‹ Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentique [microform]: choix de ses lettres et entretiensChapitre 74 sur 98 · OU · texte numérisé non relu

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convionl. II senihlo aussi qu'ils croient quo quand on les a vus on n'a plus envie de voir personne, et ils nie disent ordinairement en sortant : Je vais fermer la porte, n'est-ce pas? Vous allez rester seule? Vous ne voulez voir

personne? »

C'est bien là, dit la mère de Glapion, ce que M. de Cambrai leur reprochoit, quand il leur disoit qu'ils croyoient que leur vision est béatifique. — <( Oui, dit M"'« de Maintenon en riant, je m'imaf,qne qu'ils pensent (pi'elle suffit et tient lieu de tout le reste. »

A M"" DU PÉROU, DAMK DU SAUNT-LOl IS.

Imprimé»» dans k-s Méiiidirrs sur M'"-' de Maiiileunn (I84G, in-l2i, p.'i^'^fc iTl.

(1707 ou 1708.;

II m'a toujours j)aru cpie vous désiriez que je vous écrivisse sur les choses qui pouvoient être de.quelcpie conséquence dans votre maison. Je mets dans ce rang-là les rei)résentations des belles tragédies que j'ai fait faire poui" vous, et qui pourront peut-être à l'avenir être imitées. Mon dessein a été d'éviter les mauvaises compositions des religieuses, telles que j'en avois vu à Noisy. J'ai cru qu'il étoit raisonnable et nécessaire de divertir des enfans, et je l'ai vu pratiquer dans tous les lieux où l'on en a rassemblé. Mais j'ai voulu, en divertissant ceux de Saint-Cyr, renq^lir leur esprit de belles choses, leur donner de grandes idées de la religion, élever leur cœur aux sentimens de la vertu, orner et cultiver leur mémoire de choses dont elles ne seront point honteuses dans le monde, leur apprendre à prononcer, les occuper pour les retirer des conversations qu'elles ont ensemble, et amuser surtout les grandes qui, depuis quinze ans jus-

qu'à vingt, s'ennuient un i)eu de la vie de Samt-Cyr. Voilà mes raisons pour continuer chez vous ces représentations tant que vos supérieurs ne vous les défendront pas Mais vous devez les renfermer dans votre maison et ne les jamais faire à la grille sous quelque prétexte que ce soit. 11 est toujours dangereux de faire voir a des hommes des filles bien faites, et qui ajoutent des agremens à leur personne en faisant bien ce qu'elles représentent. N'y souffrir, dis-je, aucun homme quel qu .1 .oit ni pauvre ni riche, ni jeune ni vieux, m prêtre m séculier, je dis même un saint, s'il y en a sur la terre. Tout ce qu'on pourroit faire si un supérieur vouloit voir ce que c'est en effet que ces pièces, ce seroit de iaue i(mer les plus petites comme nous avons fait par le passe. Je ne suis pas sans peine sur ce que nous fîmes hier. Vous savez comment nous nous y sommes emba^^quees, mais j'espère et je vous conjure que ce soit la dernière lois.

On lit clans un dos ,mn,.scrils de Versailles : Mnnoires,le cc,iui ,V.( ,>«*.é« S«;»^C„r,lon,cI,clnM.ili-ex.vn,,p.gcs258et2bl

nneUues recils qm servent de coimnenla.re a celle lell.e . ! M le cardinal de Noailles aveit dél.'ndu les tragédies non seule.iiéut au uarloir, .nais dans la maison n,é,ne aux religieuses , diocèse, qui éloient dans rnsage de produire leurs pensionnaires aux grilles des parlons par e -""^'f ''«^ ^^^ sentalions. M"' de Maintenon désiroit que 1 on ue s exposât pas à s'attirer de pareilles délenses. » • r„fu.„

« M" la dudiesse de Bourgogne assistoit un jour a I ofhce du chœur. Elle vit à la grille un grand n..uibre de personnes nui, pour mieux voir les demoiselles, trouvèrent le moveu avec des cannes et des éventails, d'ouvrir les r'deaux- La princesse choquée de celte liberté, sortit de sa place, et s en alla, d'un 'air froid et sérieux, fermer non seulement les pel.ls rideaux que l'on avoit ouverts, mais même les grands, ce qu. rendit tout le monde très confus, lue autre fois quelle se trouvoit à ténéb.-e3, les der..iers jours de la semaine samte, les

pages, qui a voient envie de se divertir, apportèrent des crécelles de différentes espèces pour contribuer de leur mieux ail bruit (pii se fait à la tin de l'office. Ils tirent un vacarme effroyable, et y ajoutèrent de grands éclats de rires. Elle fut très irritée, et, au sortir, les lépriinanda.... Lu billet d'un page à M"" de Puilbarc lui lit j avoir (lu'il l'avait remarquée pour sa beauté. Elle en lut indignée. »

A M"' LA DLCIIESSE DE VE.NTADOUR.

Manuscrits de Yersaillos. Lettres édifiantes, t. VI, p. 1G6.

(Janvier 1700.)

Je vous conjure, uia chère ducliesse, une fois pour loules de ne jamais parliT dans vos lettres de ce que vous croyez nie devoir; il faut quelquefois les montrer, et il ne convient ni à vous ni à moi qu'elles soient remplies de reconnoissance. Après ce petit préambule, venons à votre projet, qui est très-sensé. Allez, madame, courir un peu les clianqjs el les rues, pour venir vous enchaîner très-honorablement; votre serment ne presse point*. M(^s complimcns, je vous eu supplie, à M'"' la princesse de Soubise.

A M"^ LA PRINCESSE DES UKSLNS

ilusCe brit, A(l(l. mss., n°20919.

Saint-Cyr, le 27 janvier 1709.

J'ai l'honneur de vous écrire très-simplement, madame, tout ce que je pense, et je ne prétends point faire de

* La duchesse de Venladour succédait, comme gouvcrnniite des enlaiis de France, à sa mère la maréchale de la Molhe, qui était morte le G janvier. Elle était assurée dejuns plusieurs années de la survivance de cette cliarge.

belles lettres. Les vôtres me font un très-grand plaisir, quoique je voie bien souvent que la prudence vous retient • le commerce dont vous voulez m'honorer me seroit plus agréable si nous pouvions écrire connue nous variions dans la chambre obscure de Marly; mais ce n'est pas en cela seul qu'il faut savoir se cotilramdre.

Je conuuencerai, madame, par vous apprendre que vous avez perdu une de vos anciennes servantes en M- d'Heudicourt; une maladie de cinq jours l'a emportée ; elle est morte fort occupée de Dieu et de la crauite de la mort* C'étoit la seule personne de mon temps qui me restoit : il faut mourir ou se trouver seule sur la terre, car te ne compte guère les nouveaux amis.

Le pure de la Chaise est mort-, le Roi n'a ponit encore ,ommé son successeur. Le prince de Conti se meurt, i n\ a point de médecin qui ne le condamne. M. le 1 rince est, dit-on, hors de danger, mais peu de personnes le voient. M- de Soubise est très-mal.

Madame attend tous les jours la nouvelle de la mort de M.- de Maubuisson-, elle a perdu son médecin en trois jours, pour avoir été saisi du froid. Jugez, mada.ne s. les riches ont soufTert du mauvais temps, de 1 état ou sont les pauvres : aussi en est-il mort un grand nondjre à Pans et à la campagne. Les spectacles ont cesse, les collè<^es ont été fermés, les artisans ne travailloient nlus^et de tout cela il résulte une grande misère.

Vous savez l'état des grandes affaires, de sorte que, tout se joignant ensemble, on n'entend que plainte et on ne

tVoirlanoteàlalcttredu25avnll70G,t. ll,p. 78.

; rr^e ^llulbuÏÏ^^ était nue de l'Électeur ,.latin Frédéric V'^t^^e de Wda,ne, duchesse ^^'Orléans Sa.nt- umm e.. a. ..loge connne d'une P--- -- --;;;>t;^, ^ IH [ll^ wl

chesse de Drunswick, dont elle était sœur.

voit quo tristesse. Je trouve très-fort dans l'ordre que j'en sois aeealdée; mais je ne m'accoulnnie pointa celle de noire princesse. Elle est fâchée de M- d'ileudicourl ', son esprit naturel la divertissoil, et elle a -rand besoin de quelqu'un qui l'amuse; elle est naturellement sérieuse et trop sensible pour être jamais heureuse. M. Fagon ne fait pas grand cas de son mal jusqu'ici; il croit, quand il augmente, que c'est son dérèglement ([ui en est cause; et en effet cette douleur de sein est passée aussitôt que quelque chose est venu. Clément étoit hier à Versailles pour M'-' de Cani, qui avoit eu quelques douleurs. M-^ la duchesse de Saint-Aignan et M'"" la Vidanie n'attendent que l'heure d'accoucher.

M. le maréchal de Boufflers travaille autant lui tout seul que tous nos ministres ensemble; il tâche de démêler l'horrible désordre où nos généraux ont laissé l'armée; il a dû partir au milieu de ce grand froid pour aller visiter des places. Nos rois seroient bien heureux s'ils avoieiil beaucoup de sujets de ce caractère-là; je voudrois pouvoir vous envover de ses lettres, je ne crois pas qu'il soit pos- %\hU\ d'êli-o ypliis lionnèle lioinino.

Vous avez 5.'Timde laisnii, inadaino, de liouvcr qiio li's officiei'S iiinuMit trop l'.iiis; on ost Irop indulgent do lo::s colés là-dessus : ils devraient èti'e chacun dans leuis

quarliei'S.

J'avoue, madame, que je ne vous veirois pas sans douleur : mon allaelicment |)our l.L. MM. CC. me fait regarder la paix avec autant dliorreur que la guerre; on ne peut soutenir l'une, et l'on ne conqnend point comment se peut conclure Taulre. Dieu veuille y mettre la main!

Les ennemis sont assurément plus habiles que nous; ils ne s'endorment en jias un endroit, et je ne vois que M. de lioufllers qui veuille bien les surveiller; tout le

• C est-ii-(liie de la mort de M»' d'ilcudicourl

reste veut revenir : s'ils avoient affaire à moi, ils ne seroient ni ii Paris ni à la cour. .

Je vous ai avoué, madame, que je napprouvo.s po.n nue nos rois entrassent dans la folle passion do M. e , uc d-Orléans; mais je vous assure que je nai pas eu c

„ps de .n'opposer à .-e qu'il den.andort le Uo. en la, ,lu éloigné que moi; mais il n'en est plus question. Ce nc^. p opose de donner à cette f.lle une terre avec une litre, pour qu'elle s'appelle madame, et le lio. le rù^ bon'. 11. le duc d'Orléans m'a fa.t encore une i i,e U ne me montre qu'estime pour vous, madam , ,éle pour LL. MM. CC. et horreur des proposions de • aident pour retourner en Espagne et pour y servu- : de son ineux : et sur ce que je lui d,s qu on man- ,„.it de Madrid qu'il ne vouloit plus y aller, "- J ^ tous ces discours étoient fondés sur un petd chagn ,11 avoit eu quand on disposa des troupes sans son s sur quoi il s-expliqna avec trop de v.vacle et d un- ; nie ce. Cet aveu se f.. avec une douceur etuoe mge- Luité qui n.e channa, et qui ne me laisse pas douter de la sincérité de ses discours. ,. „ .,npnns

Nous irons à Ma.ly le 6 de ce mois et nous y aurons deÏls, idus par politique que par goCa; M.»' a u^s^^^

de r„.u.gogne est trop abattue et ne p.end plus plaisu a

"m- la duchesse de Manloue crache toujours du sang; M""' d'F.lheuf prétend que l'air où elle est peut y conlr,- Ler; elle demande au Uoi un logen,ent a Vu.cennes pour y achever son année de deuil, ce qu. ne lu. sera pas

'■"Îrtoutiens mieux que je n'ai fait depuis longlomps 1- .nnuvaises saisons et les amictio..s ; je ...e P0>-'« f^' ^ ' et sa..s chercher des phrases pol.es et respecU.c.scs, . M- do Séry prit m. etrct le uu,n de M- d'.Vrseu.on. Voir la lollrc du 10 octobre 1707.

souffrez, madame, que je vous dise loul simplement que je vous aime de tout mon cœur.

Je voudrois bien ne pas sentir ce que je seus pour LL. MM. ce.

A M"'' LA PRINCESSE DES URSLNS

Musée brit. Adâ. mss., n' 20919.

Saiiit-Cyi-, le 18 mars 1709.

Quand mes leltres seroient plus agréables qu'elles ne le sont, madame, ce seroit beaucoup trop d'en recevoir trois à la fois; jugez si je vous plains d'avoir lu tant de choses agréables.

Si j'ai encore quelque i siéir.i.ce, elle n'est jias dans les bonunc^s, qui, en tout genre, me paroissent à bout, mais en Dieu, qui fait des miracles quand il lui plait, et qui sait tourner les cœurs et les événemens à raccomplissement de sa vidonlé. C'est ce miracle que j'ai toujours espéré en faveur de nos rois, qui sont J)ien meilleurs que nous, et qui, si je l'ose dire, ne méritent pas d'être malheureux.

M. le comte delà Molhe, avec les meilleures intentions du monde, a mis le comble à l'effroyable campagne de l'année passée, à laquelle on ne sauroit penser sans être vivement piijués et profondément humiliés.

Je crois avoir déjà eu l'honneur de vous mander que si vous voyiez de prés notre état, vous penseriez comme moi. Quand M. le maréchal de Boufllers revint à la cour après la perte de Lille, il ne put soutenir les discours qu'on tenoit sur les propositions de la paix, et parlit pour aller en Flandres tout plein de courage. Quand il a eu vu nos troupes, nos magasins et nos fourrages, il en a pensé mourir de douleur, et convient présentement qu'il faut faire la paix à quelque prix que ce soit. On dit

nue M. le ciac d'Albe est furieux sur cet article, et aussi emporté qu'il nous a paru froid jusqu'à cette heure.

Je n'ai point vu M-^ de Soubise depuis nos plus grands malheurs ; nous nous écrivions : mais elle ne m'a jamais pnrlé que de sa douleur sur l'état des affaires, et de la mrt qu'elle prenoit à celle du Uoi. Il m'est revenu qu'elle avoit dit en mourant qu'elle étoit bien affligée de laisser la France dans l'état où elle est. Voilà, madame, ce que

j'en sais*. . . ,.,

Le maréchal de l>,oufners se porte mieux depuis qu il

se repose, et je vois qu'à la moindre lueur de sauté il

aspire à servir.

Le maréchal de Yillars est parti plein de courage et de confiance, quoiqu'il voie bien la pesanteur du fardeau dont on le charge; mais il me paroît qu'il s'en trouve encore pins honoré que chargé. 11 a mandé à l'armée par avance qu'il arrivoit et qu'il portoit de l'argent; et il est vrai que M. Desmaretz lui en a donné et promis encore

dans peu de temps.

Je parlerai encore à M. Fagon pour qu'il vous envoie

un médecin. .

Si je croyois, madame, que vous puissiez contribuer à me faire vivre jusqu'à cent ans, je vous dirois toutes les raisons que j'aurois pour mourir; mais, comme vos souhaits ne sont que r<«!T.M de la bonté dont vous m-honorez, j'espère bien (iu. vous me mettrez avant peu sur la liste des morts de votre connoissance ; je la ])orte dans ma poche, je vous en ferai part si vous voulez : il V a vin-t ou vingt-cinq personnes de la cour depuis deux ans; je pouiTois y ajouter bientôt M. l'archevêque de lieims, et je crains fort d'y mettre M. le cardinal de

.lanson.

M. de Vendôme ne sert jdus, au moins pour cette

' Voir sur M"'"

<le Soubiso hi note à la Ictlrc du 20 octobre 1700

année, et je doute fort que la vie qu'il mène le mette en état de servir à l'avenir. Nous avons tous été bien trompés sur cet homme-là, et le Roi bien mal aVerli de ce. qui se passoit en Italie. Nous lui en devons la peile entière par le siège de Turin, qu'il vint persuader anlloi, lui répondant de toutes les facilités, et lui promellaiil du le faire lui-même; après quoi, il s'en remet à M. de la Feuillade, pour faire sa cour à M. Chamillart. Knsuile il fait cette belle campagne de raiinée passée, qui nous réduit à l'état où nous sommes, et se livre à M. l'abbé Alberoni, llalien et son favori, pour déshonorer M. le (lu.de Bourgogne*; il le garde auprès de lui à Anet-, el déclare qu'il seroit inconsolable s'il le perdoit. C'est ce même M. de Vendôme qui détermina le siège de Barcelone. J'avois toujours été prévenue pour lui sur l'attacbemenl que je lui croyois pour le Boi et pour toute la famille rovale; mais ce qu'il a souffert chez lui par rappoità M. le duc de Bourgogne est bien opposé à cet altachenienl. M. le maréchal de Boufllers dit qu'on ne commande i)oiiU une armée de dessus une cbaise percée'' : c'est sa situation la plus ordinaire. 11 a un courage qu'on ne peut lui disputer; mais ce n'est pas assez ni pour lui, m pour nous. Je vois par toutes les lettres d'Kspagne (lue vous prenez un parti bien fier concernant les affaires de Rome; elles passent de l)eau<-oup ma capacité.

Quand ou n'envoie pas de troupes en Catalogne, c'est

1 Voir '^ur la coiuluite du dnc. de Veiulôinc à l'égard du duc de Boui-o-nc la note à laloUre du 25 juillet 1708. Cf. Saiut-Simou.t. M, chnp m IV et v. All)eroui nvait écrit une lettre d'une -raiide insolence où! taisant le récit de la ca.npaune, il ivjetait toutes les lai.les sur le duc de Boin--ozne. Saint-Simon donne et refut e cette lettre, à laquelle évi<lemmcut M"" de Maintcnon tait allusion ici.

a Le célèbre château élevé par Henri II prés de Dreux, ].our Diane de Poitiers, était devenu la propriété des Vendôme. ^

5 On connaît le portrait (lue Saint-Simon a tracé (IV, 7>o)-M)) du duc de Vendôme; ou sait que le cynisme de ses mœurs dépassait tout ce ([u'oii peut imaginer.

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