INSTRUCTION A 51»^ D'AUMALE
a «lui, accompagnée de quelques jeunes demoiselles de Saint-Cvi\ étoit envoyée par M""" de Maintenon à l'abbaye de Gomerfontaine pour aider à la réfornie que l'abbesse, M'"*= de la Viefville, vouloit y introduire ».
Manuscrits de Versailles. Avis aux religieuses de Sainl-Louis, p. 525.
(Septembre 1705.)
Il faut, mademoiselle, vous sei-vir, en cette occasion que Dieu vous présente de travailler pour sa gloire, de toute la raison qu'il vous a donnée, et employer utilement pour le bien de la maison où vous allez la capacité et les talens dont vous êtes remplie. Vous serez maîtresse des pensionnaires; attachez-vous fortement aux choses essentielles, qui sont de les rendre pieuses, raisonnables, bien instruites de leur religion, sachant bien lire, bien écrire, bien travailler, et ne vous amusez point à mille petites choses indifférentes, que nous avons établies ici pour faciliter le gouvernement d'un si grand nombre d'enfans à la fois, comme la séparation des bandes, le rangement au chœur et dans les classes, etc. Tout cela importe peu, pourvu que vous réussissiez à les rendre do bonnes chrétiennes, et à leur donner un bon 'esprit. S'il y a quelques grandes pensionnaires, tachez de vous en faire aimer, pour leur pouvoir plus aisément inspirer le bien, et même les porter, s'il est possible, à vous aider à bien élever les enfans dont vous serez chargée, ou au moins à être de quelque secours à la maison. Évitez cependant avec soin les amitiés particulières avec aucune d'elles; gagnez-les toutes en leur marquant à toutes la même amitié et la même attention ; permettezleur les petites choses qu'elles vous demanderont qui leur feront plaisir dés que vous pourrez les leur accorder sans danger, comme vous voyez que nous faisons
ici; insinuez-leur, mais bien doucement, de se rendre utiles à la maison. Votre bon esprit vous fera trouver mille petits moyens de les persuader, et pour cela il faut, comme je vous l'ai dit, commencer par vous en faire aimer, sans quoi vous ne réussirez jamais. N'est-il pas vrai que si, depuis que vous êtes ici et que vous m'entendez parler, vous ne m'aviez pas aimée, ou que vous eussiez eu de l'aversion pour moi, vous n'auriez pas reçu si bien tout ce que je vous ai dit? Cela est certain, et que les plus belles choses enseignées par des personnes qui nous déplaisent ne nous font aucune impression et nous rebutent souvent. Ne vous étonnez pas de ce que vous pouvez voir dans cette maison-là de différent de ce qui se fait ici : chaque couvent a ses manières; celui où vous allez n'est pas fort régulier; vous serez peut-être surprise de voir aller seule au parloir, d'y passer beaucoup de temps, d'y manger, et semblables choses où vous serez portée de croire qu'il y a du mal, et où il se peut bien faire qu'il n'y en ait point, eu égard aux circonstances dont elles sont accompagnées. "il n'est pas étonnant qu'il se soit glissé de pareils relàchemens sous une abbesse de cent ans, et qui étoit en enfance depuis près de vingt ans. Loin de vous décourager pour les diflicultés que vous trouverez eu votre chemi^ii, ne cessez de bénir Dieu des grâces singulières qu'il vous fait. Les jeunes personnes de votre âge qu'il rend assez solides pour travailler à leur propre salut sont bien heureuses; combien donc l'êtes-vous davantage, vous, mademoiselle, qu'il daigne choisir de si bonne heure pour vous employer à celui des autres! Vous ne pouvez trop l'en remercier et vous efforcer d'entrer dans ses desseins, car c'est une grâce qui vous est particulière et qu'il n'a pas accoutumé de faire aux personnes de
votre â*'"e.
L'ord°re de Saint-Bernard, dont est la maison où vous
allez, est excellent ; tout ce que M'"'' de la Viefville dous en a dit aujourd'hui me paroît admirable.
A M. LE DUC DE NOAILLES
Manusciits De Moiichy, l. IH, p. 08.
(Fontainebleau), 22 octobre (1705).
Il n'y a pas de milieu dans mon état; il faut en être enivrée ou accablée. Vous savez ce qui en est ; je ne m'accoutume point à être nécessitée à chercher un asile hors de chez moi ; je m'ennuie ici à la mort, parce que je n'y ai ni repos ni occupation, et que le trictrac ni le piquet ne peut remplacer ce que je trouve ailleurs. Si j'avois plus de vertu, je me plaindrois moins, demandezla pour moi à Celui qui peut la donner.
Je n'entends plus parler de notre abbesse, sans que je puisse en comprendre la raison.
Je n'ai su le mal de M. le cardinal qu'en apprenant sa guérison.
Par où pourriez-vous me déplaire, mon cher duc, dans l'affaire que vous allez traiter avec M""® de Montespan*? Je l'approuve, je la désire, je n'ai point à m'en mêler. Vous voyez que l'on ne songe point à me voir : c'étoit le seul embarras que je pouvois craindre, car il n'est ni facile ni nécessaire de nous rapprocher, et je crois même qu'il est convenable pour l'une et pour l'autre de demeurer comme nous sommes. Je ne vois donc rien qui doive
* Cette affaire est très probablement le mariage de M. de Gondrin, fils du duc d'Antin et par conséquent petit-lils de M"^ de Montespan, avec une sœur du duc de Noailles. Ce mariage ne se fit que le 25 janvier 1707; mais une lettre de M"" de Montespan à la maréchale de Noailles, du 23 février 1706, traite des conditions de cette alliance, proposée sans doute par le duc de Noailles à M"* de Mon-* tespan (voir M** de Montespan, par P. Clément, p. 346).
vous faire de la peine ; il ne vous seroit pas aisé de me fâcher, car je suis très persuadée de votre amitié. Je n'en aurois pas été tout à fait indigne autrefois; mais je ne suis plus qu'une triste vieille à charge au.x autres et à elle-même.
Nous plaçons ici quelques billets non datés, et dont la date précise importe peu, mais qui donnent une idée des relations familières que M™" de Maintenon avait avec quelques femmes aimables groupées alors autour d'elle. Ils sont adressés à M™'' de Dangeau, et se trouvent autographes dans la collection de M. Morrison, à Londres. - M™- de Montgon, iiUe de M- d'Heudicourt, qui est nommée dans le second billet, mourut eu janvier 1707.
Ce mardi matin.
Je m'en vais à Saint-Gyr : j'y ai affaire jusqu'à quatre heures ; après cela, madame, je suis à vous. Venez seule, venez en compagnie; le jardin, les mouches à miel, les petites filles, tout est à vous; la promenade en carrosse, le piquet à Trianon, tout est bon avec vous.
(Sans date).
M"»" les marquises de Dangeau, d'Ileudicourt et de Montgon veulent-elles manger demain ensemble dans le lieu qui leur plaira, en partir à une heure pour Saint-Gyr, se rendre à la classe bleue, y voir jouer Esiher, ne s'y point moquer de plusieurs vilains visages qui jouent et qui chantent, aller ensuite prier Dieu, et de là à Marly? Mon carrosse, dont je n'ai que faire, attendra leur ordre ; elles le renverront à Saint-Cyr. Elles m'apporteront six bouteilles d'hypocras pour nos actrices que M. Léger mettra entre leurs mains. Si tout cela ne leur convient pas, nous le remettrons à un autre jour. Adieu, mes enfans, la tête me fend.
(Sans date).
Que fait notre aimable princesse*? Croyez-vous que je n'aiinerois pas autant être auprès d'elle que derrière le dos de M. de Pontchartrain-. Mandez-moi du moins, madame, comment elle est, et n'oubliez rien pour la consoler.
A M. LE CAKDLNAL DE NOAILLES
Manuscrits De Moiichy, t. H, p. 167.
A Maiiy, ce 5 janvier (1706) ^.
Je n'ai pasplustôt répondu, monseigneur,;! la dernière lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, parce que je voulois en parler au Roi. Il assure que les Jésuites veulent la paix, et qu'ils promettent de faire des punitions exemplaires de ceux de leur corps qui écriront la moindre chose contre vous. Il est donc question de savoir des faits ; après cela nous verrons ce qu'ils feront. Jusque-là, monseigneur, il ne faut point leur déclarer la guerre. Je pense bien comme vous quand vous l'aimez mieux tout ouverte que des honnêtetés qui ne les empêchent pas de porter leurs plaintes secrètement. C'est un grand inconvénient de tous côtés que tant de monde se mêle d'écrire ; mais il faut s'accoutumer à souffrir toutes sortes de contradictions. Je suis en grand commerce avec le négociateur^ ; mais, quoique d'âge l'un et l'autre à parler sérieusement, nous avons bien de la peine à prendre un autre ton que celui de l'hôtel de Richelieu
* La duchesse de Bourgogne.
* « Au conseiUque le Roi tenait dans sa chambre, et où elle assistait en filant sa quenouille. 3 (Note du manuscrit.)
3 Voir plus haut la lettre du i9Jévrier 1703.
* Ce négociateur est l'abbé Testu, qu'on a vu mentionné déjà plusieurs fois, .
— J.\NYIER 4700. —
et d'Albret. Vous savez pourtant, monseigneur, que les affaires dont il s'est chargé ne me sont pas indifférentes. J'ai bien des raisons de désirer de sincères raccommodemens. Il me semble que la gloire de Dieu y est intéressée, et que les impies sont ravis de voir des saints penser différemment jusqu'à rompre leur ancienne amitié. Je ne respire que paix de tous côtés, quelque peu de temps qu'il me reste pour en jouir. Je n'avois pas espéré (jue vous vinssiez si tôt à Versailles, et je crains bien que vous ne soyez jamais fort dispos; il doit vous suffire de marcher ferme et avec gravité. Je compte donc que ce ne sera que demain en huit que j'aurai l'honneur de vous voir, et je vous assure, monseigneur, que j'en serai ravie.
A M"'' LA COMTESSE DE CAYLUS
Collection Morrison. — Manuscrits de Versailles. Lettres édifiantes, t. V, p. 515.
A Saint-Cyr, ce 11 janvier (1700).
Je ne fais plus que languir, ma chère nièce, et je ne suis guère sans fièvre; c'est ce qui m'oblige quelquefois à me servir d'une autre main pour vous écrire. J'espère que vous ne m'aurez pas nommée à cette famille que vous visitez, et <iue vous la prendrez sous votre protection. Il est bien difficile d'avoir des places ici : la presse est grande et la misère augmente tous les jours ; ne laissez pas d'y travailler, le Roi aura peut-être égard au service actuel du père. On vous attaque déjà, ma chère nièce ; vous devez ê.tre sur vos gardes comme si vous entriez dans le monde ; vous aurez des ennemis et des envieux; on est généreux quand on voit les gens malheureux, et cette générosité est si peu véritable qu'on ne peut plus les souffrir
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quand ils sont heureux*. Si on vous croit bien avec moi, ce sera encore un endroit qui vous attirera des ennemis. Tâchez à ne donner aucune prise. On m'a dit que l'abbé Testu s'adonne à vous; cela ne sera bon ni pour vous ni pour lui. S'il me revient un peu de santé, je vous prierai de venir ici un jour. Laissez-moi faire, mais ne craignez pas de m'importuner par vos lettres.