille tous les convertis, et à ses dépens, afin que l'on n'augmente pas celk' des catholiques; et que l'on mande de tous les côtés que tout ce qui arrive là-dessus est miraculeux. N'est-ce pas là, ma très chère, de quoi vous réjouir?

Je vous écris tous les jours et je vous prie de vous souvenir au commencement du mois d'octobre de marquer le nombre de vos lettres au haut du papier, afin que je puisse voir si nous recevons tout ce que nous écrivons. Adieu, madame.

A M. L'ABBÉ GOBELIN

Manuscrits de Versailles. Lettres édifiantes, l. I, p. 51G.

A Chambord, ce 2C septembre 1085.

Vous m'abandonnez trop de ne m'avoir pas écrit une seule fois pendant que j'ai été ici. Je vous avois fort prié d'aller à Noisy ; et j'avois chargé Nanon de vous y conduire plus d'une fois. Votre visite y est fort nécessaire, et, quelque bon esprit que puisse avoir M"^^ de Ih'inon, elle et les autres ont besoin de conseil. Je vous prie de mander s'il est d'une nécessité absolue de faire un noviciat avant de pouvoir être reçue dans notre communauté, je dis présentement qu'il en faut former une toute nouvelle, car je sais bien que dans la suite les filles feront un an de pro-

iOC LETTRES DE M"- DE MAINTENON.

balion, et deux si on le juge à propos; mais à l'heure qu'il est, qu'il n'y a point de chœur, doivent-elles faire leur noviciat? sous qui le feront-elles? peut-on le commencer avant que la maison soit établie? Instruisezmoi là-dessus, je vous en prie, et, si vous ne possédez pas ces matières-là comme vous faites beaucoup d'autres, vovez des iirens de communauté et me mandez leur avis. Je crois que vous voulez que je vous dise des nouvelles du Pioi ; il se porte très-bien, grâces à Dieu, et se réjouit à tous les courriers qui arrivent et qui nous apprennent des millions de conversions'. M™*' de Monlchevreuil a une joie plus mélancolique que la tristesse des autres, quelques sujets qu'elle ait eus de se réjouir. Je me porte fort bien et j'ai pour vous beaucoup d'estime et d'amitié ; je crois que voilà à peu près les personnes et les choses oîi vous prenez le plus d'intérêt à Chambord.

A M. L'AUIŒ GOBEMN.

Manuscrits de Versailles. Lellres idi/iantcs, l. 1, p. 5iO.

Ce 10 octobre 1C85.

Je suis bien aise que vous soyez content de ce que vous avez vu à Noisy, et vous me ferez très-grand plaisir d'y retourner avant que le froid vienne.

Je voudrois que vous entretinssiez en particulier toutes celles qui veulent entrer dans notre communauté. J'ai mandé à M"'^' de Brinon de les examiner toutes, et de ne rien commencer pour le noviciat qu'à mon retour; j'ai plusieurs raisons pour cela : elle ne leur donne pas assez

* Des conversions en niasse avaient lieu en elTet à Montauban, dans la généralité de Bordeaux, dans le diocèse de Montpellier, à Nîmes, Uzès, Lyon, etc.... C'est ce qui décida le Roi à la révocation de l'Édit de Nantes, par édit du 22 octobre. On était persuadé que le calvinisme abdiquait.

de liberté pour la conscience, et la crainte bien fondée qu'elle a de l'abus des confesseurs fait qu'elle les réduit à un seul cordelier qui ne leur dit jamais un mot. Elle croit que les tilles n'en souffrent pas parce qu'elles n'osent s'en plaindre; mais, comme elles sont fort libres avec moi, elles me montrent leurs peines.

Je compte bien à l'avenir de ne recevoir que des filles élevées à Noisy ; mais il en faut d'autres présentement ; toutes celles que nous avons sont des enfansquide longtemps ne pourront gouverner'. Il est grand donmiage que la chanoinesse^ n'ait pas de vocation, car ce seroit un excellent sujet. Nous ne recevrons à l'avenir que des demoiselles; il est vraisemblable ({ue l'on en trouvera suffisamment dans la maison.

Quand vous irez, je vous prie de faire quelques exhortations familières à toute la communauté.

J'approuve comme vous que les filles fassent un an d'épreuve; mais il me semble qu'elles seroientbien plus utiles si, au lieu de les enfermer dans le noviciat à s'instruire de leur règle et à ne savoir leurs obligations qu'en spéculation, elles passoient cette année en fonction dans les charges qu'elles auront, et surtout dans le gouvernement et l'instruction des enfans, qui est le fondement de leur institut.

Je sais bien qu'il ne faudroit pas les y assujettir si entièrement ({u'elles n'eussent pas le tenq)s de prières, oraisons, silence, retraites et conférences ; mais on pour roit faire un mélange qui feroit connoître et aux autres et à elles-mêmes de quoi elles sont capables. Occupezvous de cette affaire-là, je vous prie, puisque vous espérez qu'elle pourra être utile et (jne, Dieu et le lloi m'en

* C'est-à-dire remplir les cliarges de la maison, comme maîtresses de classes, supérieures, etc.

* C'est cette M"» de la Maisonfort, clianoinesse do Ponssoy, que nous verrons jouer un rôle célèbre dans l'aflaire du quiétisme.

iG8 LETTRES DE M""^ DE MAINTENON.

ayant chargée, vous devez m'aidcr à m'en bien acquitter.

Vous ne pouvez trop en public et en parliculier prêcher à nos postulantes riiumilité, car je crains que M™*' de Brinon ne leur inspire une certaine grandeur qu'elle a, et que le voisinage de la cour, celte fondation royale, les visites du Roi, et même les miennes, ne leur donnent une idée de chanoinesses ou de dames importantes qui ne laisse pas d'enfler le cœur, et qui s'opposeroit au bien que nous voulons Çauv,. F.e reste va, ce me semble, fort bien, et il y a une très-solide piété dans cette maison ; mais nous avons à prendre un milieu entre la superbe de notre dévotion et les misères et petitesses de certains couvens que nous avons voulu éviter. Je ne sais encore de quel nom on les appellera. Si vous avez lu les constitutions, vous aurez vu que M'"^ de Biinon les appelle les Dames de Saint-Louis, ce qui ne peut être, car le Roi ne se canonisera pas lui-même, et c'est lui qui les nomme en les fondant. 11 me paroît aussi qu'elle les veut appeler les Dames pour les distinguer des demoiselles ; mandez-moi vos avis là-dessus.

Quant à leurs habits, ils seront noirs, de la forme approchante de l'usage, et sans cheveux ni aucuns ajustemens, et tels, je crois, que saint Paul les demande aux veuves chrétiennes.

Adieu, écrivez-moi, je vous prie, quand vous le pourrez sans vous incommoder.

A M. L'ABBÉ GOBELIN

Manuscrits de Versailles. Lettres rdi fiantes, t. L p. 201.

Janvier 1080.

A peine eus-je le temps de regarder vos étrennes, le matin que vous' me les envoyâtes, bien loin d'avoir celui de vous en remercier; mais en les considérant, j'ai trouvé qu'un chapelet que je croyois de pâte que font. les religieuses étoit de calembourg, et un autre que je ne voyois pas est d'aventurine; il faut donc changer de style et vous remercier non-seulement de votre souvenir, mais de la richesse de votre présent, et vous faire en même temps des reproches de la manière pleine de respect et de cérémonie dont votre lettre étoit écrite. Je ne sais si les honneurs dont je suis environnée vous inspirent quelque chose de nouveau; mais pour moi, je ne suis pas changée pour vous, et je reçois les marques de votre amitié comme j'ai fait depuis seize ans qu'il y a que je suis en commerce avec vous.

On m'a dit que vous vous êtes trouvé assez mal ; j'en suis très-fàchée et je ne puis désapprouver que vous ayez refusé ce qu'on vous a offert; les hospitalières en étoient désolées. Conservez-vous, je vous prie, pour Noisy, où vous avez acquis une estime et une confiance qui vous mettent en état d'y faire beaucoup de bien. Nous y avons douze novices, et il y en aura bientôt quatorze. Dieu bénit visiblement celle maison-là.

A M""^ DE BHÏNON.

BibliollièqiK' nalioïKilo, manuscrit IW^, f" «8. Inédite.

Ce 14 mars 1C8G.

Je ivspiro sur le mal du Roi, qui nous a donné de cruelles inquiétudes*. Sa plaie va bien; mais on n'y verra rien de positif de quatre à cinq jours, j'espère en Dieu et dans toutes les prières que vous faites et faites faire.

Si l'état où je suis n'empire pas, j'irai dimanche faire mes dévotions à Noisy. M'"^ la cojntesse de Caylus vient de s'en aller à Paris avec la famille de son mari; elle s'est bien tirée de tout ce qu'elle a fait ici^ J'aurois grande envie que vous la vissiez; mais elle sera peu à la cour.

* Le Roi était atteint d'une fistule. Le mal fut considérable, et les inquiétudes de M»" de Maintenon en diront la p^ravité. Une grande opération, à la(iueUc le Roi se dérida en novendn-e suivant, amena la guérison. On trouverait tous les détails de la maladie dans le Journal de la santé du roi Louis XIV, et en particulier, pour ce qui se rapporte à l'opération, dans un mémoire imprimé au tome V des Mémoires de la Socirlé des Sciences naturelles de Seine-et-Oise sous ce titre : Rrcit de ta grande opération faite au lioi Louis XIV en 1C8G.

* « M. le comte de Caylus, dit le Journal de Dangeau, jeudi 14 mars 1686, épousa W^" de Mursay à minuit dans lacliai)elle (de Versailles). » M"' de Mursay. la fille du marquis de Villette, la nièce à la mode de Bretagne de M"»' de Maintenon, et qu'elle avait, comme on l'a vu, ravie à ses itarents jiour la convertir et l'élever auprès d'elle, n'avait pas encore treize ans. Elle avait été demandée plusieurs fois en mariage, par exenqde par le inanpiis, i>uis duc et maréchal de Boutllers ; M""^^ de Maintenon refusa celle alliancecomme trop élevée pour sa nièce. Otte modération lui eût fait plus d'honneur si elle avait marié M"« de Mursay â un honnête lionune, capalile de protéger sa jeunesse. Mais Jean de Tubière, comte de Caylus, qu'elle choisit sans scrupule, était un vicieux e blasé, dit Saint-Simon, hébété de vin et d'eau-de-vic ». Il fallut le séparer bientôt de sa jeune femme et l'obliger à servir, hiver comme été, sur la frontière, pour qu'il n'ai»prochâtni d'elle ni delà cour. Sa mort, enl704, fut une délivrance pour t()us les siens. C'est le père du célèbre antiquaire.

Je n'ai lu qu'aujourd'hui toutes les lettres de nos novices ; dites-leur, s'il vous plait, de ne se pas rebuter, et de continuer de m'écrire ; je corrigerai leurs lettres quand je le pourrai. Adieu, ma très-chère, j'ai bien souffert depuis que je ne vous ai écrit ; mais nous serons trop heureux si nous en sommes quittes pour le passé.

M. Gobeliu n'a pas bonne opinion de la vocation de saint Etienne. L'éducation des provinces est bien mauvaise pour la piété.

A M. L'ABBÉ GOBELIN

Manuscrits do Vorsaillos, Lellres édifiantes, i. I, p. 310.

Mars 1680.

Je ne pus répondre hier à la lettre que je reçus de vous : j'allois à Saint-Cyr, qui est une grande augmentation d'occupation. Je compte que vous n'irez pas à Noisy sans passer par Versailles; ce sera quand vous serez en état de leur donner un peu de temps. Je comprends bien que celui que vous y passez est fort agréable; vous y faites du bien, et c'est ce que vous cherchez.

On m'a dit que vous êtes accablé d'un compte qu'il faut que vous rendiez; je connois l'aversion ({ue vous avez pour les affaires, et je crains que vous n'en ayez beaucoup d'inquiétudes. Ne pourriez-vous point abandonner ce bien à vos proches et vivre de votre bénélice et de votre pension? Si outre cela il vous faut encore quehiue secours, je vous le ferai trouver fort aisément, et vous n'auriez plus qu'à servir Dieu. Outre l'intérêt que je prends à Saint-Gyr, j'espère que je pourrois tirer un grand avantage pour mon salut en vous voyant quelquefois dans ce lieu-là. Ma faveur m'est embarrassante jusque dans le confessionnal, et j'espère vous trouver pour

moi toi que vous éliez aux Filles-bleues'; songez sérieusement à ce que je vous propose : vous connoissez ma sincérité, et que je ne fais point de complimens. Notre noviciat va toujours bien, grâce à Dieu. Je viens de faire mes dévolions et je voudrois de tout mon cœur servir Dieu; mais j'ai grand besoin d'aide, car je suis foible, dissipée et paresseuse. Le Roi se porte beaucoup mieux; son mal se fermera bientôt. Il va à la messe à la tribune; il continuera toute la semaine, et j'espère qu'il ira samedi à la paroisse.

Priez Dieu pour moi dans ce saint temps et croyez-moi fort à vous.

A M-"^ DE BRINON

nibliolhôque nationale, manuscrit 1992, f" 128. Inédite.

Ce jeudi malin (avril iG8G).

Le Uoi se porte de mieux en mieux, ma très cbère, et on a sujet d'espérer que ce mal se résoudra tout seul ; c'est un si grand bonbeur que je ne puis me le persuader. Je lus liier votre lettre avec beaucoup d'attention et de désir d'en profiter; il me semble que je suis assez résignée pour tout ce qui me regarde, et que ce n'est pas le cbangement d'état qui m'affligeroit. Mais j'ai le cœur tendre et foible pour ce que j'aime; ce qui s'y passe est assez difficile à démêler : j'offre le Roi en sacrifice, je veux m'accoulumer à sa perle, je protesle à Dieu que je la souffrirois patiemment, et puis je trouve que (si on ose se servir de ce terme) je veux le piquer d'bonneur et que ce beau procédé m'attire la grâce de sa conservation.

* Le couvent des Filles-bleues ou des Aiinonciadcs était situé rue Cullure-Saiiife-Catherinc. M""' ScaiTon v allait souvent en IGGO.

— MAI 1G8G. — l'3

Je suis très-imparfaite; mais M. de Sales» ne veut pas

que l'on s'en afflige. , , -. . m t . -i ♦

J'd dit à Nanon d'envoyer un liabit aMontfort; il est vrai' que son étoffe ne valoit rien, mais il est vrai aussi qu'elle est très-malpropre.

Il ne faut pas envoyer nos petites àBeaumont que nous n'en ayons d'autres, car il ne faut jamais oublier la décoration du cliœur.

A M"'*' DE BRINON

BibliolUèfino nationale, Manuscrits, fomis français, n" 15 205.

Ce samedi au soir (mai 168G).

Il faut que M"« de la Ilarteloire songe elle-même à se placer, car pour moi j'ai trop d'affaires pour y penser. Je lui donnerai les quatre cents francs que j'ai accoutumé ; elle ne seroit pas plus beureuse avec six, et les deux de plus feront subsister une autre persontie. Son frère a depuis peu un emploi nouveau à Cambrai ; il sera obli-é à y être souvent : elle seroit sa ménagère. Enfin c'est" son affaire, qu'elle peut démêler avec lui ; et eu quelque lieu qu'elle soit, je la paierois très-exactement, et quebiues jupes par-dessus le marcbô.

Je suis bien fâcbée de ne pas être de votre avis sur les vacbes ; mais, sans compter les raisons que je vous ai déjà mandées, il n'y a point de lieu à les mettre à Saint-Cyr, non plus que les poules ; la ferme vaut quinze cents livres de rente, je ne crois pas que vous voulussiez vous cliarger de la faire valoir ; il faut donc laisser le fermier où il est. Cela étant, il n'y a plus de basse-cour, cl je crois que le meilleur est de prendre tout cbez lui, et d'avou' une personne qui voie tirer le lait qu'elle prendra, et ainsi du reste; vous serez en repos et n'aurez pointa

* Saint François de Sales.

veiller encore cette affaire-là. Cela est bon dans les pelites conimiinautés, ou dans celles où les religieuses n'ont rien qui les empêche de conduire leur basse-cour. Il n'y a point d'exemple d'une maison au?si grande que la nôtre et dont l'obligation soit de n'être occupée que de l'éducation ; car les Ursulines, qui en font vœu, ont beaucoup de temps de reste.

Nous pouvons choisir d'avoir la ferme ou de ne l'avoir pas, le Hoi nous la donnera sur le pied de son revenu ; si dans les suites on en fait une basse-cour, à la bonne heure; mais il me semble que vous ne pouvez tenir un labour; et à moins que vous n'ayez des terres, vous n'avez ni herbes à brouter l'été, ni fourrages l'hiver. Le fermier me paroît bon homme, et a toujours eu avec ses maîtres le marché queje propose ; vous aurez le plaisir de le voir avec son ménage de campagne sans être chargée de rien. J'ai vu ce qui se passoit là-dessus à Uuelles, et cela étoit d'une grande commodité; mais la conmiunauté n'étoit pas sur le pied où elle est. Mandez-moi lequel vous aimez mieux, d'avoir la ferme ou de ne l'avoir pas, c'est-à-dire de faire un marché avec le fermier ou d'envoyer acheter au marché c«)mme si vous étiez à Paris.

Je vous fais part de la visite que j'ai reçue du Roi ce matin ; il n'en est pas mieux pour cela. Cependant on a été ravi de le voir hors de sa chambre.

Je ne suis point conlentede Cbanleloup ' : elle ne fait que pleurer, bouder ou badiner ; je vous la renverrai un de ces jours pour la punir. Je ne sais si elle en fera mieux quand elle reviendra.

Adieu, ma très-chère, je voulois aller demain prier Dieu avec vous, mais j'ai eu la migraine bien fort, et j'ai un peu besoin de repos.

J'arrive de chez le Roi, dont la plaie va fort bien,

* M"'" de Chanteloup, nièce de M"^ de Brinon.

— MAI l()8(i. —

grâce à Dieu. Il s'est récrié sur des vaches dans un jardin; ne comptez point que l'on souffre un ménagea Saint-Gvr. On n'a jamais tous les biens à la lois : le voisinage tle Versailles vous donnera mille avantages et autant'de contraintes. Dieu soit béni de tout ! Je viens de recevoir votre lettre sur Rarberet, je la montrerai au Roi. Ronsoir.

A M. L'AHBÉ GOBELIN.

Manuscrits de Versailles. Lellres édifiantes, t. I, p. 555.

Ce samedi au soir 1G80 (mai).

Je ne vous verrai point demain, car je pars dès sept heures du matin pour aller faire mes dévotions à Noisy ; retournez à Paris le i)lus doucement que vous pourrez et conservez-vous pour nous. Le Roi vous donne une pension de deux mille francs; je crois que vous n'aviez pas besoin de cette circonstance pour être content de lui, que tout ce que vous avez vu aujourd'hui vous aura bien édifié. Songez bien à nos affaires, voyez ces messieurs ; achevez nos constitutions; mais ne pensez pas par la pureté du langage gâter les pensées et les expressions de M™'' de Rrinon ; vous savez que dans tout ce que les femmes écrivent, il y a toujours mille iautes contre la grammaire ; mais, avec votre permission, il y a un agrément qui est très-rare dans les écrits des hommes.

Je presserai M. le contrôleur général pour l'expédition des lettres; après cela, ce sera à vous à presser les démarches ecclésiastiques, et à m'avertir du jour que nous nous transporterons à Noisy. Je sais qu'il faut que la requête des filles précède ce voyage.

Adieu, conservez -vous, et mandez-moi tout ce que vous ferez.

A M. L'ABBÉ GOBELIN

Manuscrits de Versailles. Lettres édifiantes, l. I, p. 5i5.

1" juillet 1080.

Il est vrai que j'ai peu de loisir et que je ne passe guères de jour sans aller à Saint-Cyr, du moins une fois laseniaine, y voir les bâtimens. J'espère, s'il plaît à Dieu, commencer la transmigration lundi prochain', et je vous crois averti pour venir bénir l'église le samedi ensuite. Après cela nous aurons un peu plus de tranquillité, et je vous verrai le plus souvent qu'il me sera possible pour profiler de vos instructions ; mais en attendant que je reçoive les vôtres, permettez-moi de vous en donner, et croyez qu'elles ne seront pas moins sincères que celles que j'attends de vous.

Je vous conjure donc de vous défaire d'un style que vous avez avec moi qui ne m'est point agréable, et «jui peut m'étre nuisible. Je ne suis point plus grande dame que j'étois à la rue des Tournelles, que vous me disiez si bien mes vérités, et si la faveur oîi je suis met tout le monde à mes pieds, elle ne doit pas laire cet effet-là sur un homme chargé de ma conscience, et à qui je demande instamiuent de me conduire sans aucun égard dans le chemin qu'il croit le plus siir pour mon salut. Où Irouverai-je la vérité, si je ne la trouve en vous, et à qui puis-je être soumise qu'à vous, ne vovant dans tout ce qui m'approche que respect, adulation et complaisance? Parlez-moi et écrivez-moi sans tour, sans cérémonie, sans insinuation, et surtout, je vous prie, sans respect. Ne craignez jamais de m'imporluner; je veux faire mou salut, je vous en charge, et je reconnois que personne

* Ce fut le 20 juillet 1080 que la conmiunauté de >"oisy commença à venir par trou])es s'établir à Saint-Cyr; tout fut en ordre le l-^' août. (iNote du nianusciit de Verbaillcs.)

au monde n'a tant de besoin d'aide que j'en ai. Ne me parlez jamais des obligations que vous m'avez, et regardez-moi comme dépouillée de tout ce qui m'environne, et voulant me donner à Dieu : voilà mes sentimens.

A M"'^ DE ROCIIECIIOUART, ABBESSE DE FONTEVRAILT.

Lavalléo, Correspondance générale, t. II, p. 37.

A Saint Cyr, ce 27 juillet 1080.

Je suis toujours ravie, madame, quand je reçois des marques de vos bontés pour moi ; mais je voudroisbien que vous ne me fissiez point de remerciemens, quelque chose que je pusse faire. Jugez par là, madame, si j'en dois at-

* Lavalloc dit qu'il eniprunlc cette lettre à un « Recueil manuscrit de liuit lettres à l'abbesse qui a ai>parlenu à la maison de Saint-Cyr». Ailleurs (voir plus bas la lettre du 18 avril 1701), il donnera comme source d'une des huit lettres à l'abbesse qu'il publie : « Manuscrits des dames de Saint-Cyr ». J'ai vainement recherché ces documents dans les papiers des dames de Saint-Cyr conservés au ^rand séminaire de Versailles. P. Clément s'est beaucoup servi de ces lettres dans son livre il/"'' de Monlespan et Louis XIV, sans savoir rien de plus sur la provenance. Elles itaraissent très authentiques et sont fort inléressanles.

Marie-Cabriellc de Rochecliouart,sœurdeM°'° de Monlespan, et jdus jeune qu'elle de quatre années, avait, dit Saint-Simon, g plus d'esprit (]u'aucun de sa famille, ce qui étoit beaucoup dire, et le môme tour qu'eux et plus de beauté que M'"'' de Monlespan. Elle savoit beaucoup, et même de la tliéolof,^ie. Son père l'avoit colfiée fort jeune; avec peu de vocation, elle avoit fait de nécessité vertu, et devint une bonne religieuse et tme meilleure abbesse, adorée autant que révérée dans tout cet ordre dont elle étoit chef. Elle avoit un esprit de gouvernement singulier, qui se jouoit du sien, et qui auioil embrassé avec succès les i>his grandes affaires. Elle en avoit eu qui l'avoient attirée à Paris dans le temps du plus grand règne de sa sœur, qui l'aimoit et la considéroit foit, et qui la lit venir à la cour, où elle fit divers voyages et de longs séjours, et c'éloit un contraste assez rare de voir une abbesse dans les parties secrètes du Roi et de sa maîtresse. » Voir le volume de Pierre Clément : L' Abbesse de Fontcvrault, in-8», Didier.

tendre pour mes seules bonnes intentions et sur la manière dont je rerois les choses qui me viennent par vous. 11 est certain qu'il n'y a rien qui me soit plus précieux, et que les intérêts de M™*" de Mortemart et ceux de M""' de Tliiauges me tiennent trop au cœur. Je n'ai jamais changé de sentimens pour vous; vous avez touché mon goût et rempli mon estime; j'ai cru ne pas vous déplaire, et tout cela, madame, a subsisté dans tous les temps et subsistera toujours. Mais je vous demande en grâce de me traiter comme vous me traitiez, et de m'estimer assez poui' croii'c que ce que la fortune fait en ma faveur ne m'a point gâtée. Je souffre fort volontiers tout ce qu'elle m'attire des gens qui ne me connoissent point et dont l'opinion m'est assez indifférente ; il n'en est pas de même de vous, madame, dont l'estime et l'approbation m'ont été précieuses, et je serois au désespoir que vous me crussiez assez folle pour avoir oublié condjien votre amitié m'iionore, et avec quel respect je dois vous assurer que je la mérite par la manière dont je suis pour vous.

J'ai dit au Roi, madame, les chagrins que ses maux vous donnent et la joie que vous sentez du retour de sa santé. Il j)aroit qu'il compte fort sur la sincérité de vos protestations, et qu'il y a entre vous et lui une intelligence particulière et fort indépendante. Comptez, madame, (pi'il se porte bien, qu'il est très-gai et que vous êtes mal avertie, si vos nouvelles portent qu'il s'ennuie'. Oue j'ai de pente à causer avec vous et que je le ferois de bon cœur et bien franchement!

* Ou «Icviiic .-lisrinoiil qm^ ro:> |i;ii-<»los vonl, non snns jiinlico. à I adiossc (1<^ M"" (le Monlesjmn, i{iii ï^oiislinîiil ;i rosier à l;i nmi-.

— SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 1080. - ny

A M. L'ABBÉ GOBELIX.

Manuscrils de Versailles. Lettres ('-di fiantes, 1. 1, p. 370.

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