‹ Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentique [microform]: choix de ses lettres et entretiensChapitre 38 sur 98 · MAUS · texte numérisé non relu

MAUS

traînons au sei'vice de Dieu, et que nous croyons faire beaucoup quand nous ne tomlxuis pas dans les précipices que nous voyons partout. Bonsoir, ma très-chère ; vous allez devenir ma fille, car je deviens tous les jours de plus eu plus votre mère.

A M-"-" DE BRINON

Manuscrits de Versailles. Lettres édifiantes, t. III, p. 169.

Ce 25 mars 1002.

Enfin, madame, me voilà parvenue à vous écrire; il y a longtemps que j'en ai envie sans en trouver le loisir. Je voudrois en avoir assez pour vous conter tout ce qui s'est jiassé dans l'affaire de M"'" d'Hanovre*. Je vous connois assez pour répondre que vous conviendrez que le Roi n'a ])astort. Ou a gâté celte affaiie dès le commencement, et ou ne j)Ouvoit après cela prendre un meilleur parti (jue de la sacrifier au Iloi ; il auroitdit des choses qui auroient été plus honorables à votre chère princesse que la punition de MM. de Bouillon. Je voulus la voir, me souvenant dé ses anciennes boutés pour moi; mais je ne trouvai plus celle princesse douce et bonne que je conuoissois : elle étoit changée de visage et d'humeur, toute livrée à sou resseuliment et aux menaces, et en un mot très-éloignée d'écouler et de suivre mes conseils. Je ne crus jias devoir la faire voir au Boi dans un élat si coutraiie à l'opinion de la douceur qu'il admiroit dans une lettre qu'elle m'avoit fait l'honnetu* de m'écrire.

Mais, madame, pour quitter un discours si désagréa-

* Il s'agit d'une dispute qni avait défîénéré en bataille entre les frens de la princesse de Hanovre et ceux de M"** de Bouillon. Voir jtliis liant les lettres du 1"^ janvier 1G82 et du 2i août 1083.

ble, passons à celui de M'"<^ la duchesse du Maine*, dont . le Uoi est très conlent aussi bien que M. son mari. Voilà ce mariage que vous trouviez si raisonnable à faire : j'étois fort de cet avis; Dieu veuille qu'ils en soient aussi satisfaits que je le suis jusqu'à cette heure ! On m'a dit qu'elle iroit passer la semaine sainte à Maubuisson ; reposez-la bien; on la tue ici parles contraintes et les fatigues de la cour ; elle succond)e sous l'or et les pieneries, et sa coiffure pèse jjjusque toute sa personne. On l'empêchera de croître et d'avoir de la santé; elle est plus jolie sans bonnet qu'avec toutes leurs parures ; elle ne mange guère, elle ne dort peut-être pas assez, et je meurs de peur qu'on ne l'ait trop tôt mariée. Je voudrois la tenir à Saint-Cyr, vêtue comme l'une des vertes et courant d'aussi bon cœur dans les jardins'. Il n'y a point d'austérités pareilles à celles du monde. Bonsoir; si j'enlamois la morale, vous seriez à plaindre.

Le Roi m'ordonna de remercier M'"'' de Maubuisson aussitôt que je lui eus fait ses complimens; mais je n'ai pas le temps de faire ce que je dois. M. le duc du Maine est un guerrier très étourdi, irrégulier et distrait ; à cela près, il a quelque mérite. Adieu, madame.

* Anne-Louiso-Bcnédicte do Bourbon, soconde fillo du piinco do Condc et potite-fillo du Grand Condé, épousa le (tue du Maine le 10 mars 1002. Kilo et ses sœurs étaient presque naines, mais bien faites et {jracicuses. La duchesse du Maine ne répondit ^ruère aux heureux pronostics de M™'' de Maintenon. u A i>eine fut -elle mariée qu'elle se moqua de tout ce que M. le Prince lui put dire et dos conseils de M'"" de Maintenon. S étant rendue bientôt incorrigible, on la laissa en liberté faire tout ce qu'elle voulut. La contrainte qu'il fallait avoir à la cour l'ennuya ; elle alla à Sceaux jouer la comédie et faire tout ce qu'on a entendu dire des uuits blanches et tout le reste. » {Souvenirs de M°"= de Caylus.) Les Mémoires de M'"" de Staal ont peint cette petite cour do Sceaux, mélanj,'C singulier d'esprit, de puérilité et de déraison.

- On a déjà dit que les demoiselles de Saint-Cyr étaient divisées on quatre classes, distinguées pai- la couleur des rubans. Les plus jeunes étaient les rouges; les vertes venaient ensuite, puis les jaunes, et les bleues, de dix-huit à vingt ans. La duchesse du Maine avait quinze ans.

Au mois de mai 1692, le Roi alla prendre le commnndemenl de son armée et mettre le siège devant Kamur. Cette fois il fut accompagné d'une partie de sa cour et des dames. La duchesse de Chartres, les deux princesses de Conti, M""' de Maintenon, de Clievreuse, de Beauvilliers, de Dangeau, etc., étaient de ce voyage. Les dames n'allèrent pas plus loin que la petite ville de Dinant, à quchpies lieues au sud de Namur.

A M™^ DE VEILHANT, DAME DE SAINT-LOLIS.

Manuscrits de Versailles. Lettres édifiantes, t. III, p. 555. — Bibliolh. nationale, maïuiscrils français, nouv. acq., n" liôS, p. Wl.

(Dinant), 28 mai 1092.

Imaginez-vous, madame, qu'hier, après avoir marché six heures dans un assez beau chemin, nous vnues un château bâti sur un roc, qui ne nous parut pas tel que nous pussions y loger, quand même on ncnis y auroil guindés. Nousenap[)rochâmes fort près sans y voir aucun chemin habité; et nous vîmes enfin au pied de ce château, dans un abîme, et comme on verroit à peu près dans un puits fort profond, les toits d'un certain nombre de petites maisons qui nous parurent pour des poupées, et environnées de tous côtés de rochers affreux par leur hauteur et par leur couleur ; ils paroissent de fer, et sont tout-à-fait escarpés. 11 faut descendre dans cette horrible habitation i)ar xm chemin plus rude que je ne le puis dire; tous les carrosses faisoient des sauts à rompre tous les ressorts, et les dames se tenoient à tout ce qu'elles pouvoienf. Nous descendîmes api^ès un quart d'heure de ce tourment; nous nous trouvâmes dans une ville composée d'une rue qui s'appelle la Grande, et 01^1 deux carrosses ne peuvent passer de front; il y en a de petites, oîi deux chaises à porteurs ne peuvent tenir. On n'y voit goutte, les maisons sont effroyables, et M"'*" de la Villeneuve y auroit quelques vapeurs; l'eau y est mau-

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vînse, le vin rare, los boulangvrs ont ordre de ne cuire que i»our l'aruK'e, de sorte que les domestiques ne peuvent tiouver du jKiin; les poulets en plume valent trente sols, la viande huit sols la livre, très îuauvaise; on porte tout au camp. 11 y pleut à verse depuis que nous y sonnnes, et on nous assure que, si le cliaud vient, il est insupiMU'lahle i»ar la réverbération des roi'hers. .le n'ai encore vu que deux églises : elles sont au |)remier étage, et on n'y sauroit entrer que,par civilité, on ne vous dise un Salut avec une très mauvaise nnisi(iue et un encens si parfumé, si abondant et si continuel (pi'on ne se voit plus par la fumée, el il va peu de tètes (|ui y puissent résister. D'ailleurs la ville est crottée à ne pouvoir s'en tirer, le pavé pointu à piquer les pieds; et les rues étroites, où les carrosses ne sauroient passer, tiennent, je crois, lieu de privés pour t(mt le monde. Suzon assure que le Hoi a grand tort de prendre de pareilles villes, et qu'il faudroit ne les pas jdaindre aux ennemis.

Le siège de Nanuir va fort bien : on avance, et jusqu'à cette heure on tue très peu de monde ; on espère que la ville sera prise vers le i ou le r> de ce mois; le château tiendra apparennnent davantage. M. le prince d'Orange assure qu'il viendra secourir la place; mais il y a lieu de croire qu'il viendia trop tard. Le Ihn a la goutte aux deux pieds, et je vous assure qu(* je n'en suis pas fâchée. Un boulet r^nine des ennemis est lond)é dans des poudivs au (uiartier de M. de Duulllers, et en a fait saul«'rsept milliers; celle belle ville ici trendjla du bruit qui se lit, car, pour condde d'agrément, on ent(Mid le canon du siège. Après celte belle description, ne soyez pas en peine de moi ; je me porte fort bien, je suis des mieux logées, très bien servie, «M voulant bien être où Dieu me met. Je vous end)rasse, mes chères filles, toutes en général et en particulier.

H V a dici quatre cents degrés pour monter au château dont je vous ai parlé.

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