‹ Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentique [microform]: choix de ses lettres et entretiensChapitre 65 sur 98 · A M- DE GLAPION, DAME DE SAINT-LOUIS · texte numérisé non relu

A M- DE GLAPION, DAME DE SAINT-LOUIS

iiiblioth. national.^ Mss. Fr., nom. acq., liôS p. 1761. Manusciits do Veisaillos. Lettres èdifinines, t. M, p. /07.

Lundi. 21 avril 170i.

Je prie Dieu de tout mon cœur de donner sa bénédiction à votre retraite. Ne doutez pas que la peine que vous avez de rendre compte à votre confesseur ne vienne de manque d'humilité ; c'est la vertu qui vous coûte le plus et c'est par conséquent celle dont vous avez le plus orand besoin ; demandez-la à Dieu dans ce temps si propre à rec^evoir des grâces. Ma chère fille, vous êtes chrétienne et religieuse ; votre vie doit être cachée, mortifiée, privée de plaisirs, chaste en tout, et vous contentant du parti ([ue vous avez choisi. Vous ne vous en repentez pas : prenez-le donc avec ses austérités et ses sûretés. Vous auriez eu plus de plaisir dans le monde ; mais, selon toutes les apparences, vous vous y seriez

* Louis Racine a inséré, mais très i"comp;étement, celte lettre dans son liccueil des lettres de Jean Racine. Voir la note a la lettre du 9 novembre 1702.

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2G imUES DE M- DE MAIMENON.

pordiie. Racine vous auroit divertie, et vous auroit entraînée dans la cabale des jansénistes. M. de Cambrai auroit contenté et môme renchéri sur votre délicatesse, et vous seriez quiélisle. Jouissez donc du bonheur de la sûreté. Aimeriez-vous mieux que votre maison fut éclatante que solide? Et que vous serviroit d'avoir brillé si vous étiez abîmée avec elle? .le vous souhaite, ma chère fille, ce que je veux pour moi-même : je suis en élat de choisir et nous avons le même confesseur; Dieu me fait la grâce d'aimer mieux ses discours que tous les beaux sermons que je pourrois entendre. Sacrifiez vos répugnances sur cet article, et vous ferez plus de bien par là que par les austérités que vous ne demandez pas et que vous 'avez de la peine de ne pas demander. Vous tenez de très bons discours aux récréations; n\m perdez pas le fruit par connnuni(pier vos dégoûts : c'est un des plus grands maux que vous pourriez faire à vos sœurs et à votre institut; il faut que tout le bien se iiisse par les confesseurs et par les supérieurs ; aiméz-les donc el faitesles aimer, respectez-les et faites-les respecter. Péchez le moins qu'il vous sera possible, ma chère enlimt; mais surtout ne vous chargez jamais des péchés d'autrui.

Dieu vous préserve d'un confesseur avec qui vous auriez du plaisir! Vous êtes bien, puisqu'il vous conduit sagement : il n'en faut pas davantage ; tout sera méritoire, puisque tout sera en esprit de foi.

Pourquoi Dieu vous a-t-il donné de l'esprit et tant de raison? Croyez-vous que ce soit pour discourir, pour lire des livres agréables, pour juger des ouvrages de prose et de vers, pour comparer les gens de mérite ou les auteurs les uns aux autres? Ces desseins ne peuvent être de lui ; il vous en a donné pour servir à un grand ouvrage établi pour sa gloire; tournez donc vos idées sur ce côté-là, aussi solide que les autres sont frivoles. Revenez de votre retraite toute grande, toute forte, toute zélée pour le

— A VU IL I70i. —

bien de votre 'institut; laissez les pensées d'enfant aux enfans et venez aider à établir une maison qui fera de grands biens. Tout ce que vous avez reçu est pour le faire profiter, vous en rendrez compte. Je ne me suis point aperçue de la prolixité dont vous vous plaignez : il faut bien parler pour former les autres et pour faire entendre raison.

Ne croyez pas être sèche pour les malades et pour leurs foiblesses : vous êtes charitable et douce; mais vous voulez les rendre raisonnables, et il le faut aussi. L'envie d'être approuvée est naturelle ; tâchez d'aimer le bien pour le bien, et de n'envisager que Dieu. L'amour-propre se glissera toujours partout; mais vous n'y consentirez

pas.

Pourquoine pouvez-vous souffrir l'étude du catécliisme?

Ne contient-il pas toute la religion? La nécessité de L^ i\iire apprendre aux chrétiens a fait mettre toute notre croyance en demandes et en réponses pour le rendn^ plus facile, plus intelligible et plus succinct; mais, de {juelque manière qu'on parle de nos mystères, ne sont-ils pas les mêmes? et que trouvez-vous dans le catéchisme qui les rabaisse? Ces idées sont des restes de vanité qui ne s'accommode pas des choses communes à tout le monde, et qui voudroit en tout ce qu'il y a de i)lus élevé. La plus sublime théologie ne vous peut parler de la Trinité que comme l'explique le catéchisme; ce que vous sentez làdessus est encore matière de sacrifice, il faut que votre esprit devienne aussi simple que votre cœur. Que voudriez-vous apprendre, ma chère fille? Je vous réponds sur beaucoup d'expériences qu'après avoir bien lu, vous verriez que vous ne savez rien; votre religion doit être tout votre savoir; votre temps n'est plus à vous; Dieu vous a donné toute la raison que la lecture pourroit donner à une autre.

Pour du plaisir, je voudrois que vous en eussiez : il

^^ *■* ■^'iB-5Sr'*5ji2Sfe!^*à.

î« LETTRES DE M- DE MAISTESON.

VOUS est nécessaire; accommoda. vo.-s de ceux de voUj .-..al. 0«c votre esprit ne vous serve pas a vous dogo Uu, .nais à vous accon,n,oder de ce que I>ie„ vous a dest.ne. Qu'est-ce que ce livre que vous aimeriez et que vous ne

Tn^'aurois pas été si sévé.'e ((ue votre confesseur sur la musique ; mais il a ses raisons. Je remercie Dieu de ce nue vous aimez l'oraison et l'office; vous avez raison, je ne vous v vois guère sans ■egret de n'être pas rel.g.euse. DiverlissM-vous avec vos petites demoiselles; vous leur serez toujours très utile, l/article qui .ne regarde ne vous doit faire nulle peine : offrez-vous seulement a D.eu pour les privations les plus sensil.les; du reste vous .levez avoir envie de me contenter, tant que j aura, mission pour vous aider. Ne vous iuquièlez pas de votre peu d.ferveu,', et de ce que vo.is n'avez pas assez d'ardeur pour les austérités. Si Dieu en demandoit beaucoup de vous, il ne vous au.'oit pas .nise dans une n.aison où elles i.e sont pas en usage. Ain.c/. et se.-vez vot.e i..sl.tut, e . seia content de vous; la violence que vous faites a vo .. nal.uvl porté aux liaisons vaut mieux que toutes les l,ai.es et les disciplines. Je ne vous ménage pomt, .nais je compte si fort sur votre candeur que je ne cherche

point vos défauts. •.„,.,„

On a défait i 800 Camisaids'; je demanderai a notie

mèie une procession po.ir remercier Dieu.

. Ce •<ont anm»^ ot. sait, les ,,.-ot<-s.anls révollcs des Cévounos. „s ^nnicot I. ca„,„a..„e sous .eu,- Cu-r |^^»vf le.; le n;..j..P e MonliTvd le lallit au l'ont do N»ges le t« ax UO*. M le .u ,' non éc.-,vait déj, le 14 mai 1705, au oon,.e d -^F" ; J «"/'^Vd - ,oup de fanatiques et on espère en pu.cei- le La.iguedoc.. (.1. uau

goau, au 10 in;ii.

Plusieurs des lettres qui vont suivre, adressées au maréchal de Villeroy, sont tirées de l'édition des Lellres de M-^ de Maintenon publiée en 1806 par Auger (chez le libran^e Léopold CoUin). Cette édition est très défectueuse; elle adopte souvent sans criti(pie les lettres données par La BeaumcUe. Cependant, pour les lettres à Villeroy, Auger Tissure qu'il transcrit les onoinaux. Rien ne fait suspecter ce témoignage, et ces lettres portent un grand caractère d'authenticité. De plus, beaucoup d'entre elles, que nous signalerons, se retrouvent en copies dans un manuscrit qu'a publié M- Louisa Knightloy {3/.^ce//anies of ihe philohiblon Society, vol. XIH, Londres, 1«^71 -18/i). Ajoutons que les manuscrits de Versailles, Lellres édifiantes contiennent un certain nombre de lettres du jn^^^^ ^''^ *'^ Villerov à M'""' de Maintenon, pour les années 1 il5-1718, qm concordent parfaitement avec les lettres de M™« de Maintenon au maréchal données pour ces mêmes années par les deux recueils que nous venons de citer.

AU MARÉCHAL DE VILLEROV

[.\ugei] Lt'tlrcs de M"' de Maintenon, I. VI, p. i.

A Versailles, ce 25 août 1704.

Vous comprenez bien ma douleur, monsieur le inarérhaP, car il me semble que vous connoissez mon cœur; mais vous ne pouvez croire combien je suis touchée de la vôtre Nous en avons souvent parlé : l'état des alfaires, les suites que vous craignez, la peine du Roi, l'honneur de la nation, la perle des particuliers, et l'intérêt que votre parent et votre ami a eu dans tout ce qui est arrivé sont en vérité des sujets qui accableroient un moindre courage que le votre. J'aurai le cœur serré pour

1 ÎP '>1 août était arrivée à Versailles la nouvelle de la batai^llc de llochstedt e Da! e, perdue le 13 par le maréchal de Ta lard qui y îuffail prisonn^ Sou fils, le marquis de la Baume, y lut bles.e uiortellement.

longtemps (lu seul état du maréchal de Tallard ! Perdre une bataille, son fils unique et sa liberté : comment peuton survivre à de tels malheurs? Un de ses amis me disoit hier qu il n'y résisteroit pas. J'espère bien que son courage le soutiendra. Vous ne devez pas être en peine de ce que le Hoi pense à son égard. Plût à Dieu que son retour fût aussi prompt que sa bonne réception seroit assurée ! Nous avons regardé ce que vous mandez là-dessus comme un effet de votre cœur et de votre amitié, et non pas comme un doute (jui^feroit tort au Uoi. U est temps de vous parler de la manière pleine de résignation dont il a reçu cette nouvelle. Vous connoissez sa fermeté : son humeur n'a pas changé un moment; sa bonté l'a occupé de tous les particuliers qu'on a perdus, et nous pouvons dire sans flatterie qu'il est véritablement grand. U a été sensible quand on a dit que les troupes avoient mal fait; vous savez qu'il aime autant la nation qu'il en est aimé. Mais revenons à notre pauvre prisonnier, et si vous pouvez lui faire revenir (luelque chose de moi, je vous prie de le faire. C'est une petite consolation, mais qui lui fera connoitre que je lui en donnerois de grandes si je le pouvois. Vous avez prévenu les ordres du Roi, ce qui a fait plaisir et gagné du temps, qui est précieux en pareille occasion. Adieu, monsieur le maréchal, priez Dieu de nous conserver le Uoi et nous nous consolerons du reste. Je sais que je parle à un homme qui sent là-dessus comme moi; c'est ce qui m'a obligée à me répandre avec lui. U est vrai que vous ne me sortez pas de l'esprit depuis cette malheureuse aventure.

— SEPTEMBRE l'Oi. — 31

A M- LA MARQUISE DE DANGEAU

Manuscrits de Voisaillos. Lettres édifiantes, t. V, p. 170. Colleclion Muiiison, à Londres.

Ce 16 septembre (I70i).

J'ai le cœur si serré pour les affaires publiques et pour les pertes des particuliers que j'ai toujours les larmes aux yeux; cela joint à la vieillesse m'a donné une lluxion et un rhume de cerveau que j'ai fait valoir pour passer la journée dans mon lit. Notre chère princesse a dîné avec moi et me rend les soins d'une bonne fille pour une mère (ju'on aime lendrement. Je lui ai dit, madame, que j'allois vous écrire, et elle m'a ordonné de vous faire mille amitiés de sa part. M™*^ la duchesse de Chevreuse ne me sort pas de l'esprit, et j'éprouve dans cette occasion qu'une grande amitié ne s'efface pas aisément*. Si vous jugez à propos de leur faire nommer mon nom, ayez cette bonté-là; mais, madame, je ne puis m'empécher de vous dire que M. le duc de Chevreuse a fait ici un étrange voyage* et a fait une peine au Roi qu'il ne méritoit pas. Quand reviendrez-vous, madame? Voulezvous vivre de larmes et d'amertume? Votre santé n'v

* Le duc de Moutfort, lils aîné du duc de Chevreuse et gendre du marquis de Dangeau, avait été tué dans une escarmouclie. Au commencement de sa laveur, M°" de Maintenon s'était fort appuyée, on l'a vu, sur ce jj^roupe dit des honnêtes gens qui entouiait le duc de Bourgogne, et dont les ducs de Beauvillier et de Chevreuse, mariés aux deux fdles de Colbert, étaient comme les chefs. Lors- ([u'elle subit le charme de Eénelon et des doctrines de M"'^ Guyon, ces liens se resserrèrent encore, et la plus grande intimité l'unit aux duchesses de Beauvillier et de Chevreuse ainsi qu'à leurs maris. La rupture avec cette « petite église » avait ensuite été complète, et non moins avec les personnes qu'avec les doctrines.

- Revenant dans une lettre au cardinal de Noailles, 20 septembre, sur ce voyage à la cour du duc de Chevreuse après la jnort de son lils, M'"'' de Maintenon dit : « Le duc de Chevreuse a fait ici un étrange voyage pour demander tout ce qu'avoit son fils, jusqu'aux logemeus. M""" d'Ueudicourt dit qu'un quiétiste ne peut être aftligé. »

pourra résister. Je crois que vous n'avez plus rien à craindre pour M. voire fils^ Le maréchal de Villeroy, n'élanl pas en élal de donner une bataille, se retire; il sera blâmé, mais il n importe. On dit qu'il y a quelqu apparence que M. de la Baume pourra vivre». Adieu, ma chère madame, je n'ose vous dire : Revenez, car vous ne Kerez -uère mieux ici qu'où vous êtes. Le Roi est en parfaite slnté et avec cette égalité d'esprit que vous admirez quelquefois.

A M" L\ DUCHKSSE DE NOAILLKS.

Maiiusciils De Moucliy, t. lil, p. '.>i-

3 octobre (1704).

Je suis fort aise que vous alliez à Maintenons J'ai Mumdé à Lacouture devons donner tout ce qui y est et de vous avertir de tout ce qui y manque, afin que vous y suppléiez. Vous croyez bien, me connoissant autant que vous faites, (lu'il ne me coûtera pas un sou pour vous y recevoir Faites grande connoissance avec Lacouture ; elle doit vous servir tant qu'elle vivra et vous devez en avoir toujours soin. On me dit que vous n'en avez guère de la pauvre petite de Maligny^ et qu'elle est assez abandonnée, !,ue M- de Champeron ne veut pas s'en charger et que cette enfant paroit assez mal née. Si tout cela est vrai, il faudroit la renvoyer à M- de Saint-Uemi Des Landes, qui

1 I n inarauis de Courcillon. , «.» -.

^ i nZrTt de ses blessures. Voir plus haut la lettre du 23 août

3 M» de laialenon avait fait don de la terre de Maintenon a sa

nièce à itcas on de son mariage avec le comte d'Ayen devenu duc

rNoaile^ ele s'en réservait toutefois l'usufruit. Lacouture eta

ine îemme de charge, qui restait à Maintenon pour le soin de la

""f E°t"-ce encore une nile de Charles d'Aubigné? C'est évidemment une enfant délaissée et adoptée par M- de Maintenon.

saura la garder, et qui a beaucoup d'amitié pour elle. Ne me croyez pas fâchée là-dessus; je la reprendrai sans aucune peine. J'en ai beaucoup de l'état de M. le duc de Noaillcs; il est à craindre qu'il ne dure longtemps. Tâchez de le consoler, ma chère nièce; vous faites le persomini;e d'une honnête femme. Comment pourrez-vous vivre sans M"*' de iNoailles? On dit que vous l'aimez tous deux follement; vous faites fort bien. Je me poi'te beaucoup mieux que je ne le devrois, et je vous aime avec la tendresse que vous pouvez désirer : je sais que c'est beaucou() (lire avec vous; mais je me sens capable de soutenir ce (jue j'avance.

Mario-Louise de Savoie, tille cadette de Viclor-Amédée II, duc de Savoie, et sœur de la duchesse de liourgogne, avait épousé IMiilippe V le 11 septembre 1701. Les deux sœurs se ressemblèrent. Toutes deux avaient les dons de l'esprit, les grâces séduisantes ([ui channaient tous ceux qui les approchaient; toutes deux moururent jeunes, laissant le regret de destinées inachevées. Le rôle de la reine d'Espagne fut cependant le plus éclatant et le plus complet, car elle sut montrer dans les diflicultés et le malheur une fermeté et une grandeur d'âme qui contribuèrent beaucoup à l'affermissement de la couronne sur la tète de Pliilippe Y. Elle avait treize ans lors de son mariage. On lui donna pour la conduire en Espagne, puis comme cainarem matjor, la princesse des Ursins (voir la lettre au duc d'ilarconrt, 16 avril 1701, et la note). A cette jeune femme, à cette enfant devenue tout à coup épouse et reine, la présence de M"' des Ursins, belle encore à soixante-six ans, spirituelle, aussi habile qu'empressée à plaire, fut le seul refuge à côté de l'indolent amour d'un roi de dix-huit ans, et au milieu de la triste austérité de la cour d'Espagne. Grâce aux devoirs d'une domesticité qu'elle exagéra à dessein, la camarem maijor sut s'initier dans les plus intimes préoccupations de l'épouse et de la reine; elle se rendit utile; elle devint indispensable. Toute-puissante sur la reine, elle l'était également sur un jeune prince amoureux. Cependant le cardinal d'Estrées,

!M-'li£ï!'*'J1(W-'Wffiy'J'*'''!'''°*^'''if.^*r'*^'"'al

5i LETTRES DE M- DE MAINTENON.

'ambassadeur de France, et qui considérait que son rùle riait eli de tuteur du jeune roi, ne tarda pas à prendre ombrage ru^e nfluence qui balançait singulièrement la sienne Oii iTt vo ir d ins les Mémoires politiques et militanes de Noailles e t s pa a^^^^^^^^ et dans Saint-Sin^on, le rédt des uUn- 'uerqui s'agitèrent alors à la cour d'Espagne et du ro e tr.s :rf i oua M- des Ursins. Voulant y mettre un terme, L ui XIV exigea de son petit-fils le renvoi de la pnncesse E le quitta Madrid au mois d'avril 1704, au grand desespou d la'reine, qui ne cessa de la défendre f/e demander ^u rappel avec des instances qui offensèrent Louis XIV Le c dinal d'Estrées fut rappelé et remplace par le duc de Gramont, sans que cette concession calmât la jeune reine^ Ër avait déjà reçu du Roi, le 20 septembre une leltre ou il lui reprochait sa partialité, et condamnait la conduite d M"« des Ursins. « Des gens comme nous, lui écrivait il doivent 's'élever au-dessus des démêlés particuliers, et se conduire pai rapport à leurs propres intérêts et à ceux de leurs sujets, qui ton ours les'mêmes. » Mais la reine, ardente et passionnée, ne se rendait point à ces froids conseils e ayan peutêtre laissé imprudemment éclater son depit, elle sattiia la dure leçon que contient la lettre qu'on va lue.

A LA RKINE D'ESPAGNE.

Mao-raphe aux Archives du ininislùie dos aftaiics ôtrangèros.

(Correspondance d'Espa.ne, à Ja ..iale.) P»bhoe assez exacte ni

^ dans Millot, Mémoires poldiqucs et tinhlan es, p. 40-

5 octobre (1704).

Je suis touchée des peines de Votre Majesté; niais je le serois encore davantage si je la voyois insensible aux discours qu'on ïini contre Elle et qu'Elle me fait l honneur de m'écrire. On ne peut rien dire de plus désavantageux pour Votre Majesté, et, puisqu'Elle veut que je Un pade avec liberté, j'ose convenir avec Elle que c'est 1 accuser de toutes sortes de défauts de vouloir persuader (.u'elle n'aime pas le Roi son grand-père. Il mérite certainement reslime et l'amitié de Votre Majesté ; et je

crois que le roi d'Espagne ne lui a pas laissé ignorer les (jualilés du nôtre. Mais, madame, quelque puissans que vous soyez tous sur la terre, vous ne pouvez empêcher qu'il y ait des méchans qui veulent semer la discorde partout, comme Votre Majesté le dit. H paroit \n\v tout ce qui revient de votre cour (ju'elle est remplie de cabales; chacun écrit selon sa passion et il est diflicile de démêler de si loin la vérité. Pour moi, je n'ai jamais cru ({ue Votre Majesté n'aimât pas le Roi et qu'elle eût une glande aversion pour les Eiançois. Elle est à moitié Françoise, Elle a un mari francois, qu'elle aime passionnément; ses intérêts sont joints à ceux de la France. Elle a eu auprès d'Elle une personne qui ne peut haïr sa nation et qui n'en a point éloigné Votre Majesté. J'ai toujours regardé ces discours comme venant d'Espagnols mal intentionnés ou de François injustes, qui voudroient que Vos Majestés les préférassent aux Espagnols, ce qui ne doit jamais être. Votre Majesté voit par la conduite du Roi combien il désire que vous vous fassiez aimer en Espagne, et avec quelle facilité il rappelle les François qui vous font le moindre embarras.

Quel remède pour empêcher l'effet de mauvais discours et les chagrins qu'ils donnent à Vos Majestés? Je n'en vois point d'autre que leur confiance dans l'ambassadeur du Roi. Et comment les affaires se peuvent-elles conduire autrement? Cet ambassadeur est choisi par le Roi; il n'a nul intérêt en Espagne; il ne peut désirer que de satisfaire son maître et de réussir dans son emploi, et il ne peut y réussir qu'en unissant Vos Majestés de plus en plus [avec le Roi]; ce qui ne doit pas être bien diflicile, étant déjà unis par le sang et par la conformité d'intérêts. Je n'ai donc point d'autre conseil à donner à Votre Majesté, puisqu'Elle me fait l'honneur de me l'ordonner, que de se confier dans les personnages principaux que le l\oi son grand-père lui envoie, et d'agir avec eux d'un si

.g LKTTHKS OE M- DE M.VINIENON.

,.„■ co que lu. "'"'""^ *" .„,„„ ,,u'amige.- el em-

,,.,, des choses laus=e» quincu ^__^^__^

,,,,,asso,-.' La .nauva.se ""^■'"f; "^^ "^'j, ,„„,, .^i, im .1 l.<iives el M"" les Lrsuis a lail uun uu mw , i

,,a répare. •. ...a / ^ !^^„;,„, .rsins, ..i ..u'on lac-

:Set;::a^:«a.Lassaa....d..u^^^

Nof. Majo> e. U st -u ,^^..^.^ ^^. ^.^■^. ,„„,«

ses just.l.caUon^ a l ega.d u. j, ,« les intè-

,, cou., se Pa;;|- ';';'-;:;;;:. :ffai^o el la sui.e de rèls des deux l.ois, it k.u ^^^^

dén,.U-s a..cie.,s «P-- ;> I!- ;: :,î,: '.„e la.niti. à Home. Au ivsle, utu nt.i p nri.ices^e et la

justice (luKIlç ruia a ^^^^^,^|^. ^^^

so., .•e,.os, .u so . . lai. ^.^^^ ^^ ^ .^ ,,^ p^,^

"•"'"":'.;•'' i si m-Tv-ai aussi que je ... inlé.esse vive- '""; ' ul . ..e ési.o a.-.lo......c.U vol.e u,.io.., vo.re

;■" : > vo..' 1 e....isso..,e..l e.. Espag..e, vol.e rép..la-

;: n ; : u .-évc^ue d».. g.a.u.e aduù.al.o.. pou.' neU- souhaite que Vol.-e Majesté ne démente pas

;•:::/ .ivo..sd-EUe.bie..di.îé.e..le assurons;.,

, .■ . do.>l Elle se plaint ot <iuo.. ..écoute po... des ;>'*7"'V'7!„,, „ es honnête hom.ne, le .na.-échal f t'^ "v^.u^ e dési.-e,.l que le hie... J'espè.e

tX!::^^^ vos Majestés el ."« «oui . .ou^..a ^e«rsatis..clion.V..àln^a^-;J U^

— OCTOUIŒ l';04. —

ne me pardonnât si elle connoissoit la sincérité de mon rospectueiix attachement pour Vos Majestés.

A M. LE DUC DE NOAILLES

Maniiscril De Longuonio. fol. 19. liunlile.

Ce G octobre (1704).

D'où vient, mon cher duc, que je n'entends plus parler de vous, et qu'il faut que ce soit moi, misérahle, triste, malade, accahlée d'imporlunités, qui vous agace, et vous fasse souvenir que je suis encore au monde? J'y suis en elTet, faisant tout ce que je ne voudrois point faire, et ne faisant presque rien de ce que je voudrois faire. Je ne puis me résoudre à hrfder la lettre de M. de Yalincour sans que personne la voie; il n'y a que vous à qui je puisse la montrer; je ne crains pas que vous le brouilliez avec M. de l^ntchartrain. Adieu, mon cher duc.

Valincour, écrivain ol bel espiit, est moins connu par ses ouvrages que par l'amitié de Boileau et par celle de Racuie, dont il fut le successeur à l'Académie française. Il était secrétaire du grand-amiral comte de Toulouse. La lettre dont il est ici question est restée jointe à celle de M- de Maintenon dans le volume manuscrit qui appartient à M. le baron de Lonauerue (fol. 45). Elle contient une recommandation pour un officier de marine, avec demande du secret à l'égard de Pontchartrain, ministre de la marine. Mais ce qui toucha sans doute M- de Maintenon, ce fut, dans la même lettre, un éloge d'elle-même, dans un goût un peu précieux, qiu ne laisse pas d'avoir son intérêt. Le voici :

« Il y a longtemps, madame, que j'ai cru qu'il falloit vous faire la cour comme aux intelligences célestes qui voient tout, qui entendent tout, que personne ne voit et à qui personne ne parle, et dont on ne connoit l'existence que par les grâces que l'on en reçoit, à qui les plus grandes choses ne font point

r^ LETTRES DE M"" DE MÂlNTENON.

lublior les pcli.es qui sont en même temps ««''"P^^' <=' ^^^ besoins du monde en général et de celui du plus pel.t par- Ucnlier. en un mot qui n'ont aucun autre emploi en ce ba mïvers que d'y empèclier tout le mal qu'on y peut empêcher "t d V a^e tout le bien qu'on y peut faire. Ainsi, toutes les tos que je ,ous verrai passer dans celte grande coiffe noire 0.-. vous .les enveloppée comme dans un nuage, je croira, que '„ Hiez dans mon cœur les vœux que je fais. ^f^JZ qne vous puissiez jouir encore plusieurs »""«,«\;' '•^"^^'^ ?e,nps plus heureux du plaisir que vous avez a faire du bien et à protéger le mérite partout où il se trouve; cesl la seule récompense qui soit digne de vous. »....

A M. LK MARfXII.VL llK VILLEROY.

(Aui'Cr], Lellves île X" de Vainlenon, t. VI, |i. ".

A Saiiit-Cvr, ce 15 novciiibie ITO4.

U ne me pareil pas, monsieur, que vous ayez ci. d'autres affaires en Flandres que de suive la maladie de M. de Caylus. Je ne sais si je suis la dupe des soins que vous avez pris dans celte occasion, mais .1 vaut encore .nioux l-ètre que de manquer de rcconnoissance. Recevez donc.monsieur, les assurances de la mienne. Je n ai point Ole gâtée sur l'alteniion de mes amis; ams. je suis louiours surprise de la vôtre. Mais avant de (inir 1 article de M de Caylus. il faut vous dire que vous avez conduit celte affaire au gré de tout le monde. Dieu veuille lu. faire miséricorde! Le monde n'en a pas pour lu. . . \o comte (le Cavlus vcnail de délivrer, par sa n.o.l, sa feinmo

pa^ de la trouver telle. »

N'avez-vous pas été transi de l'affaire de Brisacli? Je n'en puis soupçonner d'autre que M. ie prince EugèneMl est bien alerte, et nous avons été bien heureux. Je vous crois instruit de toutes les nouvelles; ainsi je ne me mêlerai point de vous en mander. On a parlé de vos démêlés avec M. l'Électeur. J'espère que de tels discours seront toujours aussi mal fondés qu'ils le sont présentement. Nous voilà à Versailles pour trois semaines. Monseigneur exio-e un petit voyage à Meudon, et il mérite bien cette complaisance. Tout va à l'ordinaire. Si je savois sur quoi s'étend votre curiosité, je lâcherois de m'en instruire: car je voudrois bien, monsieur, vous être bonne à quelque chose.

A M""^ LA COMTESSE DE CAYLlîS.

Manuscrits de Versailles, lettreu édifiantes, t. V, p. 4i7. Colleclioii Morrison, à Londres.

15 novembre (1704).

De quel oubli vous plaignez-vous? Est-ce de ce que je ne vous ai point écrit sur la mort de M. de Caylus? Vous savez si je m'y suis intéressée, et nous ne devons pas être aux complimens. Je suis si malade et si vieille que tlepuis quehiue temps je me réduis aux lettres nécessaires, et je n'en fais plus par bienséance seulement. Du reste, qu'est-ce que cette dépendance que vous voulez avoir de moi? Vous êtes en âge et de plus en possession devons bien conduire ; que voulez-vous changer la veille de ma mort? Il est vrai que vous m'auriez été d'une grande consolation si vous vous étiez tournée de façon qtie j'eusse pu avoir un grand commerce avec vous, ce

» Brisach et Neuf-Brisach avaient failli être surpris par les ennemis le 10 novembre. C'était elfectivement le prince Eugène qui avait lente ce coup hai-di. Voir le Journal de Dangeau, 14 novembre 1704.

qui no se peut que par la conformité des senlimons. Cependant, madame, je vous verrai quand vous voudrez venir passer un dimanche à Saint-Cyr : c'est le jour où j'y suis le plus souvent; je voudrois pourtant en être avertie, car peut-être y trouveriez-vous des ennemis, ou je pourrois avoir donné quelque rendez-vous.

Adieu, ma chère nièce, j'ai cru qu'il falloit vous appeler ainsi pour que vous ne me crussiez pas fâchée contre vous*.

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