A M. MANCEAU
Lavallôe, Corresjnmdance génirnle, t. III, p. 237.
Ce vendredi matin, 1090.
Tout ce que vous avez dit à M""* de Saint-lîazile* est bien, et conforme à mes intentions; j'approuve fort que
* Manceaii était Ihonime d'affaires de M-" de Maintenon. Elle avait en lui une grande confiance, et lavait fort emplové pour l'établissement de la maison de Saint-Cyr.
* M»» de Saint-Bazile était une religieuse amie de M"'^ de Brinon et qui avait été avec elle à la maison de Rueil. Elle devenait supérieure des Hospitalières de la Place Royale, dont il est ici question
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m\ LETTRKS DE M • DE MAINTENON.
VOUS sovcz samedi à l'assoiiiblée comme un homme de ma part; on sait que je veux soutenir celte maison, et mon étal ne me permet guère de bonnes œuvres qui ne soient au son de la lronq)elte. Prenez connoissance de celle-ci, alin que ce que l'on donnera soit donné solidement; et en travaillant avec M"'- de Saiid-Jiazile, inspirezlui la netteté, la droiture et la simplicité dans son gouvernement. Kilo y est très-disposée; mais on se gâte souvent en vovant agir autrement, et l'on ne comprend point assez combien il est habile de n'avoir rien à se reprocher, rien à cacher, et rien à craindie; le seul honneur du monde peut donner ces vues-là, il faut les porter plus loin et faire tout i)our Dieu. Ne plaignez point votie temps : il sera bien employé, et vous saurez bien le donner à Celui ([ui mérite seul d'être servi.
loUoi partit le 17 mars 1691 pour se mettre à la léle de l'année qui assiégeait Mons. 11 vint avant sou départ à Sauil- Cyr où M'"' de Maiuteuon se retirait pour le temps de son al)seuce et dit aux dames de Saint-Louis : « Je vous laisse ee que j'ai de plus cher » (Lauguet do Gergy, p. 255). M-' de Maintenon nassa ee temps dans une complète solitude, mais en active correspondance soit avec le Roi, soit avec le Dauphin et le duc du Maine, qui l'avaient accompagné. Les lettres de ces deux princes sont conservées en grande partie dans les manuscrits de Versailles et dans les archives du château de Moucliy. Toutes celles de M""' de Maintenon sont perdues. Du Roi il reste deux courts billets, que nous insérons ici d'après les Lettres édifiantes, tome 111, pages 180, 187 :
« Lundi 0 avril 1691, à une heure et demie du matin. — La capitulation est signée, voilà une grande affaire Ihne; j'aurai • ujourd'ilui une porte à midi, et la garnison sortira demain mardi. Remerciez bien Dieu des grâces qu'il me fait. Je crois nue vous le ferez avec plaisir. » - Et de quelques heures après : « 10 heures du malin. Au camp devant Mons. - Je
- MAUS 1(191. - „j,^
n^eris ce niliot que pour ne pas manquer l'ordinaire, carie dépêcherai Wntôt Delisle, qui vous norJp.-. J •' *'
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n. , n„ so,.- à Compiogne, où j-au.,i lo 'pla si , "o, ^01. . Je soul.aile que cela soil en bonne sanlé »
A M. l.v\|iliK (iOHKI.IN.
Manuscils .1,. V,.,slill,... L,-I,r,: ,W/,„„M,, I.H. ,, „«.
A Sainl-Cyi-, (22 mai's) im\.
Vous m-avoz écrit la plus hello lettre ,lu nion.Ie' ■ Dieu* v.Hulle que vous ayez bien jugé de ,nes iuleulions et d ..sage que je fa,s ,1e ma solitude- Je voud.ois qu' Il fui plus grande. Ma santé ,.st assez u.auvaise. n.us 'e ' "st pouP(,ud qu'une langueur. Votre proeés e.a donc '■fernel Je vous assure que nous serions ravies de vou! .-.von. ,c,. Tout y va l.ieu. e, il n,e semble qu'il n'v a p r sonne qu< ne fasse son ebe.nin dans la piété 4^•e,.^o, , su que M.... la supéri..ure a ,,er,lu M- sa n.ère' Ad eu n.ons.eur,j'ni trop écrit aujourd'hui. Le Roi est en bon": san.e. et mon due du .Maine fi,i, des merveilles n b voure et en bon sens. ^^'^^ cnina-
que il de Mauuenon ecnv.t une prière qui snlïirait seule I ^^^1 la.e M de Ma.nlouon a la re.ne Cloiilde, à llla,«,ho de Ca^
208 I.KTTUES DE M- DE MVINTENON.
prouver quels étaient ses liens avec le Uoi. Le troisième voile des LcWes édifianlcs. page 149, la met, sans .late précise il est vrai, entre les lettres de cette époque.
rniÈUE DK M- DE MAINTENON
Sei^nem- mon Dieu! Vous m'avez mise dans la place où ic suis; je veux ado.or loulo ma vie |-ofdi-e de votre pi'O- •' idcce sur moi, el je m'y soumets sans aucune réserve. l)onne7.-n.oi, .non Dieu, la grâce de l'élat où vous m avez appelée, que j'en supporte cl.rétienncn.ent les tristesses ,uc l'en sauclilie les plaisirs, que j'y cherche en tout voire gloire, -pu- je la porte devant les princes au u.d.eu desquels vous m'avez placée, «pie je serve au salut lu Roi! Ne permell.'z pas que je me laisse aller aux agilalions et n.ouvemens d'un esprit inquiet, et qui s ennuie ou qui se relâche dans les devoirs de son état, qui envie le hoiiheur .pul se figure dans lélat des autres. Que votre volonté soit faite, ô mou Dieu, et non pas la mienne . i;i,nique hien de cette vie cl de la future est dy être soumis sans réserve. Remidissez-moi de la sagesse et de tous les dons de voire esprit qui me sont nécessaires dans le poste avancé où vous m'avez allacliéc; faites frucl.fier les talens qu'il vous a plu de me donner. Vous qui tenez entre vos mains le cœur des rois, ouvrez celui du Uoi, alin que j'y puisse faire entrer le bien que vous désirez ; donnez moi de le réjouir, de le consoler, de 1 encourao-er, et de l'attrister aussi lorsqu'il le faut pour votre gloire; que je ne lui dissimule rien dos choses „uil doit savoir par moi et qu'aucun autre n auro.l le courage de lui dire. Fail.'s que je me sauve avec lui, que ie l'aime en vous et pour vous, et qu'il m'aime de même. Accordez-nous de marcher ensemble dans toutes vos justifications sans aucun reproche jusqu'au jour de votre avènement.
— SEI'TEMBnE loyi. —
A M"' DK FO.NTALNES, DAME DE S.UM-LoUIS
Septembre IGlM.
La peine que J'ai sur les f.lles de Saiut-Cyr' ne se neuf
contribi, ni,. "■ ' ••"" •'""'■'''■''' P"'S'("c j'v ai
con nbue plus ,p,e personne, el je serai bien heureuse s
B eu ne m en puni, pas plus sévèrement. Mon o, 4e
rî dTÏV"' 'T '' "'"'^«"' •'' '« f-" - est
Tn I- ' n , T '""""' f""-'^''^^''^ ">«« bonnes i, t 1 lions. Dieu sa,t que j'ai voulu établir la vertu dans
exceller nous fait agir. Une éducation! mpleeuS''
lenne auroit fait de bonnes filles dont nou!feri, dJ
bonnes femmes et de bonnes religieuses, et nous Zt
personnes de la cour nue es ',&e,r"â'r ?,"''"" ' ''"""•"'^ ^e* lalion des gens de bel e\>,-ii 1^,!^ • ! î''"" ''''«"*• '» f'-équen-
;^; Signa,, ,e da,,!-. On ,'ot ici^^ll'e'rr n-L^n^ ?^?
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fnit de beaux esprits que nous-mêmes, qui les avons formés, ne pouvons souffrir; voilà notre mal, et auquel j'ai plus de part que personne. Venons aux remèdes, car il ne faut pas se déc(»urager; j'en ai déjà proposé à Balbien^ (p,i vous paroîtront peut-être bien petits; mais j'espère, avec la gràee de Dieu, (lu'ils ne seront pas sans effet. Comme plusieurs petites clioses fomentent l'orgueil, plusieui-s petites cboscs le détruiront. Nos filles ont ete trop considérées, trop caressées, trop ménagées ; il faut les (Uiblier dans leurs classes, leur faire gaider le règlement de la journée, et leur peu parler d'autre cbose. H ne faut point (pùdles se croient mal avec moi; ce n'est point leur afiliction (jne je demande; j'ai plus de tort qu'elles; je désire seulement réparer par une conduite contraire le mal ([ue j'ai fait. Les bonnes filles m'ont plus fait voir l'excès de fierté (juil faut corriger que n'ont fait les mauvaises, et j'ai été plus alarmée de voir la gloire rt la bardiesse de M»- de..., de..., et de..., que de tout ce que l'on m'a dit du reste de la classe M^e sont des filles de bonne volonté, qui veulent être religieuses, et qui, avec ces intentions, ont un langage et des manières si fières et si bardies qu'on ne les soufiViroit pas à Versailles aux filles de la première qualité. Vous voyez par là que le mal est passé en nature, et qu'elles ne s'en aperçoivent pas. Priez Dieu et faites prier pour cpi'il cbange leurs camrs, et qu'il nous donne à t.ms l'bumililé; mais,
t Aniiott.'r.nUion.tlli.Mrnnni-cliilPCl.'tl.^ Paris, fnt iH.n.bi.Moul.' s-, vie la foiun.o de cl.nnil.iv et la IVinnie <le conliaure .le M"' <!.' Maintenon. Elle lemi-loyail heaiuoui. à Saiiit-Cyi' pour le sei-vice inlérieur. On aura occasion de reparler d'elle.
-. Les Mémoms <les dames de Sawl-Ojr. pa-c 2/ i, donnent auM ce passage : « que de tout ce qu'on ma dit des id)erlines de a classe ),. 11 serait curieux de savoir si la suppression du mol « libertines », laite dans les LeUresédilianles. signilie ^1";" l"^';;^;;,;;^ cette copie a élo exèculée, c'est-à-dire au milieu du dix-1. ntiei .iècle le mot « libertin » commençait à perdre son acception du dix-septième siècle pour prendre son sens moderne.
madame, il ne faut pas beaucoup en discourir avec elles lout a Saint-Cyr se tourne en discours; on v parle souvent de la simplicité, on cberclie à la bien définir, à la bien comprendre, à discerner ce qui est simple et ce qui ne lest pas, puis dans la pratique on se divertit à dire • par simplicité je prends la meilleure place; par simplicité je vais me louer; par simplicité je veux ce qu'il v a de plus loin de moi sur une table. En vérité, c'est^se jouer de lout, et tourner en raillerie ce qu'il v a de plus sérieux, 11 faut encore délaire nos /ilh.s de ce Knir d'es- P'" ï'^Heur que j»^ leur ai donné, et que je conuois présenlement trés-op],osé à la simplicité; c'est un raffinen.ent de 1 oi-ueil, qui dit par ce tour de raillerie ce qu'il n oseroit dire sérieusement. Mais, encore une fois, ne leur parl(>z ni sur l'orgueil ni sur la raillerie ; il faut la détruire sans la combattre, et par ne s'en plus servir Leurs confesseurs leur parleront sur l'bumililé, et beaucoup mieux que nous; ne les précbons plus, et essaye/ de ce silence qu'il y a si longtemps que je vous demande : Il aura de meilleurs effets que toutes nos paroles.
Je suis bien aise que M"- de... se soit enfin bumiliée • louons-en Dieu, et ne la louons point; c'est encore une de nos fautes de les trop louer. JV'irritez p(u„( leur orgueil par de trop fréquentes corrections ; mais quand vous aurez été obligée d'en faire ((uelqu'une, ne les admil'ez pas de les avoir bien prises.
Onaiil à vous, ma cbère fille, je eonnois vos intentions ^ous n'avez, ce me semble, nul lorl particulier en lout ceci. Il n'est que trop vrai que le plus grand mal vient de moi; mais prenez garde, comme les autres, de n'avoir pas votre part dans cet orgueil si bien établi partout qu'on ne le sent presque plus. Nous avons voulu éviteiles petitesses de certains couvons, et Dieu nous punit de cette baufeur; il n'y a point de maison au monde qui ait plus besoin dbumilité extérieure» et intérieure que la
'Il
nôtre : sa silualion si près de la cour, sa grandeur, sa richesse, sa noblesse, l'air de faveur (|u'on y respire, les caresses d'un grand Roi, les 6oins d'une personne en crédit l'exemple de la vanité et de toutes les manières du monde (pi'elle vous do.me malgré elle par la force de l'habitude, tous ces pièges si dangereux nous doivent faire prendre des mesures toutes contraires à celles que nous avons prises. Bénissons Dieu de nous ouvrir les veux. 11 vous inspire la piété; elle augmente tous les jours chez vous; établissons-la solidement. Ne soyons pas houleuses de nous rétracter, changeons nos manières d'agir et de parler, et demandons instamment à Notre- Sei-neur ipiil change le fond de nos cœurs, qu'il ôte de notre maison cet esprit d'élévation, de raillerie, de subtilité, de curiosité, de liberté déjuger et de dire son avis sur tout, de se mêler des charges les unes des autres, au hasard de blesser la charité. Ou'il ôte celte délicatesse, cette impatience des moindres incommodités : le silence et l'humilité en seront les meilleurs moyens.
Faites part de ma lettre à notre mère supérieure ; il faut que tout soit commun entre nous.
A M- L'ADUESSE DE FONTEVRAILT.
Lavallôe, Currespondnnce (jcnéralc, t. lll. i>. 30i'.
A Fontainebleau, ce 27 septembre iOOl.
Je n'aurois pas été si longtemps, madame, sans répondre aux lettres dont vous m'avez honorée, si je n'avois attendu (jue le Roi me chargeât de ce qu'il auroit à vous faire savoir sur celle que vous lui avez écrite. Il
i Voir plub haut la leUre du 27 jtiillct lOî^^G.
— SEl'TEMBME iOOl. — 913
la porte sur lui pour en parler à M. de Pontchartrain, et il a tant d'affaires qu'il oublie celle-là. Je vous assure, madame, que vous lui pardonneriez si vous voyiez de près comment les journées se passent. Les personnes qui l'ont vu de plus prés seroient surprises de son activité : il a plus de conseils que jamais, parce qu'il v a plus d'affaires, et donne deux ou trois heures par jour à la chasse quand il peut. Il rentre à six heures et est jusquesà dix sans cesser de lire, d'écrire ou de dicter. 11 congédie souvent les princesses après souper pour expédier quelque courrier. Ses généraux sont si aises d'être en commerce avec lui qu'ils lui rendent un compte très exact ; ils paroissent charmés de ses réponses, et sans vouloir insulter', ils les trouvent d'un style bien doux.
Je n'ai pu, madame, connoissant votre attachement pour le Roi, ne vous pas parler de lui; je ne crois pas vous déplaire. Il n'a pas été content du personnage que M. de Luxembourg a Aiit faire à notre prince dans le dernier combat ^ M. le duc de Chartres revient et le nôtre ne reviendra pas sitôt. M"'' de Rlois lait fort bien, et je voudrois de tout mon cœur la voir mariée. Le duc du Maine désire de l'être, et on ne sait qui lui donner.
Voilà, madame, des nouvelles de ceux que vous aimez. Le roi penche plus à une particulière qu'à une princesse étrangère"'; Mademoiselle espère Monseigneur; les filles de M. le Prince sont naines; en connoissez-vous d'autres?
* On comprend que ceci se rapporte à Louvois, mort le 1(5 juillet. — Le Roi, qui avait donné la survivance de ses Chartres à son fils IJarbezieux, encore fort jeune, reprit la direction des affaires, et en particulier de celles de la jïuerre.
- Dans ses rapports sur le succès de Leuze, 10 se[»tembre. Le duc du Maine n'est que nonnné à cette occasioji dans le Journal de Dangeau. L'abbesse de Fontevrault étant sœur de M'"* de Montespan, le duc du Maine était son neveu; de là cette expression : a notre prince ».
^ Pour marier le duc du Maine.
fe^^,-^>it;.a-gat&à^£i^
La famille deM-' de Louvois est partagée pour l'abbaye de Saint-Amand. Les uns la demandent pour M- de IJarenlin, sœur de la mère de M- de Louvois, religieuse du Val-de-(^ràce ; les autres pour M'»" de liois-DaupInn.
J'ai montré au Roi votre recommandation : je me plains, madame, de hmles les excuses dont vous l'avez accompaiinée ; elles lonttort à la manière dont je suis pour vous. Je'^ne vous promets pas de réussir toujours à ce que vous m'(»rdoimerez; mais je puis bien vous promettre de n'en être jamais importunée.
Je suis ravie, madame, d'avoir reçu ([uelques mar- (pies du souvenir de M"- de Montespan. Je craignois d'être mal avec elle. Dieu sait si j'ai fait quebpie chose qifi l'ait mérité et comment mon cœur est pour elle! J'aurois (|uebjue curiosité de savoir ce qu'elle a i)ensé sur l'horrible mort de cet honune ([ui seul lui paroissoit ([uelque chose et qui remplissoit ses idées. (( Il ne lit que passer et n'étoit dt'jà plus. » Il passa la galerie en santé et il alloit mourir*.
» On sait commont la niorl subilo de Lmivois prévint sa dis-ràco. A en croire Saint-Simon, la prévision de la disgrâce avait ete la cause de cette (in, à moins que ce ne lût le poison (le bruit en courut en enet); et il insinue qu'en tout cas ce tut le résultat de Tanimosité de M""' de Maintenon, se ventieant de ce que Louvois aurait empêché le Roi de déclarer son maria-e. 11 raconte toute une scène entre le Roi et Louvois qui rappelle beaucoup celle de Sullv oblijîeant Henri IV à ne pas épouser publiquement l.abriele d'Estrées II est assez curieux que, dans les notes au Journal de l»an-eau, où le portrait de Louvois et le récit des circonstances de sa dfsj^ràce et de sa mort ont de -lands traits de ressemblance avec \l véiU des Mnnoires, cette circonstance de la résolution du Roi de déclarer son ma-iafre et de l'opposition de Louvois ne se trouve pas. Du reste Sain» -Simon accumule ici et là beauconp d'autres causes de l'animositj du Roi contre son ministre, dont le caractère dur, ab*^olu, violent, était devenu insupportable au maître lui-même, v\ si Pou conçoit aisément que M'- de Mainteuon lût entrée dans les sentiments du Roi, on ne voit pas quelle eût besoin de les exciter. Il est impossible de réfuter par des preuves matérielles le récit de Saint-Simon : la réfutation se trouve dans le caractère de M™« de Maintenon et dans la lettre même si mesurée où elle laisse
Eu voici un autre. M. de la Feuillade meurt subitement * le onzièiue jour d'une maladie; il n'a que le temps de dire : « Je sens la mort. Seigneur, faites-moi miséricorde. » C'est plus que l'autre, mais je ne sais si c'est assez. Je crois vous entretenir, madame, et je me laisse aller à ce plaisir trop naturellement.
Le Roi a chargé M. de Pontchartiain de s'informer comment on a fait sur ce que vous demandez, et il me parolt, madame, qu'il veut vous répondre lui-métue. Je crois, madame, ((ue vous vous souvenez bien que je n'ai point renqjli la place de liea union t -. Je voudrois donner à M'"'' de Morlemart un bon sujet et qui erit de la voix; tout cela ne s'accorde pas toujours. Voilà encoie l'abbaye de Chelles vacante. Ma lettre est trop longue; mais je me flatte (|ue vous ne m'en saurez pas mauvais gré.
deviner le réel soulaj,'^emciit ([uc e R(»i éprouva df la mort de ce minisire, mais avec cela l'éniotion clirétienne au spectacle de celte grande fortune passant subitement à la mort et à réteriiilé. Louvois mourut en réalité d'une apoplexie pulmonaire : c'est ce qui résulle (hi rapport du médecin Dionis, (]ui lit l'autopsie, assisté de trois de SOS colléfi^ues. (Voir Curioailes liisforiques, etc., de M. Leroy, p. 74.) M""" d<' Maintenon coimaissait les résultats de cette autopsie, car, parlant aux dames de Saint-Cyr de ses tristesses et de ses anj^oisses. elle leur dit un jour : « Je crois qu'on me trouvera le cœur sec et tors comme à M. de Louvois ». Mais on peut croii'e qu'elle ignora à quel excès l'animosilé de ses ennemis pouvait jiorler la calomnie conti-e elle.
* C'est le célèbre duc de la Feuillade, celui qui éleva à Louis XIV le monument de la place des Victoires.
- Abbaye à Tours; M""^ de Morlemart en était abbesse.