AOUT 1G9G
irons, s'il plaît à Dieu, à VersaiHes samedi. Nous y serons environ huit jours, et de là àMeudon.
Je m'aperçois avec plaisir que le Roi reprend son ancienne familiarité avec M. votre frère.
A M. L'ARCIIEVÈQl E DE PARIS.
Maïuiscrils do Mouchy, l. I, p. 58.
A Saint-Cyr, 14 août (IGOG).
Je ne puis vous exprimer ma joie, monseigneur, voyant ce que Dieu fait dans le cœur du Roi pour vous. Il y a déjà longtem])s que je m'aperçois qu'il s'approche de vous, (pie la confiance augmente, ou, pour parler plus juste, qu'il se rassure sur vous : car il vous estimoit, vous goùtoit quand vous étiez M. de Ghàlons; mais, monseigneur, il ne se peut taire du premier mouvement qu'il a vu en vous au dernier discours qu'il vous a fait. Il en est édifié au dernier point, et je ne le suis pas moins que lui. Je lui dis combien vous avez été toujours ferme sur la résidence, et que vous n'aviez jamais consenti que M. de Cambrai demeurât [)récepteur et devînt archevêque en même temps*. Le Roi est naturellement exact et sévère : ainsi ces maximes sont de son goût; il vous voit ferme en môme temps qu'on vous accuse d'être trop doux. Ne croyez pas, monseigneur, que ce soit là un mauvais office auprès de lui. Il craint les naturels rudes et âpres quoiqu'il les veuille fermes. Dieu fîiit bien toutes choses,
* Fénelon lui-niêinc n'eût point accepté le i>iège de Cambrai si ses l'onctions auprès du duc de Dourfjog:ne lui eussent interdit la résidence dans son diocèse. Il avait été convenu qu'il passerait trois mois à la cour et neul mois à Cambrai, tout en conservant la direction de l'éducation. Sa disgrâce l'éloij^na délinitivcment de la cour en août 1G07 ; il garda cependant \o litre de précepteur du duc de Bourgogne jusqu'en iGOU.
270 Lmnts DE M- m maimenon.
monsoioneur. ol los disposo, co me scinblo, pour le salut du P.oi dès qu'il ra|.inocho do son paskuir. Après cela je n'aurai qu*à niouiir en repos. Continuez d'allaciuer ce qu'il y a de mauvais dans les Jésuites avec votre douceur naturelle, en le cliari^eanl lui-même quelquetois de leur parler. Je ne sais peut-être ce que je vous dis, car, en vérité, je fais tout avec précipitation. Pardonnez toutes mes fautes.
A M. i;Auriii':vKoiK dk paris.
M;uinscrils (!•> ilouoliy, t. II, p. 57.
2Sscplcml)rc (lOOC).
Je prie Dieu, monseijçneur, de vous bien inspirer; de quelque côté que vous vous tourniez, vous serez blâmé.
I.e quiétisme fait plus de bruit que je ne pensois, et bien des gens à la cour en sont plus effrayés que M. de
Cbartres.
Je n'aime guère à me mêler des affaires des autres, et je ne connois personne de la congrégation de Saint-
Maur.
Tous les jours me sont égaux, monseigneur, pour avoir riionneur de vous voir, car si vous ne me trouvez pas à Versailles, vous viendrez à Saint-Cyr. Le Hoi prend médecine lundi ; vous me trouverez sûrement mercredi ; mais il est très vrai que tous les jours seront bons.
J'ai eu ce matin une grande conversation avec le père
* lavallée, dans sa Correspondance grnn-ale, t. IV, p. 22, place cette lettre en 101>5. Il n'y a qu'à consulter Dan-jeau pour se convaincre (pie c'est là une erreur. En lOUo la cour, selon l'usage ordinaire, passa les mois de septembre et d'octobre à Fontainebleau; mais en 4»»1H), à cause de la maladie du Uoi, on passa l'automne à Versailles. Le 28 septembre l'ut un vendredi, et Danjj:eau note que, le lundi suivant, le Uoi prit ellectivement médecine.
— OCTOBIŒ 1090.
de La Cliaise sur l'amour de Dieu. 11 veut que la satire de Desju'éaux soit donnée au public '.
A M. L'AUCIIEVÈQUE DE PARIS.
Manuscrits de 3Ioucliy, l, II, p. Si.
7 octobre (1090).
11 est vrai, monseigneur, que j'allai aux Uécollets commencer ma fête. Je suis bien fàcliée d'avoir perdu un moment de ceux que vous vouliez bien me donner. On m'en laisse si peu que je n'ai pas trouvé le temps d'avoir l'bonneur de vous écrire, quelqu'envie que j'en eusse.
J'ai vu M. de Meaux toujours bien vif sur l'affaire que vous savez, mais bien plein d'envie de ne se pas éloigner de vous*. On ne peut en parler plus obligeamment.
Le Roi m'a conté ce qui s'est passé entre vous par rapport à M'"** Guyon ; vous avez trouvé en lui quelque répugnance à la laisser sortir : il vous croit trop l)on'*. Je n'ai nulle part à ces impressions-là, monseigneur. Jti ne lui avois pas dit un mot de votre dessein, et je veux demeurer ferme dans celui de ue suivre que vos mouvcmens en pareilles occasions.
J'ai vu notre ami*. Nous avons bien disputé, mais fort doucement ; je voudrois être aussi fidèle et aussi attacbéc
* Pcul-ôtrc l(uit-il, d'après ce billet de M""' de Maintenon, placer au même moment, lin septembre 1090, la lettre bien connue où Hoileau raconte à Racine son entrevue avec le père de La (]liaisc, et la lecture qu'il lui lit de cette épître sur l'amour de Dieu que M"'°dc Maintenon appelle improprement une satire.
- Dans l'airaire du quiétisme.
^ L'archevêque de Paris voulait et obtint, que M™* Guyon, prisonnière à la Bastille, en sortît pour être placée cliez les lillcs de Saint- Thomas, à Vaugirard.
* Fénelon.
à mes devoirs qu'il l'est à son amie. 11 ne la perd pas de vue, et rien ne l'entame sur elle.
Je vois avec une grande joie, monseigneur, qu'on s'accoutume à vous et qu'on est persuadé par vous. Je l'ai vu dans ce qui regarde les Pères de l'Oratoire, et vous acquerrez toute confiance en n'étant i)oint entêté. Les petites confidences sur le Père de Sainte-Marllie ont contribué à vous faire croire sur le reste.
Il est triste qu'il y ail si peu de sujets quand il y a un évéclié vacant.
La voie de M. Tiberge est bonne et celle de M. le m.^ quelquefois, afin de caclier la moitié de notre connnerce.
A M- DE R.VDOLA\, DAME DE SALNT-LOUIS.
Bibl. liai. Mss. Fr. iiouv. acq. 1438, p. I60I. — Lettres édif., t. VI.
(15 octobre — ou 15 novembre — 1G9G.)
Profitez, je vous en conjure, pour vous et pour les autres, de l'expérience (fue vous venez de faire sur le quinquina*; rien n'cbt plus déraisonnable que vos préventions, notre siècle en a sur tout. 11 n'y a plus personne qui ne veuille être médecin; il n'y en a guère moins qui se mêlent de diriger ; on décide sur tout; les femmes se mêlent de juger des livres, des sermons, du gouvernement de l'état spirituel et temporel ; la modestie
* Lavallée, t. IV, p. 122, écrit : M. de iloiilchevreuil; il est possible qu'il soit ici question en effet du marquis de Montchevreuil; mais c'est une pure hypothèse.
* L'arbre ainsi nommé est originaire du Pérou. Les vertus fébrifuges de son écorce ne commencèrent à être connues des Européens que vers 1639, en Espagne. Les Jésuites de Rome répandirent cette connaissance en Italie dix années après. En 1679 Louis XIV acheta le secret d'une préparation spéciale d'un Anglais nommé Talbot, et en publia l'usage, qui, toutefois, ne se propagea généralement que par les efforts de la Condamine, en 1738.
n'est plus en usage ; on ne sait plus répondre : Je ne sais pas, ou ce n'est pas à moi à juger. On ne demeure court sur aucune matière, on met à la place du savoir et de l'esprit une })résoniplion insupportable, car jamais on ne fut plus ignorant. N'ayez ni ne laissez chez vous ce caractère ; dites tout simi)lenieiit que vous ne savez pas. Laissez-vous conduire aux directeurs, aux médecins, aux supérieurs, aux magistrats, au Uoi ; inspirez cette modestie à vos filles, pour qui cette lettre est plus nécessaire que pour vous.
Je suis ravie que les rouges aient envie de me plaire : quel plaisir si, à la première visite que je leur rendrai, vous me disiez qu'elles sont toutes très bonnes '.elles parviendront 'à ce bonheur si elles le demandent à Dieu, et qu'elles le servent de tout leur cœur!