‹ Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentique [microform]: choix de ses lettres et entretiensChapitre 47 sur 98 · A M""^ DE FONTAINES, DAME DE SAINT-LOUIS · texte numérisé non relu

A M""^ DE FONTAINES, DAME DE SAINT-LOUIS

Bibliulhèquo nalioiial.'. Manuscrits. Fonds français, 1158, p. 1099. — Manuscrils de Versailles, Letlres édijiantes, l. IV, p. 5H8.

Ce mercredi 21 septembre 1095^.

On vous a apporté bien des pêches : il faut consoler les enftuis par du bonbon quand ils perdent leur mère*. Dans ce moment, je reçois votre leltre. Le Roi est très content de la visite qu'il vous fit hier. H est

* Pour faire la cérémonie <lu sacre du nouvel archevêque.

* 11 s'agissait de délivrer Namur, qui avait été reprise par l'ennemi.

' Le manuscrit de Versailles ne donne pas de date. Les Avis aux reli(/ieu.ses (manuscrit 1438; indiquent la date du 22 septcudjre 101)4, erreur manifeste, puisque l-'énelon est cité dans cette lettre comme évèque de Cambiai ; or il n'a été nonnné à ce siè^^e qu'en 1095. D'autre part, Dan^^cau menlionne, le 22 septembre 1095, l'arrivée du maréchal de Boulllers à Versailles et le départ pour Fontainebleau dont il est ici question.

* M™" de Maintenun i)artait i>our Fontainebleau.

SEPTEMBRE i695. —

un peu mal aujourd'hui ; mais j'espère que cela n'aura pas de suite. Je crois comme vous, ma chère mère, que c'est un prédicateur fort persuasif. H vous donna de très bonnes maximes : représenter son avis, et ensuite se soumettre, soutenir ce qui a été réglé contre notre avis, quitter tout pour ne jamais abandonner les demoiseHes : voilà ce que j'en ai relenu; mais je compte que M'"'" de Bouju n'en aui\i pas perdu un mot. Je ne fus pas trop fâchée de ne pouvoir dire adieu à nos sœurs ; je ne le pouvois sans peine ; je prie Dieu de les bénir. Que chaque particulière s'avance dans la perfection que je sais qu'elles cherchent; que toutes ensemble foi^ment une communauté qui vive comme des anges; qu'elles soient humbles, silencieuses et zélées pour le bien spirituel de leur établissement; qu'elles veuiHent se mortifier, et que leur supérieure songe à les réjouir innocemment ; qu'elles deviennent simples; que les récréations soient gaies et générales ; qu'elles évitent les commerces particuliers, sources de toutes sortes de troubles ; qu'elles aiiuenl leurs supérieures, qui les aiment tendrement; mais, après leur avoir tant souhaité de biens, je les conjure de demander à Dieu pour moi ceux dont elles croient que j'ai le plus besoin, dont elles jugent bien mieux que moi. Ce n'est pas assez de faire des exhortations à nos filles, il fîiut leur donner des exemples de perfection ; en voici un que j'ai trouvé dans un auteur qui ne leur est ni suspect ni désagiéable.

FRAGMENT d'uNK LETTRE DE M. DE CAMBRAI

A M™ DE MAKNTENON

« Au reste, madame, vous prenez soin d'une grande comnninauté de filles, et vous avez intérêt d'avoir devant les yeux des modèles de perfection ; en voici un pour la

* Cette intéressante page de Fénelon n'est connue que par la présente citation.

discipline réo^ulièro que je vous propose. Chaque religieuse des nbijaves nol)les de ce pavs est fondée en coutunie d'aller passer tous les ans un ukms dans sa famille et de visiler toute sa parenté; c'est une civilité réglée. Quand j'arrive dans un couvent, la supérieure vient audevant de moi pour me recevoir dans la rue, et on reçoit tous les étrangers dans des parloirs sans grille ni clôture ; pour moi, en ariivant on me mène à l'église, au chœur, au cloître, au dortoir, entin au réfectoire avec toute ma compagnie. Alors la supérieure me présente un verre ; nous buvons ensemble, elle et moi, à la santé l'un de l'autre ; la communauté m'attaque aussi ; mou grand \icaire et mou clergé viennent à mou secours ; tout cela se fait avec une simplicité qui vous réjouirait. Malgré cette simplicité grossière, ces bonnes filles vivent dans la plus aimable innocence; elles ne reçoivent presque jamais de visite que de leurs proches parens; les parloirs sont déserts, le monde profondément ignoré, et il y régne une rusticité très édifiante. Un ne raffine point ici en piété, non plus qu'en autre chose; la vertu est grossière comme l'extérieur, mais le fond est assez bon. Dans la médiocrité flamande on est moins bon et moins mauvais qu'eu France : le vice et la vertu ne vont pas si loin ; mais le commun des honunes, et en particulier des filles de communauté, est plus droit et plus innocent. »

Vous voyez bien, ma chère mère, que je me sens une grande émulation pour vous après cette lecture, et que majoieseroit parfaite si je vous voyois boire avec M. Tévéque de Chartres, et ma sœur de Veilhau attaquer son srand vicaire. Vous me trouverez bien du loisir de m'eire embanpiée à copier une si longue lettie ; mais vous savez qu'il est fête, et le Roi entretient M. le uiaréehal de Houfflers, qui est inconsolable de la perte de Namur. Adieu, ma chère fdle.

A M. L'ARCIIEYKOrE DE PARIS.

Manuscrits de Moucliy, t. II, p. 13.

Fontainebleau, 12 octobre (IC95).

.l'ai travaillé aujourd'hui avec M. de Chamillart pour les affaires de Saint-Cyr; et entre autres il a été question dés taxes du clergé qui sont, à ce qu'il prétend, exorbitantes à proportion du revenu de l'abbaye de Saint-Denis; sur cela, il a dit que l'arche véclié de Paris n'avoit jamais porté ce qu'il devroit porter. Je lui ai demandé s'il en seroit toujours de même; il m'a répondu que oui, à moins que le nouvel archevêque ne voulût se f^i ire juslice. J'ai cru, monseigneur, devoir vous donner cet avis comme je ferai sur tout ce qui me reviendra; vous en feiez tant et si peu usage qu'il vous plaira, et ne lu'en ferez pas réponse qu'en cas de nécessité.

Le Père de La Chaise a dit au Pioi, dans le commencement que nous avons été ici, que je disois tout au curé de Versailles, qui de son côté redit beaucoup de choses à M.Doileau '. Lue des choses que j'ai dites, c'est que je vous ai fait archevêque de Paris, et plusieurs autres aussi fausses; mais ce que je dois vous dire, monseigneur, c'est qu'il y a déjà longtemps que M. l'archevêque de Cambrai m'avertit que le curé redisoit tout ce que je lui disois; ainsi il y auroit de ma faute à m'y exposer. Je crois qu'il est bon que vous soyez averti.

Je dînai il y a quelques jours chez M. de Pontchartrain; il fit beaucoup de railleries assez aigres sur le Monseigneur que les évoques se donnent, et dit que saint Ambroise et saint Augustin ne s'en éloient jamais servis.

^[me f\Q Poiichartrain, à qui je fais la guerre sur le jansénisme, me dit qu'on verroit comme vous en useriez avec

* Secrétaire de l'archevêque de Paris.

son confcssour, et qu't^lle jugernit par là du goût que vous auriez pour les honnêtes gens; elle affecte fort de dire qu'elle n'a point d'autres sentiinens que ceux du Père de La Tour. S'il n'est pas janséniste, il doit s'en expliquer; car on veut le confondre avec eux.

Je voulois attendre à vous dire ce que je vous écris ; mais il reviendra autre chose, et ce qu'a dit M. de Chamillart m'a déterminée. Je veillerai pour vous sur tout, monseigneur, et vous saurez bien distinguer ce qui mérite de l'attention ou non.

Je ne doute pas que nous ne vous trouvions tout établi à Paris. Je prie Dieu souvent pour qu'il vous y soutienne, et j'entretiens quelquefois le Roi de tout ce qui va s'élever contre vous; il me paroît bien disposé à vous

aider.

Voudriez-vous un chiffre avec moi pour les noms principaux? Je ne le ferois pas romanesque *.

A M. L'AHCIIEVKOUE DE PARIS.

Mamiscrils de Mouchy, t. Il, p. 81.

Ce 22 octobre (169j).

Ce n'est pas le Père de la Tour^ qui est confesseur de la dame dont je vous ai écrit : c'est un M. Ameline qui est je ne sais quoi à Notre-Dame. Mais je vous ai mandé, monseigneur, qu'elle s'autorisoit fort du Père de La Tour et ne s'outenoit que lui. Elle et son confesseur pensent les mêmes choses.

M. l'archevêque de Cambrai a fait un merveilleux ser-

« Pourquoi Lavalléc omet-il cette dernière phrase? Voir plus bas la fin de la lettre du 15 novembre et la note sur le chiifre.

* Supérieur de l'Oratoire, très rectierché comme du-ecteur, mais soupçonné de jansénisme.

— NOVEMRUE IG'Jo. —

mon le jour de Saint-François, dans lequel il rnar(|ue fort le dessein ((u'il avoil de faire son devoir conjointement avec tous les gens de bien ; qu'il convioit tous h\s religieux sans aucune exception, sans distinction; que tout lui seroi', également bon pourvu qu'on voulut aller au bien. C'est M. le duc de Deauvillier qui me l'a ainsi rap- ])orté en le louant foit de ce (ju'il n'a pas voulu prêcher plus tôt (jue le joiu' qu'on a accoiilumé de le l'aire, ne voulant rien innover. J'ai une grande envie, nionseigiieur, d'avoir riiomieur de vous voir.

A M. L'AUCIIEVKOLE DK PARIS.

Manuscrits de Moiicliy, t. II. p. IS.

15 novembre (109")).

Ne me rendez point raison, monseigneur, du papier <jue je vous ai envoyé, à moins qu'il n'y eût ({uebiiie chose à faire ou à dite au lloi. Souvenez-vous, s'il vous Ijjail, que vous m'avez promis de ne m'écrire que pour ce (jui est nécesssaire.

Je me sais bien mauvais gré d'avoir oublié de vous recommander un prêtre de Saint-Cermain nommé M. Michel. Il étoit vicaire; il s'est brouillé avec le curé, et il n'est plus rien. Il est honnne inlelligent, actif, labolieux, capable, et c'est lui qui s'est toujours mêlé des cbarités de ce lieu-là tant pour les François que pour les Aiiglois. La reine d'Angleterre doit vous en parler, et vous lui feriez un extrême [»laisir, monseigneur, si vous pouviez le placer, l'allé croit lui être obligée etne peut le réconqxMiser : jugez de ce que son bon cœur lui fait souffrir. On m'a encore ju'iée de vous reconn)iander M. Varet, vicaire de Saint-Fustacbe depuis longlenqjs ; il a servi plusieurs de m-js proches dans leur conversion; ce sont I. 17

"'i^tf

LKTTIŒS DE M"- DE MAINTENoN

NOVEMlilŒ lOOo. —

cu\ qui nie pressent de lui rendre de boiîs offices auprès de vous.

Vous n'en êtes pas encore quille, monseigneur, car on veut croire que j'ai du crédita i'archevèclié. La comtesse de Mailly veut que je vous présente le sieur Lallemant, receveur général de la généialité de Soissons. Il veut être votre fermier et, en vérilé, je ne veux point qu'il le soit, et je me contente de vous le piésenter, et de vous prier de lui dire (pie je vous ai parlé en sa faveur.

Voilà toutes mes affaires : voici les vôtres. Défiez-vous, monseigneur, de tout le inonde et particulièrement de M. le premier présidents qui est un ravaudeur^. H est venu l)ailer au Uoi sur vous, sur la conduite que vous devez tenir en tout, et particulièrement sur le service de feu M. l'archevêque. Comptez, monseigneur, que presque tous les hommes noient leurs j»arens et leurs amis pour dire un mot de plus au Uoi et i)our lui montrer qu'ils lui sacritienttout. Ce pays-ci est effroyable et il n'y a point de tête qui n'y tourne. Je ne vous raconte point ce que le premier président a dit, parce que cela ne change rien à votre projet, et qu'il convient que vous ne devez pas oflicier au service de feu M. l'archevêque. 11 a fort recommandé au Uoi de pas dire un mot de (ont ce qu'il lui disoit. Jugez par ce soin s'il ne se doute pas lui-même qu'il n'a j)as fait son devoir.

Le Uoi, de son côté, m'a imposé un entier secret, que que je confie à mon évéque, parce que je le crois nécessaire ; mais souvenez-vous que ma confiance n'est que pour vous seul, et que, si je pouvois croire que votre famille le sût, je serois plus circonspecte. Il y aura bien des choses que je consentirai à leur dire, et je suis rien

' M. de llarlay.

'^ M'"' de Sévigné emploie de même le mot de ravaiulerics poiii" si'Miilier des discours futiles, faits d'iulonnations ramassées de toutes parts et sans critique.

moins que mystérieuse, mais le personnage que je veux faire avec vous doit être ignoré de tout le monde, excepté de M. de Chartres, pour qui je n'ai point de secret. Uassurez-inoi là-dessus, je vous eu conjure, et pardonnez-moi la liberté avec laquelle je vous parle.

Ou parla encore hier de M. l'abbé de Noailles* et de sa jeunesse, sans rien conclure et sans in'eu nommer d'autres.

M. le duc de Ueauvillier me conta hier votre conversation. Je crois que cet homme-là est bien droit.

Je vis aussi M. l'archevêque de Cambrai, qui m'assura fort de l'envie qu'il a d'être bien avec vous. Nous parlâmes de M'"*^ Guyon. Il ne change point là-dessus, et je crois qu'il soulTriroil le martyre plutôt de convenir qu'elle a tort.

Encore une fois, monseigneur, déliez-vous de tout ce que vous estimez le plus. Je suis à la source, et c'est ce qui me fait voir trahisons sur trahisons. Mon naturel ne me porte point à la défiance; j'aurois vécu longtemps sans croire les hommes aussi mauvais qu'on le dit ; mais la cour change les meilleurs.

Vous avez trop de bonté de vous intéresser à mon confesseur; il est mieux. Nous ne dîmes rien de M. Anieline. Il faut pourtant que je sache à peu près ce que vous en pensez. Voilà un chiffre, si vous voulez vous en servir au besoin; sinon, il n'y a qu'à le jeter au l'eu. J'en ai une copie ^

' Louis-Gaston de Noaillcs, frère de l'archevêque, et que M°"= de Mainicuon désirait voir lui succéder au sièg^e de Cliâlons ; il fut nommé, en effet, n'avant encore que vinj^t-sept ans. On dési^^nc le Roi.

- Le chiffre dont pailc ici M'"" de Maiutenon se trouve au tome I" du manuscrit de M. le duc de Moucliy, après le feuillet 75, au lieu de suivre la lettre à laquelle M""' de Maiutenon l'avait joint. C'est un simi»le déplacement, qui aura eu lieu dans l'arranj^^ement des volumes avant la reliure. Est-ce là ce qui a empêché Lavallée, qui a eu comniunicalion de ces précieux manuscrits, de remarquer un document

LLTTUES 1)E M-^ 1>E MAlNTENON.

A M. L'AKCIIEVKOUE DK l AlUS.

Maimsciils De Muiicliy, t. I, i'. lôS.

A Siiinl-Cyr, ce 27 décembre .ICU:)).

J'ai eu rhonneur do vous écrire ce maliu bien à la hâte, uiouseij^neur : je v.ulois arriver ici pour la uiesse de la connnun.uté, et j'eu use avec vous dans une entière liberlê sans rien diminuer, au moins dans mou cœur, du respect que je vous dois par tant de raisons

Nous avons ce que nous désirons pour Clialons; mai> qu'il est triste de voir que ce qui est bon s'arracbe par la force et que ce qui est mal se foi t aisément! Ne tàcberez-vous point, monseigneur, de guérir le Père de La Chaise, ou du moins de lui faire lionle de cette

si utile pour la lecture de plusieurs lettres suivautes?(N^ir par cxeiu- 1 a kMt e du 8 uiars 16% à larchevè.p.e de Paris). La Beaumelle, i aus. a vu ces papiers: il co.uu.it ce cl.ilfi-e; lua.s il le ti-a.,sa t ï^^ e i^nt ; biU plus, il e.. abuse. c'est-à-d..-e que, trouva t ^pu.,.t à ces uolatio..s .nystêrieuses il les u.ult.pl.e dans ;^'\:^iL de lem-es cjuil deli.ure ou i..ve..te, tan. .s .,u eu j^de M»e,ipMiii.teuou seuest peu servie, par divers lu.dils. La\ allée yi

u.a -à c e >-q..e, dans la lett.'e du 12 octobre 1695, M- de S e..o.. Impose de co.uposer ce chiflre : « La l>.eau..ielle ajoute k uiièïouiue U^te ^« ^»»<"<"»-^^ ^^^"^ ^^"" '^' Maïuteuon.d après lui

uUôre ù l-archevèque de se servir po.ir sa cor.-espoudauce. Il ..

e. Tpas uu uiot daus lauto.n-aphe ». Vo.c. cependant d ap.-e. le

: lu..r •.:o..-apl.e, ce cl.ilï.v t.-ès .uq..-Uu.t .. co..j.. n. : «

Sr"o 5'-M a;'t.dcl.a.-t.'i..,20. -M. l.v.que de Chart.-es ^S M Ito Nonilk- 50 - Le cai'diual de Bouillon, 52. - Le cardinal Zl^^^^t caidinal d'Est.ees, 42. - M le duc dï)rléans, to. - m"= de Maintcon, 50, 22. - ilonsieu.-, 5^ -^'^^^'^'^

tPs dévots - Les Jansénistes, les anciens. - Les Quietist^es, le^ le. dLNOt.. A ^^^ ^^^ j^j ^j ,^, ^^,.^..

modernes. JI. UC URiIUA, h - / , -rr Mm. /In

ie pré.i(lo..t, .480. » Sans .-ecou.-ir toujours au cluffre, M'" de M ntc^i éc-iKluelqaetois la seule iniliale de cerla...s .U3...s in'o-

;^s ï!^ G. H..fr M-i^ Guyon, M. de M., M. de G. pour M. de Meanv. V de Ga...b,ai. 0.. ..e s'étoiuiei-a pas q.:e, pour a ^-^^^^^^^^ '^J^ lectu.e, nous ajons écrit ici en entier ces noms toutes les loi. qu .1 n'y avait aucune incerliludo.

DEGEMBUE lOOo. —

maxime : que les dévots ne sont bons à rien? Il est bien vrai (pi'il y a des dévots qui ne sont point propres à gouverner; mais c'est le caractère de leur esprit et non pas la faute d.» la dévotion. La maxime du bon Père est publique, ainsi vous pourrez lui en parler librement. Ne le piquerez-vous point d'honneur en lui disant que ce seroit lui qui devroit êlre le protecteur de la piété, au lieu de faire dire que nous sommes mal ensemble, parce que j'aime les gens de bien et qu'il ne peut les souffrir? Il n'v a rien là, ce me semble, (lu'il iioil redire au Pioi et qui ne fi*it contre lui. C'est à vous, monseigneur, à reclifierce que je vous propose.

C'est mal nommer ce qui s'est passé enti^e le P»oi et moi, la veille qu'il fit ses dévolions, que de l'appeler conversation, car je ne pus jamais le faire parler. Je lui contai quelque cliose de saint Augustin, qu'il écoula avec plaisir; sur cela je pris occasion de lui dire que je ne comprenois pas pourquoi il ne vouloit jamais que nous fissions quelque lecture qui l'inslruiroit et même le divei'tiroit, et que je croyois que le Père de La Chaise s'y opposoit. 11 me dit qu'il ne lui en parloit point et qu'au contraire il le lui avoit i)roposé. Je répliquai que j'avois peine à le croire quand je pensois que je l'avois vu me jiresser de lui lire des écrits de M. de Fénelon, en lire de saint François de Sales, priei' avec moi et être si touché qu'il vouloit faire et fit en elfet une confession générale; que lout cela éloit tombé en vingt-quatre lieures, et que de|)uis il ne me disoit pas un mol sur la dévotion. Il me répondit pour toute chose qu'il n'étoit pas un honuTie de suite, voulant dire qu'il ne suivoit rien. Je ne le crois pas menteur : ce n'est donc pas le Père de La Chaise qui l'éloigné de moi par rapport à la piété.

Mais, monseigneur, si le Père de La Chaise est justifié, quelle conséquence en devons-nous tirer? et quel malheur si c'est le Roi qui craint que je lui parle ! Il se fait

un scrupule d'aimer h vous faire i»laisir on donnant un saint êvêque à CliAlons et, en même temps, il en donne un à I.angres » qui est sans piété, au moins si j'en crois M. le curé qui vient de m'en parler.

Je suis bien aise que vous trouviez la lettre que je vous ai confiée trop dure; elle m'a toujours paru ainsi : ne connoissez-vous point le style? Mais, monseigneur, souffrez que je revienne à l'évéque de Langres. N'en direzvous rien au Père de La Chaise? Au reste, je crois voir par une lettre que j'ai reçue de M. l'évéque de Chartres que, pourvu que je contiihue à faire de bons évêques, il me passera tout le reste.

A Versailles, ce 27.

Le Roi est bien content, monseigneur, de tout ce qui s'est ])assé entre vous, et bien aise que vous ne touchiez ni à la foire ni à la comédie ceth» année. Vous faites merveille de le préparer ainsi, il faut raccoutumer et ne le pas surprendre. Je l'ai fort loué de ce qu'il m'a dit qu'il vous seroit soumis ; je lui ai dit qu'il devoit l'être et que c'étoit l'ordre de Dieu. Je le prie de tout mon cœur de se servir de vous pour son salut. Il m'a dit que vous n'aviez pas voulu lui dire quand vous donneriez le ju])ilé. J'ai répondu que vous ne l'aviez peut-être pas encore résolu, mais que j'étois ravie ((ue vous ne lui disiez que ce qui vous plaisoit. Enfin, monseigneur, il s'accoutume à vous; soyez libre et hardi avec lui, je vous en conjure.

Les premiers mois de ravaiil-dernier paragraphe de la lettre qu'on vient de lire touchent à un petit problème historique non encore résolu. Déjà, dans une lettre précédente, (hi 2 décembre, et qui ofire pour le reste peu d'intérêt, M™' do

* L'abbé de Tonnerre, auniùnicr du Roi, frère de l'évéque de Laon et neveu de l'évéque de >oyon.

Maintenon écrivait au même correspondant : « Voilà une lettre qu'on lui a écrite il y a deux ou trois ans. Elle est bien faite; mais de telles vérités ne peuvent le ramener; elles l'irritent et le découragent : il ne faut ni l'un ni l'autre. » A quel grave document ces deux passages font-ils allusion ? On les a interprétés connue se rapportant à cette célèbre lettre de Fénelon à Louis XIV, bien souvent citée, qui contient des passages tels que ceux-ci : « ....Vous avez passé votre vie entière. Sire, hors du chemin de la vérité et de la justice.... Examinez sans vous flatter si vous pouvez garder tout ce que vous possédez en conséquence des traités auxquels vous avez réduit vos ennemis par une guerre mal fondée.... Vos peuples meurent de faim. La culture des terres est presque ahandonnée; les villes et les campagnes se dépeuplent; tous les métiers lauiruissent et ne nourrissent plus les ouvriers. Tout commerce est anéanti.... Le peuple, qui vous a tant aimé, commence à perdre l'amitié, la confiance el môme le respect.... La sédition s'allume peu à peu de tout(»s parts.... » Et plus loin : « Vous n'aimez pas Dieu, vous ne le craignez même que d'une crainte d'esclave ; votre religion ne consiste qu'en superstition et en pratiques superficielles. Vous rapportez tout à vous.... Votre conseil n'a ni force ni vigueur pour le bien. Du moins M™" de Maintenon et M. le duc de Beauvillier pourroient-ils se servir de votre confiance en eux pour vous détromper; mais leur oiblesse et leur timidité les déshonorent.... A quoi sont-ils bons, s'ils ne vous montrent pas que vous devez restituer les pays qui ne sont pas à vous? » Que Fénelon ait écrit cette page, cela paraît incontestable. L'orif,nnal (ou la minute), certainement autographe d'après les meilleurs juges, et signé, existe chez M. G. de Villeneuve, gendre de M. le comte de Montalivet; celui-ci l'avait acheté à la mort de l'éditeur Renouard, lequel l'avait acquis en 1825 et publié avec un fac-similé de la première page. En tête de cette première page on lit, de la main, dit-on, du marquis de Fénelon, petit-neveu de l'archevêque, ces mots : « Minute d'une lettre de M. l'abbé de Fénelon au Roi, à qui elle fut remise dans le temps par M. le duc de Reauvillier, et qui, loin de s'en indisposer, choisit au contraire quelque temps après cet abbé pour précepteur des princes ses petits-enfans. Cette minute est toute de l'écriture de M. l'abbé de Fénelon, depuis archevêque de Cambrai. »

LtTTUES \)\i M'"' DE MAINTENON.

Laissons do côlé, comnio n'ayant pas, croyoïis-nons. nno anloriir- siilTisante, le téiuoi^rnage du potil-nevon de l'arclievè(iue. Croire qu'une pareille lettre ait été écrite par Fénelon pour être remise au lloi en son nom et qu'elle ait été remise en effet nous parait impossible. On n'a qu'à lire les lettres que Fénelon a<ln'ssait au duc de bourgogne dans les temps les plus difficiles, quand L\s désastres mililaires et la mauvaise politique irritaient et inquiétaient le plus vivement son patriotisme, quand il espérait que ses supplications parviendraient par le prince au Hoi, pour remanpier avec quel scrupuleux égard de la dignité suprême et des plus hautes convenances il s'exprime. En tout cas, l'allusion aux grandes conquêtes que l'auteur de la lettre a l'étrange pensée de vouloir qu'on rende date ces lignes de la première partie du règne. Fénelon a pu les écrire en connnunauté de pensée avec le duc de IJeauvillier, qui pouvait dire au Roi des vérités même pénibles à entendre. Celte page peut n'avoir été qu'un projet ue mémoire, une note destinée tout au plus à être communiquée à une ou deux personnes de conlidence intime. — Quant à la lettre à laquelle M'"" de Maintenon fait deux fois allusion, il est vrai quelle a dû avoir pour auteur Fénelon, dont « on coimoît le style »; mais elle daterait de 1G02 ou lt)l)5, et elle a dû être remise au Hoi. Il n'y a pas de raisons, croyons-nous, de la confondre avec la première.

Ce qui est vrai, c'est (pie les pamphlets devenaient plus nombreux et plus ardents à mesure que se nmltipliaient les malheurs du règne, et l'on pourrait citer plus d'un exemple de représentations hardies adressées à Louis XIV et certainement remues par lui. M'"^ de Maintenon elle-même fait souvent allusion à des lettres non signées qui parvenaient à leur adresse. Si la célèbre leltre de Eénelon a été connue de Louis XIV, ce ne peut èlre que sous ce voile de l'anonyme.

On peut consulter sur ce sujet une intéressante communication de M. Arthur de boislisle à la SociiHé de Chhloire de France: voir le procès-verbal de la séance du conseil d'a<lminislration du 5 janvier 1886.

— MAUS lO'.m.

A M. L'AUCIIEVÈOLE llE PARIS.

Manuscrits «lo Moucliy, t. I, p. 7-2.

8 mars (IG9()).

Si ce que j'avois à faire à Saint-Cyr mardi eût pu se remettre, je n'aurois pas manqué de le faire; mais il falloit donner le voile à trois filles, qui auroient été bien affligées de n'être pas traitées comme les autres. M. le curé m'a dit ce matin que le jubilé commence ici avec un zèle qu'il n'a pas vu dans les autres. J'espère bien, monseigneur, que Dieu bénira vos travaux et vous donnera la force de soutenir en paix les contradictions.

Monsieur est celui qui paroît le plus peiné de la piété. Il dit l'autre jour au Roi qu'il y avoit eu beaucoup de masques et de bals, et que l'on avoit défendu le jeu à la foire'; que M. le Duc ayant demandé des dés, qu'on lui en refusa, et qu'il demanda un totani^; que l'on ne vouloit pas qu'on y bût et qu'on y mangeât; que les croclieleurs, les porteurs d'eau ne pouvoient plus se montrer les dimanches; et dans toutes ces plaintes qu'il faisoit sans y joindre aucune réflexion, on voyoit bien qu'il croyoit être devant des gens qui pensent à peu près

* On lit dans le Journal de Dangeau, lundi 5 mars : « Le jubilé coinuionça.Tuus les spectacles et les mascarades sont défeudus; on a môme défendu aux luarchands de la foire Sainl-Gcrmain de domior à jouer». La foire Saiiil-Genuaiu so louait sur le U'rritoirc dépendant de labbaye de Saiut-Germain-des-I'iés. entre réalise de l'abbaye et l'église Sainl-Sul])ice. Il s'y établi>sait des tliéàlres, des jeux de toutes sortes, des cabarets. Elle était fré(pientée, ou le voit, par les seigneurs aussi bien que par le peiqde, et il y réj,'nait une licence que les ceiistn-es ecclésiasli(pies et les ordonnances de l>olice s'évertuaient vainement à empêcher.

- Le vrai nom de ce jeu est loluin : « Espèce de dé à quatre faces, qui est percé d'une cheville : la face qui gagne est marquée d'un T, initiale du latin totuni, tout. » Dictionnaire Liltré. C'est le français lolon, (jue l'on prononce à tort tonton : « Faire de (juelqu'un un toton, le faire tourner, aller, ajrir à volonté ».

'i^SÊSÊlÊbdiâ^etilSÊiâ

20ii I.KTTI'.KS I)K M"' DE MAINTENON.

comme vous, et qui l'empèclioiont d'en dire davantage. Le Roi ne répondoit presque rien; mais, quand Monsieur fut parti, il me dit que vous ne lui aviez l'ien dit sur le jeu, mais «pi'il cniignoit pourtant que vous ne l'eussiez défendu; et il m'a dit depuis qu'il étoit vrai que le jeu étoit compris dans les défenses de M. de la Reynie'.

Le Roi est sage; il vous respecte ; il ne vous résistera pas. 11 me disoit l'autre soir qu'il ne chargeroit pas sa conscience en s'opposant à ce que vous voudriez. Voilà ses dispositions. Du reste il craint les nouveautés en toul; mais elles ne seront plus nouveautés quand il y sera accoutumé.

Vous savez, monseigneur, ce que je vous ai mandé par 48 sur 4802. || j^ ^\[l an Roi que vous vous étiez mis derrière M. de Lamoignon. La haine qui étoit entre eux est encore augmentée. M. de Lamoignon, entre vous et moi, est mal avec le Roi. L'union du premier président avec vous seroit plus importante pour le bien public : c'est à votre prudence à vous ménager.

J'ai déjà parlé sur la Trappe conformément à vos iiilenlions. Je crois qu'on veut consulter le Père de La Chaise''. Je ne sais rien sur M. de Roynette : le Roi m'a dit que vous en faisiez grand cas, à l'occasion do M. l'évéque de Ghàlons, à qui vous deviez le prêter quelquefois. Vous ferez très bien, monseigneur, de parler au Roi sur les mauvais offices qu'on rend aux gens de bien,

* La Reynic était lieutenant de police; en possession de la confiance royale, il avait lait une sorte do ministère de son emploi, « qu'il ennobli ssoit, dit Saint-Simon, par l'éMpiité et le désintéressement ». 11 (piitta cette cliarj;e l'amiée suivante.

* 48 dési^'ue levêque de Chartres, et 480 le premier président de Ilai'lay. Voir le chiffre à la suite de la lettre du 15 novembre 1005.

^ 11 y eut alors et dans les années suivantes de grands troubles à l'abbaye de la Trappe. L'abbé de Rancé ayant donné sa démission de supérieur, celui (}ui lui succéda se montra très indijj^ne de cette charge. Le Père de La Chaise fut fort mêlé à ces affaires, que raconte en détail Saint-Simon, grand ami de M. de Rancé.

et, si l'affaire de la Trappe n'est point consommée, de lui en dire un mot. Il faut l'accoutumer à lui parler de tout ce qi'i a rapport à sa conscience.

J'ai reçu une lettre anonyme qui me querelle sur ce qu'on donne la liberté tout l'été de se faire tuer et de se ruiner, et que l'hiver on défend les divertissemens. On ajoulc qu'aussitôt que les troupes seront assemblées, elles passeront aux ennemis. Je n'ai rien dit de cette lettre, qui n'est rien.

M""^ de Saint-GéranS à qui je n'avois pas parlé il y a bien des années, m'a demandé une audience ; et, en m'assurant qu'elle vouloit être dévote, elle a voulu me persuader de la faire aller à Marly. Je lui ai parlé avec une grande franchise sur sa mauvaise conduite, et je l'ai renvoyée à M'"^ la duchesse de Noailles pour juger s'il faut la détacher du monde, la mener à Marly.

J'attends le père de La Chaise pour l'envoyer prier de me voir. Je lui parlerai du père de Sainte-Marlhe^ et de M""' de Mondon ville''.

J'ai eu de grands commerces avec M. de Cambrai, qui

* Voir plus bas la lettre du 5 juin 1708.

2 Le célèbre oralorion, mort en 1007. La persécution qu'il subissait comme suspect de jansénisme s'adoucit par ces bons oltices.

^ Jeanne Juliard, dame de Mondonville, veuve d'un magistrat de Toulouse, avait fondé dans cette ville une maison religieuse dite de la Sainte-Enfance. Elle en avait donné elle-même tous les règlements et la gouvernait avec une grande autorité: les religieuses étaient nombreuses : plusieurs appartenaient à d'importantes familles. On s'occupait d'éducation et d'autres bonnes œuvres. Cependant cette maison fut tout à coup dénoncée par les Jésuites comme un foyer de jansénisme, où s'imprimaient secrètement (juantité de pamphlets. M'"'' de Mondonville fut enlevée de la maison de Toulouse, au grand désespoir des religieuses, la maison détruite, la chapelle rasée comme à Port-Royal. M'""^ de Mondonville fut enfermée aux Hospitalières de Coutances; elle y mourut en 170">. Jules Janin a pris l'histoire de M""' de Mondonville et de l'institut de la Sainte-Enfance pour sujet d'un roman : La Reliç/ieuse de Toulouse, dans lequel les faits historiques sont singulièrement travestis. Sainte-Beuve a consacré tant au roman qu'à la biographie réelle de M-"' de Mondonville une intéressante étude dans les Causeries du Lundi, t. H.

208 LKTTUES DK M™^ DE MAINTRNON.

roulent loiijonrs sur M"'' Guyon'; mais nous ne nous persuadons ni l'un ni l'autre. La froideur entre les dames et moi augmente tous les jours.

Je fais mon jubilé, monseigneur, et je prie de bon cœur pour vous. Je v(»us conjure de vous intéresser à mon salut.

A M. i;AU(:iii:\i-:(jr.": de iwnis.

Mamiscrils de Mouchy, t. I, p. iO.

Ce 8 avril (lOOr.).

Je vis liier M'"*" la présidenle de Nesmond, monseigneur, qui, avec beaucoup d'bumililé et de zèle, veut bien se cbarger des bonnes œuvres que M'"^ sa mère lui a recommandées comme de sa communauté'', qui com-

* Nous avons une dos loti ces de F«''noloii [Œuvrex, t. \X\, p. 220), dont M"" do Maiiitcnon parlo ici, mais aucinio de collos qu'elle lui adicssa. I,a loUre de Fonolon du 7 mars 1000 est sin^adièromoiil vive. Il revient à la proposition d'obtenir de M™' Guyon une déclaration qui la jiistiliora : « Peut-être croirez-vous, madame, que je ne fais cette oilVe que pour la faire mettre en liberté. ÎSon ; je m'cnf^apre à lui faire faire cotte explication précise et cette réfutation i\o toutes ses erreurs condanmées sans songer à la tirer de j)rison. J(^ ne la verrai point: je ne lui écrirai que des lettres que vous verrez et qui seront examinées par les évêqnes : ses réponses passeront toutes ouvertes par le môme canal. On fera de ces exi)lications l'usaj^'e que l'on voudra. Après tout cela, laissez-la mourir en prison. Je suis content qu'elle y meure, que nous ne la voyions jamais, et que nous n'entendions jamais parler d'elle. 11 me paroit que vous ne me croyez ni fripon, ni menteur, ni traître, ni hypocrite, ni rebelle à l'Église. Je vous jure devant Dieu, qui nous jugera, que voilà los dispositions du fond de mon cœur.... Pourquoi vous resserrez-voi:s le cœur à notre égard, madame, comme si nous étions d'une autre religion que vous?... Pourquoi croire que vous ne [touvez avoir le cœur en repos et en union avec nous?... Je pars avec l'espérance que Dieu, qui voit nos cœurs, les réunira, mais avec une douleur inconsolable d'être votre croix.... »

* Les duchesses de lieauvillier, de Chevreusc, de Charost, etc., amies de Fénelon et de M""' tiuyon.

' La présidente de Nesmond était lille de M""^ de Miramion, célt'bre par sa charité et ses bonnes œuvres, et qui venait de mourir : Dnn-

— AVUIL IG9t). —

prend le soin des pauvres, des écoles, des retraites et le reste, de la Providence, des nouveaux convertis, du refu"^e, de la cbambre de travail et de la bourse cléricale. J'écrivis cette liste devant elle, alin de l'engager davanta"^e. Elle me parut désirer que M™° la ducbesse de Noailles vouKit bien se cbarger des pauvi^es de la paroisse de Notic-Dame de Bonne-Nouvelle.

Le Uoi continuera à M'»*^ de Nesmond les aumônes «lu'il faisoit; mais, par malentendu, il a cru qu'on ne lui deinandoit i)our ce quartier que cinq cents écus; ainsi il n'a destiné ([ue cette somme et en a envoyé une bien plus forte qu'à l'ordinaire à M'"Ma ducbesse de Noailles. Ainsi, monseigneur, il faudroit, ce me semble, que vous en donnassiez quelque cbose pour cette paroisse, et que vous convinssiez pour l'avenir de ce que M"^'^ de Nesmond remettra entre les mains de M'»^' votre mère ou de M. Teckre

sous ses ordres.

M'"^ la présidenle de Nesmond me téiuoigna une gt^ande envie, monseigneur, de s'unir à M'"*^ la ducbesse de Noailles pour les bannes œuvres sous votre protection.

Mais ce qui la presse le plus, et avec raison, est de se défaire de M'"*^ la grande-ducbesse K Le Uoi me dit Lier au soir que je pouvois vous en solliciter de sa part. Songez donc, monseigneur, s'il vous plaît, à cette afiaire.

geau annonce ainsi sa mort : « C'est une grande perte pour les pauvres, à qui elle fcsoit beaucoup de bien ; elle avoit travaillé à de bons établisscmens de charité, qui presque tous avoient réussi. Le U(.i laidoit beaucoup dans ses bonnes œuvres et ne lui refusoit jamais rien. » La veille de sa mort, elle écrivait à M'"« de Mamtcnon une lettre admirable dans sa simplicité, alin d'obtenir par elle la continuation des grâces du Hoi en faveur de ses pauvres. (Voir Lavallée, Correspondance (/cnéralc,{. IV, p. 80. Cf. iManuscrits de Versailles, Lettres édifiantes, t. IV, p. 530.)

* La grande-duchesse de Toscane, lille du second mariage de Gaston d'Orléans, mariée au grand-duc de Toscane Cosine, vécut fort mal avec lui, s'en sépara et revint vivre on France, à la condition do se mettre dans un convont. Sou esprit tracassier la rendait insupportable à tous ceux qui raïqirocliaienl.

LETTIŒb DE M"»^ DE MAINTE.NON.

Celte princesse ne part plus de la maison, et craint moins ce qui y reste qu'elle ne craignoit M'"^ de Miramion; ainsi tout est à craindre pour riionneur de cette communauté.

A M. L'AUCUEVÉOUE DE PARIS.

Manuscrits de Mouchy, 1. 1. p. 155.

25 avril (109G).

Le père Séraphin^ a soutenu son carême, et le finit hier de manière à faire pleurer bien des j,^ens. Il m'est venu voir ce matin et m'a parlé de ses alTaires. Je lui ai conseillé de les traiter avec vous, monseif^neur, et il s'y dispose. Il a pris congé du Uoi dans mon antichambre et en a reçu jdus de louanges que tous les prédicateurs ensemble n'en ont donné à Sa Majesté depuis trente ans. M. le maréchal de Noailles en a entendu une partie. Le Uoi doit vous parler là-dessus. C'est à vous, monseigneur, à voir ce que vous avez à faire. Mais comptez que c'est

» C'est de ce père Sérapliiu, capucin, ijue La Bruyère, dans son cliai)itre de la Chaire, lait un éloj-e qu'on ne lit pas sans surpi-isc, en pensant conihicn la postérité l'a peu ratifié : « Cet lionnne que jattendois inipatieinnient, que je n'osois i>as espérer de notre siècle, est enlin venu », etc. H avait prêché un carême à la paroisse de Versailles. C'est là que La Bruyère a dû l'entendre en 1CU2. Les sermons cl homélies du [)ère Séraphin ont été recueillis et publiés successivement en dix volumes, qui ont paru en lOOî^, 1GU7 et 1703. 11 est évident (pi'il avait une simplicité, une onction très propres à toucher les auditeurs, et les plus délicats, puisque La Bruyère rejtrochc aux paroissiens de Versailles de n'avoir point su le goûter, tandis (lue les courtisans désertaient la chapelle du château pour aller l'entendre. Louis XIV, qui était bon juj;e, fut de l'avis de La Bruyère. Plus tard, le père Séraphin lut accusé de doctrines suspectes; on voit déjà ici une allusion de M'"" de Mainicnon à une opposition entre lui et le cardinal de Noailles, (jui finit par lui interdire la chaire. — Il y a plusieurs prédicaleui's de ce nom, aussi capucins, qu'il ne tant pas confondre avec celui-ci. L'abbé Le Gendre, dans ses Mémoires, dit beaucoup de mal et du talent et de la personne de ce pire Séraphin.

— MAI UiUO. — 271

sans entêtement, sans exagération, cpie je vous dis que jamais homme n'eut un tel succès, et que le lioi et monseif^neur en particulier en sont touchés jusqu'à la tendresse pour sa personne. Je crois de la gloire de Dieu de ne pas scandaliser cet homme; du reste, il en arrivera ce

qui lui plaira.

Le père de La Chaise ne perd plus d'occasion de me voir : il vint m'annoncer hier (jue le Uoi prenoit l'abbé de Caylus^ pour aumônier. Nous eûmes ensuite une longue conversation. Je vis (pie le Uoi n'est i)as si docile que je le cicnois, et que le bon père lui donne de trèsbons conseils; il m'exhorta à le prêcher en m'assurant que personne ne le pouvoil mieux (pie moi. Nous nous encensâmes l'un l'aulre, et nous étions de même avis. Mais j'allai parler d'aitiour de Dieu, et là-dessus on me voulut persuader (ju'il y enavoit une très-parfaite^ dans la crainte : ainsi nous nous séparâmes après avoir un peu

disputé.

Il est charmé des dispositions de monseigneur.

A M. L'AUCUEVÈUIL DE PARIS.

Manuscrilb do Mouchy, t. :1, i>. "2(i.

A Marly, 18 mai (lOUJ).

Que ne donnerois-jc pas, monseigneur, pour assister au sacre qui se fera dimanche, et pour être témoin de la joie de M""^ la duchesse de Noailles'*? Ce sont là, ce me semble, les fêtes et les i)laisirs permis aux chrétiens. Mais Dieu ne veut pas me donner de telles consolations.

» Beau-frère de la comtesse de Caylus, il devint plus tard évèque d'Auxerre.

- Sic. . , . .

•> Mère des deux prélats: l'évèque de Chàlons, qui devait être sacre, et l'archevêque de Paris, qui était le consacrant.

272 LETTIŒS DE M""^ DE MAINFENON.

Je lui di'iii.uuiorai do tout mon cœur de conibler do ses gràcos le cous.ncrnnt et le consacré, et d'être leur force pour porter les travaux de l'épiscopat.

Demandez-lui, monseigneur, de me donner celle qu'il me faut pour porter les plaisirs de la cour. Il y a huit jours que j'y suis sans relâche, il y en a presiprautant que je succombe à la tristesse de n'entendie rien dire de raisonnable. Le chapitre des pois dure toujours, l'impalience d'en manger, le plaisir den avoir mangé, et la joie d'esj)érer d'en manger encore, sont les trois poinis que j'entends traiter depuis quatre jours. Il y a des dames qui, après avoir soupe avec le lioi et bien soupe, trouvent des pois chez elles pour manger avant de se coucher. Vous avez d'étranges brebis, monseigneur. Pardoimez cet épanchement de mon chagrin à mon pasteur, et faites-en part, si vous le voulez, à révéque de Saint-Cyr*.

Le Roi a un érésipèle à la joue (pii n'est rien; il sera saigné lundi, se reposera maidi, sera purgé mercredi, et ira jeudi à Tiianon. Voilà son jirojel. Je serai, je crois, lundi à Saint-Cyr, où j'altends M. de Chartres et MM. Ilri- SMcier et Tiberge ; mais, monseigneur, vous serez toujours le bienvenu.

.\ M. L'AliCIIEVKOlE DE PAIilS.

3Iaiuiscr.U <!e Moiiciiy, l. I, p. 06.

A Miirly, ce ô aoùl (101)0).

Je n'ai plus parlé de M"'^ de Gastelnault, monseigneur, ne voulant pas vous commettre à un nouveau refus. M. de Pontcharlrain fit mercredi une dernière tenlative, et fut refusé avec chagrin de la pari du Rdi.

Le Roi refuse les bonnes œuvres plus que jamais,

' M'"" (lo Maiiiloiioii dcsi^in» .liiisi CimIcI dos Marais, Icvéqiie fie CliarUcs : Saiiil-Cvr clait dans son diocèse.

ol voici son raisonnement : il dit (jue ses aumônes ne sont que de nouvelles charges pour ses peuples; que plus il donnera, plus il prendra sur eux; que ses aumônes sont sans méi'ile, puisqu'il ne les prend pas sur lui et quil n'en a ni ])lus ni moins tout le nécessaire et tout ce qui lui est agréable. Je ne vois, en effet, que sur son plaisir qu'il pourroit prendre, et ce j)laisir est son jardin ; il n'y fait que des dépenses médiocres. Fournissez-moi des raisons, monseigneur, s'il y en a de meilleures que les siennes.

Il ne m'a dit qu'un mot sur le père de La Tour : il étoit en si mauvaise humeur ce jour-là que je crus devoir le ménager.

Les dames se donnent assez de mouvement pour élre auprès de M'"'' la duchesse de Bourgogne*, monsei<nieur, pour que vous puissiez faire parler M"^'^ la duchesse de Noailles sur M"^^' de Créqui, la duchesse du Lude ou la duchesse de Venladour. La dernière est séparée d'avec son mari. Sa réputation n'est pas sans tache - ; elle traîne une mauvaise suite dans sa famille; elle est toule liée à Sainl-Cloud, dont on voudroit éloigner la jeune princesse.

Vous avez trop de verlu, monseigneur, pour qu'on ne puisse pas vous tout dire sans ménagemeiil. L'abbé Testu prétend que vous ne vous taxez pas à la proportion des autres''. Je sais répondre en général à ces sortes de dis- C(>urs; mais, si vous voulez m'instruire, je répondrai encore mieux.

' l'ar suilo du li'aité de i)aix conclu a\oc le duc de Savoie, sa fille Mai'ie-Adélaïde devait éi)ouser le duc de llourpo^'-ne. Elle n'avail que onze ans, mais elle devait être envoyée en l'rance dès maintenant, et on lui formait une maison.

- Voir la note à la lettre de fin janvier 1002. On est un peu surpris de ce jugement sévère de M '" de Maintenon sur la duchesse de Ventadiiur, à laquelle on trouvera adressées tant de lettres sympathiques et élogieuses. Ici cependant M"'" de Maintenon s'accorde assez avec M""-^ de Sévignc et Saint-Simon.

' Pour la capital ion.

fa'li'iliiiiiiB'IHT iiQiuftifjjigi;! l^b^wfflf'tfgWf.tiiiaijayamjM MfmmÉiijj m

27 i lETTR'/.S m M- DE MAINTKNON.

Les onnoniis paroissont vouloir tonicr qiiolqiio chose. On seroil honteux de prier i»uhli(iueinent ; mais je crois, monseigneur, que vous priez et faites prier autant qu'il vous est possihie.

A M. i;\IlCnKVK(JlK DE DARÏS.

.Manuscrits i\o MoiuMiy, t. II, p. I.'il.

(Marly) 5 aoùr (109G).

Si M. ral)hé Teslu' se i>laint de vous, monseigneur, il sera dans son tort; mais je croirois être dans le mien si je ne vous avertissois pas d(^ tout ce qui viendra à ma connoissance sur votre sujet.

il V a deu\ jours que le R(U me dit en sortant de ma chambre : Je m'en vais voir un honmie que vous croyez hon homme, mais sans esprit, et me nomma le père de La Chaise. Je lui répondis : Vous le croyez encore plus que moi, car vous le voyez })lus souvent. Le Roi répliqua : H est vrai, et cela baisse tous les jours. Je crus l'occasion favorable, et je lui dis : N'allez pas me donner quehpie stupide pour confesseur de la princesse*; et ordonnez au père de La Chaise de considter M. l'archevêque, qui estime fort certains sujets de la Compagnie''. 11 me dit : Informez-vous de quelque chose de bon, et je le demanderai. Me voilà donc en état, monseigneur, de vous consulter la première fois que j'aurai Ihonneur de

vous voir.

Ne venez point ici; on a regret de tout le temps qu'on passe hors des jardins; (»n n'ira plus à Trianon*. Nous

» Voii- sur l'al)bé Tcstii la lettre du 8 uiai 1075 et la troisième note à celte lettre.

"^ La duchesse de Bour^ojrue.

3 11 était d'usajïe de prendre les confesseurs des princes et des princesses dans la Compafrnie de Jésus.

* On a déjà vu que on désif^ne le Roi.

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