‹ Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentique [microform]: choix de ses lettres et entretiensChapitre 72 sur 98 · A M™° LA MARQUISE DE VILLETTE · texte numérisé non relu

A M™° LA MARQUISE DE VILLETTE

Manuscrits de Versailles. Lettres édifiantes, t. VI, p. 209.

Mars 170?.

11 est vrai, madame, que M. le marquis de Montalaire étoit un de mes plus anciens amis et M""'' sa première femme la première personne que j'aie aimée. Je vous conjure de remercier M°^« de Montataire de l'honneur qu'elle me fait; je n'écris plus que pour le nécessaire, et vous l'assurerez mieux que je ne le i)Ourrois faire de l'intérêt que je prendrai toujours à ceux de ce nom-là. Je serois ravie que M. de Lassay fût bien réuni à toute sa famille ; j'aime la paix, et il me semble que rien ne fiiit tant d'honneur dans le monde que de finir ces sortes d'affiiires sans procès». L'affaire de M. de Surville n'est

» M. de Villetto, père de la comtesse de Caylus, s'était remarié à M"" de Marsilly, élevée à Saint-Cyr. D'une beauté remarquable, elle avait joué dans Esthcr, et les Mémoires des dames de Saint-Cijr nous apprennent que c'était là qu'avait commencé l'inclination de M. de Villette. Elle était veuve, comme on l'a vu, depuis le mois de décembre 1707, fort jeune, avec plusieurs enfants. Elle se lia ensuite avec Bolinfrbroke, qu'elle linit par épouser, et, sous le nom de Lady Bolingbroke, elle marqua dans les salons du dix-huitième siècle.

* M. de Montalaire était père du marquis de Lassay. On peut voir dans les Mémoires de Lassay l'histoire des démêlés et des procès entre le père et le lils. La seconde femme de M. de Montataire fut

pas facile à raccommoder* ; mais il ne faut pas se rebutor. Je suis assez fâchée qu'il n'ait pas demandé à aller en Ecosse.

Ce seroit un grand mérite pour vous, madame, d'aimer la solitude, car vous êtes bien propre au monde. Je trouve qu'il y a longtemps que vous n'êtes venue à Saint-Cyr; le dimanche de la Passion ne seroit-il as bien passé ici*?

A M""" LA PRINCESSE DES URSINS

Musée brit. Add. vtss., n* 20918.

Saint-Cvr, le 22 avril 1708.

Je reçois en ce moment, madame, la lettre dont vous m'avez honorée le 9 de ce mois : nous avons eu ici les merveilleuses nouvelles que vous dites que M. le duc d'Oi^léans a reçues, mais on n'y ajouta aucune foi. La douleur que vous aurez sur celles d'Ecosse augmente encore la mienne; j'avois cru d'abord la porter fort patiemment, et j'admirois intérieurement mon courage; mais la fièvre me prit le lendemain, et fut proportionnée à sa cause, de manièi^e que M. Fagon la distingua de toutes les autres, et la nomma la fièvre d'Ecosse; elle dura dix jours. Je suis à présent dans un bon intervalle, qui durera autant qu'il plaira à Dieu; ce qui pourra fort bien finir ce soir, après la conversation que j'aurai eue avec

une ftlle de Bussy-Rabutin. Nous n'avons pu trouver dans quelles circonstances de sa jeunesse M™« de Maintenon éprouva cette vive affection pour la mère du marquis de Lassay ; on a pu voir déjà qu'elle reporta cette affection sur le iils. Voir la lettre à M""= de Brinon du 5 février 1093 et la note, dans notre tome I, p. 231.

* Surville était lieutenant général; une querelle entre officici-s avait amené sa disgrâce. Toute cette histoire et ses suites sont racontées par Saint-Simon.

- Le dimanche de la Passion fut le 25 mars. Cette leUre est de la semaine qui précède.

\Q0 LETTRES DE M- DE MAlNTENON.

la reine d'Angleterre, qui doit venir souper à Marly avec le roi son fils. Je n'ai point encore vu celte princesse depuis son affliction nouvelle, n'ayant pas été en état d'aller à Saint-Germain. Jamais entreprise n'a eu un si général applaudissement que celle-là; il n'y a eu (entre vous et moi) que le Roi qui en ait toujours eu mauvaise opinion -.mais il s'est rendu à la voix publique ; car, depuis M. le dauphin jusqu'au dernier galopin de la cour et aux harengères de la halle de Paris, tout vouloit qu'on allât en Ecosse ; mais, madame, Dieu ne le vouloit pas • il envoie la rougeole au roi d'Angleterre, qui le retarde dix jours à Dunkerque; le vent change une heure après qu'il a mis à la voile, et le retient vingt-quatre heures à Ostende; on se méprend pour entrer dans la rivière d'Edimbourg, et tout concourt à y amener nos ennemis en même temps que nous ! L'habileté et le bonheur de M. le chevalier de Forbin a sauvé notre flotte : il sut prendre le vent sur les ennemis; nous n'avons perdu qu'un seul vaisseau. On avait cru perdre trois petits bàtimens, mais on sut hier qu'ils sont arrivés à^ Brest, et qu'ils nous ramènent le reste de nos troupes. Les troupes angloises qui avoient passé ne repassent point, et, contre mon ordinaire, je me flatte que c'est qu'il y a du bruit en Ecosse, et que la peur que nous avons faite aux Anglois fera quelque petite diversion.

Je suis ravie, madame, de ce que vous me dites de votre santé : le fond en est bon quand on se guérit en faisant un carême presque aussi austère qu'à la Trappe. Jamais cet exemple ne sera suivi à notre cour, et le Roi aura grande pitié de vous, quand je lui dirai comment vous avez vécu. Je crois, madame, que vous aurez mange bien des épinards; mais je voudrois que vous eussiez de bon beurre, et il n'y a pour cela qu'à faire battre de la crème du jour dans une bouteille : il est vrai qu'on en a peu à la fois, et ceux qui en vendent veulent qu'il y en ait

— AVRIL 1708. — i6l

beaucoup; ils assureront (|u'il vient d'être battu, cl ils peuvent dire vrai; mais la crème est de plusieurs jours, c'est co qui le rend mauvais. Gomme j'aime fort le beurre, j'ai approfondi celte matière, et il me semble, madame, (ju'elle vaut bien ce que vous me dites du gros perroquet de M'"'' d'ileudicourt *■ : elle ne se seroil pas consolée de sa perle s'il avoit ajouté à son mérite de perroquet celui dos prédictions ; à moins qu'elle n'en eût eu de la jalousie, car vous n'aurez pas oublié qu'elle s'en mêle : elle triomphe présentement, ayant toujours soutenu que M""" la duchesse de Bourgogne n'étoil pas grosse.

Je n'ai jamais parlé à M. de Besons-; mais il a une réputation générale, qui ne peut être sans un véritable mérite.

On est toujours content de M. Desmarelz ; cependant il ne peut pas faire des miracles, et M. Chainillart ne nie pas qu'il ne lui ait laissé les affaires bien gâtées. Ce ministre est revenu de son voyage de Flandres; il paroit un |)eu mieux, mais encore abattu. Que j'ai d'impatience, madame, de savoir la campagne commencée par M. le duc d'Orléans, et qu'il profite de la foiblesse où sont vos ennemis, qui })ouiTonl dans la suite se fortifier, si on en croit tout ce qu'on mande de tous côtés !

Je suis fâchée de ce que les glandes reviennent après avoir eu un enfant; et un second, je crois, seroil un bon remède : M'"'' la duchesse de Bourgogne ne connoîl pas assez son véritable intérêt là-dessus. Pounpioi craignezvous tant les dents à voire prince, madame? La chaleur de l'Espagne ne contribue-t-elle pas à les faire percer plus facilement qu'elles ne font ici? Le nôtre en a huit, et il a mal aux gencives pour les grosses ; il en est un

* Voir pour ce qui concerne M"* (l'IIcudicourt la noie d'une lettre à M"^" de Caylus, plus haut, p. 78. Ce perroquet avait une célébrité; Hamilton en parle dans ses poésies lé^^ères.

- Le maréchal de Bczons allait commander en Espagne sous le duc d'Orléans.

peu plus inquiet la nuit, et il n'y paroît pas le jour. 11 y a très-longtemps que je ne l'ai vu, à cause de ma fièvre et du grand rhume que je craignois de lui donner; car vous ne doutez pas, madame, depuis que le chevalier de la Triste Figure vous a appris l'estime que le \\o\ a pour moi, qu'on ne me fasse baiser ce prince toutes les fois que je le vois, quoique j'aimasse bien autant qu'on ne le contraignit point, et à le voir dans son naturel.

11 me semble que, pour une vieille et une malade, voici une assez longue lettre de ma main. La vivacité que j'ai pour vous, madame, m'a soutenue jusqu'ici; mais je suis tombée tout d'un coup, et j'appelle W d'Aumale à mon secours pour vous dire que M. le duc d'Aumont marie son fds à la fille de M. de Guiscard, qui, par la mort de son oncle, M. de LangléeS se trouve un parti de deux millions, bien faite et bien élevée; mais elle a i>our oncle M. l'abbé de la Bourlie, qui est un endroit si triste ([ue plusieurs seigneurs n'ont pas voulu passer par-dessus*; elle a cinq à six ans de plus que son mari''; je ne la connois point.

La maison de M. le Grand ne reprend point la forme qu'elle avoit du temps de M"^" d'Armagnac, et n'est pas d'un grand secours pour les courtisans.

M. le prince est toujours malade; il y a bien longtemps que nous ne l'avons vu.

Tout le reste est dans ce pays-ci à peu près comme vous l'avez laissé. S'il y avoit quehiue endroit dont vous vouliez être instruite, je le ferois tout simplement et sans vous commetire. Je finis, madame, par où je devois commencer, qui est sur la joie que vous aurez de ce que

» Voir plus haut sur Lan^Mée la note à la lettre du 5 mars 1707.

- Louis de Guiscard de la Bourlie, lieutenant ^^énéral, avait un frère, l'abbé de la Bourlie, qui, abandonnant son état et son pays, commandait un régiment dans l'armée de Guillaume d'Orange. Il avait été roué et pendu en clïigic.

3 Le mari, M. de Villequicr, avait seize ans.

le Roi fait pour M. l'ambassadeur : je vous assure que ses services ne sont point ignorés; je souhaite de tout mon cœur qu'il les continue avec quelque tranquillité, jusqu'à cette bonne paix, et qu'il vienne ensuite en recueillir

les fruits.

Je reprends la plume pour vous assurer, madame, de

mon tendre respect.

A M- LA MARQUISE DE DANGEAU

Colloclion Morrison. — Manuscrits de Versailles. Lettres édif., t. IV, p. 488.

Dimanche (1708?).

J'ai parlé au Roi de M. du CharineP; il m'a répondu ([u'il s'informoit de temps en temps de sa conduite et (pi'elle étoit bonne. Vous voyez par cette réponse, madame, que l'on n'a pas d'aigreur contre lui; cependant je n'ose lui écrire, n'ayant rien de plus précis à lui mander. Je vous conjure de l'assurer que je prends ])art à sa peine et que je l'honore infiniment. Entre nous, madame, on peut dire qu'en matière de doctrine on a grêlé sur le persiP, et qu'il y auroit des gens plus dange-

t Ce personnage serait fort inconnu si Saint-Simon, dont il l'ut l'ami ne donnait beaucoup de renseignements à son sujet. Simple gentilhomme de Champagne, l'agrément de son commerce, le jeu où il était heureux, une charge de cour qu'il acheta, en lirent un courtisan « auquel tout riait : l'âge, le bien, la foi-tune, la cour, les amis "lênie les dames les plus importantes, qui l'avoient trouve a leur gré », lorsque subitement, touché de la grâce, il se relira de la cour s'enferma dans la retraite, souvent à la Trappe: et, malgré le déplaisir que témoigna le Roi qu'il ne vînt pas au moins queliiuefois le voir, refusa obstinément de remettre les pieds à la cour. Cette austérité le rapprocha des Jansénistes; bientôt il s.; donna ouvertement à eux et fut exilé en 1700 dans une terre qu'il possédait près de Château-Thierry. Il y mourut en 1714 de l'opération de la pierre, le Roi lui ayant refusé, dit Saint-Simon, de venir a Tans où l'opération eût pu*se faire plus heureusement.

=2 C'est-à-dire : On a frappé les petits, en épargnant les plus importants.

roux à ôloigniM". Dieu l'a permis ainsi. Je vous donne le bonjour, madame.

A M™" LA PHTNCKSSK DES I USINS.

Musée hrit. .\(ld. mss., ;2()1H8.

Saint-Cyr, le 5 juin 1708.

Mon dessein étoit d'avoir l'honneur d'écrire à la reine aujourd'hui, mais j'ai inie do deur de tète qui m'oie la force de le faire de ma main, et je ne mo résoudrois pas facilement à me servir de celle d'une autre.

Nous avons eu à Mai'ly une grande scène. M'"'^ de Roquelaure me fit demandtu' d'entrer dans ma chambre par une porte de derrière; je la trouvai tout éplorèe, qui me dit qu'elle venoil demander justice au lloi de l'enlèvement de sa fille par M. le prince de Léon». Voici le fait. On a voulu faire le mariage de ce prince avec M"^ de Roquelaure, et après l'avoir Irailé, il a été rompu sur ce que M. le du(- de liohaFi ne vouloit pas assez donner à son fils. Cependant, connue la négociation a été fort longue, les deux partis se sont joints et promis nmtuellement de s'épouser : la demoiselle étoit dans un couvent de la Croix, ftuibourg Saint-Antoine, avec sa gouvernante, et ordre de ne jamais la laisser soitir qu'avec M'"« de la Viefville. M. le prince de Léon a fait mettre les armes et la livrée de cette dame à un carrosse. On a demandé M"« de Roquelaurepour la mener voir M"'« sa mère, cpii étoit chez M^« de la Viefville. Klle est montée en carrosse avec sa gouvernante, qui, s'apercevant qu'on n'en prenoit pas le chemin, qu'elle connoissoit, a voulu crier; on lui a mis un mouchoir sur la bouche. On a trouvé M. le

* Le prince de Léon était fils ulné du tluc de Uoliun-Cliabot.

Hi

prince de Léon ; ils sont allés ensendjle à une petite maison de campagne qui est au duc de Lorges; un prêtre y a dit la messe, et les a mariés. Ils se sont enfei'inès ensemble quatre lieures, et M"'- de Roquelaure est relournée dans son couvent avec sa gouvernante. Voici ce que M. le prince de Léon a écrit à M. le duc d'Auniont : « Je vous supplie, monsieur, de dire à M'"^ de Roquelaure que j'ai épousé M'"'- sa fdle, que j'ai ramené M'"'' la princesse de Léon dans son couvent, où j'espère qu'elle ne sera pas longtemps ». Vous connoissez, madame, la charité des courtisans; cette aventure les a bien léjouis; M""' la duchesse de Bourgogne en étoit hors d'elle, avouant qu'elle aime les évènemens. Cette fille a près de vingt-cinq ans, ennuyée à la mort d'être dans des couvons ; on dit qu'elle a beaucoui» d'esprit; du reste, fort bossue et fort laide. On dit que M. de Roquelaure veut poursuivre la chose dans toute sa rigueur : beaucoup de gens prétendent qu'elle ne peut être traitée ni d'enlèvement ni de rapt; j'espère qu'après tout ce grand bruit cliacun s'adoucira, et je crois que le meilleur l>arti seroit de les marier dans les formes.

On vous mandeia mieux que je ne pourrois le faire, madame, que, du côté de rAlleniagne, les ennemis se dis|)osent pour y avoir deux armées : une commandée par M. le duc d'Hanovre, et l'autre par le prince Eugène. M. l'Électeur ^ dispose la sienne sur ce pied-là : il est trèscontent de M. le duc de Rerwick.

M. le duc de Bourgogne commence parfaitement bien-; il se fait aimer des officiers; il se fait craindre sur le relâchement de la discipline ; il entre dans tous les détails ; il veut qu'on lui donne des avis de tous côtés ; et ce que je vous dis, madame, n'est point flatterie : je le sais par des gens qui me diroient le contraire s'il le mé-

* L'Électeur de Bavière.

- Le duc de Bourgogne était à l'armée de Flandres.

ritoit. M. \o duc de Berry paroît prendre goût à la vie qu'il mène présentement.

M. de Vendôme voudroit toujours faire des sièges pour attirer les ennemis et les combattre; on le retient par les mêmes raisons qui sont dans la lettre que je viens de recevoir de vous, et à laquelle je vais avoir l'honneur de répondre, après vous avoir dit que tout est assez tranquille en Dauphiné, et que le maréchal de Villars doit

y être le 5.

Il faut pourtant dire un mot du chevalier de Saint- George S dont il me paroît que tout le monde est trèscontent, et qui joue parfaitement son personnage. Quoique je m'admire, madame, quand je me trouve de votre avis, de celui de M. Bedmar et de votre homme d'esprit, je comprends fort bien que le roi d'Angleterre fait un meilleur personnage à l'armée que s'il étoit pendant la campagne à Dunkerque.

Notre grand mal, madame, est le manque d'argent; car il V auroit encore bien de bonnes choses à faire, et toutes les nouvelles nous assurent qu'on est fort bien disposé pour lui en Ecosse, et qu'en Angleterre on est très-mal content du gouvernement.

Je suis persuadée comme vous, madame, qu'on n'essuieroit point tant de blâme si on vouloit dire ses raisons. Que vous êtes admirable de ne pas vouloir nommer le maréchal d'Estrées en jusli fiant ce qu'on fait pour le maréchal de Matignon! 11 n'y a que vous capable de tels procédés, et beaucoup de gens ne les entendroient pas. Je ne suis pas de ce nombre-là : je les entends, je les goûte ; ils augmentent bien ma confiance pour vous dire toutes choses.

Vous avez rendu justice à M. de Chamillart, en disant que ce n'est point lui qui a voulu élever son ami : il ne

* C'était le nom qu'avait pris le prélendant, Jacques 111. \Miuv servir en Flandre dans l'armée française.

— JUIN 1708. — i67

croyoit point la commission assez bonne pour la lui

souhaiter.

Je suis bien affligée, madame, de la perte du con^ol qu'on envoyoit à M. le duc d'Orléans, et je crois que vous vous flattez" un peu quand vous envisagez de vous défau'e de l'archiduc. On prétend que le siège deTortose esttrès-

difdcile.

M'"'* la duchesse du Lude ne guéi it point, et je commence à craindre qu'elle ne puisse venir à Fontaine- Ideau, où nous allons toujours le 18 du mois.

Je reçois des lettres de M'"« de Saint-Géran* (pii me font juger qu'elle se tirera d'aflîûre, mais non pas encore si tôt. La duchesse de Guiche est abîmée de mélancolie par la passion qu'elle a pour son mari, par la crainte des périls qu'il court, par une grossesse, par un manciue d'argent presque continuel, et parla ruine de sa maison, dont'' les intérêts sont entre les mains de M'"** la duchesse de Gramont, qui va revenir et redonner de nouvelles scènes au public. De la manière dont on me parla hier au soir de M'"*' la comtesse de Gramont, il fîiut qu'elle soit morte présentement^; bien des gens désirent Pontalie.

1 M>"« de Saiiit-Gérau était parente des Noailles, de Yà^c et de l'intimité des sœurs du duc. M™« des Ursins, très liée avec toute la i.nnille, s'intéressait à celte jeune femme, et M- de Mamtcnon «le refusait pas non plus de la protéger ; mais elle la blâmait de légèretés et d'inconséquences qui lui attirèrent maintes disgrâces. La Beauinelle a donc fait preuve d'autant d'ignorance que de mauvaise toi en fabriquant une correspondance où M°"= de Maintenon aurait fait a M""' de Saint-Géran des conlidences qu'elle n'a jamais faites a i)ersonne. Lavallée a donné toutes les preuves de la fausseté de ces lettre^^ Plus invraisemblables encore sont celles que la Beauinelle fait adresser par M- de Maintenon à une M™^ de Frontenac dont le nom ne se rencontre pas dans les correspondances authentiques. Voir l'introduction de Lavallée à la Correspondance générale, et 1 étude De raulhcnticïU des lettres de 3/-« de Maintenon dans la liexme des Deux Mondes du 15 janvier 1869. Ces faux documents n'en continuent pas moins à être cités. ., . •„ . i-n- a

2 Sur la duchesse de Gramont, voir la leUre du 11 juillet 1 /Uo. Un sait que la comtesse de Gramont était la sœur d'Hamilton. Pontalie

La jeune marquise de Bellefonds esl mor(e depuis deux jours à Versailles. M. le duc de Bouillon a pris congé du Boi pour s'en aller à Turenne : les affaires qu'il a avec M. de Xoailles s'aigrissent tous les jours; je fais mon [jossihie pour les porter à un accommodement.

Quoique ma santé aille assez bien, je vous assure, madame, que ce que vous appelez mes bonnes grâces vont encore beaucoup mieux. J'en pailai bier longlemps avec M"^*' de Caylus, qui pense presque aussi bien que moi sur votre sujet. Son nom me fait souvenir de vous faire une Irès-bumble recommandation en faveur de son beau-frère. J'attends M. Desmaretz, à qui j'ai donné un rendez-vous ici; ce n'est pas sans quelque inquiétude, car ces messieurs n'ont jamais rien d'agréable à me dire : tout le monde tàclie de les brouiller, M. de Chamillart et lui, ef si on n'y parvient pas, ce sera un miracle.

Le Roi a supprimé le titre de surintendant des bàlimens, et le directeur des bâtimens n'est pas encore nommé. Mansart est vilipendé jusqu'au point de lui refuser la qualité de bon arcbitecte.

A »!■"« LA PRIIS'CESSE DES URSLNS.

Musée brit. Add. 7nss., 20918.

Fontainebleau, le 25 juillet 1708.

Vous saurez, madame, que notre bonlieur n'a pas duré longtemps. La réduction de Gand sous le pouvoir du Hoi Catbolique nous avoit mis dans une situation bien avan-

était une petite maison de plaisance, près du raur d'enceinte du parc de Versailles; le Roi l'avait prêtée à la comtesse. L'ancien nom de ce petit domaine était Moulineaux.Hamilton qui, dans ses lettres et ses poésies, célèbre souvent les charmes de l'ontalie, a composé un conte, celui du liélier, pour expliquer ce changement de nom. Voiries Œuvres d'IIamilton, Londres, 1776, tome IV.

ta^^euse; il n'y avoit plus qu'à s'y tenir tout le reste de' la campagne; cétoit aux ennemis à courre, et ils ètoient désespérés. M. de Vendôme, qui croit tout ce qu'il désire, a voulu donner un combat et il 1 a perdu , et nous sommes beaucoup pis que nous n'étions, tant par la perte de nos troupes que par la crainte des suites et l'air supérieur qu'ont présentement nos ennemis.

Dans cet état, nous avons moins senti la joie de la prise de Tortose^ quoiqu'on envoie toute l'ulilite. Madame est ravie avec une grande raison ; elle voit M. le duc d'Orléans couvert de gloire, et bors du danger ou il

s'exposoit trop. .

Vous connoissez, madame, la légèreté des François, et il nie paroît que leurs discours vont jusqu'à vous. Gand nous metloit en état de donner la paix à telles conditions que nous aurions voulu; et présentement tout est perdu et il la faut demander la corde au cou. Cependant, madame, ni l'un ni l'autre n'est véritable; nos ennemis avoient de grandes ressources, quoique nous eussions Cand, et nous en aurions encore de grandes si M. de Vendôme vouloit agir le reste de la campagne avec plus de précautions. Notre armée est encore très-belle et très-bonne; les troupes v ont fait leur devoir, elles ne sont nullement découragées, et ne demandent qu'à se racquitter; mais c'est à quoi il ne faudroit pas se commettre qu avec Tordre et les précautions dont on doit user en telles occasions. M. le duc de Bourgogne a été de tous les bons avis; mais il avoit ordre de céder à M. de Vendôme comme plus expérimenté. iSos princes ont été en état d être pris : jugez, madame, où nous en serions. C'est une consolation que je tâcbe de donner à M- la duchesse de Bourgogne dans l'extrême aflliclion où elle est; elle

> C'est la bataille d'Oudenarde, Il juillet. ,.^ ,. ,^^ „^. •. ,„.

^- Tortose, en Catalogne, assiégée par le duc d Orléans. aNait ca

pilule le 11 juillet.

montre dans toute cette triste occasion les sentimens d une bonne Françoise que je lui ai toujours connus, comme j'avoue que je ne croyois pas qu'elle aimât M. le duc de Bourgogne au point où nous le voyons. Sa tendresse va jusqu'à la délicatesse, et elle sent vivement que la première action où il s'est trouvé ait été malheureuse; elle voudroit qu'il se fût exposé comme un grenadier, et qu'il en fût revenu sans une égratignure. Elle sent la peine où il est du malheur qui est arrivé ; elle partage toutes les inquiétudes que sa situation présente doit lui donner; elle voudroit une bataille que l'on gagnât, elle la craint. Enfin rien ne lui échappe, et elle est pis que moi*. Celte affliction qui, d'un côté, me fait quelque plaisir parce qu'elle prouve son mérite me donne beaucoup d'inquiétudes pour sa santé, qui en paroît altérée. Son lait lui avoit fait du bien, et ses belles couleurs revenoient ; mais ceci la trouble et elle est capable de longues douleurs : nous l'avons vu à la mort de Monsieur, dont elle a été très longtemps affligée, et où elle est encore sensible.

Le Roi soutient cette dernière aventure avec une grande

* Cette campa-ïne avait été funeste pour le duc de Bourgo^çue: il avait paru timide, scrupuleux, hésitant. Le duc de Vendôme, qui ne l'aimait pas, loin de couvrir l'inexpérience du jeune prince, avait tout fait pour provoquer et faire ressortir ses fautes. La cabale ennemie du duc de Bourgoj^'ue qui entourait Monseigneur, et dont Vendôme était le héros, s'était entendue avec lui pour déshonorer le jeune prince. De là le désespoir de la duchesse, trop claii'voyante pour ne pas distinguer ces intrigues, trop ardente, trop sensible à la gloire de son mari pour n'en pas souffrir cruellement. Toute cette campagne fatalement terminée par la perte des lignes dOudenarde et le siège de Lille est très intéressante dans les Mémoires de Saint- Simon; mais plus curieux encore est son récit des intrigues de la cour, tant il y mêle sa passion pour le duc de Bourgogne et son horreur pour la faction opposée. Les lettres de Fénelon au duc pendant cette même campagne sont aussi fort précieuses. Comme Saint- Simon, il souffre des malheurs ou des fautes de son élève; il lui reproche ses scrupules et ses timidités, il voudrait lui souffler son ardeur, sa clairvoyance, sa force de volonté.

soumission à la volonté de Dieu, et l'on voit toujours ce même courage et cette même égalité d'esprit. • Pour moi, misérable, vous croyez bien, madame, que i\.,i suis accablée : mon triste cœurs'étoit un peu épanoui sur l'affaire de Gand ; mais le voilà plus serré que jamais parla ci\^inte du reste de la campagne. La même confiance qui nous a fait le mal peut nous conduire à un si orand mal qu'il seroit sans ressource. H est impossible qu'il ne se mette de la froideur entre M. le duc de Bourgogne et M. de Vendô'me par la diversité de leurs avis, et combien de gens contribueront à l'augmenter par leurs

mauvais discours î

Les hommes ne sont pas pai^faits; il n'y en eut jamais un de meilleure volonté que M. de Vendôme, ni plus attaché à la famille royale et à l'Étal. On mande qu'il a plus essuyé de feu lui tout seul que tout le reste de l'armée; mais il est trop conliaut, paresseux, opiniâtre, et méprisant toujours l'ennemi. Le prince Eugène n'est pas un ennemi à mépriser; il connoît M. de Vendôme, et saura bien profiter de ses défauts.

M. le maréchal de Berwick est arrivé bien à propos pour couvrir nos places et ramasser nos troupes dispersées ; il fait sur tout cela tout ce qu'on peut espérer de lui. On n'est pas moins déchaîné ici contre M. de Vendôme qu'on le fut sur le maréchal deViUeroy, car on est

extrême sur tout.

Quand on fait des projets, on n'y met pas les contretemps qui peuvent arriver ; et quand on n'a pas assez de troupes ni d'argent pour fournir à tout, il faut bien que quelque côté manque : nous savons ce que M. le duc d'Orléans a eu à souffrir là-dessus. Le duc de Noailles fait un assez triste personnage; le maréchal de Villars ne se trouve point assez de troupes; la Provence craint les lïrands préparatifs qu'on voit faire à M. le duc de Savoie ; on menace toutes nos côtes de quelque descente; lesmau-

vais événemens diminuent la confiance pour l'argent : le ministre de la guerre a pensé mourir. On a porté nos plus grandes forces du côté de la Flandre, parce que les ennemis y portoient les leurs. Tout cela, madame, a bien contribué à ce qui vous fait gronder; Dieu veuille que nous en soyons quittes pour le passé!

Oui, madame, je conseille de planter au Retiro*, el je ne saurois croire que Dieu abandonne LL. MM. CC. aux extrémités dont vous me parlez. 11 faut pourtant des miracles pour les soutenir; mais j'espère que Dieu les feia en leur faveur. J'ai une grande confiance pour eux, et jo ne sais comment raccommoder avec les grandes craintes que j'ai pour nous, leurs intérêts étant aussi unis qu'ils le sont avec les nôtres.

Votre duc d'Ossone vous a lait manquer un combat qui auroit été bien avantageux; si on ne l'egardoit pas tout cela dans l'oi'dre de Dieu, on se désespéreroit.

Je comprends parfaitement, madame, que votre gaieté diminue; je ne suis point triste naturellement, et je dois riiumeur que vous me reprochez aux affaires que je vois et à mes prévoyances, qui jusqu'ici n'ont été que trop justes.

M. et M'»" de Dolian font tous les jours de nouvelles cbicanes sur la conclusion de ce mariage; mais le Uoi leur a fait dire en dernier lieu qu il veut absolument qu'on le fasse *.

M'"« la duchesse de Mantoue est bien heureuse d'avoir perdu M. son mari. M. de Lorraine et M. le prince vont disputer Gharleville ; elle demande son douaire et ses conventions qui montent, dit-on, à onze cent mille francs; le douaire est de quarante mille livres de rente.

n.V^'^'^'.V'"./"^' à Madrid, entouré de jardins: il fut construit sous 1 inlippe IV. M- des Ursins se demandait si, dans les circonstances penlleuses où Ion était, il y avait lieu de donner suite à de nouvelles plantations projetées.

- Voir la lettre précédente.

Comme nulle situation ne peut diminuer le goût (lue

M^r le Dauphin a pour Fontainebleau, je crois qu'on y

demeurera plus longtemps qu'on ne l'avoit projeté ; j'en

,uis bien fâchée, car Saint-Cyr me seroit plus nécessaire

que jamais. . .

M"^^ la maréchale de Noailles n'est point encore ici ; elle est abîmée dans les soins de ses affaires et de sa lauiille. Elle a mis le grand joyau de la reine entre les mains de Montarcy, qui ne le trouve pas d'une grande valeur; je lui ai envoyé votre lettre* : je me plains, madame, des excuses (jue vous me faites de me l'avoir adressée; vos commissions me font autant d'honneur que de plaisir, et mon cœur vous est toujours également altiK'hé en quelque état que je me trouve.

A M'"'^ DU rÉUOll, DAME DE SAINT-LOUIS.

Manuscrits de Versailles. Lettres édifiantes, t. VI.

28 juillet 1708.

Les affaires de Flandres ne sont pas en mauvais état; la plupart de nos troupes dispersées sont revenues; peu de gens sont demeurés sur la place; il y a moins de prisonniers qu'on ne disoit; mais je crains que la confiance outrée de M. de Vendôme ne nous attire encore

' M">« de<; Ursins avait chargé la maréchale de >oailles de faire faire une parure en brillants pour la reine d'Espa-ne, en se servanl dun bijou qui avait été envoyé en France parmi les pierreries de la couromic qu'on avait voulu on-a-er pour soutenir la jïucrre. « Noire industrie, lui écrivait-elle, doit aller jusqu'à faire que nous ne pavions pas un sol de façon, c'est-à-dire que l'orfèvre se paye sur quelque diamant qu'il retiendra.... Quand nous serons phis riches, il faudra bien autre chose pour rendre la parure de la reine comme elle dcvroit être...; mais ce n'est pas le temps, il laut soiif^er a payer les troupes. » (A. Geffroy, Lettres de la princesse des Urstns, p. 554.)

quelque malheur si on s'expose à de nouvelles actions'. M. le duc (le Bourgogne a toujours été de tous les bons avis; mais son peu d'expérience empêche qu'on ne s'y fie entièrement. Vous perdez bien à ne pas voir ses lettres. Elles sont pleines de sagesse, de courage et do piété*. Priez pour lui, je vous en conjure, d'une façon toute particulière. Nos princes ont couru un péril plus grand que n'auroit été leur mort.

A M-"" LA MARQUISE DE DANGEAU

CoUeclioii Monison, n' ôi. — Slannscrits de Versailles. Lettres édifiantes^ t. IV, p. 52 i.

Vendredi (Fontainebleau, août 1708).

M'"^' la duchesse de Bourgogne veut dîner avec nous, et que ce soit chez la duchesse de Noailles. Elle ira aussitôt après dîner jouer chez Monseigneur, et nous irons, si vous le voulez, madame, prêcher à Avon. Nos gens viendront même assez tard pour que nous puissions revenir à la récréation vers les six heures. Si ce projet vous convient, nous le suivrons; si vous voulez le renverser, je suis prête à ce que vous ordonnerez, et je ferai demain ma volonté''.

• On voit comment M'"'' de Maintenon n'oublie jamais diiironiier et de rassurer autant que possible Saint-dyr,

* Beaucoup de ces lettres à M"' de Maintenon sont dans les Mrtiioires de Noailles. Les niponses sont niallieui'eusenient perdues.

'• Pendant les séjours à Fontainebleau, Saint-Cyr lui manquant, BI""' de Maintenon se créait de cliaritables occujiations que M" de Dang:eauetM""= d'Auniale jiarlageaient avec elle. Inelettre de M"''d'Auniale les décrit avec précision : « Il faut vous dire toute sa journée, qui lui a paru fort courte, à ce qu'elle a dit. A sept heures et demie elle a été à la messe. A huit heures et demie elle est partie pour commencer sa mission. Elle a été d'abord à Avon, à l'école des garçons, elle y a instruit près d'une heure; ensuite elle a été dans celle des filles tout autant. Quand elle parle de Dieu à ces paysannes, on

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