‹ Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentique [microform]: choix de ses lettres et entretiensChapitre 5 sur 98 · I.XVIÎ · texte numérisé non relu

I.XVIÎ

lî^TRODrCTlON.

,.,' fardeau. On se rappelle quelles morts extraordinaires avaient ainigé la famille royale. Coup sur coup, les princes héritiers de la couronne avaient disparu, non sans de violents soupçons d'empoisonnement. Louis XIV n'avait certainement pas soupronné le duc d'Orléans, qui n'était pas capable de ces crimes; mais l'opinion se trouvait égarée, inquiète; il ne se pouvait pas que le duc, futur héritier si le dernier rejeton venait à disparaître comme les autres, ne devînt absolument suspect». Saint-Simon n'est certainement pas dans la vérité historique lorsqu'il accuse M'"' de Maintenon d'une haine acharnée contre le duc d'Orléans. Elle souhaitait bien évidemment que la couronne restât assurée à la descendance directe, et l'on voit par ses lettres qu'elle n'approuvait pas- que le loi d'Espagne renon(;àt à la succession en France. Elle n'ignorait pas les désordres du duc, les scandales de sa vie privée, les infamies de sa fille la duchesse de Rerry. Mais il est intéressant de remarquer qu'elle comprit bien le caractère de ce prince, et le tint toujours pour un homme qu'inspirait le sentiment de l'honneur. Entre autres preuves, j'en trouve une très curieuse dans une lettre inédite dont je dois une copie à W le duc de Chartres, lettre qu'elle lui adressa après une action où il s'était bien conduit et avait été blessé, lors de la levée du siège de Turin en septembre 1706. Elle lui témoigne en celte circonstance, toujours avec ce style grave et juste où elle excelle, de grands sentiments et une vive estime :((... Vous n'êtes pas dévot, Monseigneur, mais vous êtes capable de remonter à la source de tout ce qui nous arrive. Dieu a voulu sauver M. de Savoie et affliger la France. Vous n'avez pu l'empêcher. Ce n'est ni le courage ni la lumière qui vous a manqué. Consolezvous donc, je vous en conjure... .) A quoi le prince répond avec esprit et noblesse : « Quoique vous vouliez me cacher la reconnaissance que je vous dois, Madame, je la démêle en tout, et particulièrement lorsque vous me faites souvenir de remonter à la cause des grands événemens. Quand je pourrai vous dire sans hypocrisie que je suis dévot, j'aurai une joie

» Voir Sainf-Simon.XYI, 109-200.

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INTRODUCTION

parfaite de pouvoir vous faire cette conlidence; ceux qui sont véritablement dévots sont si vrais et si généreux qu'un honnête homme a plus de dispositions qu'un autre à le devenir. ))

M"" de Maintenon n'a pas plus que le Roi, quoi qu'en dise Saint-Simon S soupçonné le duc d'Orléans d'avoir pris une part criminelle aux malheurs de la famille royale pendant les dernières années du règne : la preuve convaincante en est que, dans le même temps, ses lettres continuent de parler de lui sans aucune iusinualion de ce genre et sans aucun fiel, et bien plus, que, dans le même temps, elle ne s'assure pas de son propre avenir, s'en rapportant à la générosité, à l'équité du futur régent. Louis XIV, à son lit de mort, lui dit : « Qu'allezvous devenir, car vous n'avez rien? » Elle pensa que, dans l'incertitude du traitement que lui feraient les princes, elle devait lui demander de la recommander au duc d'Orléans ; et le Roi le lit aussitôt, par ces paroles que le prince lit connaître : (( Mon neveu, je vous recommande M'"*" de Maintenon. Vous savez la considération et l'estime que j'ai eues pour elle. Elle ne m'a donné que de bons conseils ; j'aurais bien fait de les suivre. Elle m'a été utile en tout et surtout pour mon salut. Faites tout ce qu'elle vous demandera pour elle, pour ses parents, pour ses amis et ses alliés : elle n'en abusera pas. » A peine le Roi était-il expiré que le Régent confirmait à M""" de Maintenon la même modeste pension qui lui avait été faile jusqu'alors sur la cassette. Il vint bientôt la visiter à Saint-Cyr, et elle le supplia de se tenir convaincu qu'il ne devait rien écouter de ce qu'on lui attribuerait contre lui, que la seule obligation de son bienfait suffisait pour l'obliger d'honneur à ne jamais rien dire ni rien faire qui lui fût hostile, qu'on Taccuserait peut-être de commerce en Espagne, mais que tout cela serait faux, qu'elle ne pensait plus qu'à prier pour la France.

Où sont les intrigues, les cabales, les complots qui agitent tant Saint-Simon?

1 T. IX, p. 255.

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INTRODUCTION

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On a beaucoup reproché à M- de Maintenon, on Un reproche encore aujourd'hui de n'être pas restée au chevet du «oi jnsqn a son dernier moment. - Elle ne le qnillait presque pas. disent les mémoires des .lames de Saint-Cyr, d'accord avec Dangean, ni le jour ni la nuit, v demeurant quelquefois quatorze heures de suite et coucl,a„t sur un matelas. Le lun.li 26 août e le ,Hait à genoux au pied du lit pendant qu'on pansait le malade, qui la pria de sortir et même de ne plus revenir, parce que sa présence l'atten,lrissait trop. Elle ne laissa pas que de reyemr: mais le Roi lui dit que, puisqu'il n'y avait plus de remède, , demandait qu'on le laissât mourir en repos. Le mardi 27, dit encore Dangeau, « elle y a pres(,ue toujours été ». Le mercredi 28 elle est allée le soir coucher à Saint-Cyr, pour y laire ses dévolions le lendemain matin, le jeudi 29 Dangeau répète : „ elle a été presque tout le jour dans sa chambre ». Le wndredi 30 il dit : « Le Roi a été toute la journée dans un assoupissement presque continuel et n'ayant quasi plus que la connaissance animale.... M- de Maintenon s'en est allée a cinq heures à Saint-Cyr pour n'en revenir jamais, et avau de n.rtir elle a distribué dans son domestique le peu de meubles L'elle avait et son équipage. » Le Journal * /« IVrnc<- de Jean Buvat' est plus explicite à la date du 50 : « Le Ro, se trouva encore plus mal. Ayant alors fait venir dans sa chambre les princesses et les dames de la cour, il leur dit adieu pour toujours, aussi bien qu'à M- de Maintenon, à laquelle .1 enjoignit de se retirer sur-le-cbamp à l'abbaye ou maison de Saint- Cyr. » Le Roi expira, comme on sait, le dimanche 1" septembre au matin.

Tel est le détail précis; elle l'a quitt,- l'avant-veiUc de sa mort. On s'étonne qu'elle ne soit pas restée pour lui fermer les yeux.

• Pion. 180r., 2 vcil. in-8».

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