‹ Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentique [microform]: choix de ses lettres et entretiensChapitre 67 sur 98 · A M""^ DE FONTÂI^ES, DAME DE SAI^T-LOUIS · texte numérisé non relu

A M""^ DE FONTÂI^ES, DAME DE SAI^T-LOUIS

Manuscrits de Vorsaillos. Lettres élifinntea, t. Y, p. 5()ï5.

(Avril 1705).

Rien n'est si toucbant que l'affliction de nos pirinces», et rien de plus édifiant que la manière dont ils la portent. Le Doi a été tout occupé du bonbeur de l'enfant par rapport aux difficultés du salut, surtout pour les grands. M. le duc de Bourgogne est tout rempli des sentimens d'Abrabain en offrant son fils. M"'*" la ducbesse de Bourgogne a une douleur si grande, si sainte, si sage, si douce, qu'il ne lui est point échappé un mot qui n'ait charmé tout le monde. Le duc de Berri a les yeux dans un état qui prouve son bon naturel; toute la cour est affligée. J'en ai ma bonne part; mais Dieu me fait la grâce de ne pas succomber, et de vouloir tout ce qu'il veut quoi qu'il m'en coûte, et qu'il me prenne en cette occasion par le tendre de mon cœur. Adieu, mes chers enfans, fortifiez-vous dans la foi et les bonnes œuvres; il v a beaucoup à souffrir tant que nous sommes sur la teiTe, et on a un grand besoin d'être affermi en Dieu. Que l'état cù nous sommes ne vous attriste pas; Dieu ne sera pas toujours en colère, et j'espère qu'il nous consolera.

A M- LA COMTESSE DE CAYLUS

Colloclion Mon iïoii : Caliier d'ancioiines copies.

Avril (1705;.

Vous me parlez pour le gouvernement de Valenciennes au moins indirectement ; M. de Saint-Hermine m'a écrit

* Le duc de Bretagne, premier enfant de la duchesse de Bourgntfne, né le 25 juin 170i, était mort le 15 avril 1705.

pour nie priorde le demander pour lui, et M'"'' de Mailly le désire pour faire le mariage de sa fille. Ce qui m'arrive <lans cette occasion n'est point ce qui me détermine à faire à mes proches la déclaration que vous trouverez ici, qui est que je suis résolue à ne plus jamais rien demander pour eux. Je les prie d'en user comme ils feront après ma mort. Ils s'adresseront aux ministres ; ils feront agir leurs amis ; en un mot, ils seront dans le cas des autres gens de leur sorte. J'avois cru en être quitte en vous mettant tous en état d'achever ce que j'avois commencé pour voire fortune ; mais je vois M'"^ de Mailly bien persuadée que je dois marier ses filles ; ses garçons viendront ensuite au nombre de trois ; le votre sera bientôt en état de parler pour lui ; M'"^ de Villette pense à marier sa fille ; les petits Mursay croissent; le père prétend à tout ce qui vaque; M*"^ de Saint-Hermine me présente tristement une grande fille que j'ai grand tort de ne point établir et qui sera suivie de cinq autres; M. de Saint-Iiermine n'est point assez établi : il lui faut une femme et un gouvernement; le petit de Villette viendra, et je commence à craindre d'avoir à marier M"'' de la Vrilliére. Considérez, ma chère nièce, avec un peu de raison et d'équité ce que ce seroit que mon personnage auprès du Roi, ayant tous les jours de nouvelles grâces à lui demander. S'il me les accorde, il en aura peu de reste à disposer. S'il me les refuse, il m'affligera. S'il m'afflige, il a trop de bontés pour moi pour n'en être pas fâché, et je serai donc la tristesse de sa vie ! Croyez-vous que Dieu ait eu ce dessein en m'approchant de lui? Voilà, ma chère nièce, les raisons de ma résolution; j'en sens déjà la liberté et le repos. Je vous verrai tous avec plus de plaisir, n'ayant plus à craindre vos propositions; je les saurai par le Roi ; je lui dirai ce que je pourrai pour vous servir, et je le ferai plus hardiment et peutêtre plus utilement quand il ne me croira point pré-

— AVRIL i"Od. —

venue. Quoi qu'il en soit, je ne changerai point ce dessein parce que je le crois raisonnable, et que je ne l'ai pris qu'après y avoir bien pensé.

A M'"*^ LA COMTKSSE DE CAYLUS

Collcrlion Morrison : Caliior d'anciennes copies.

Saint-CvT, 22 avril ITOo.

Le Roi a la goutte et M'"'' la duchesse de Bourgogne la fièvre. Je suis venue dîner ici et je m'en retourne. Vous êtes raisonnable, ma chère nièce, et je m'en réjouis avec vous. Nous n'aurons plus que des commerces agréables. Mandez-moi des nouvelles de cette famille que je vous ai recommandée ; j'en ai gardé une idée très misérable. H ne faut pas que je paroisse ; mais il ne faut pas aussi qu'elle manque. Je me porte assez bien au milieu de toutes nos peines. Je vous embrasse de tout mon cœur. Que vous êtes sage de tout abandonner à Dieu sans tai^t de prévovances ! Elles sont bien inutiles. Nous ne savons ni ce que nous voulons ni ce que nous faisons, et il paroît souvent que Dieu se plaît à renverser nos arrangemens. A chaque jour suffit son mal. Vous êtes bien heureuse de penser de si bonne heure comme vous pensez.

Faites confidence de ma résolution à tous nos proches.

A M. LK DUC DE NOAILLES

Manuscrits De Monchy, t. III, p. 77.

AMarly, 27avnl(i705).

Je ne doute pas que M. le maréchal ne vous tienne bien instruit de la santé du Roi * et de toutes les autres nou-

* Le Roi souffrait depuis le 19 avril d'un accès de goutte qui le retint à Marly jusqu'au 23 mai {Journal de Dangeau).

56 lETTHES HK M- \)K MALNTENO.N.

* velles; ainsi je me retranclierai à vous dire des miennes, (|ui sont assez mauvaises pour mériter aussi bien qu'un aulre d'êhe à J{ourl)on '. Si j'habile encore longtemps la cliandjre du Hoi, je deviendrai paralytique ; il n'y a ni porte ni fenêtre qui ferme; on y est battu d'un vent qui me fait souvenir des ouragans de l'Amérique : il faut un peu parler de loin quand on a voyagé. J'ai un rliumatisme dans la télé et surtout le reste de ma personne; et, comme je n'ai que le temps de mon habillement, je m'en sers pour dicter cette leltre à Nanon*. Je serai bien contenle si vous conlinuez comme vous avez commencé, car j'ai déjà reçu une lettre de M"'' de Gralin, une de ma nièce et une de vous. Adieu, monsieur le duc. Je vous recommande M. Treilli, confesseur de Saint-Cyr et de M'"*' dlleudicourt, très honnête honnne et que j'aime hu't. Faites-lui, je vous prie, les honneurs de Bourbon du mieux que vous pourrez.

A M. LK DUC I)K .NOAILLKS.

M;iiins« riU De 3loucliy. t. Ul, p. 79.

A Sainl-Cyi-. co 2 mai (1705).

Le Roi a toujours la goutk»; mais comme elle est assez douce pour lui laisser la liberté de se faire jjorter dans ses jardins, il ne peut se résoudre à quitter Marly. D'un autre côté, il voit bien des gens qui s'ennuient à Marly, et i)ense à aller passer quelques jours à Trianon; il en arrivera ce qu'il plaira à Dieu. Je ne viens plus ici que des momens, ce qui fait que je n'y trouve guère plus de loisirs qu'ailleurs. Je vous assure que si je ne vous écris

* Le duc do Noailles était à Bourbon pour y prondre les eaux.

* Sa lemiiie de cUainhrc de confiance. Voir lu note tome I, |». 235.

pas, je n'en pense pas moins souvent à vous, et que je vois mille choses tous les jours qui m'en font souvenir. Ce n'est pas toujours par la ressemblance.

J'ai plus d'inquiétude pour M. Fagon que pour le Roi. Le pauvre homme, qui veut remplir son devoir, n'a pas dormi depuis quinze jours, et passe toutes les nuits à veiller la plus petite maladie qu'on puisse avoir. Je me Irouve aussi assez fatiguée d'une assiduité qui, me tirant de ma niche*, et m'exiosant au vent, me donne bien des rhumatismes. La patience est une vertu qui nous est bien nécessaire. Portez-vous bien, mon cher duc, et ce sera une grande consolation pour moi.

Je vous ai déjà recommandé M.Treiih; M'"'' de Montespan part incessamment pour Bourbon ; ce sont des mérites différens^

Je ne vois rien de nouveau, si ce n'est qu'il y a beaucoup d'argent à Paris, et que nous ne sommes pas si mal (pie nos ennemis le croient et que nous le disons souvent nous-mêmes. Je n'ai point encore vu le marquis de la Vallière'% et j'ai été fâchée qu'on ne lui ait pas permis de venir à Marly : il m'a envoyé une lettre de M. de Tall.ird. Je vous embrasse et mets M™*^ la marquise de la Yallière avec vous deux.

' La délicatesse de santé de M"'^ de Maintenon lui faisant craindre l.i IVaicheui- et l'air, que le Uoi recherchait sans sou i des commodités des autres, elle avait pris l'habitude dentuurer son fauteuil d'mie sorte de niche.

^ On comprend l'ironie : M. Treilh était un ^^rave confesseur de

la maison de Saint-Cyr.

•'' M. le marquis de la Vallière, beau-frère du duc de Noailles, avait été fait prisonnier et était revenu sur parole.

IKTTRES DE M»' DE MALNTENON.

A M- LA COMTESSE DE CAYLUS

Colloction Morrison : Cahior de copies.

De Maily, ro 9 mai (170:)).

Non, ma ('hère nièce, je ne me saurois résoudre à de la l)roderie, et si vous ne pouvez trouver ce que je vous demande, envoyez-moi ce que poiuM'ez. Il n'est pas possible que je sois la seule vieille dans le monde. Prenez ce que vous pouri-ez, pourvu que je ne sois pas ridieule, et que ce soit un habit brun et léger. Si vous n'avez que la voie de Galpin, c'est une petite ressource, et à laquelle j'irois tout droit si je ne savois par expérience qu'il n'a jamais rien de ce qu'on lui demande. Pourquoi vous pressez-vous tant pour une commission dont je ne suis point du tout pressée? Le Roi va de mieux en mieux; mais je crois que nous en avons bien encore ici pour huit jours. Je suis souvent incommodée, mais je vais toujours.

A M. LE DUC DE NOAILLES

Miinuscrils De Moucliy, t. III, p. SP».

A Saint-Cyi-, ce 12 juin (1705).

M. de Bonrepaux d'une part et M. Treilh de l'autre m'ont bien dit de vos nouvelles, mais ils ne s'accordent pas tout à fait. Le premier vous trouve fort bien, et le second vous croit mieux, mais non pas comme on peut le souhaiter. Ils s'accordent davantage sur la grande piété et merveilleuse conduite de M'"^ la duchesse. Dieu veuille qu'ils disent vrai et que ce soit pour toujours î

L'inquiétude de ce qui peut arriver sur la Moselle m'a donné la fièvre ; à cela près je me porterois fort bien.

il seroit trop dommage que la lettre que je vous en-

voie n'eût été que pour moi. J'en ai presque été aussi touchée que j'aurois pu l'être dans le temps que j'avois de l'esprit; mais je n'ai point la force d'y répondre. Soyez donc mon secrétaire dans cette occasion, mon cher duc, et assurez bien celui qui l'a écrite que je n'ignore aucune des obligations que je lui ai, et que je ne suis point ingrate.

On m'a dit que vous ne quittiez guère M'"^ de Montespan; je n'en suis point jalouse, ni en peine qu'elle diminue votre amitié pour moi. M. le maréchal ne vous laisse pas manquer de nouvelles; celles qu'on eut hier d'Kspagne ne sont pas si mauvaises qu'à l'ordinaire. La campagne paroît finie, ce qui peut donner le temps d'avoir quchpics troupes pour le mois de septembre. M. Amelol* commence à merveille et s'accommode très bien du roi et de la reine. Il y a quelque chose sur M">^ des Ursins que je ne comprends pas* : on ne peut la faire partir.

M-"»^ la duchesse de Bourgogne fait beaucoup de remèdes et n'en est pas mieux. Elle est plus inquiète sur la guerre qu'il n'appartient à une personne de son âge.

• Amelot venait d'èlre nommé ambassadeur en Espa?:ne.

- Ce^t eiu'oi'c dans les Mémoires de Saint-Simon qu'il faut lire tout le récit de l'éclatant retour en grâce de M"» des Ursins, la permission obtenue de venir se justifier à Versailles, les lenteurs calculées du voyage, pendant les<iuelles elle fait agir tous ses amis, sa ]»leine justiticalion, le choix des gens pour l'Espagne, l'intimité établie solidement avec M™" de Maintenon ; puis le goût du Uoi pour M"" des Ursins, les faveurs, les privautés qui le manifestent: enfin, s'il faut en croire une dernière insinuation de Saint-Simon qui donnerait un sens tout particulier au passage de notre lettre, une illusion de la princesse, éblouie de sa faveur, voyant M""= de Maintenon malade, peut-être mourante, et se demandant s'il n'y avait pas un plus grand rôle à jouer que de retourner en Espagne.

00 LETTPxES DE M™" DE MAINTENON

A M" LA MARQUISE DE DANGEAU

Manusciils de Versaillos. LeHre^ rdifintifes, l. V, p. 7)67. Collcclion Morrisoii.

A Saint-Cjr, ce 18 juin ITOr).

Vous èlos admirable, madame, mais il faut aussi l'être un peu pour suivre votre vive charité. Si je vous avois ici, mon plaisir seroit complet. Je viens d'écrire à M. le doyen de Cliaitres pour la dispense des bans, car notre confident prétend que ce que nous lui demandons est dans les règles; sans une telle parole, j'aurois doulé que notre mariage eût pu aller si vile. La mariée * n'est sensible qu'au manquement de cornette; je l'ai assurée qu'elle pouvoit se marier en bonnet. Je lui ai donné un bel habit de damas noir et un jupon si extravagant qu'il lui siéra mieux qu'à moi. La Ferté m'assure que le bossu est très aimable et qu'il a les dents fort belles. Réjouissezvous dans celle bonne œuvre; je ne donne rien qui me coiJte tant que le retardement du plaisir de vous voir; mais nous allons à Trianon et de là à Meudon Je devois aller cà Paris le jour de la Saint-Jean pour voir ma capucine'; je ne puis me résoudre, madame, à faire ce voyage sans vous, et c'est bien le moins que je puisse faire de vous attendre puisque vous n'êtes absente que pour moi. Mon Dieu, madame, qu'il y a de joie dans le bien! Tout Versailles ne m'en donneroit pas autant que j'en sens en établissant une pauvre demoiselle qui auroit été sur le

* C'était une jenne fille qui avait été au service de M""^ de Blainfenon. « Ayant su, nous dit une note des dames de Saint-Cyr, qu'elle érait demoiselle », elle la maria à un oHicier de la duchesse de Bourgogne. Le marié, M. des Fertons, était un peu bossu. M"'^ de Dnngeau se charj^eait de la noce.

* Une jeune lille de Saint-C)r, M"" de Montalembeit, qui étai» entrée aux Capucines de Paris; plusieurs lettres de piété de M"" de Maintenon lui sont adressées.

pavé à ma mort. Je suis sûre que vous serez ravie à ses noces, et que M. des Fertons vous paroilra de très bonne compagnie. Mais comme vous savez mieux que personne mêler Fa solidité avec le badinage, endoctrinez bien noire Agnès, qui sera une très bonne ménagère, et du reste peu de sens. Vous voyez, madame, que je ne sais ce que j'écris, et on m'interrompt à tout moment pour celte fille, (|ui a été très-surprise de son prompt départ. Ne vous mettez pas sur les dents à la noce. Je voulois vous écrire un volume; mais il faut tout faire par lettres. J'ai envoyé (jucrir des gants, du ruban, ma plus belle coilfe; j'ai |>ris de la casse; M'"»" de Chailly me veut envisager; il faut renvoyer M"*^^ de Mérinville. J'ai besoin de repos; je voudrois' prier Dieu. Ou m'attendra de bonne heure à Trianon; voici une lettre de Versailles, il y faut répondre; et avec tout cela, on veut que je me possède en paix! Le pis de tout est de donner quelques pistoles à la future, c'est ce que je vais faire.

A M. LE DUC DE NOAILLES

Manusciils De Mouchy, l. iU, p. Iô5.

Ce 11 juillet ;i70:>,.

Oui certainement, mon cher duc, je pense souvent à vous et aux grâces que Dieu vous fait de vous faire penser si différemment des autres. Il est vrai que le départ de Marlborough m'a bien soulagée : son arrivée m'avoit donné la lièvre; il va reprendre lluys et ce n'est pas une grande perte. Il me semble que l'on ne croit pas que les emiemis fassent rien ni du côté du Uhin, ni en Flandres; c'est l'Italie et l'Espagne qui nous donnent de l'inquiétude. Le grand-prieur ne fait rien qui vaille, M. de Vendôme It^ va joindre, et par là M. de la Feuillade devieul général.

On se flatte eu Espagne de lever et de payer une armée; si cela se lait, on ne pourra assez récompenser Orry.

Le duc de (iiamont fait ici une si triste figure qu'il m'en fait pitié*; il sent bien que le Hoi ne doit pas èlre content de lui, et il a toute sa famille sur les bras dans une affaire où il ne peut douter qu'il n'ait tort. M""^ de Lacour de son côté n'est pas conleule. Ce pauvre bonnrie va passer une triste vie.

La ducbesse de Bourgogne ne se porte pas bien ; on lui fait faire beaucoup de remèdes qui demanderoient plus de soins qu'elle n'est capable d'en prendre. M. Fagon ne fait pourtant pas grand cas de cette tumeur dont elle se vante, car c'est sa manière d'aimer à donner de grands noms à ses maux. M. son mari est fuiicux : on ne peut appeler autrement la passion qu'il a pour elle, et je ne crois pas qu'on en ait jamais vu une si désagréable pour celle qui la cause et pour les spectateurs. Je n'en parle point en personne prévenue contre lui, car jamais je n'ai eu plus sujet de m'en louer. 11 n'y a point d'apparence de grossesse; ces remèdes les empêchent de vivre ensemble, ce qui a quelque part dans la fureur dont je vous parle.

Vous avez bien jugé que, par plus d'une raison, je suis

* Le duc de Giainoiit, déjà vieux, venait d'épouser une lille absolument déshonorée et du plus bas étage, nonmiée Lacour. Saint- Simon dit qu'en déc laraiit ce honteux mariage, et en réclamant pour sa femme les honneurs du litre de duchesse, il j.rétendit l'aire sa cour et insinuer la reconnaissance du mariage du Roi et de M^^ de Blaintenon; la comparaison, ajoute-t-il, « mit celle-ci en fureur, et le Roi fort en colère ». Il est certain que M»' de Maintenon montre une sorte d'insistance à poursuivre cette vilaine créature, qui menait entièrement son mari, dont elle désolait la famille. Le duc de Guiche était lils aîné du duc de Gramont, d'un premier maria-e; sa femme était la sœur préférée du duc de Noailles (voir Saint-Simon, IV, 90). On peut lire dans l'intéressante publication : Michel de Chamikart. correspondance et papiers inédits, par M. l'abbé Esnault, 1885, tome II p. 167, une amusante et curieuse lettre du duc de Gramont sur ses démêles avec ses enfants au sujet de sa seconde femme.

ravie de la grossesse de ma nièce. J'espère que Dieu voudra bien vous doimer un fils. J'aurois amené la petitenièce ici sans les continuels voyages que nous faisons. Nous n'irons à Versailles que pour l'Assomption, et tout le reste du temps jusqu'à Fontainebleau se passera à Marly, à Trianon et à Meudon. Nous avons beau faire, nous ne nous divertissons point, je ne dis pas seulement la vieillesse, mais notre princesse, qui n'y sauroit parvenir malgré ses bonnes intentions. Adieu, mon cher duc, je suis bien aise de ce que vous êtes un peu mieux; je ne m'en fie qu'à ce que vous m'en dites vous-même. Je suis bien de votre avis sur les remèdes; mais il faut votre courage pour y renoncer quand on souffre : comme les autres mêlent beaucoup d'inquiétude à leurs maux, ils cherchent le soulagement. Je me porte assez bien aussi; et, pour vous dire mon état, je m'ennuie de vivre, sans pourtant une nouvelle mélancolie. Adieu. Pourquoi ne me mandez-vous pas vos desseins pour le reste de l'été ?

A M. LE DUC DE NOAILLES

Maimscrils De Mouciiy, t. 111, p. 115. Inédite.

Dimanche (septembre 1705).

Le Roi vous prêle l'appartement de iM. de Vendôme, à condition que vous n'y changerez rien. Il vous conseille seulement de le faire nettoyer». Il croit qu'il n'y a qu'un cabinet, ce qui me fait craindre que vous n'y soyez pas mieux que dans celui où vous avez été.

Je vous prie, mon cher duc, d'envoyer à Duché cin-

* Cette phrase est assez curieuse quand on la rapproche de ce que dit Saint-Simon des habitudes de désordre el de malpropreté du duc de Vendômo.

«luank* louis; je vous les rendrai ici. Mais de prêleieiice à tout portez-vous bien, et. prenez tout le repos qui vous est nécessaire. Je vuudiois que, pour un temps, vous eussiez moins d'esjiril.

À M. LE DUC DE EGAILLES

Maimstrils De Moucliy, l. 111. p. SO.

A Saiiit-Cyr, 8 se]i(einltr(' 1705).

Vous avez de la bonté pour le pauvre Moreau*, nuisicien de Saint-Cyr, qui, avec cette qualité-là, est bien près de mourir de faim si M. l'archevêque de Narl)onne ne lui accorde ce (ju'il demande. Je ne l'ai pas trop compris; mais vous entendrez mieu.vque moi son langage. Voyez, mon cher dur, si par le cardinal nous pourrions obteniicette grâce. C'est employer de grands })eisonnages pouipeu de chose; je ne laisserai pas d'en avoir beaucoup de lecounoissance.

11 ne faut pas guérir avant d'avoir vu Saint-Cvr, et ce ne peut être qu'à mon retour.

Dans le portrait, d'un détail merveilleux, que Sainl-Siiintii a tracé de M""" de Maintenon (t. \II, p. H6 et suivanles), et où il semble qu'il ait tout vu pour tout interpréter d'une faron défavorable, il s'exprime ainsi : « Ce que Saint-Cyr lui fit perdre de temps est incroyable, ce que mille autres couvents lui en coûtèrent ne l'est pas moins. Elle se croyoit l'abbesse univer-

* Jean-B;ipfisto Moroau, mort on 1753, était musicien du Roi: il avait déjà lait la musique de plusieurs diverlissemeuls, lorsqrj'il composa celle da^ chœurs û'Eslher et d'Athalie et quelques autres œuvres destinées à Saint-Cyr. Nous ne trouvons pas quelle est la gràce qu'il demande ici. Le duc de >'oailles était grand amateur de nmsique.

selle : c'étoit là son occupation favorite.... De là une mer d'occupations frivoles, illusoires, pénibles, toujours trompeuses, des lettres et des réponses à l'infini, des directions d'âmes choisies et toutes sortes de puérilités, etc. » M""" de Maintenon elle-même parle en maints endroits du désir et de l'espérance lie voir Saint-Cyr devenir le modèle de nombreux couvents dans toute la France. Quand l'occasion s'offre d'étendre l'esprit et les principes de Saint-Cyr à de nouvelles maisons, elle porte à cette propagande une ardeur singulière ; le temps ne semble jamais lui manquer, en effet, pour multiplier les longues lettres d'avis et de direction. Nous la trouvons ainsi à Pœuvre en particulier pour l'abbaye de Gomerfontaine, qu'une parente du cardinal de ISoailles, M"" de la Viefville, élevée à Saint-Cyr, fut appelée à diriger. Nommée abbesse à vingt-huit ans, elle trouvait une maison ruinée et fort relâchée ; son zèle chercha auprès de M""' de Maintenon des secours et des conseils nécessaires à son inexpérience. C'est pour celle-ci un nouveau champ, qu'elle accepte avec joie. Les conditions ne sont plus celles de Saint-Cyr; il faut suivre les règles particulières de la maison, se faire accepter de vieilles religieuses, beaucoup réformer, mais beaucoup supporter. La correspondance de M°" de Maintenon avec M"" de la Viefville est donc fort étendue. La Beaumelle en avait donné une assez grande part avec les suppressions et les changements qui lui sont habituels. Lavallée en a publié une partie. Dans le volume manuscrit de Versailles intitulé Lettres et Avis, cette correspondance s'étend d'octobre 1705 à 1715 : il y a quatre-vingt-dix lettres adressées à l'abbesse, et quelques-unes aux religieuses et aux demoiselles envoyées de Saint-Cyr pour aider à cette réforme. Beaucoup de ces lettres sont fort longues, et entrent dans les plus minutieux détails; quelques-unes résument toute la doctrine de l'éducation de Saint-Cyr dans ce qu'elle avait d'essentiel. Nous avons choisi parmi celles-là les plus caractéristiques; d'autres nous offriront de curieux renseignements sur l'état des couvents au dix-septième siècle. Le prieuré de Bisy, dirigé par M"' de la Mairie, élève de Saint- Cyr, et où l'on s'occupait aussi d'éducation, fut également l'objet de beaucoup de lettres de M""^ de Maintenon, remplies des mêmes conseils.

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