‹ Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentique [microform]: choix de ses lettres et entretiensChapitre 37 sur 98 · A M- LA DUCHESSE DE VEMADOIR · texte numérisé non relu

A M- LA DUCHESSE DE VEMADOIR

Manuscrits do Versailles. Lettres âlifmntes, t. 111, p. 502.

(Fin janvier) 1092.

Dans cotto affaire ici ^ il ne faut pas se liàler de faire les complimens, car il me semble qu'elle change souvent (le face. Si Madame vouloit voir ce qui s'est passé sur M'"^ de Braquiane^ combien on prévient les grands par des faussetés, comme ils doivent être en garde contre

• Dame (l'hoiineur de Madame, duchesse d'Oiléans. F»l»c (lu maréchal de la Molhe-Houdancourt, elle avait épousé Çn 10/ Louis ,1e Levis, duc de Ventadour, très débauché et fort laid. Elle était belle comme un an-e, dit M- de Sévigné, qui raconte ainsi sa présentation à la cour pour y prendre son tabouret de duchesse : « On lut quel.iue temps sans lui apporter ce divin tabouret. Je me tournai vers le prand-maître et je dis : Hélas! qu'on le lui donne, i lui coûte assez cher! Il fut de mon avis. » Ce beau mariage donna lacilement crédit à des bruits fâcheux. M-» de Maintenon y fait allusion une fois, mais ne tarda pas à reprendre en estime et en amitie la jeune duchesse, qui se mit sous sa direction sûr moyen de lu. plaire. M"" de Ventadour succéda à sa mère, la maréchale de la Mothe, dans la charge de gouvernante des enfants de France. Le fut elle qui éleva le roi Louis \V. Elle était grande jm/e - e» plus (lu amie, si l'on en croit Saint-Simon - du maréchal de Villeroy. « W" de Blois, la plus jeune lillc du Roi et de M-' de Montespan, épousait le duc de Chartres, le futur régent. M- de Maintenon ne s'était point occupée de leducation de cette princesse. M- de Moiilespan,qui avait quitté délinitivement la cour lannée précédente pour se retirer au couvent de Saint-Joseph, dont elle était la bienfaitrice, ne reparut pas pour cette occasion. On sait l opposition violente que lit Madame, princesse palatine, à ce mariage de son fils* c'est à cela que M"" de Maintenon fait allusion.

s 'La duchesse de Bracciano prit dans la suite le nom de princesse desUrsins, quelle rendit célèbre. >ous trouverons plus tard la longue correspondance de M'-' de Maintenon avec elle. Elle vivait alors séparée de son mari, le prince de Dracciano, et avait quitté sa résidence de Rome pour venir suivre un procès contre son frère l'abbe de Noirmoutier. CeUe lettre nous apprend que ses visées d ambition se tournèrent à ce moment vers la cour de France; peut-être, au moment de réussir, trouva-t-elle au-dessous d'elle de s'attacher a mie princesse du sang alors si éloignée du trône; l avenir lui réservait effectivement un plus grand rôle.

JANVIER l()î)2. —

tout ce qu'on leur dit : M"^^ de Braquiane a fait le mariage de M. le duc de Chartres pour être dame d'honneur; c'est une intrigue qu'elle a commencée avec moi dès que nous étions à Fontainebleau, et nous voyons aujourd'hui qu'elle ne veut pas être dame d'honneur. Ces choses-là ne font-elles pas ouvrir les yeux, et surtout à des personnes d'aussi bon esprit que Madame? Pli"it à Dieu qu'elle si'it mot à mot tout ce qui s'est passé dans ce mariage ! La chose en elle-même peut n'être pas de son goi'it ; mais elle conviendroit que chacun a fitit son devoir. Vous savez que ma folie est de vouloir faire entendi e raison ; je vous assure que je le voudrois encore plus pour Madame, dont vous m'avez dit tant de bien, et qui a des qualités qui pourroient la rendre plus heureuse. Est-il possible que, ne pouvant éviter ce mariage, elle ne le fera pas de bonne grâce, qu'elle ne s'expliquera pas avec le Roi, qu'elle ne se mettra pas dans une bonne intelligence avec lui, et qu'elle aimera autant demeurer comme elle est?

Quant à la comtesse de Mailly, je vous prie de me dire en amie si elle sera désagréable à Madame, car poiH' rien du monde je ne voudrois en ce cas la mettre à la suite de M'"^ la duchesse de Chartres. Du reste, vous en connoissez la sagesse et la douceur.

Adieu, ma clière duches.se. Vous êtes une trop bonne

mère, et madame la princesse de a beaucoup à faire

pour mériter ce que vous faites pour elle. Adieu, mon enfant gâté, tout le couvent est dispersé', et je ne sais point quand il se rassemblera; mais aucune absence ne diminuera ce que vous savez que j'ai pour vous.

* Société de dames pieuses dont M™*' de Maintenon était la supérieure; elles s'assemblaient souvent 'pour vivre en petite communauté et faire ensemble divers exercices de piété. C'est ce qu'on appelait le couvent de la cour. M'""'» de Ventadour, de Beauvillicrs. de Montchevrcuil, d'Ileudicourt, en étaient. Fénelon en fut à un moment le directeur.

Nous avons vu (pai^^e 200) que M"" de Maintenon avait pris ou «iiaude affecliou M"" de la Maisoufort et avait souhaité de l'att'îicher à la maison de Saiut-Cyr. Nous avons dit en oulre que M""' de la Maisoufort, éprise de mysticité, avait reiheiThé la direction de Fénelon. Celui-ci crut sans doute (jxer cette âme inquiète eu reuLliaîuaut par les vœux religieux, auxquels elle répugnait : « La vocation, lui écrivait-il, ne se décide pas moins par la décisicm d'autrui cpie par notre propre attrait. Quand Dieu ne donne rien au dedans pour attirei-, il donne une autorité qui décide. » M™' de MaiuN'Uon la pressait aussi : « Je remercie Dieu de tout mon cœur de ce qu'il fait pour vous et pour nous. Vous allez trouver la paix : vous voilà au fond de cet abîme où on commence à prendre pied... Abandonnez-vous bien à Dieu, ma très-clière; laissez-vous conduire les yeux l)aiulés.... » M™' de la MaisonforI avait cepeiuiant peine a se résoudre; enlin elle céda et s'engagea par des vœux simples. Les doctrines de M- Guyon, sa parente, devaient amener bientôt à Saiut-Cyr des orages dont elle devint la triste victime.

A M" DE LA MAISONFOKT »

5 février 1002.

Je ne puis vous dire, madame, la joie que je sens de voir qu'on vous détermine à demeurera Saint-Gyr; je no saurois attendre jusqu'à mardi à vous la témoigner. Soyez donc en paix. J'ai senti la peine que je vous ai vue depuis quelques jours. Donnez-vous à Dieu et à nous de bonne grâce, et avec un gi'and courage, pour travailler ensemble à votre sanctification et à celle des autres. Que vous êtes heuieuse de pouvoir vous offrir et vous donner effectivement dans ce temps de l'offrande que la sainte Vierge fait! J'ai bien de la peine à ne pas vous envier de voler si haut, pendant que nous nous

* C'est l'abbé Phélypeaiix (pii nous a conservé cette lettre, en lui assignant cctlo date, dans sa/{f/«/io//... du quiétiame, p. 45.

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