‹ Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentique [microform]: choix de ses lettres et entretiensChapitre 69 sur 98 · A 51. LE MARÉCHAL DE TESSÉ · texte numérisé non relu

A 51. LE MARÉCHAL DE TESSÉ

Manuscrits de Verpaillos, Lettres édifiantes, t. V, p. 5il.

A Saiiil-Cyr, ce 10 février 1706.

Vous ne pouvez, monsieur le maréchal, aspirer à être oublié. Vous êtes sur le théâtre, et toute l'Europe a attention et intérêt à ce que vous faites. 11 est bien sur que vous ferez le mieux que vous pourrez, et il l'est bien aussi que vous êtes chargé des plus tristes affaires. Dieu

* M""^ de Cavius avait été éloignée de la cour à cause de ses liaisons avec la cabale conduite par la duchesse de Bourbon, à Meudon, près de Monseigneur. Celte cabale taisait une secrète et déloyale opposition au duc et à la duchesse de Bourgogne, et déplaisait au Roi. Des lettres surprises, où l'on frondait la dévotion de la cour, M"» de Maintenon elle-même et son entourage, avaient amené une sévère réprimande à la duchesse et la disgrâce aux jeunes femmes de son entourage. C'est alors que M"-" de Caylus, j.assant d'un extrême à un autre, se jeta dans la dévotion la plus austère, mais sans contenter davantage M""- de Maintenon, car elle s'était en même temps donnée au parti janséniste (voir la lettre du 15 octobre 1704 et la note). M"" de Caylus ne parle dans ses Souvenirs que de la première cause de sa disgrâce et de la permission ensuite obtenue de revenir à la cour, par la faveur recouvrée de M»° de Maintenon. Le Roi cependant ne la goûta jamais, et M-" de Maintenon, piudemment, ne chercha pointa obtenir pour elle une faveur éclatante..

*Le maréchal de Tessé commandait les U'oupes envoyées au secours de Philippe V, en Espagne. Il avait remplacé Berwick à la fin de 1704 et s était concilié l'affection du roi et de la reine d'Espa'^ne eu prenant le parti de la princesse des Ursins. "

les bénira autant qu'il lui plaira. Je comprends bien que .e la princesse des Ursins n'est pas plus a son aise que Is, et je n'envie point la place de M. l'ambassadeur. Notre seul bonheur est votre union; vous mandez tous a neu près la même chose, et vous n'embarrassez pomt le Roi à démêler la vérité comme autrefois. C'est beaucoup, et quelque misérables que soient les affaires, nous espérons Ji de votre capacité et de vos bonnes intentions Il V a bien longtemps que nous ne voyons plus M- de Maulevrier-, c'est une perte pour elle et pour nous ; on • dit que M. son mari est en meilleure santé, ai vu une lettre de M. l'abbé de Tessé, digne du fils de la politesse même, et je me suis bien réjouie du mariage de M. vo re fils aîné. Je ne sais si on dit eu Espagne comme dans les autres pays étrangers que le Roi n'a plus de santé, mais ie puis vous assurer qu'il n'en eut jamais davantage, et qu'il n'a point même la moindre incommodité. Je ne vous dis pas cela par politique, mais seulement par rapport à l'attachement que vous avez pour lui. Notre pnncesse devient tous les jours plus aimable, et seroit parfaite s'il n'v avoit point de lansquenet. Je n ai plus de santé, et ifv a quatre ans que j'ai une fièvre continue; i'en suis si "affoiblie que je ne puis presque plus écrire de ma main. Je n'en manque pas à Saint-Cyr ; mais je crains bien d'en avoir choisi une très mauvaise, car c est une enfant de treize ans qui se trouve actuellement seule dans ma chambre. Croyez, monsieur le maréchal, qu en quelqu'état que je sois, je ne changerai jamais pour vous et serai toute ma vie votre très humble

• Fille du maréchal de Tessé.

A M. LAMOICnNON DE BAVILLE, INTENDANT DE LANGUEDOC*.

Mémoires et Documents publiés par la Société d'histoire et d'archéologie de Genève, t. XIX, 1" livraison, 1875.

18 février 170G.

J'ai toujours gardé la lotlre que j'ai reçue de vous, monsieur, dans le dessein d'y répondre; mais j'ai été considérablement malade depuis ce temps-là, et je ne suis pas encore même assez forte pour vous écrire de ma main. Je vous rends mille grâces, monsieur, de tous les souhaits que vous faites pour moi au commencement de ' 1 année; je la croirai fort heureuse si je conserve l'estime que vous voulez bien avoir pour moi. Je ne connois guère rien de meilleur que d'en avoir donné à un homme tel que vous. Vous savez celle que j'ai eue toute ma vie pour vous, et qui augmente tous les jours par tout ce <iue vous faites pour le Roi et pour l'État. J'ai bien souffert des affaires qui ont été en Languedoc, et il falloit votre prudence et votre fermeté pour mettre les choses €11 l'état où elles sont. M. le maréchal deNoailles compte fort sur votre amitié, et espère bien qu'elle passera jusquau duc de Noailles. Je vous prie qu'il profite encore <Ie la bonté que vous avez toujours eue pour moi, et de lui donner des conseils et des aides qu'il ne peut trouver qu en vous ; il est plein de bonnes intentions et plus sage qu on n'a accoutumé de l'être à son âge. Son vovac^e 11 est point fondé sur les vues d'ambition qu'on a voulu répandre dans la cour; il en a de plus solides et de plus désintéressées. Je vous rends mille grâces et suis....

J Nicolas Lamoignon de Bâville, fils de Lnmoignon, premier pré- ^^.dentdu Parlement, était intendant de Languedoc depuiriGsri se signala par ses qualités d'administrateur. naTs aT par "^^^^

Ss"o„'"rt ^"- ^"'"^"'^ '''''' '' -vocation de r^dt d: >ante^. On peut ver, a ce sujet, sa correspondance avec Bo^suet

ou 1 est toujours du parti le plus violent. Il avait connu M^e'^^^

Maintenon dans sa jeunesse à l'hôtel de Richelieu. Il mourut en 172!

A M. LE DUC DE NOAILLES

Manuscrits De Mouchy, t. 111, p. 117.

A Saint-Cyr, ce 22 février 170C.

Je reçus en moins d'une heure la nouvelle de votre seconde Ville et celle de votre entrée en Catalogne*. Je ne me trouvai insensible ni à l'une ni à l'autre. Je vous nurois souhaité le plaisir d'avoir un garçon ; mais, grâce M Dieu vous trouverez en lui et en vous de quoi vous consoler. Oui certainement, j'ai vu le détail de ce que vous avez fait, et entendu avec joie ce que le Roi m a dit on particulitfi' sur la conduite que vous avez tenue. Dieu veuille bénir ces heureux commencemens! 11 est impossible qu'ils ne fassent pas une diversion utile aux affaires d'Espagne. Vous voilà donc au siège de Barcelone ; si le succès ètoit favorable, ne pourrions-nous pas espérer

la paix? . , .,1 r «

Je suis fort aise que le duc de Derwick aille en Espa- ^me. J'espère qu'il y fera fort bien; mais je crains qu il ne soit bien foible. On vous a répondu sur le siège de Girone ; ainsi je n'ai rien à vous dire là-dessus. M- la princesse des Ursins m'a un peu grondée de vous avoir recommandée à elle, et prétend être en droit de vous recommander à moi. M- la maréchale m'a amené M^'^' de NoaillesS qui est la plus aimable laide qu'on puisse voir. Elle ne joua pas toutes les pièces qu'elle sait; son attention se tourna sur le petit Moïse qu'elle aperçut dans ma tapisserie, et à qui elle vouloit donner à téter. J allai voir hier M- votre femme, qui est bien incommodée, et dont il me semble que M- la maréchale a grand soin. Ma

i Le duc de Noailles avait été envoyé à l'armée d'Espagne à la fm de 1705. Il était alors maréchal de camp, et commanda d aboi d eu

Catalogne. ^.. ^„f.,„t

- La première fille du duc de Noailles, encore peUte entant.

santé ne se rétablit point ; mon rliume se renouvelle tous les jours, par le changement d'habitation et parce qu'on me fait toujours parler. On passe ici d'une extrémité à l'autre et de me croire à l'agonie ou en parfaite santé ; cependant mon état est celui de la convalescence tout au plus.

II s'est passé bien des choses sur l'ambassade de Rome. M. le duc de Saint-Simon* avoit été proposé, et ensuite M. d'Antin. Le Roi penchoit à celui-là, quand il apprit par des gens fort graves qu'il y avoit deux grandes cabales pour ces deux messieurs ; que les Jésuites vouloient M. le duc de Saint-Simon, et les Jansénistes M. d'Antin ; que M""® de Montespan étoit à la tête de cette dernière cabale. J'avoue que je fus surprise de voir M. d'Antin accusé de jansénisme; mais enfin tout ce bruit a fait prendre le parti d'un délai, et, en attendant, M. Tabbé de la Trémoille sera chargé des alfoires. 11 n'est pas difficile de bien faire votre cour à notre princesse : je lui vois toujours pour vous beaucoup d'estime et d'amitié. Elle et M. son mari sont parfaitement bien ensemble, et je serois bien contente d'elle s'il n'y avoit point de lansquenet. La princesse de Conti est sur le côté, et ses ennemis triomphent; je ne crois pas que personne y gagne. Je ne puis encore écrire de ma main; excusez les fautes de mon secrétaire, qui n'entend pas tous les mots qui sont dans cette lettre*. Je vous embrasse, mon cher duc, portezvous bien, c'est tout ce qu'il y a présentement à désirer pour vous. Je n'ai rien à vous dire de moi qui vous fit plaisir, si ce n'est la continuation et augmentation même de mon estime et de mon amitié.

* L'auteur des Mémoires. Voir ce qu'il dit de cette affaire, t. IV, page 156

* En effet le secrétaire a écrit : les Jeans Sénistes!

K M. LE DUC DE NOAILLES

Manuscrits De Moiichy, l. IH, P- i21.

5 avril 1706.

I e Roi ne peut être que très-content de vous, mon eher duc; mais quand cela seroit autrement, je vous croîs assez de vertu pour être content du témoignage de 0 e conscience. Je vois avec la sensibihté que vous m loissez le retardement de ce qui ^toit nêces^e^ou le siège de Barcelone, et les apparences bien fondées de ToW: qu'on ne le pourra faire. On se flatte toujours •et on eut hier des lettres de M. le comte de Toulouse nui disent que tout arrive ; elles sont du 26 mars ' Ne dit.s pas, je vous en conjure, que vous n écrivez Je de peur L m'importuner, car vos lettres me font toujours pïaisir; mais je comprends par mon expenenc que notre commerce est trop froid pour être fréquent, e que, ne voulant pas écrire ce qu'on se diroit, on ne sait trop de quoi remplir ses lettres. „ , „ i

Vous apprendrez la triste fin du pauvre M. de Maulevrier '; j'y ai pris encore plus de part parce qu il etmt

votre ami. , .,i « i .

M le cardinal de Noailles et moi nous brouillons tous k s iours déplus en plus. H veut me rendre garant des dégoûts nue d'autres gens lui attirent; il fait des injustices a un de mes amis* qui me révolteroient s'il les fesoit a mon laquais. Ma destinée est de mourir par les évêques, vous

1 Maulcvrier était gendre du maréchal de Tessé; il avait affiché une

cS du ...oins la cause quavcc beaucoup de cu.-.cux deta.ls Sa..U- ^îmnn assi^-ne à cette mort tragique IX, D7-DJ).

" A l'é'^que de Charlies, Godet des Marais, du-ecteur de JK de Maintenon. 11 était alors fort malade.

S*ïsSi'*pij|5i53Sg

savez ce que M. de Cambrai m'a fait souffrir. C'est bien pis d'être mal avec son archevêque. Il sera défait dans peu de temps de l'évêque qui a le malheur de lui déplaire. Adieu, mon cher duc, j'ai le cœur toujours serré : Dieu le veut ou le permet; c'est à nous de s'y soumettre.

A M""" LA COMTESSE DE CAYLUS

Collection Morrison.

A Marly, 23 avril (1706).

Le peu de charités que je fais aux Angloises du Chant de l'Alouette passent par M. Vacherot, que je crus qui étoit connu de vous. Je vous prie, ma chère nièce, de vouloir bien leur envoyer vingt louis, car je sais qu'elles sont dans un grand besoin. Ne vous méprenez pas : il y a plusieurs pauvres couvens d'Angloises à Paris; cellesci sont du Cliant ou du Chanq) de l'Alouelle* : vous me ferez même plaisir de me faire savoir lequel des deux.

Le prix de mon étoffe m'épouvante si fort que je ne crois pas pouvoir me résoudre à la mettre sur mon vieux corps. N'est-ce pas un grand contre-temps que M. le chevalier d'IIeudicourt soit mort avant que le temps m'ait permis de donner l'habit violet à M'"^ d'Heudicourt, qui l'auroit mieux aimé que le deuil qu'il faut prendre, et qui sera bientôt égayé de quelque tablier-? Elle n'en a point eu de peur.

* 11 y a encore dans le quartier Saint-Marcel une rue qui s'appelle du Champ-de-l'Alouette.

* M"" d'Heudicourt était M"" de Pons, parente du maréchal d'Albret, et par conséquent de grande naissance, mais sans fortune. Elle était amie de jeunesse de M"" de Maintenon, et resta une de ses familières. Les Souvenirs de M"" de Cavius la font bien connaître. Elle était encore M"* de Pons, et d'une grande beauté, quand la maréchale d'Albret la produisit à la cour. Elle y lit tant d'effet que a le

J'ai reçu une lettre très obligeante de M. d'Auxerre*; remerciez-le bien pour moi, je vous prie.

Je continue à me bien porter et à soutenir sans fièvre le siège de Barcelone et la maladie du duc de Noailles. Toutes les lettres font espérer que l'un et l'autre finiront bien. Bonjour, madame, envoyez-moi votre mémoire ; je ne vous crois pas en état de faire de grandes avances.

A M""' LA COMTESSE DE CAYLIS

Collection Morrison.

Ce 25 avril, à Saint-Cyr (1706).

La bataille gagnée en Italie ^ me détermine à mettre ma' robe ; je m'habillerai de vert si on prend Barcelone,

Roi ne la vit pas avec indifférence et balança même quelque temps entre M"<= de la Vallière et elle ». On s'en aperçut, et la maréchale d'Albret l'emmena précipitanmicnt. M""^ d'Heudicourt ne cachait pas l)lu^ lard quels avaient été ses regrets quand elle avait compris la conduite de la maréchale. « Elle n'étoitpas mauvaise ù entendre sur cette circonstance de sa vie, surtout (piand elle en parloit au Roi même '^cène dont j'ai été quelquefois témoin. Elle ne lui cachoit pas combien '^a douleur fut grande. » Mêlée à toutes les intrigues des •unours du Roi, elle s'attira une disgrâce qui dura quelques années. Quand elle revint à la cour, rappelée par les bons ofliccs de M- de Maintenon, l'âge avait effacé toutes les traces de son ancienne beauté- mais, douée d'une imagination vive et singulière, elle trouvait moven d'amuser et de divertir sans y api)orter beaucoup de goût et de mesure. Soit souvenir de jeunesse, soit besoin de distraction M°"^ de Maintenon conserva jusqu'à la lin dans son intimité une personne si différente d'elle-même : « Je ris, disait-elle, des choses que me dit M-» d'Heudicourt. Il m'est impossible de résister à ses plaisanteries; mais je ne me souviens pas de lui avoir jamais rien entendu dire que je voulusse avoir dit. » {Souvenirs de M»« de Cavius) Entre autres singularités, elle avait peur des revenants; ses ten'eurs se renouvelaient à la mort de chaque personne de sa

société

1 l'évêque d'Auxerre était beau-frére de M°»« de Caylus.

* a A Calcinato en Lombardie, le 19 avril, par M. le duc de Vendôme. » Note du manuscrit.

et de couleur de rose si l'archiduc tombe entre nos mains. Je voudrois vous avoir à l'heure qu'il est, car je serois bien en humeur de me réjouir. Continuez les mois à la pauvre femme du chevau-léger comme si vous ne lui aviez rien avancé. Je vous envoie les 989 francs ; ce n'est point pour ne vous pas voir, c'est que je crains que vous ne manquiez d'argent.

Donnez un louis à chaque demoiselle de CiOnilans dont elle puisse disposer et se réjouir.

Adieu, ma chère nièce, je me porte bien.

A M. LE DUC DE NOAILLES

Manuscrits De Mouchy, t. III, p. 185.

A Saiiit-Cyr, ce 28 aviil 1700.

Vous nous avez donné une grande alarme, mon cher duc! J"ai pourtant toujours espéré dans la chaleur du climat; j'ai vu que Dieu vous conservoit par cette maladie d'un plus grand péril ; il n'y avoit que l'accablement où je voyois M""^ la maréchale de Noailles qui me fesoit peur, car autant vous l'avez vue tranquille pendant vos maux . passés, autant a-t-elle été frappée et atterrée de celui-ci, et cela bien véritablement. Ce fut une grande joie hier pour tout ce qui s'intéresse à vous de vous savoir hors de danger et même rassuré sur votre beauté, dont il paroît que M. Rouvart fait grand cas.

Remerciez-le bien, monsieur, je vous en supplie, de vous avoir si bien conduit ; il a fait plaisir à bien d'honnêtes gens; j'en ai vu ce matin un saint cardinal bien touché. On a beaucoup prié ici pour vous ; mais je suis présentement dans la crainte que vous ne guérissiez trop tôt, et je n'ai pas été fâchée de voir dans votre lettre que vous avez encore la tête foible ; ne guérissez

point que Barcelone ne soit pris. Lapara est une perte, mais Dieu fera ce qui lui plaira; il me semble que je ne veux que ce qu'il veut. Cependant je meurs d'inquiétude du succès de votre entreprise. Nous serions trop heureux d'y réussir après l'action de M. de Vendôme, que nous espérons qui aura des suites dont nous attendons incessamment le détail. M. de•Bor^vick a grand besoin de votre secours. Notre duchesse de Bourgogne est toute triste de l'extrémité où se trouve la reine sa sœur. Je ne vous dis rien de ce pays-ici ; votre nombreuse famille ne vous en laisse rien ignorer. Vous savez, mon cher duc, les sentimens que j'avois pour vous quand je vous ai quitté; il me semble que vous n'avez pas démérité depuis que vous êtes parti; j'en ai vu le père de la Rue transporté de joie.

A M. DE MURSAY.

Catalogue Chaïubry, 1881, n" 406. Inédite.

50 avril (1706).

Je sens une grande joie de ce que Dieu vous conserve, mon cher neveu, et de ce que vous faites toujours parler de vous*. Il faut valoir quelque chose pour se distinguer parmi tant de gens qui font des merveilles. M. de Ven-

» Pliilippe, comte de Mursay, fils aîné du marquis de \illelte et frère de M">'^ de Caylus. s'était distingué dès l'âge de douze ans en combattant sur le vaisseau de son père, à la bataille navale de Messine. On a vu plus haut, tome I, p. 77 et 124, l'éducation que lui fit donner M"* de Maintenon après l'avoir enlevé à ses parents et converti. Cornette de clicvau-légers en 1685, et mestre de camp en 1688, il se conduisit bravement aussi à la bataille de Calcinato, «^agnée par le duc de Vendôme le 19 avril 1700. La relation détaillée en arriva à Versailles le 28. La lettre de M--^ de Maintenon, datée du 50 avril, sans millésime, se rapporte évidemment à cet événement. Le comte de Mursay survécut peu à ce brillant fait d'armes; il mourut prisonnier peu de mois après, pendant le siège de Turin. Son frère, plus jeune, avait été tué à la bataille d ^.Steinkerque, 1002

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dôme n'oublie rien pour les faire valoir, et c'est un digne général eu toute façon. Deux raisons m'empêchent d'avoir l'honneur de lui écrire : l'une est que sa politesse voudroit me faire une réponse, et je ne veux pas lui donner cette peine-là ; l'autre, c'est qu'eu vérité on ne peut trouver des termes qui le louent dignement. 11 peut juger par ce qu'il a vu à la cour et à Paris qu'on l'étoufferoil de caresses s'il pouvoit y paroître. 11 a donné une grande joie au Roi et à toute la France. M. le Dauphin recevoit des complimens sur ce que c'est M. de Vendôme*, et je ne l'ai jamais vu si sensible. Achevez votre campagne comme vous la commencez, et nous verrons linir la guerre. Je vis hier M"'« votre femme en bonne santé, fort vive sur votre gloire et sur vos intérêts. Je trouve M. votre père bien abattu. Je me porte mieux que je n'ai fait depuis cinq ans, et mon amitié pour vous augmente à propoi'tion de mon estime.

Nous abordons une partie fort intéressante de la correspondance de M"^ de Maintenon, et qui a une grande importance historique indépendamment de sa valeur littéraire. L'échange de lettres entre elle et M""" des Ursins se continue jusqu'en 1715, et témoigne aussi bien du contraste de caractère entre ces deux femmes célèbres que de la différence de leur rôle. M"* des Ursins ne cache pas la grande part qu'elle a au gouvernement de l'Espagne; M"" de Maintenon affecte au contraire de ne connaître les affaires que par intérêt pour les princes et pour M"*' des Ursins elle-même, sans y exercer aucune influence; mais elle ne persuade pas son interlocutrice. Nous avons déjà vu* quelle fut tout d'abord la faveur delà princesse des Ursins

* On se rapi»elle que le duc de Vendôme était de la cabale qui entourait Monseigneur.

* Voir tome I, p. 357, et tome II, p. 59.

— AVIUL 1706. —

auprès de la reine d'Espagne, sa première disgrâce lorsque ,louis XIV la rappela en France, son voyage à Versailles, sa faveur recouvrée et son retour triomphant. L'échange de lettres commence aussitôt après son départ de Versailles,lel5 juin 1705.

Une sorte de traité (c'est l'expression employée) avait été conclu, et, parmi les clauses, était celle de celte correspondance, canal lolijours ouvert pour transmettre à M'"'= des Ursins les ordres du Roi, mais aussi pour lui permettre à elle-même de s'expliquer et de se défendre sans passer par les ministres.

Dès le mois de juillet 1705, M"*^ des Ursins mande à la maréchale de Noailles qu elle reçoit de M""^ de Maintenon « des lettres pleines de bonté, de sincérité et même d'amitié..., écrites comme il faut écrire pour marquer l'esprit, la délicatesse, la politesse et l'agrément ». Malheureusement toute la prennère partie de la correspondance est perdue, jusqu'au l*-^ mai 170G. Comment ce qui reste a-t-il été conservé ?

L'éditeur Bossange, en tète des Lettres inédites de M"" de Maintenoîi et de 3/'°*^ des Ursins, parle d'une copie de celte correspondance, faite à l'intention du duc de Choiseul, et qui, conservée dans celte famille, lui aurait été confiée pour en composer ses quatre volumes. Est-ce cette même copie qui ost maintenant au British Muséum sous les n" 20U18 à 20 920, et d'où nous avons tiré d'utiles coireclions ? Elle contient à la fois des lettres de M™" de Maintenon à M""' des Ursins et de M"" des Ursins à M"" de Maintenon et à quelques autres personnes. Les deux séries offrent de grandes lacunes. Un autre manuscrit de copies, retrouvé par nous à la Bibliothèque de Slockholm, nous a rendu un grand nombre de lettres de M"' des Ursins, dont dix-neuf adressées à M"" de Maintenon. Aucune de ces lettres ne se trouvant au British Muséum^ il semble que ce soit un fragment du même dossier. Nous avons fait à Rome, où est morte la princesse des Ursins, des recherches dont les résultats, très-intéressants pour la première partie de sa carrière, ont été nuls quant à la correspondance entre elle et M"" de Maintenon.

A M™ LA PRLNCESSE DES LUSINS.

Musée biil;inni(iu»\ Addilional manusaijHs, n* 20 918, fol. 71.

Saiiit-Cyr, le 5 juin 170(3.

Je ne croyois pas, madame, qu'on pût exagérer sur le mauvais état de vos affaires, et cependant on la fait en vous disant que Tarniée du roi d'Espagne avoit été défaite. M. le marquis de Drancas m'a appris que M. le duc de *'* avoit été vous rendre compte de tout ; ainsi j'espère que vous n'aurez point pris d'extrêmes résolutions sur cette première nouvelle ; mais, madame, que n'a-t-on pas à craindre de l'effet que produira celle de Flandres» î 11 faut adorer la volonté de Dieu en tout ; nos deux rois soutiennent la religion et la justice, et ils sont malheureux ; nos ennemis attaquent l'une et l'autre, et ils triomphent : Dieu est le maître. Nous sommes ici fort affligés et incpiids par ra])poit à vous ; la marche du roi d'Espagne ne peut être que longue, et il va bien des sujets de craindre.

Oui, madame, la reine méritoit certainement une meilleure destinée : M'"^ de Drancas nous en a encore conté des merveilles ; mais, madame, tout n'est pas perdu, et elle est assez jeune pour voir plus d'une révolution. M. Chamillart a été en Flandres, son voyao-e sera utile; il a fait au juste le détail de la malheureuse journée de Flandres du 2»". II a garni les places, et nos troupes se rassembleront. Croyez-vous qu'il y ait un plus malheureux homme sur la terre que le maréchal de Villeroy? Tout est déchaîné contre lui, et ses meilleurs amis conviennent au moins qu'il n'est pas heureux, et que c'est un grand défaut dans un général. 11 me paroît,

* La iicrte de la bataille de RaïuilUes par le marcclial de Yilleroy, 23 mai.

madame, que chacun souffre à proportion de son personm^e. Je n'ai pas la force d'écrire à la reine ; sa dernière lelU-e m'a bien coûté des larmes, et qu'est-ce que des paroles pour lui exprimer la part que je prends à ses peines? On ne peut comprendre par où tout ceci finira. La duchesse de Bourgogne étouffe de vapeurs ; le Uoi est courageux et chrétien ; et pour moi, madame, je suis femme et des plus foibles.

A M""' LA COMTESSE DE CAYLUS

CoUoclion Morrison.

ASaint-Cyr, i2juin(l706)«.

J'étois si lasse, si accablée, si chagrine la dernière fois que je vous ai parlé que je crains bien, ma chère nièce, de m'êlre expliquée avec vous sèchement. Ce n'est pas mon intention, car j'ai de l'amitié pour vous; je vous trouve bien de l'esprit, et j'aime fort à vous voir. Voilà ce qui est vrai; mais l'impossibilité de rien tourner à mon goût et les tristes idées que j'ai de ma place, jointes à une vieillesse qui est à charge aux autres et à moi, tout cela, dis-je, me décourage et me renferme dans mon cabinet de Saint-Cyr. Conduisez-vous donc indépendamment de moi, me prenant quand vous le pouvez, et me laissant sans vous en mettre en peine. J'ai ici la duchesse de Noailles ; je n'espère guère de la contrainte (lue je me fais là-dessus.

11 est certain que votre retour à la cour' vous causera de la dépense ; les femmes en font une grande pi^ésentemenl, et jamais plus mal à propos, la misère étant au

* Le manuscrit donne, mais d'une main étrangère, la date de 1707 ; 1700 nous semble plus probable.

* Voir plus haut la note à la lettre du 11 janvier 1700.

point qu'elle est. On se plaint et on se ruine ; on ne voit plus d'argent et on n'a pas une jupe de moins.

Mandez-moi des nouvelles de M™« de Villette, je voudrois bien qu'on ne mît pas le fer à son sein.

N'étes-vous pas assez estimée des marchands pour qu'ils vous confiassent, quand vous viendrez ici, des taffetas unis et d'autres glacés? Je ne veux ni incarnat ni vert.

J'irai tantôt à Trianon avec la duchesse de Noailles, M"« de llreuillac et M»« d'Aumale. J'en viendrai à chercher des complaisantes. M"« d'ileudicourt vint ici assez mal à propos avec les siennes.

A M. LE DUC DE NOAILLES

M.iiiiiscrils De Mou<Iiy, t. III, p. Hî».

A Marly, 15 juin (1706;.

Je viens de recevoir votre lettre du fi de ce mois de Madrid. Les démonstrations de joie du peuple sont sans conséquence* et j'aimerois mieux qu'ils donnassent des troupes. En lisant votre lettre au Roi, il me dit que vous ne saviez pas encore ce qui s'est passé en Flandres; vous en serez bien touché, et nous pouvons dire [)résentement que nos affaires vont aussi mal que celles d'Espagne.

Je n'entre point dans le détail de la perle di> la bataille et de celle de toute la Flandre espagnole; M. votre père

* Lo roi d'Espaorno ayant été obligé de lever le siège de Barcelone, de timides conseils l'engageaient à se rélngier en France Le duc de Noailles ouvrit un autre avis, qui fut suivi. Le roi traversa le sud de la France, rentra en Esj.agne par Panipelune, accompagne dune simple escorte, dont faisait partie le duc de Noailles, et arriva a Madrid le ..juin, acclamé par le peuple. Saint-Simon, ennemi du duc de Noa, les avoue que ce hardi conseil, justifié par le succès, fut le salut de Philippe V. - i i. »,

vous en rendra un meilleur compte que moi. Je ne crois pas qu'on ait jamais vu une plus grande révolution en moins de temps ; nous ne soimues qu'au commencement de la campagne, et les ennemis sont en étal dé faire tout ce qu'ils voudront. Il n'y eut jamais un plus malheureux homme que le maréchal deVilleroy; s'il avoit évité le combat, il eût été déshonoré, et on auroit autant crié contre lui qu'on le fait présentement; mais il a, outre ce déchaînement public, le déplaisir d'avoir perdu nos affaires et affligé le Roi, auquel il est sincèrement attaché. Cependant ce déchaîneiuent est à un tel point dans l'armée et dans Paris que je ne crois pas que le Roi le puisse soutenir. Je suis persuadée qu'il est du bien de son service de donner une nouvelle face au commandement de

l'armée.

Le Roi soutient ce revers de fortune avec un courage chrétien qui attendrit pour lui, mais qui fait pourtant grand plaisir à ceux qui aiment encore plus son salut que sa prospérité sur la terre. Pour moi, mon cher duc, j'ai été frappée, abattue, stupide jusqu'ici; je reprends courage et je me trouve un peu petite-fille d'Agrippa. La foi vient à' mon secours et me liiit voir que voilà le Roi dans le chemin des élus dont peu se sauvent sans souffrir. J'avoue que la souffrance de le voir souffrir est grande, et que j'aurois besoin de vous en ces temps-là, car vous savez que je ne parle à personne, et qu'on en tiwv^ peu capables d'entendre. Notre saint cardinal, qui auroit pu être ma consolation, est devenu un de mes sujets de peine ; la famille ne m'aime guère et ne pense pas comme moi; ainsi il faut se contenter de gémir aux pieds de Notre-Seigneur. Votre beau-frère le due de Guiche a véritablement fait des merveilles ; Riron s'est distingué ; on loue le duc de Yilleroy el on en blâme une infinité

d'autres.

M™« la duchesse de Rourgognc est bien aise de ce que

VOUS me mandez de la reine sa sœur, car vous l'avez persuadée que, si elle ne vous plaisoit pas, vous seriez incapable d'en mander du bien, et elle compte plus votre approbation que tout cequ'elle en avoitouï direjusqu'ici. Vous savez qu'elle est grosse; mais l'état où nous sommes tous nous rend peu sensibles à la joie. Elle est dans de continuelles agitations pour l\ Flandre, pour Turin et pour l'Espagne, et nous ne pouvons de tous côtés attendre que de mauvaises nouvelles. Je vous crois en Roussillon ou bien près d'y arriver*. Dieu veuille bénir ce que vous allez faire ou empêcher! M. Amelot désireroit bien que les ennemis fussent obligés de laisser des troupes en Catalogne.

iTétes-vous pas bien content de M'"« la princesse des li-sins et de noire ambassadeur? 11 me semble qu'ils font lout de leur mieux et avec beaucoup de courage.

Comment pounoit-on n'être pas content de vous? Vous donnez votre santé, votre vie, vos soins, votre bien pour le service des deux rois; mais vous serez encore plus récompensé par le plaisir d'agir en honnne de bien qui aime la chose publique, qui saura s'envelopper dans sa vertu si la reconnoissance des hommes lui manque ^

Jugez par la longueur de ma lettre, mon cher duc, du plaisir que j'aurois à vous entretenir, si on peut appeler rdaisir le soulagement de parler de nos malheurs avec quelqu'un de raisonnable et qui pense comme nous. Il n'y a plus de ressources pour moi ; je ne verrai plus que des peines. Pour vous qui êtes jeune, vous pouvez bien voir la France se remettre et s'affoiblir plus d'une fois.

• * ^?. ^"^, ^^ >'oailIos, après avoir accompagné lo roi d'Espa'-nc jusqu a Madrid, revenait en Houssillon ponr commander les Doupes qui défendaient la ironliêre de France.

11 y a bien longtemps que ma santé est assez bonne ; les accès de fièvre s'éloignent. Dieu n'en donne jamais au delà de nos forces.

* Ce paragraphe, depuis « Comment pourroit-on »,est cite dansiez Mémoires de îicailles, p. 197.

A M. LE DUC DE NOAILLES

Manuscrils De Mouchy, t. III, p. lo9.

ASaint-Cyr, cel5jmllet (1700).

J'ai reçu votre gros paquet de Perpignan avec des lettres d'Espagne de vieille date ; les affaires y ont bien changé de face depuis ce temps-là. Je me suis trouve assez de courage jusqu'ici par rapport aux nôtres; mais je vous avoue, mon cher duc, qu'il est à bout depuis la crainte trop bien fondée d'une descente en France*. Je ne puis y voir les ennemis sans avoir le cœur dans une étrange situation. Je suis soumise à la volonté de Dieu dans la partie supérieure pendant que l'autre est dans l'abattement. Ma santé devroit y succomber, et elle est meilleure qu'elle ne l'a été depuis cinq ans. Le Roi n est point insensible, mais courageux et chrétien. Notre prmcesse est plus affligée que son âge ne le comporte, lout cela ne me console point. Je me doutai bien que vous ne sentiriez guère la joie d'être lieutenant général ; je le dis à votre famille qui m'en fesoit compliment; je crois vous bien connoître, vous aimez le Roi et l'Etat. Je n'ai pas la force de vous écrire, quelqu'envie que j'en eusse, car je ne sais quel chapitre traiter avec vous. Les plaintes sont inutiles, et on ne peut pourtant perdre de vue les sujets qu'on en a, ni s'amuser à parler d'autre chose. Adieu, mon cher duc.

* On craignait une descente on Provence des troupes du duc de Savoie.

90 LETTRES DE M- t)E MALNTENON.

A M- LA PRmCESSE DES URSINS.

Musée brit/, Add. mss., n» 20918.

Saiiit-Cyr, 18 juillet 1706.

Enfin, madame, nous eûmes Iiier des nouvelles d'Espagne, et toujours mauvaises comme nous devions nous y attendre. Quel spectacle de voir cette reine éprouver à dix-huit ans le renversement d'un rovaume, et se voir errante, chercher quelque lieu où on veuille la recevoir' Mais il est encore plus étonnant, madame, qu'elle soutienne l'état où elle est avec la soumission et le courage que vous me mandez» : seroit-il possible que Dieu l'abandonnât ! Cependant, madame, il me paroît bien difficile de se flatter de quelque espérance. Si vous perdez une bataille, tout est perdu, et dans ce moment si vous ne la donnez pas, vous perdrez peut-être tout, un peu plus lentement. Dieu veuille inspirer le Roi et M. Berwick ' Je soutiens toujours qu'il faut les laisser faire, et qu'on ne peut conduire de si loin : nous ne l'avons que trop

• Salai.ianquo avait été i„iso le 7 juin, Cartliagèue le 13 et les ennenns sayanç.-.„t sur Madrid, la reino avait été obligée d'e'n'orth. K)ui. se retuer à Burgos, ,,endant que Philippe V allait .vordré armée du maréchal de Berwick. M™^ des Ur'ius éerivaiu M- i' Manifeuon, de Herlanga, 24 juiu 1700 : «Il a fallu enhu inadnmp sort.r de Madrid, et. comn.e la reine a voulu tenir bon j .p'^ T,' et i^ nen fan-e connohre au peuple de ses iutentions. notre dén"; s est lait sans avo.r ,néme les choses les plus nécessaii'es laVeino na aigres d-elle que n.oi, une <Iouna et une femn.e de clanXé la d.sette d argent la réduile à n'e.i pas avoir davanta<^e roi

vient decruv^ à la reine qu'.l la prioit d'envoyer ses pie^roV^s en rance. ou pour les vendre ou ,>our les engager.... H / pan ^ ces pierreries la fameuse perle appelée la petrgrina et le d am aue es Espagnols nomment le Estanoue; la reine v a ioinf nnc ; V/ es « ennes . (Bossange, III, 50^) La reil/e éc /v^U us UM "' d" Main tenon (0 juillet) et lui racontait toutes ses misèi^es elle aiouf.iM « Ma gré cela, si le Roi peut vaincre ses ennemis, nous ne lat ol pas d être gaiement; le pis de tout est que nous ne sommes oi-e non

— JUILLET 1706. — 9i

expérimenté. Je ne puis m'empêclier de vous dire, sans que personne m'en ait chargée, que M. et M™^ d'Albe montrent ici un grand zèle pour les deux rois ; ils sont aimés et estimés dans ce pays-ci, et disent de bon cœur : Vive Philippe Y et la reine! dont elle conte des merveilles. Mesdames Royales* sont à Oneille et non à Gênes Jusqu'ici M. le duc d'Orléans mande de Turin que ce sièo-esera très long encore; de sorte, madame, que je meurs de peur qu'on n'y perde bien des gens et par les armes et par les maladies, qui viendront bientôt. ( Quelle cruauté que la guerre, et de voir tous ces princes se persécuter les uns les autres, et liiire périr tant de o-ensî Je suis dans une grande tristesse et ne voyant rien que d'affreux. J'espérerois de votre côté si nos troupes étoient en bon état quand elles joindront le roi ; mais cela n'est guère vraisemblable. M. le chevalier d'Espennes est un monstre^ : on ne peut l'appeler autrement. Je ferai connoître votre honnêteté pour M. le cardinal de Janson, que je dois entretenir à Marly. Le plus malheureux de tous les hommes, madame, est le maréchal de Yilleroy ; il refuse la seule consolation qu'il pourroit avoir par les bontés du Roi, qui ne sont pas changées pour lui : il ne pouvoit se dispenser de faire ce qu'il a fait, et vous l'auriez conseillé si vous eussiez été ici. Je suis si accablée de chagrins que je sens un peu moins celte aventure que je n'aurois fait en un autre temps; cependant je suis fâchée du parti d'aigreur et de sécheresse que le maréchal prend avec ses véritables amis. Plût à Dieu, madame, que vous fussiez bien paisible dans les rovaumes d'Italie ! Il n'y a que Dieu qui connoisse le

i «Madame Royale », tel est le titre que r'^'-^'^^t ]\f^"";"^ ,^J,,!;' belle-mère du duc de Savoie, toutes deux princesses de France ncMe et grand-mère de la duchesse de Bourgogne et de la reine d hspagne

* Il était entré dans une conspiration contre le roi d Espagne. Le cardinal de Janson était son parent.

HÉÉH

dénouement 'le toutes ces malheureuses affaires. Je crois, madame, que vous souffrez beaucoup; mais je ne saurois croire que vous voulussiez que cette reine qui vous aime SI tendrement fût seule à Burgos. Je vis l'autre jour M-n^ de Caylus, qui me demanda comment notre cour étoit contente de vous, et qu'on faisoit courir des bruits à Paris que vous étiez plus mal que jamais; que ces bruils donnoient de l'inquiétude à M. le ducdeNoirmoutiers», à qui vous écriviez fort peu. Je lui dis, madame, ce que j'en savois, et combien je le sais sûrement, et je la chargeai d'en rendre compte à M. votre frère. J'admire la rage et Imutilité de ces diseurs de nouvelles; mais, madlme, nous avons présentement d'autres croix à porter.

Le Roi est en parfaite santé; notre princesse est moins mcommodée qu'à sa première grossesse : que je suis fâchée que votre reine ne soit pas dans le même état ! les Castillans en seroient encore plus affectionnés. Je vous estime, madame, au delà de toutes les expressions, je vous aime tendrement et je ne puis vous le dire aujourd hui avec un autre tour ni aussi respectueusement que je le devrois.

A M. LE DUC DE NOAILLES

Manuscrits De Mouchy, t. III, p. 217

A Saint-Cyr, 24 juillet (170C).

J'ai à répondre à deux lettres de vous, mon cher duc lune du il, l'autre du 17, et toutes deux aussi tristes qu il convient à notre état présent. Je ne pourrois le supporter si je ne regardois d'où il nous vient, et que les hommes ne sont que des iustrumens dont Dieu se sert pour affliger et humilier le Roi et la France. 11 ne faut

* Le duc de Noionoutiers était frère de M-» des Ursins.

point raisonner avec lui en disant que les rois qu'il pareil abandonner sont pieux et que nos ennemis pour la plupart sont hérétiques : Dieu ne nous doit point rendre compte de sa conduite, et il est bien sûr qu elle est juste et même pleine de bonté ; mais la manière ne nous plait pas. Voilà, mon cher neveu (puisque votre amitié pour moi vous fait aimer ce nom), ce que je pense dans ce que saint François de Sales appelle la fine pointe de l'esprit, tandis que tout le reste de ce qui est en moi est dans la tristesse, dans FabaUement, et dans un serrement ile cœur qui devroit bien me donner des accès de lièvre ; cependant je me porte beaucoup mieux depuis ce tempslà. Le Roi est en parfaite santé, courageux et chrétien, et faisant de son mieux. Notre ami M. de Ghamillart est accablé de travail et pénétré de douleur.

Les Castillans donnent de grandes marques de fidélité; il me paroit que le roi d'Fspagne est résolu à donner une bataille aussitôt que nos troupes auront joint les siennes. Je ne crois pas qu'on en puisse voir une plus importante; il me semble qu'il y va du sort de l'Espagne, et, si FEspagne se perd, ce sera une grande perte pour la France. Les affaires ne prennent pas un bon tour en Italie, et je tremble pour le succès de Turin. M. de Vendôme ne peut être trop loué par mille endroits; mais il croit aisément ce qu'il désire. D'un autre côté, nous attendons la flotte. On nous dit hier (lu'ellc étoit en mer, et je ne doute point que je n'apprenne ce soir, en arrivant à Marlv, qu'elle fait une descente en France. Les nouvelles de Flandres éloient que les ennemis assiégeoient Menin • le Roi reçut ces trois courriers tous à la fois, qui représentent assez Fétat de Job : Dieu veuille lui donner

la même patience 1 , • r •

Si le roi d'Espagne ne rentre bientôt dans Madrid, je ne doute pas que Naples et la Sicile ne se révoltent car t(»us les rovaumes suivront toujours la destinée de Madrid.

M. de Vendôme ne peut être parti que du 18 ; tout retarde et nous sommes pressés partout.

Notre chère princesse se porte assez bien, malgré ses mquiétudes, qui passent son âge. M. le duc de" Bourgogne est toujours pieux, amoureux et scrupuleux, mais ilevenant tous les jours plus raisonnable.

Non, je n'ai personne à qui parler, et je crois que j'en épargne beaucoup de fautes, car mes confidences ne seroient ni favorables ni honorables au prochain. Les hommes sont très mal avec moi et je ne regarde pas h^s femmes. Adieu, mon cher duc, il n'est pas nécessaire de vous recommander le zèle pour le Roi et pour l'État ; vous agissez sur des principes qui ne peuvent changer,' et si vous ne trouvez pas toute la reconnoissance que' vous méritez, vous trouverez de plus solides récompenses.

A M. LE DUC DE NOAILLES

Manuscrits dcMoucliy, t. III, p. 238.

A Versailles, 3 septembre (1706).

Eh bien! mon cher duc, vous faites des merveilles et on peut juger de ce que vous feriez si vous aviez un peu plus d'étoffe entre les mains. 11 est vrai que les affaires d'Espagne vont assez bien; mais nous en avons tant de mauvaises qu'il nous reste toujours beaucoup d'inquiétude. Le siège de Turin va bien lentement ; on espère pourtant le prendre, et je crois que, pour le manquer, il faudroit que le prince Eugène eût battu M. le duc d'Orléans, ce qui ne paroît pas bien aisé, surtout avant joint M. de la Feuillade. La flotte me fait toujours une grande peine, soit qu'elle vienne en France ou qu'elle aille en Espagne. On sait fort bien dire qu'il faut tout remettre entre les mains de Dieu; mais c'est souvent un langa-e,

— SEI»TEMBRE 1700. — 95

et on sent bien dans l'occasion qu'on veut ce qu'on veut avec un grand attachement. Vous aurez su que le voyage de Fontainebleau a été rompu pour notre princesse, et remis pour nous au 23 de ce mois. Vous avez une sœur qui ne fut pas indifférente à cette nouvelle et qui me fit une grande pitié; je me conforme à l'inclination que vous 'avez imur elle, et plus je la vois et plus elle me plaît*. Le Uoi la traite à merveille et elle a aussi du goût pour lui. Je m'en vais à Saint-Germain voir notre triste reine, que je ne suis plus en état de consoler, car j'ai moins de courage qu'elle, et nous ne sommes pas ici si accoutumés aux mauvaises aventures. Les ennemis de la princesse des Ursius répandent qu'elle est mal avec le Uoi, et qu'elle sera rappelée encore une fois; rien n'est si faux, et je vous assure que, depuis qu'elle est partie, il n'y a pas eu un mot à reprendre dans sa conduite ni dans celle de notre ambassadeur. Adieu, mon cher duc; triste ou gaie, je suis la même pour vous, et mes sentimens sont fondés sur ce qui ne peut changer.

A M. LE DUC D'ORLÉANS

Autographe chez M. le marquis de Chabrillau^. hiéditc.

A Saint-Cyr, 25 septembre (1706).

Que je me sais mauvais gré, monseigneur, d'avoir toujours mnisà avoir l'honneur de vous répondre par M. de Nancré. Tout ce qui nous revient de votre douleur me fait croire (ce que je ne présumois pas d'abord) que j'aurois pu vous consoler un peu^ Mais j'espère, mon-

* La duchesse de Guiclie.

2 Copie chez M^' le duc de Chartres, qui a bien voulu nous la com-

"'"tïïl'septenibre, à YersaiUes. « le Roi apprit la cruelle nou-

seigneur, que la lettre du Roi ne vous laissera rien à désirer. Après un aussi grand malheur que le vôtre, votre affliction est une preuve bien convaincante de votre attacliement pour le Roi et pour l'Ktat; car, si vous ne comptiez que votre personne, vous auriez sujet d'être parfaitement content, à vos blessures près. Vous savez, monseigneur, que je suis bien plus propre à porter une vérité dure qu'une louange fausse ; l'honneur que j'ai d'approcher les grands depuis longtemps ne m'a point changée là-dessus. Croyez donc, je vous en supplie, tout ce que je vais vous dire. La nouvelle de ce qui s'est passé en Italie a affligé le Roi et tous les bons François. Votre valeur n'a surpris personne; mais elle a été si brillante qu'elle a reçu un nouveau lustre. Vos blessures ont alarmé, tout le monde a plaint votre malheur et a rendu justice à vos intentions; mais depuis qu'on a su tous les détails, je puis vous assurer, monseigneur, que chacun vous porte dans son cœur. Vous avez ouvert tous les bons avis, et s'ils avoient été suivis, nous serions aussi glorieux que nous sommes malheureux. Ce n'est pas voire faute. On loue votre bon esprit, qui vous a fait voir tout ce qu'il y avoit à faire. On loue votre docilité, qui vous a fait déférer à ceux à qui le Roi avoit désiré que vous déférassiez. Enfin, monseigneur, vous avez rempli tout votre personnage ; vous n'êtes pas dévot, mais vous êtes capable de remonter à la source de tout ce qui nous arrive : Dieu a voulu sauver M. de Savoie et affliger la France. Vous n'avez pu rempêcher; ce n'est ni

vellc que le duc d'Orléans avait été forcé par le duc de Savoie et le prince Euf^ène dans le quartier qu'il délendoit entre la Doire et la Sture.... L'affaire se passa le 7. M. le duc d'Orléans, qui a fait des merveilles, y a été blessé à la hanche et à l'avant-bras. » Journal de Dangeau. Le duc d'Orléans, qui connnandait pour la première fois, avait reçu du Roi l'ordre de prendre et de suivre les avis du maréchal de Marsin. Cependant ses plans se trouvèrent les meilleurs, et si on les eût suivis, ils eussent sans doute évité la perte d'une bataille qui entraînait la levée du siège de Turin.

le courage, ni la lumière qui vous a manqué. Consoiez- .^us don , je vous en conjure, et conservez-nous un Xe don on doit attendre de si grandes clK)ses. M. ^grande douleur pour vous est que vous n êtes point 1 tîde réparer les pertes que vous avez faites. Cependant à chaque jour suffit son mal, que savons-nous ce nui arrivera? Que le courage qui vous fait mépriser la vie rsou Ses douleurs du corps vous élève au-dessus des événement; le Roi est très-content de vous : je suis .urée qu'il vous l'a mandé. Vous connoissez sa sincerVous n'avez rien à vous reprocher, toute l Europe le .ait* ou le saura, toute la France en est instruite. Je n a 1 eu la moindre occasion de vous donner des marques du véritable attachement que j'ai pour vous, monseigneur Tout le monde parle le même langage, et s'il y en avoi Jif pen a ei/autrement, ils n'oseroient se montrer. Il es cc^^^in que je meurs d'envie d'adoucir vos peines; I i ncoie plus vrai que tout ce qui se passe en

cT pai-ici sur votre sujet est encore plus glorieux que je ne puis l'exprimer.

1 . rénouse (lu duc d'Orléans à M- de Mainlenon (publiée, La lepoi >ejm au Beaumelie) est intéressante,

U-és '"f^^^^"^.^;' P;;, 'r^^^ de contrôler les récils de ;r^':ï -t &iné la conduite de M--^ de Mai utln T'é"'ard de ce prince. Cette réponse se trou^^ en cop.o Z VAe duc de Chartres et dans les manuscrits de Versailles, Lettres édifiantes, tome V, page 51o :

A Briançon, 10 octobre 1706.

,, 11 Wy a point <le douleur, mada.uo qui no code à vos con-

K > o^ lP>: bontés que le Roi m'a lemoignees et les

:ra::;s :;e ::Lte"do.L. ^ue ra.nitié , . eu autant de

part que la compassion, j'aurois lort de n'être pas tranquille. Si votre lettre n'étoit pas remplie de louanges que je ne mérite pas, je passerois ma vie à la lire, car elle me fait voir avec un charme infini toute la reconnoissance que je dois au Roi. Quoique vous vouliez me cacher celle que je vous dois, je la démêle en tout, et particulièrement lorsque vous me laites souvenir de remonter à la cause des grands événemens. Quand je pourrai vous dire sans hypocrisie que je suis dévot, j'aurai une joie parfaite de pouvoir vous faire cette confidence; ceux qui sont véritablement dévots sont si vrais et si généreux qu'un honnête homme a plus de disposition qu'un autre à le devenir. Continuez-moi vos bontés, madame, j'en suis touché vivement, je m'estime heureux d'y avoir part. 11 n'y a rien, madame, que je ne veuille faire pour me les conserver.

« TuiLiPi-E d'Okléans. »

A M""^ LA ini.NCESSE DES URSLNS.

Musée brilaunique, Acldilional ms.s,, n» ^\}IS.

Saint-Cyr, le 20 septembre 17013.

Je conviens sans peine, inadamo, du mérite de nos deux princesses; il me semble qu'on ne jouit guère de tous les bonheurs à la fois; leur conduite est assurémen surprenante. Dieu veuille les bénir! elles ont besoin de courage. Vous êtes bien affligée, madame, et vous counoissez encore pjus que moi les suites de tant de disgrâces. J'ai riioimeur de mander à la reine le détail de cette triste journée ^ les lettres que vous recevrez vous l'expliqueront bien mieux que moi. M. le duc d'Orléans est désespéré ; on nous mande que sa blessure au poignet est très dangereuse, mais que l'agitation de son esju'it est son plus grand mal; rien n'est égal à son état. Si ses avis avoient été suivis, nous aurions, selon toutes les

* La défaite de Turin.

apparences, battu le prince Eugène, qui étoit plus foible que nous. Si après la perte de Turin nous eussions marché vers Milan et rejoint M. de Médavid, l'Italie n'ètoit pas perdue, et par les partis qu'on a fiiit prendre à ce prince tout est perdu, à moins qu'il ne se fasse des miracles! Vous aurez su que M. de Mèdavid a défait le prince de Hesse ; il pourra se mettre dans les places du Milanois. Le Roi a reçu cette nouvelle avec sa fermeté ordinaire. M. GhamiUart est outrèS je ne comprends pas (lu il puisse longtemps résister, il souffre par tant d'endroits! Pour moi, madame, je ne soutiens de pareils ennuis que pour exercer ma patience qui se trouve souvent à bout.

11 est très-prudent, madame, de ne pas s exposer a sortir une seconde fois de Madrid ; je ne vois jamais les extrémités où se trouve la reine sans penser à son état si vous n'étiez pas avec elle ; mais je comprends qu'avec un tel secours tout lui doit être supportable. Je trouve aussi que le repos que vous goûteriez à Rome n'est pas comparable au bien de former le cœur et l'esprit d'une princesse qui fera toujours une grande figure dans le

monde. ,,iii »

Ouand je vous parle de M. et M-'^ la duchesse d Albe , je n'ai point d'autre vue que de vous instruire de ce qui se passe ici et de rendre témoignage à la vente. Us ne m'ont jamais priée de leur rendre de bons offices, je n ai rien à proposer pour eux, je ne dirai même rien au Roi de ce que vous me faites l'honneur de m'écrire la-dessus, car je craindrois d'attirer quelque embarras. Si vous leur voulez faire plaisir, madame, vous savez mieux que personne du monde ce qui est convenable. Voici ce

* la Feuillade -endra de Cliauiillarl, commandait au siège de Turin; encore i.lusVo Marsin il avait causé, par sou mcune et sa Drésonujtion les désastres de l'armée française.

"u die d'Albe était ambassadeur d'Espagne à la cour de France.

que M. Orry* m'a conté dans les visites qu'il me rendit ici croyant partir pour l'Kspagnc. Ayant appris que le duc d'Albe avait envoyé vendre pour dix mille écus de vaisselle d'argent, il alla le trouver, et lui dit qu'il ne lui offroit point d'argent sur celui qu'il porloit au roi d'Espagne, étant trop nécessaire à ce prince, mais qu'il le prioit de recevoir sur-le-champ mille louis, et ensuite jusqu'à la concurrence de quarante mille écus, qu'il sauroit bien se faire rendre par S. M. G. M. le duc d'Albe lui répondit qu'il seroit bien fâché de demander de l'argent au roi son maître dans un temps comme celui-ci, et qu'il lui en donneroit bien volontiers s'il en avoit ; que du reste il s'offensoit qu'il lui en offrit du sien; que M"*^ sa femme avoit encore des pierreries, et que, quand elles seroient finies, ils vivroientde chocolat, dont ils avoienl une provision pour deux ans. Nous fûmes bien surpris de voir Orry contremandé, et j'eus grand'peur que ce parti ne fût pas assez concerté avec vous; mais, madame, votre droiture, votre raison, votre douceur saccordent à tout, et vous faites à chaque occasion ce qu'il y a de plus parfait.

Il y a une guerre déclarée entre M. le maréchal de Villeroy et M. Chamillart, qui m'afflige tout à fait; elle me

* Orry, lils du célèbre libiaire, s elait employé de bonno lienre aux affaires de liuances, et, y avoit nioutré des ressources des]irit et du talent. Chamillart l'envoya en Kspajïne en décembre 1702 i)our s'enquérir de l'état du pays. Il plut à M"'' des Ursins. « C'étoil, dit Saint-Simon, un moyen pour elle de mettre utilement le nez dans les affaires que de l'y fourrer. Ils lièrent de valet à maîtresse. » En 1703 il fut chargé, mais sans titre, de l'administration des liuances et du commerce. Étroitement allié à M"" des Uisins dans ses disputes avec les d'Estrées, il fut disgracié en même temps qu'elle en 1704. Il rentra triompl'ant avec elle en 1705, mais il fut éloigné de nouveau de 170j à 1)15. rendant toute celte période cependant, M*"" des Ursins ne cessa de le consulter avec coniiance sur les allai res d'Espagne et, à l'occasion, de le recomniander à la cour de France, où il pouvait lui servir d'agent secret. 'Sous en verrons de nombreux

témoignages.

n^roit pou convcnahlo à deu. hommes si al.achés au Uoi; fen vois jusqu'ici aucune appareuce de les adoucu- ^•^ est certain, madau,e. qu'il v avoi. un grand esoa,.. dans la lettre que je reçus de -us «- Muc d'Âumale, qui est n,on secréta.re, et mo. la lun t «t

,e,ùmes plusieurs fois; il y "'-'•-'''-^''ne S Onoiaue e ne sois pas défiante natur.;llement, 3c u gai de ?oZb L paquels, ils sont toujours très b.eu cachetés

: r,es metîez'souvont dans celui de '» --^^ J^/, siis qui seroit asse. hardi pour ouvrir une lettie de

eine'd'Kspagne à M^» ,„ duchesse de «™'nn,.laue appréhension que j'aie pour les batailles, j ei

.oiSls -e en Espagne pour les •— ^^ -

„,-ave. marquées; mais je suis bien loin de ver mes

"irr^ns . ne plus ^^^^^^^i:;^

noue, mais nous la craignons pour ™"- ^ ^ îX de M. le duc dOrléans dune manière ^^ J"»^ 'f "'^ vous dire de ses nouvelles un peu en détail. Les héros Z les romans ne poussent pas la ^-ome plus 0 „ aue ce qu'il a fait. Il a caché sa première blessuieU a u c'ïcr à la seconde parce que son bras omb. , supporta sa douleur avec le même courag le U nort dans le dessein de marcher eu avant J a eu ■honneur de mander à la reine que son «vis ne J" P ,uivi- il esl inconsolable, et toute 1 armée mande que sa r st en danger par son affliclion. >- '^«i u. a e r los choses du monde les plus obligeantes, en veut., .1

les mérite bien. ^o# ri., nnirtier

C'est parce que le maréchal de Ml eroy «'^t d. q uar e au'il ue me voit point, car il ne quitte le Roi que lors qu II ne me 1 , , ,„ „„mnrends parfaitement,

fin'il esl dans ma chambre. Je compituu» ya IdaÏ, Ïie vous êtes tranquille . Burgos^Je compte ples lieux, et j'aimerois mieu. é re dans une cave ave^ vous que dans une très belle chambre avec des dames

■ ^^^^!^W^^t7-00^'^Wi"':

que je vois d'ici; mais, pour les affaires, madame, il faut que la reine et vous y entriez toute votre vie. Le duc de Gramont m'a toujours paru, comme à vous, fort vif sur les affaires d'Kspagne.

M. le cardinal de Noailles m'a dit que M. le cardinal de la Trémoille désire fort qu'on envoie un ambassadeur à Rome, et qu'il y trouve toutes les affaires fort difficifes. Jugez, madame, si l'événement de Turin les rendra plus favora])les; tous vos soins, madame, pour y fortifier notre parti répondent à votre zèle pour les deux rois.

M. le cardinal de Janson est bien beureux de n'avoir plus qu'à jouir de ses travaux; je suis ravie qu'il regarde son parent comme un monstre*, car j'ai tant d'exemples de la force du sang que je craignois qu'il ne devînt votre ennemi.

Je ferai tenir vos lettres, madame, ravie d'avoir de vos commissions. Je trouve le marquis de Flamarens bien beureux d'être quitte de la vie, et la reine bien louable des soins qu'elle en a pris, même après sa mort. Vous voyez bien, madame, que ma main s'est lassée; j'ai avec cela une assez grande migraine et en vérité tant de chagrins que je ne sais comment y résister. Je sens pourtant, en ce moment, qu'ils seroient adoucis si j'étois auprès de vous.

A M"- LA PRINCESSK DKS IKSINS.

Musée brit., Add. 7nss., n» 20918.

Saint-Cyr, le 47 octobre 1706.

M. le duc d'Orléans se porte fort bien, et nous attendons ses derniers avis pour rentrer en Italie ou non; il faudra qu'il y ait de grandes difficultés s'il ne les surmonte

* M"* de Maintenon désigne ici le chevalier d'Espennes, qui avait trahi la cause du roi d'Espagne.

n,. M le prince de Yaudemont n'oublie rien pour en facime; lés moyens. M. le duc de Savoie a été très-mal ; les dernières nouvelles disent qu'il prend du quu.quina, ce nui le fait croire hors de danger.

^ c ne puis, madame, vous désirer le repos de Burgos : Dim ne vous a pas donné tous les talents que vous avez ! ur ne rien faire ; je crois que vous ne serez pas moms r, reçue à Madrid que le roi l'a été- Dieu veuille ! ue vous n'en sortiez plus! Tout ce que vous pensez sur M Orrv est d'une droiture peuconnuune dans les cours l o^t ;rai, n.adame, que c'est un grand dc^agremen ou moi que la haine qui paroît entre M. de VtUeroy et r e'hatuillart ; mais U n'est ,.as aisé de faire entendre raison à des gens passionnés. Je ne saurois croule que le n^'hal de Berwick n'ait pas eu de fortes ra.sons pour Tpa donner une bataille. A cela près, vos affaires ne

l'paroissent pas en mauvais état, VO^r.n^r'^^er^ Jne reçoivent pas de nouveaux secourJ me u viens bien, madame, que vous m'adressâtes une lettre ur M. 1 maréchal de Tessé dans le temps que nous étions à Meudon; M"^^ la duchesse de Bourgogne se chaicrm dp la lui faire tenir.

' M- d'Au,nalo a été élevée à Saint-Cyr: elle est de la ,,,„e maison que la maréchale de ««^'--be'-g qm auro,. io crois, trouvé bien mauvais de vo.r une fille de son nom auprès de moi. Je le trouve auss. mauvais qu elle Tis, ne pouvant lui faire une fortune convenable a sa

• ,• A-„-<, fnvt <.aU«fait de ractivilé et de rintelligonce . Onava.tl.oudc.t,efoasat.sla. ,,, jueou.-s, par ses

q„e venait "e aq^K^ « d- «;^' ■„,;,„, jes dons volontaires

lellres, par ^<^^,/™, »' ^ do, vm,.s d'Andalousie. Par ces ressources do la province de Du gos ... ^^^ ^^^^^^^ ^^ ^^^^

inattendues, on avait P"-^'^ " '' ., ,,„ juroant idus sa présence rannée ennemie en échec '''''''''l^.^'iX^^^ei octobre, et a reine, utile à rannée, était rentre d^''^,^''''" h "limé le zélé des „,,do„geant encore nn peu u„ „a u a^.t ^^^ ^^^ ^^.^^^ ^^^

provinces fidèles du INoia, ne i y »«^j 'r

le 27.

104 LETTUES T)E M""^ DE MAINTENON.

naissance, je lui fais passer une vie assez heureuse, et je crois être en droit de traiter les demoiselles de Saint-Cyr comme mes enfiuis ; si celle-ci avoit eu l'honneur de vous voir, elle seroit bien sensible à tout ce que vous me mandez pour elle'.

Vous avez grande raison, madame, de désirer un bon choix pour l'ambassadeur de Rome; il sera difficile de le ti'ouver dans nos grands seigneurs. On proposa il y a (|nelque temps le duc de Saint-Simon et le marquis d'Anlin; les Jansénistes, à ce qu'on prétend, s'opposèrent au premier, et la cabale contraire, au dernier. Je ne les soupçonnois pas du tout d'avoir aucune doctrine particulière-; mais on dit que je suis dupe en beaucoup de

' M"'' des Ui-sins, étendant ses ingénieuses flatteries à tout ce qui entourait M"<= de Maintenon, demandait qui était M"° d'Auniale : c Je lui ai l'obligation, disait-elle, d'écrire de sa main les choses charmantes que vous lui dictez; trouvez bon que je lui en fasse un rcmercHTient. » M"" d'Auinale, issue d'une ancienne famille de Picardie, née le 4 juillet 10S5, entra à Saint-Cyr en 1690. M"^ de Maintenon la prit en grande amitié et, depuis 1704, l'appela près d'elle pour lui servir de secrétaire. Un grand nombre des lettres dictées par M""» de Maintenon sont de l'écriture de M"« d'Aumale, qui, malgré une réelle ressemblance avec celle de sa maîtresse, est l»lus régulière et plus déliée. 11 est quelquefois difticile de distinguer l'une de l'autre. M"" d'Aumale survécut à M""= de Maintenon jusqu'en 1755. Elle a écrit des Mémoires encore non publiés qui ont été en la possession de M. de Monmerqué (voir la préface des Mémoires de \illette). Ils avaient passé à la Bibliothèque du Louvre et ont été détruits par l'incendie de mai 1871. Une copie plus ou moins complète en existe à la Dibliotliè(pie Laurentienne à Florence.

* M""- des Ursins répondait à ceci : « De quoi se mêlent ceux qu'on appelle Jansénistes et le parti contraire d'empêcher qu'on envoie à Rome des personnes qui soient ou ne soient pas dans leurs opinions? Parle- t-on encore de tout cela où vous êtes, madame? Us devroient, ce me semble, laisser leurs disputes jusqu'à ce que la paix générale fût faite, et ensuite recommencer leurs guerres civiles et s'arracher leurs bonnets de la tête, s'ils en avoient envie; mais présentement nous avons des choses plus sérieuses, et pour moi, j'ai si fort regardé ces deux partis avec indifférence que je n'ai pas voulu presque en entendre parler, et je cherche toujours mes confesseurs exempts de haine ou d'amitié pour eux. » On voit que les controverses dogmatiques qui préoccupaient si fort M"»" de Main-

— OCTOBUE 1700. —

chose. . <^^^^^^-i%t:z:rJi^^^

toulc la famille lOvaK celui-là. Us préten-

dus pour un ^.ranger co^ne po • ^^^^^^

dcnl que c'est le prmce du n onde ^^ ^^. ,^

et le moins en,barrassant st^ < u . ^ ^^

,è„e à la chasse dema.n >1 maqu ^ . ^^

goùl dans tout ce «lU .1 a vu .u. « ^^

Lison de Tnauon et au j-d- ^^ ^^...^^^

laire sur le Roi; ,1 Un «.d. •' 1»' " /^, •., est;

,ie„ que tous ses ennenus ^'^J^^^'l^^ ^ ,„;.• eu tout ce qui nous rev.ent -'-;;';'', lecteur se diseffet qu'on a d'étranges 'dees du Rou ^.^^^ ,,ose à p«''ti'- demam pour re.ou.ue.

aise de ne point aller a ï^""!',, ^ .„i.,,„„ueur d'écrire à ,„„ dessein. ^^■:Z^:^'^:;:., et le moindre

'^' "'■""' .'"f ".' à d sn met toute en sueur. J'ai e^. essai que je fais '-«-d^^^ \'" ^ ;, t^ois semaines, et la (iovre et des douleur, ues dcpu ^^^^^^ p^,,

cela, joint à l'état P>;«^""' ,,f , ^ reine a raisou un naturel fort sensible «\f '' /'^^^ ^.o,,éans ; son dé-

de plaindre en P-'"- ' ;'^,[. î^angréne a été deux plaisir a fort augmeute s n n ..1 a g . ^^ ^^^^^

;:::\r;u'rqr;:.":::e.^-eu.^

r.- ,^ <tp M"'^ des Ursins. Son ,,,on touchaient peu Ves,u.tt.utl>^^^^^^

bon sens pratique '"^MHMsaa ces ste i^ j.^eph-Clèment de Ca^■.ere, i L'Électeur archevêque de Colo."^^^^^^^^ ^^^..^^^^ ^jjj. ^ i,

était resté, ainsi que son fieic^ hlcc ^^^ ^^E^pagne; il avait ete France pendant la guerre de ^^^^'^^ ç^^^^,^ je ses Etats il se

mis au ban de l"'^»"!'''''- % fXe de la « dauphine de Bavière >>, réfugia en France. Il était tieie de a ^^ ^^^^^, ^^

"mme de Monseigneur, premier d up ".^L g^ ^^^^^^^,^,^ -, Versailles, il alla s établir a LiUe- Maj ^^ ^^^ ^^^^^ ^^^^ . ^^^^ ^e n'était pas encore entre ^«"^^r^^g^^^, i, ,,,ain de Fénelon,qui vint jours de distance - c^^^cemb 1^^^^^^^^ ^^^^,^ ^^ p,,,,,,, , eeUe

à Lille pour cela, ht aubSi la lc occasion le discours resté célèbre.

dopuis cela il a toujours été de mieux en mieux : il mérite assuiément d'élre consolé, et je ne doute pas que votre reine n'y coulrihue en tout ce qui lui sera possible. Je suis ravie, madame, de la confiance que la reine a eue en Dieu. J'espère en effet qu'il n'abandonnera pas des princes si pieux, et dont la cause est aussi juste que leur vie est innocente ; il me sendile qu'une grossesse attacheroit encore plus les peuples à Leurs Majestés. Pour me donner une idée agréable, du moins un moment, je me tigure l'entrée de la reine à Madrid. On ne peut rien ajouter à ce que noti'e princesse prend de soin pour porter son enfant à bon port. Klle se porte assez bien, mais sa tristesse est extrême : elle a de l'amitié pour M. son père, et un grand ressentiment contre lui; elle aime tendrement M'"'' sa mère; elle prend un intérêt aussi vif aux affaires de l'KspagiK^ qu'à celles de la France; elle aime le Roi, et ne peut le voir un peu plus sérieux qu'à l'ordinaire sans avoir les larmes aux yeux, et par une bonté excessive elle s'intéresse à tous mes maux ut à toutes mes peines. Je voudrois pouvoir la consoler, et je l'afflige souvent. Cet état est bien terrible pour une personne de son âge, et qui, sans le dire, a, je crois, quelques inquiétudes sur son accouchement et sur la peur d'avoir une fille.

On dit, madame, que le pape envoie un jubilé à toute la chrétienté; il faut espérer que tant de prières seront favorables aux rois légitimes et protecteurs de la religion. Je n'allongerai point ma lettre pour vous rien dire de mes sentimens pour vous ; il me semble que vous voyez tout ce que je pense, et c'est tout ce que l'admiration et l'inclination naturelle peuvent inspirer.

A M- L.V MARQUISE DE DATsGEAU.

Collection Morrison.

Liiiuli matin (décembre 1706).

On ne me donna votre lettre qtt-hier au soir, madame t? nTcomprends que trop voire état, ayant vu de près VZ d ' ire cœur pour M. de Courctllon; mats je llÎre de ne point augmenter le mal par vo fe " 0 n e. Cotubietl a-t-on d'exemples de gens pu ^ nu. lui nui sont revenus! Nos jugemens ^ont

mauvais que lui qui soi sommes vivement

bien différens de ceux de Dteu ^ous son^'^es

pssés de ce qui ôte l'estime des hommes, e Dieu pai i^ \Î^slLent les plus grands crimes qtt'utte mahc hn le cœur qui n'est point, je crois, dans celui de M. ^ oti ( r 1 tmô t plus de légèreté, de goinfrerie et d emportait^ E^liadatne: nous ne pouvo^^^^^

a.sravemr^.s.n.M^^^^^^

^;;£i'avoit dit qu'il n'avoH pas encore ^^^^^

ourcillon et qu'on ne venoit guère ici pou ^^^^^^^ 11 me répéta le soir la même chose, et me fit bien dts que. o" sur votre tristesse et sur ce qu'il entrevoit Je ne tom ^d'accord que d'un peu de crapule et ^^^^^^^ se récria sur le grand courage de M. votie hls il es b en c uol qu'il veuille perdre une réputation dont il po^c^n uir. Vous me demandez des conseils, madame; vo a^^^^ une famille assez étendue pour vous en donner de meilleurs que les miens et votre bon ^^^^^^^ vous suffire. Pour moi, madame, je suis loujouis pour s m ; s de douceur. Si M. de Gourcillon n'entend plus Ss^Ii la tendresse qu'il vous doit à tous n a p us d pouvoir sur lui, par où peut-on le prendre? Quand nous TonseTtirez, madame, que le Roi sache tout, je pleurerai

(le tout rnon cœur avec vous. 11 faut jusque-là se contraindre, car on me feroit des questions qui me forceroieiil à tout dire.

Je vous attends pour dîner; nous nous mîmes hier au soir au jeu toutes trois ayant les larmes aux yeux ; nous ne laissâmes pas de nous amuser dans la suite. C'est votre pénitence, madame, il faut passer par là. Vous aurez le secours des prières que vous désirez ; mais les vôtres sont les meilleures. Nous verrons demain une grande reine plus à plaindre que nous et bien plus abandonnée.

Un peu de crapule se pardonne dans ce temps-ci. Le Roi n'en sait pas davanlage, et M. de Gourcillon pourroit revenir s'il mettoit là son courage si admiré*.

A M"'^ LA COMTESSE DE CAYLUS

Collection Morrison.

A Sjint-Cyr, fi janvier (1707).

.l'ai laissé votre cousin de Saint-Hermine à l'extrémité; il meurt si bien disposé et si tranquille que je le trouve bien plus heureux que nous.

Je vis hier M"'* de CiOnflans; elles ont leur corps de jupe trop bas par devant, et la modestie- n'est pas assez haute; en un mot leur gorge est trop ouverte. On leur a souvent dit ici qu'il ne faut pas suivre les modes qui

* Nous avons fait remarquer dans noire Introduction combien cette lettre, où M""" de Maintenon se montre indulgente et bonne, et point du tout dupe, confond une fois de plus les médisances de Saint-Simon. La lettre n'est point datée : mais elle doit être de la lin de 170G, après la maladie de Gourcillon dont Saint-Simon raconte avec tant de verve les prétendus épisodes, et avant son mariage, qui eut lieu en 1707.

- La modestie est une petite guimpe qui couvre plus ou moins la gorge. Le mot et la chose sont encore en usage.

,,,, à quelque nudité, car jamais la coutume ne sera ni ou en ce qui P^ut aller au péché ; mais en vente le ul souvenii de ce qu'elles sont leur doit donner un iourage qui les élève au-dessus des ajustemens, et rien •rs mauvais air que de voir des jeunes filles en grieue* par nécessité, et qui cependant ouvrent leur gorge pour avoir un peu de part à la mode. Parlez4eur dessus avec toute la raison que Dieu vous a donnée Je les urne trop pour les souffrir comme je les ai vues. Ayez la CiLd envoyer vingt louis aux Angloises du Champ de r Mouette. Je compte que vous donnez toujours deux louis pa, mois à la femme du chevau-léger et que je ne donne plus rien à la Providence. Vous savez que j aime a

savoir mon compte.

Le régiment deCavlus ira en Espagne. Adieu,ma chère nièce je me suis assez bien portée depuis quinze joui^; mais je sors d'une fièvre de vingt-quatre heures. Ma pauvre mère de Glapion est toujours bien mal.

A M"'^ LA PRINCESSE DES URSINS

Musée bi-il., Add. viss., n" 201ilS.

Saint-Cyr, le oO janvier 1707.

Vvez-vous perdu, madame, l'adresse que j'eus l'honneur de vous donner à Marly? Si cela est, il me sera

1 rri^ctte « vêtement de couleur grise, dit le Dictionnaire abrégé 1 I H f l; de neu de valeur». Le mot est venu de la couleur grise

de la conduite.

110 LETTRES DE M»« DE MAINTENOiN.

facile de vous la renvoyer. J'ai de la peine à croire qu'on ouvre nos lettres; et si j'ose, madame, me mettre avec vous, il me semble qu'on nous doit assez connoître pour croire que nous n'écrivons que pour les louanges ou les int«'Tèts de nos deux rois, à moins que vous ne soyez la confidente du commerce que j'ai avec la princesse Anne*, ou que je ne sois la vôtre dans celui que vous avez depuis si longtemps avec l'empereur; car je me souviens bien, madame, qu'on vous en acccusoit

autrefois.

M. de Brancas ne m'appoilera-t-il point quebiuc lettre de vous écrite en toute liberté? Il me semble que cette voie seroit sûre, et je vous avoue que je suis en peine des raisons que vous avez de vous défier. J'ai mandé au maréclial de Yilleroy que j'étois dans l'autre extrémité et que je ne me défie presque jamais; je lui ai mandé aussi qu'il y avoit très longtemps que je n'ai rien ouï dire de vous, madame. Je croyois vos ennemis las des bruits qu'ils ont fait courir : les derniers venus jusqu'à moi sont ceux de voti'e retour en France, le roi et la reine d'Espagne ne pouvant plus vous souffrir, et noire Hoi ne pouvant plus aussi se servir de vous. On a trop tôt vu le contraire, car ils avoient pris le terme trop court. Je n'ai rien su depuis ce temps-là; j'ai cliargé M"'« de Cavlus de m'avertir de tout ce qui vous regarde. A propos de M""" de Caylus, elle a passé buit jours cbez

» Allusion à une lotlrc de M""" des Ursiiis du 10 décembre 1706, où elle lui écrivait ironiquement : « Je suis l)ien tâchée de ne vous avoir point fait part de deux lettres (juc j'ai reçues depuis un an. La première étoit pour m'avertir que vous trahissiez l'Etat par le conunerce réglé (pie vous aviez avec la reine Anne, qui savoit que vous étiez la meilleme nmie ([u'eùt le prince d'Orange; dans une autre on m'assuroit que vous aviez envoyé de grosses sonnnes d'argent à l'empereur, qui en payoit ses troupes. C'est apparemment ce même argent qu'on vous reproche si souvent que vous amassez sans qu'on puisse savoir ce que vous en voulez taire. » (A. Geffroy, Lettres inédites de la princesse des Ursins, p. "HO.)

Mnu- d'Ueudicourt, pour la consoler sur M- de Monlgon». Le Roi me demanda pourquoi elle étoit à la cour incoanito, puisqu'elle n'en avoit jamais été cbassee et qu elle en étoit sortie d'elle-même; nous avons trouvé a propos de lui conseiller de voir M- la ducliesse de Boui^gogne ,,and elle verra le monde, et de venir à la cour de temi.s en temps, comme les femmes de qualité qui demeurent à Paris. La bonté dont vous l'bonorez madame, ,ne donne la confiance de vous faire ce détail. J espère nue vous aurez écrit à M- d'Ueudicourt sur sa douleur; je suis ravie quand on est content de vous et qu on vous aime; c'est à vous, madame, à démêler d ou vient ce

M- la maréchal.' de Noaillcs a bien de la joicda>ou

,„ané sa sixième (iUo à M. de Gond.in'; ma.s cette

joie est fort troublée par l'état où se trouve M. sou

,„„,i, qui inquiète fort ses amis. Ou ero.l le duc de

Huiehe hors de dauger, la petite vérole sort b.eu, et sau.

'"m- la duchesse du Maine réjouit toute la cour par ses rcprésentatious do toutes sortes de pièces Sa troupe es au-dessus de toutes les autres; M. de Goudrm eu est uu des meilleurs acteurs. 11 n'v a que M- la duchesse dO.léans et M- la duchesse qui en soient exclues, parce que M- la duchesse du Maine prétend qu'elles se moqueroient d'elle; pour moi, je vous avoue que je ne m en

:,uerois oint, et que ces plaisirs-là me paro.ssen plu innoceus et plus spirituels que de se urne, au lansquenet ou de perdre sa santé à force de bo. de manger ou de fumer. Je voudrois seulement, pa, .ap-

. M... de MontKon, qui o.ail mie de M"' d'Ueudicourt, venan de

""^*"''''- . , ^' M i;v luiitiémp enfant et sixième

= Ma.ie-Vic.oi,e.S»l.lne de>oa.llcs f,^" ' ';,'=;:^„ti„, marquis lille de la n,a,vd,ale, epousa.t Lo-"lJ« 1'^' ''^ ^^ .^^ ,^^^^^^ ^^^ de de Goudiiu. Voir la note de la letuc du ii ociowt

bouilles.

IS^r.LttLh'-âUfàLf Jl

port au temps où nous sommes, retrancher un peu de la dépense de Glagny'.

Je crois, madame, qu'on appiendra la grossesse de la reine à Madrid par les lettres de France, car nous n'en avons fait aucun mvstère, et cette dei*nière confirmation ne nous laisse plus de doute.

Notre duc de Bretagne se porte parfiiitement bien^

Les raisons de la reine pour s'opposer au dessein que le roi d'Kspagne a d'aller à l'armée sont bien fortes; mais je doute qu'on s'y rende dans les conjonctures présentes. Je serois bien embarrassée si j'avois cette question à décider, de meilleures tètes (pie la mienne s'en mêleront.

J'ai donné votre letti'e, madame, à M. le maréchal de Villeroy; il doit me charger de la réponse. Comme je le crois plus habile que moi, je n'ose vous dire que sa conduite avec le Roi ne me paroît pas bonne.

Vous êtes donc ravie, madame, de l'heureux accouchemeiU de notre princesse, qui est bien aussi la vôtre, et nous ne sommes pas moins aises d'avoir à en souhaiter un pareil à la vôtre, que nous regardons bien aussi comme la nôtre : il ne faut jamais les séparer.

Vous voulez (pic la naissance de notre prince soit d'un bon augure : Dieu le veuille ! Vous exhortez le maréchal de Villeroy à me consoler; mais il voit les objets encore plus noirs que moi : cependant, madame, je suis bien aise de ce que vous vous réjouissez, cela est toujours bon.

Le Roi et M™^ la duchesse de Bourgogne reçoivent très agréablement vos complimens sur la naissance de

* M""* de Montespan avait donné à son lils le duc du Maine la somptueuse habitation que le Roi avait créée pour elle à Clagny, sur le territoire de Versailles.

- La duchesse de Bourg^oçiie était accouchée, le 8 janvier, d'un [n'ince héritier du trône, niais qui mourut en mars 1712. Elle avait perdu un premier fils-

M. le duc de Bretagne, et sont bien persuadés de leur sincérité ; je vous assure, madame, que vous êtes trèsbien avec eux.

Mais, madame, pourquoi écrivez-vous de votre main? Jp conjure la reine de ne le pas souffrir, elle ne peut trop vous conserver.

Vous fLiites très bien, madame, de donner part à M'"*^ la duchesse Royale* de la grossesse de la reine; notre Roi ne connoît point ces petites vengeances, et a pour ses ennemis toutes les honnêtetés convenables; si 011 le connoissoit, madame, comme vous l'avez connu à voire dernier voyage, tout le monde l'aimeroit.

Je vous ai écrit très imprudemment à Saint-Gyr, et ma main est très lasse : je m'en vais pourtant avoir l'honneur de dire des nouvelles de M-"" la duchesse de Bouroogne à la reine, et je mettrai cette lettre dans son paijuet, afin qu'elle soit plus respectée; il faudroit par un autre respect vous adresser la sienne afin que vous la |\i'ésentassiez.

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