‹ Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentique [microform]: choix de ses lettres et entretiensChapitre 55 sur 98 · A M""^ L'ABBESSE DE FO.NTEVRAULT · texte numérisé non relu

A M""^ L'ABBESSE DE FO.NTEVRAULT

18 avril 1701.

J'ai donné voire lettre au Roi, qui m'a dit qu'il vouloit y répondre. H est vrai, madame, que M. le Dauphin a donné une grande alarme, et que l'on passa une triste nuit^; le Roi en fut encore plus touché qu'on ne l'auroit pu croire, et il a une grande raison, car il n'y eut jamais un fils si digne d'être aimé de son père. Grâce à Dieu, ce mal a eu de très heureuses suites. M. le Dauphin a grand soin de sa santé, et, ce qui vaut encore mieux, il pense très sérieusement à son salut; ainsi il n'y a qu'à remercier Dieu. Votre amie M'"® la duchesse de Rourgogne donna dans celte occasion bien des marques de son bon naturel et de sa tendresse pour Monseigneur, qui en est fort touché. Il a eu le plaisir de voir combien il est aimé.

Je vous avoue tout simplement, madame, que j'avois oublié que je vous eusse promis le portrait de notre princesse; mais, puisque je vous l'ai fait attendre, ayez encore la bonté de me mander de quelle grandeur et de quelle figure vous le voulez, et je vous promets de réparer ma faute.

Je ne manquerai pas, madame, à parler à M. de Chamillart, et je le ferai en présence du Roi, alin qu'il joigne sa sollicitation à la mienne, qui pourra être de quelque considération auprès de son ministre.

Vous ne me nommez pas le nom de x\I'"^ de Montespan, et je ne saurois faire de même ; elle m'est trop souvent

* Lavallée, Correspondance générale^ t. IV, p. 425. Voir la lettre du 27 juillet 1686.

* Au retour d'une chasse, 5 la suile d'un de ces repas copieux seuls ea])ables de satisfaire l'appétit exceptiouuel de ces princes de la maison de Bourbon, Monseigneur avait eu une attaque qui, pendant quelques heures, avait mis sa vie en danger.

~ AVRIL 1701. — -5<j

présente; je lui souhaite tout ce que je me souhaite à moi-même. Apprenez-lui, madame, la mort de M'"« de lirinon S et croyez l'une et l'autre que, par les sentimens que j'ai pour vous, je mérite vos bontés pour moi.

Madame, duchesse d'Orléans, de la famille de Bavière, seconde femme du frère du Roi, celle qu'on appelle la princesse Palatine pour la distinguer d'Henriette d'Angleterre, première femme du duc d'Orléans, était, nous l'avons déjà dit, au nombre des ennemis de M"^ de Mainlenon. Il n'est point de calomnie qui ne se trouve dans ses lettres; elle y joint une choquaiKe brutalité de langage. On est tenté de lui donner tort rien qu'en comparant ses violeufes injures au ton si mesuré de «"•<= de Maintenou. Saint-Simon raconte une scène amusante qui aurait eu lieu quelques jours seulement avant la date de la lettre qui va suivre, c'est-à-dire le 12 juin, trois jours après la mort de Monsieur. Madame se plaignait de la froideur du Roi a son égard. Puisqu'il fallait la convaincre, M"'« de Maintenon en présence de M- de Ventadour, montra une lettre interceptée de la duchesse à ses parents d'Allemagne. Dans cette lettre, dit Saint-Simon, « elle tomboit sur les affaires du dehors et du dedans », et traitait tout simplement les rapports entre le Roi et M- de Mainlenon de « concubinage ». Saint-Simon peint comme il le sait faire « la terrible humilialion de cette rogue et fière Allemande et le froid triomphe de M'"^ de Main tenon ». On ne concilie pas très facilement toutes les circonstances du récit de Saint-Simon avec la lettre qu'on va lire La situation est la même, le caractère et les sentiment s des acteurs concordent; peut-être Saint-Simon, ici comme bien souvent ailleurs, s'esl-il donné carrière pour la mise en scène On peut voir dans les Lettres nouvelles^ de la princesse Palatine pubhées par M. Rolland, le récit de la duchesse d'Orléans elle' même.

« M- de Brinon était morte en mars 1701. à l'abbaye de Maubuisson, dou elle entretenait une active correspondance avec Pellic^on Leibniz et Bossuet au sujet des négociations pour le rapprochement des deux Eglises. Voir plus haut la note 5 à la lettre du 24 août 1085

A M"' LA DUCHESSE DE VENTADOl U.

Manuscrits .lo Versailles. Lellres éJilianles, t. IV. p. 753.

Ce '27 juin 1701.

Je vous conjure, ma chère duchesse, de ne pas souHrii (,ue MadMine sinquièle de hi ninnièie doni eUe m'aura reçue; la pU.s -rande maniue de honlê (in elle puisse nié donner sehm mon £roùt est la liberté, et je me croirois bien avec elle si elle me renvoyoit (luehiuefois, cm (rn'elle ne me dit pas grand'chose. Je suis enlièremeni de votre avis sur les filles»; il y a cent raisons pour les ôter et pas une pour les garder, et surtout n'y en ayant pins que chez vous. Le Uoi ne peut pas en parler le premier; mais je ne doute pas qu'il n'opine à les ôter si on lui en dit ipiehiue chose*.

M de la Carte me fait grand'pitié et surtout depuis que vous m'assurez qu'il a eu de bonnes intentions-. 11 me semble que M. le duc d'Orléans en use très-gênéreusèment pour les officiers de Monsieur. J'ai été bien lâchée de la mort du contesscur de Madame, et je prie Dieu de tout mon cœur de lui en donner un qui lui fasse l,ieu connoitre sa religion et ses devoirs. Vous êtes admirable, madame, de n'être mêlée dans rien au milieu d'une cour si sujette auK orages; j'espère qu a 1 avenir elle sera plus calme, et que vous ne nous quitterez plus. Je vous donne le bonjour et bien matin, car je n ai pour moi (lue les momens où on croit que je dors.

1 i es niles dliouneui- de Madame. Il y en avait (luatre.

2 (e rhaii"-tMneut se lit rauiiée Miivaiite.

^ C-êU m lavori de Monsieur, polit .entilhommo auquol .1 ava 1 fait é,.ousor une lillo de la duchesse de la Ferte. La nuu-t de Mousieur ruinait sa lorlunc

SEPTEMDtiE 1701.

AU KOI D'ESPAGNE.

Bibliolh. uUioinlo. .Manuscrits franj,'ais, n' o.)i. .4ulograiihe.

(Sei>lenil)rc 1701.)

Je suis confuse et bien recciinoissanle de la ])onté de Votre Majesté d'avoir donné un moment de son attention à la maladie que j'ai etie, et de vouloir m'assurer Ellemême qu'elle est bien aise du retour de ma santé. Je puis bien dire en vérité à Votre Majesté qu'elle n'a })ersonne plus attachée à Elle que je le suis, et que je m'inléj'esse dans les grandes affaires de Votre Majesté et dans les plus petites. Son divertissement ne m'est point indifiérent, etj'avois pris de grands soins de bien instruire M'"'" la duchesse d'ilarcourt pour qu'elle y contribuât de tout son pouvoir.

J'espère que Votre Majesté trouvera de la joie avec la l'eine, qu'on dit être pleine d'esprit, et M'"^ la princesse des Ursins est très propre à aider à Votre Majesté à la former. 11 ne faut pas que la bonté de Votre Majesté l'abandonne à faire sa volonté, comme la bonté du Roi a abandonné M'"'' la duchesse de P>ourgogne, qui a tant mangé et tant veillé qu'elle en a été à la mort. Je me souviens que Votre Majesté disoit un jour dans mon cabinet qu'il falloit contraindre la jeunesse. Voici le temps de mettre cette maxime en pratique. Ces deux princesses ont été très bien élevées et fort retenues, de sorte que la notre s'est livrée à la liberté qu'on lui a laissée, et a abusé de son bon tempérament. Mais, Sire, si sa maladie a dii être regardée comme un effet du dérèglement de la vie qu'on faisoit, elle a d'ailleurs été bien honorable à notre princesse, qui y a fait voir toute la religion qu'on peut désirer. Elle voulut se confesser, et le fit dans des <lispositions et avec un courage et une résignation qui

n'est pas de son âge. Sa raison et sa patience n'étoient pas moins surprenantes dans un naturel si vif. Mais il ne faut pas parler de mort sans dire à Votre Majeslé, qui l'aura bien appris d'ailleurs, que nous en venons de voir une qui a réjoui le ciel et édifié tous ceux qui en ont été témoins ^ Je ne parle pas seulement des gens de bien, mais les plus libertins de la cour ne voyoient point le roi d'Angleterre sans étonnement. Ha été six jours sans qu'on pût rien espérer pour sa vie. Tout le monde le voyoit ; il commimia deux fois; il parla à son fils, à ses domestiques catholiques, aux protestans,à notre Roi, à la Reine-, et à toutes les personnes de sa connoissance, mais tout cela avec une présence d'esprit, une paix, une joie, un zèle, une fermeté, une simplicité dont tout le monde revenoit cbanné. Quand on ouvrit son corps, les médecins et chirurgiens prenoient quelque chose pour en faire des relicjues ; les gardes trempoient leurs mouchoirs dans son sang, les autres faisoient toucher leurs chapelets. Je crains d'abuser de la patience de Votre Majesté, à qui on a peut-être mandé toutes ces particularités. Votre piété. Sire, vous les fera goûter. Nous savons qu'Elle la conserve, et qu'Elle ne perd pas d'occasions d'en donner des marques. Je n'ai point d'avis à donner à Votre Majesté : il ne revient d'Elle qu'une conduile qui passe tout ce qu'on pouvoit en attendre. Nous n'aviuis à lui souhaiter qu'un peu plus de secours, jusqu'à ce ([u'Elle puisse tout faire par Elle-même. Le Roi voit avec beaucoup de peine que le duc d'ilarcourt ne revient point de sa maladie ; c'est un homme à conserver et qui peut rendre de grands services à Votre Majeslé. J'espère que le portrait du Roi partira bientôt; nous n'en avons point qui en approche Tout le monde, Sire, vous porte ici dans son cœur ; on passe bien des heures à parler de Votre Majesté et on

* .l.icquos II était mort- le 10 septembre. - - La ivinc d'Ani^leterre.

envie le bonheur de l'P'spagne. Dieu veuille qu'elle le connoisse et combler Votre Majesté de toute sorte de bénédictions.

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