‹ Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentique [microform]: choix de ses lettres et entretiensChapitre 75 sur 98 · - M\US · texte numérisé non relu

- M\US

,,rou n'en a pas assez pour fournir à tout : on cott-

i l'importattce du siège de Girone; il y a des getjs

; suadés que vous le pourriez faire avec ce que vous

; et d'altltes le sotd que la prise de cette place no

foi^it pas sortir l'archiduc de Barcelone, parce qu il a 'Nr:;^:;; tuadatne, que c'est utte mode assez dèra. so.mable de porter le deuil des religieuses, ou b.en l^ùdroit le prendre le jour qu'elles font leurs vœt.v e !;"'lles prétendent être mortes au monde ; Madatt.e sera sensible à celui que la reine portée

M le Dauphin paroît fort occupe et fort aise de la ca, paot.e qu'il va faire. M. le duc de Bourgogne est S aLd'Lr le maréchal d'Ilarcot^Utls me pan^^

sent en grand commerce. Le comte d Lvreux, tout alla .UéàM.^deVettdotne,pomrabieunepasserv.^^^

année ; M. le Dauphin ne l'a pas voulu dans son aimce . "; que la coLcience qui puisse oldigernotr^^^^^^^^

,,0 ravoil- dans la sienne; et notre pn.tcesse-, lie .a ,olle et vive sur les intérêts de son man, s y ^PP^ - ^^- ,,,t qtt'elle peut. Le Boi a choisi pour ^^^^^^^^^"^^ Tellier, provincial de Paris, homtne --^^^^^^^^^ dont tout le monde dit beaucoup de bien, ^:^^^^^ ceux qui le connoissent, car il a toujours etet.es en fermé el tout attaché à l'éluder

Je ne manquerai pas, tttadame, de ^^^^;^^^^^^ de votre lettre qui regarde M. l'évéque de levons cot.letttez pas d'aimer et de servtr es S-- P-^J^ Ictu' vie; vous vous en souvenez , madame, aptes km

i II s'a.it du deuil de VaLbesse de f^^^^^;;^; ,,„, ,^, ,i,i,„„on 'i Pu- ces mots : notre prince et notre ]nuH e^s< , M

entend toujours le duc et la ducUesse ^l*;;;;;;;;^;; ';;:;.,. ,,, ,, chaise 3 11 était de la Compa^me ^^^Z^"^"^' ^' ^ l*^^^^^

auquel il succédait. 11 eut un rôle '"îi;<';';..;;''\;;"e signala par

lions reli^MCUses (pii troublèrent h| lui du u^ue. tt .e . .

son opposition au cardinal de NoaiUcs.

mort. Je serai, jusqu'à la mienne, la personne du monde

qui vous honore el qui vous estime le plus.

A M. LE MARÉCHAL DE VILLARS»

8 avril 1709.

Voulez-vous toujours m'ccrire en cérémonie, M. le maréchal? Si vous continuez, je saurai hien vous rendre le respect qui vous est dû.

M. le duc d'Kstrées n'est point mort; ainsi je nai rien à répondre sur le premier article de votre lettre'.

11 n'y a que de vous, monsieur, que l'on lire quelque consolation. Vous nous faites envisager que nous aurons une armée ; elle sera comluile par vous, et peut-être est-ce le point où Dieu a voulu nous conduire pour montrer les révolutions qu'il sait f\\ire quand il lui [daît.

Cependant nous joignons maintenant au malheur de la guerre la crainte de la famine et d'un scorbut à à rilôtel-Dieu et aux Invalides qui nous annonce la peste. Il faudroit votre courage pour supporter de tels maux. Le Roi presse le plus qu'il peut pour qu'on envoie de l'argent, et il me paroît que M. Oesmaretz cheidie toutes sortes d'expédiens pour en avoir. On vous aura mandé que la flotte est arrivée riche de plus de vingt millions pour la France. Je voudrois bien que nous puissions mettre la main dessus''.

Ne vous mêlez point dans les affaires du cardinal de lU»uillon. C'est un homme qui déplaît au Iloi, et avec

» I.otiro i>iil.li(M> i);ir M. \c iiiaiNinis do Yogiiê dans le Correspondant (!(' ISSI. Viv^o "m (lu lira;,'e à i»ait.

- Villars, dans une Icttiv du 7» avril à huiiudU; ndle-ci irpond, noyant le duc d'Ehlrces niouiauf, deniamlai! son fxouvcriienicnl de rilc do-l'rance. Le duc d'Estrées vécut jusiiu'eu M'i't.

^ Voii* t>ui' ccHe alTaii-e de linance Dangcau,t. \II. p. 7)85-385.

|)oaucoup de raison, et comme de mon consentement vous ne lui déplairez jamais, je ne lui ai pas dit un mot do cet article de votre lettre. Adieu, M. le maréchal, la nainte de me retrouver en 1694^ ne uie met pas de l)olle humeur; mais je n'en suis pas moins votre très humble et très obéissante servante.

A M-« LA PRINCESSE DES URSIISS

Musée hrit. Add. mss., n» -20 919.

(Versailles), le 29 avril 1709.

La lettre que j'attendois est venue ; je vous assure, nu dame, que je ne vous oublie point, et que mes sentimons pour vous sont toujours les mêmes : la différence de nos opinions ne vous brouillera pas avec moi, et j'espère de vous la même conduite. Vous pensez qu'il faut pnir plutôt que de se rendre ; je pense qu'il faut céder à la force, au bras de Dieu, qui est visiblement contre nous, et que le Roi doit plus à ses peuples qu'à luimême. Ce ne seront point mes avis qui feront la paix ou

la guerre, madame; je les dis librement, parce que je

connois leur peu de valeur.

Il y eut hier une assez grande sédition à Paris : la

crainte delà famine fait tourner la tête à tout le monde;

les ennemis en sont bien instruits, et veulent en profiter. M-«' la Princesse est inconsolable, et M""*^ la princesse

de Conti très-consolée : voilà, madame, comme on se

trompe en tout; je ne veux pas vous laisser ignorer une

chose si rare.

Pour nommer les choses par leurs noms. M»"'' d'O a fait une grande sottise; elle a de l'esprit pour la con-

» Le pain avait déjà manqué celte année-là.

vcrsalion, et c'est la meilleure femme que nous ayons dans ce pavs-ci; mais elle est d'une simplicité a lau'o pis (|ue ce que vous me faites Thonneur de me mandor. Je Miis i)ien fâchée qu'elle ait abusé de l'amitié que notre princesse a pour elle, et qu'elle la commette autant : on m'a bien caché ce qui s'est passé là-dessus ^

Votre cher aini M. de Ponlcharlrain sort de ma chambre; il est vomi me conter les particularités de h. sédition d'hier : ce fut dans la rue Saint-llonoré. L'u arcluT, voulant prendre un pauvre homme pour l'envoyer a Ihôpital -énéral, le maltraita ; quelqu'un cria qu on l avaittué, et le peuple cidra eu fureur : un officier suisse et M. d'Argenson apaisèrent le bruit, qui fut grand et

assez lon*^.

' J'apprcmds dans ce moment que laduchessede Noaillos

n-est plus grosse ; il n'y a qu'aflliction de quehiue côte

qu'on se tourne.

Marseille était à l'extrémité pour le blé quand il est arrivé une Hotte (jui leur en a apporté pour trois mois, et qui retourne encore en chercher. On va découvrir la châsse de sainte Geneviève, et faire des prières publiques. Kmi)lovez vos saints auprès de Dieu, madame, pour apaiser sa colère contre nous, qui peut-être nous veut sauver par toutes ces épreuves dans le temi)S que nous nous i)laignons de lui. Il afilige présentement trois rois

qui sont bien pieux^

J'ai grand regret que le duc de NoaiUes quitte le Uoi dans ce temps-ci : mais il part. Plus je le connois et

1 Une lettre do la princesse des Lrsins. en date du II avril, nous apprend que M"^ d'O venait de solliciter -'^'"^'^l^'^'f «'^ ,^':, ;:!;;;^ ^ uue ,ràce impossible, et setait la.l appuyer ,K.r 1^; ' .^^^^^ Konr^-o-ne, auprès de qui elle était dauie du palais. M- dO, elevi. •"ai;:;:;;:;, e.!ntde re!.toura,eiutime de M»' de ^^ -^e.uu.

■^ C'est-à-dire le Uoi de France, le ro. d bspa^ne ^^tl^'^f.;^^ ^//^ Saint-Geor,e, lils de Jacques II, que Lou.s XIV ava. reconnu U traitait connne roi sous le nom de Jacques lll depuis 1 m.

plus je l'estime; il n'est pas nécessaire, madame, que je vous le recommande.

A M»^ DE \A VIEFVILLE, ABDESSE DE GOMEUFONTAINE.

Manuscrits do Versailles. Letlres édillauU's, t. VI, p. 175, et Lettres

et Avis, i>. ' "■

(Sainl-Cyi-). ce 1" mai 170!).

Vous allez iMi'c bioii lâchée ilo n-avoir point M"- d'Au- „i,le; mais il nous a pris uuc crainle à elle et à moi de nuoldue renconli-e sur le grand chemin qui ne seroit L acrroahle. I.a crainle de la famine met le peuple dans un mouvement auquel il ne faut pas s'exposer. Cet .-.tal-ci est si violent qu'il ne peut durer, .l'espère que les soins que le lioi prend pour faire trouver du hle irmell,„„t la tran(p.illité, et alors M"" d'Aumale ira vous faire

sa visite.

Comme je crois M. Treilh plus bravo qu elle, j espère «ue vous l'aurez dans le temps .(u'il a pronns. Ilien n est si difficile ([lie les sœurs converses dans les csuvens; cest pourquoi la pl.q«rl en prennent le moins (p. ils peuvent, el s'acconuuodent inieujc des servantes. Je vou- (Irois de tout mon cœur que vous en puissiez avoir qui eussent demeuré ici, car il me semhle que le hou es,,r.t V est passé jusqu'aux plus grossières paysannes qui y enlivnt, et nous n'en avons pas une .pii nous fasse de la peine. 11 est vrai (lue les trailemens y sont fort doux el la condition bonne. .

Je suis ravie des seutimons pieux el zèles qui soni dans loi.tes vos lettres. Je comprends parfaitement vos embarras sur le le.nporel. J'ai voulu atlondrir M. le cardinal pour vous; il m'a répondu que M. l'abbé de Vasso vous ' fait paver d'une dette des Carmèliles de P"" «;*•;• J Y ajoute 250 livres, que j'ai mises entre les mains de M" ■ d Au-

malô. C'est peu de chose ; mais je ne puis fournir à tous les misérables qui m'environnent. Il est vrai qu'on fait venir du l)lé des pays étrangers ; mais je n'en disposerai p,is, et le seul bénérice que vous en recevrez sera de le voir baisser de prix an marché. M"'' d'Aumale peut vous diiv tous les soins que je prends d'exciter M""' la duchesse de Venladour sur votre petite favorite ; gardez-vous bien de la laisser aller'. Ce seroit une bonne nouvelle pour niei si vous me mandiez (jue M"*= de Bagny entre au noviciat. L'oraison funèbre de M. le maréchal de Noailles est excellente, et a paru telle à ceux qui vouloient, d'un dessein prémédité, la tourner en ridicule. Adieu, ma chère fille, je vous aime toujours; mais je ne puis vous le dire souvent. Je ne sais pourquoi M"'' d'Aumahi ne supplée pas à mon défaut, t^est à elle et à vous à vous démêler là-dessus.

* La petite lavoiito de l'abbcsse de Gomerloiitaiiie était M"*^ do lu Seniioise, sœur do M"« de Séry (M'"" d'Ai-eiiloii), cette niaîtiessc du duc d'Orléans que nous avons vue être l'objet d'une si coiniilaisaiilc indul-rencr de la |>ait de M"" des Irsins. et d'une si juste sévérilc de la païf de M""^^ de Mainlenon. (Voir la leltrr du 10 octobie 1707 cl la noie p. ïi'l). Nous Irouvons au milieu des lettres à M""' de la Vielville une touchante lettre de M"° de Sennoise (|ui, élevée â Gonierlontaiue, souhaitait y rester, et y resta en elïet comme reli^'ieuse. Elle écrit à M""^ de Maintenon : « Je n'aurois jauuiis osé prendre la liberté de vous écrire si M"^ d'Aumale ne m'avoit assuré <iue vous ne trouveriez jtas mauvais ([ue j'eusse l'houneur de vous marquer moi même ma reconnoissance de la i»rotectiou pleine de charité (pie vous m'avez accordée.... J'aspire à la faveur de me faire relij^ieuse avec une ardeur que je ne puis exprimer.... Je souhaite de tout mon cœur de quitter le monde, que je n'ai jamais connu ([ue par «les relations (pii m'ont fait rou^'ir et trendjier. » (Manuscrits de Versailles, Lettres et avùs, p. 778. Voir aussi plus loin la lettre du 10 janvier 1710.)

A !il. LE DUC DE NOAILLES.

Mauuscrils Oo Mouchy, t. lll, l». 500.

A Versailles, ce 5 juin 1700.

M-' la duchesse de Noailles, chez qui nous dinons, ,„e vient de donner votre lettre du 24, qui est la première que vous m'ayez écrite. Nos malheurs augmentent tous les jours; nous ne pouvons ni faire la paix ni fan-e la ouerre. Vous apprendrez ce que M. de Torcy a rappoilè ' (lui a donné de l'indignation à tout ce qui a une Lutte' de sang francois. J'ai vu donner les ordres pour nue vous soyez bien informé de tout et qu'on vous consulte sur les troui)es qu'on veut vous donner, et siul'usaoe que vous croirez en faire. Le maréchal de Bouljleis''sèche de ce qui se passe; je n'ose entrer dans le dotait- je n'ai i.as la force de traiter les bagatelles; ainsi il vaut mieux linir, sans vous dire même comme je suis pour vous, car vous devez le savoir. Vos aimables enlai.s sont avec nous. Adieu, mon cher duc. M'" d'Aumale est à Gomerfontaine.

A M. LE DUC DE NOAILLES

Maïuiscrils De Moucliy, t. IH, P- '<•"•

A Saint -Cyr, ce Ojuin 1700.

le ne sais si votre courrier me fera avertir de son départ- je vais vous écrire sur ce pied-là. Votre situation est en petit comme celle du maréchal de Villars est en o,and On prétend que L-, Dauphiné et l'Allemagne sont mieux Quant à la mauvaise commission que le Roi vous lit envisager quand vous partîtes, il n'en est plus (lues-

» Les propositions des ennemis pour la paix qu'on avait tenté de

n«'^a»cier.

»0S l.KTTRES IlE M«' DE MAINTENON.

jion'. l.a paix ne se fait poinl, et quand o\le se foroil, l. roi d'Espasçnc ne veut point revoni.-, .nais le notre, après avoir lu voire lettre, n>-a or.lon.ié .le vous n.an, ler.cp. eu aueun cas vous ne s.Mi.'z employé pour uu l.'l persunna.'e- il ne vous eonvieul point et ni-e(fraieroit Iros-forl. Yoîie' lettre nù. paru belle et lioiu.e; on est très persuadé des sentioiens qui y sont; vous ne pouve. croire a cmel point ils .leviennent rares, et j'en su>s s. effrayée nu'à peine complai-je présente.nenl nos autres maux. ,',„„„a on a su .p.e le Uoi relusoit les indignes propost"ioi.s de paix que les ennemis ont faites a M. de Torcy, ,out le n.ond,. a applaudi et de.nandé la guerre; mais ce ,uouveu,ent n'a pas duré, et ron est bien vite retombe dans cet abattement .p.e vous avez vu. Quand vous étiez ici, combien de fois avez-vous entendu dire : «Pourquoi nous laisse-t-on de la vaisselle d'argent? le Roi nous feroil plaisir de tout prondrc. » Depuis que les plus zèles en ont donné l'exemple, b.ut est consterné et murmurant. „„ tpouve que c'est au Roi à commencer à se retrancher; on lui Idaint toutes ses dépenses : les voyages de Marly sont la cause de la ruine de l'Klat; on voudro.t lui ol.'r ses chevaux, ses chiens, ses valets; on attaque ses meubles- en un mot on le veut dépouiller le premier, (.es murmures se font à sa porte; on veut me lapuler [.arc qu'on suppose que je ne lui dis rien de fàrheux, de peur ,le lui faire de la peine. Cependant le li,.i a duuuuie sa table de Marlv; il a envoyé sa vaisselle .l'or à la Mom.aie; il met ses pierreries entre les mains de M. llesmaivt^ pour les engager si on le peut ; mais on »e veut compter «ue ce qu'il ne fait pas. Je vous avoue que de telles dispositions me glacent le sang dans les veines, et que vous me seriez bien nécessaire ici.

i leaucùp ISoaiUes allait conimaiulcM- vu Uoussillnn Otte niauvaiso co n^^^ d'aller annoncer on Espagne 1 ahandon .lo la

Î'C rponvait .'y trouver rê.lnit ponr obten.r la pa.x.

Le déchaînement contre l'homme que vous savez» iuigmente tous les jours et vient jusqu'au maître, il ne peut se résoudre à le sacrifier parce qu'il lui fait pitié et qu'il se met en pièces présentement pour le service. Les eidans du Roi paroissent plus sensibles à l'état des choses. Le Dauphin parle davantage et écoute; il porte même au Roi les plaintes qu'il a reçues; mais après tout cela" il dit : « J'ai ])arlé » , et fait par là encore plus blâmer son père. La duchesse de Rourgogne est dans une tristesse qui passe la mienne. C'est sa pente naturelle, et elle connoit trop le fond et les circonstances de son état. Elle aime le Roi, elle aime son mari, elle aime son père, elle aime sa sœur; tous ces endi^oits-là fournissent assez de matières à ses chagrins, sans compter ceux de la journée, qui est longue à passer.

D'un autre côté, M. de Yillars veut se faire valoir et i^rronde de n'être pas premier gentilhomme de la chambre; le maréchal de Roufllers sèche d'affection pour le Roi et de zèle pour la France; mais il veut trop de perfection pour nous conduire, et, à force de demander, il se mettra en état de ne rien obtenir. Je lui conseille un peu plus de inénagemens; mais ses principes n'en admettent point, et sont trop durs pour la foiblesse des hommes.

Je serois bien fâchée que vous allassiez à Madrid; il n'y a plus rien à faire dans ce pays-là : vous vous y perdriez sans les sauver. Je n'ai pas encore lu le manifeste de Mancera et je l'ai laissé à Versailles.

Nos princes n'iront point à l'armée : on se trouve trop incertain sur les subsistances. Le chevalier de Saint- George va en Flandres si on peut lui fournir de quoi partir, et quand même on ne lui donneroit pas. Nous ne payons plus la reine % tout est à l'extrémité.

1 Clmniillart. Yo'r notre Introducliou sur les médisances de Saiut- Sinion contre M- do Mainlcnon à propos de cette dis-race - La reine d'Ân-leterrc, qui avait une pension du Woi dclrance.

J'ai été des premières à envoyer ma vaisselle; vous y perdrez plus cpu' uioi et vous ne vous y seriez pas opposé. 11 V en a |)Our treize ou quatorze mille francs. S'il n'y avoit (ju'à manger dans de la faïence, nous en serions (piiftes à bon marché.

Le chevalier de la Vrillière se meurt à Strasbourg.

jyjmc YQire femme est ici en bonne santé; vous avez très bien fait de lui donner M"><' de Chàtillon.

Les ennemis se sont crus si sûrs de la paix, qu'ils en ont signé les articles avant de se séparer, et ont fait partir six ou sept courriers pour en donner part à leurs alliés. 11 en passa un par ici pour porter cette nouvelle en Portugal, et il nous demanda un passeport.

Il me paroît qu'on donne tous les ordres possibles \m\v le blé. Il en est arrivé à Dunkerque, il en vient de tous côtés, il y en a beaucoup sur le port à Paris. Cependant le pain ne diminue point, et il y a souvent du désordre dans les marchés; on vient de donner un arrêt pour qu'il n'y ait plus ()ue deux sortes de pain : un bis pour les pauvres, qui sera à bon marché, et un demi-blanc pour les l'iclies, qui sera un peu plus cher. Il faut consulter là-dessus tant de gens que tout se lait trop lentement, et la jalousie entre les magistrats y conlril)ue encore.

On est un peu scandalisé à la cour des caresses que M. le Dauphin fait à M. de Vendôme à Meudon; notre princesse, soutenant son caractère, ne s'est pas pressée d'y aller*. Le Roi, pour faire sa cour à M"'" la duchesse de Guiche, a gardé son mari ici le plus longtemps qu'il a pu; mais enfin il a fallu qu'il partît.

En entrant hier dans ma chandjre au retour de Saint- Cet lit Marie Béatrix ïiléonore d'Esté, la veuve de Jac,(iues II et la mère du clievalier de Saiiit-tleorpe.

» Voir l:> m.te à la letlrc du '27» juillet 1708 sur la eoudnile que le due de Vendôuie avait teuue à ré|,-ard du duc de «oin-pojjiie i»eud;uit la eauipn^Mie précêdeute. Mais le l>au|>liin,Monseii;ueur, n'aiiuait pas son lils, et lavorisail tous ses (Muieuiis.

JLLN 1700. - 211

Cvr je trouvai sur ma table une lettre de M. Chamillart nni' m'apprenoit sa disgrâce. Le Roi l'a accompagnée de toutes les marques de bonté qui lui ont été possibles. C'est M. de Reauvillier qui lui en porta la nouvelle. Il ira où il lui plaira, pourvu que ce ne soit pas à la cour ; il a une très-grosse pension, une pour sa femme; celle de son fils conservée; il aura la survivance de la charge de Cavoie. M. Vovsin est arrivé ce malin, le Roi lui a déclaré le choix qu'il a fait de lui pour cette place. Je

le plains plus que son prédécesseur. C'est Monseigneur

qui a achevé de déterminer le Roi.

La fièvre me prit hier à Saint-Cyr; je l'ai encore. Ménan^ez la vôtre, je vous en conjure, vous n'êtes pas si

robuste'par le corps que par l'esprit. Adieu, je n'en puis

plus. Je compte sur vous, mon cher duc, comptez sur

moi.

A M. LE MARÉCHAL DE VILLARS*

Marly, 14 juiu 1700

Je viens de voir un moment M. de Rernière, il chante vos louan'-es^ Dieu veuille, monsieur, que vous soyez aussi heureux que vous méritez de l'être! Vous faites bonne mine et vous avez giand'raison, mais vous sentez le poids de la plus importante et de la plus difficile affaire qu'un homme puisse avoir entre les mains. Vous aurez été fôché de la retraite de M. de Chamillart; mais le Roi a été obligé de se rendre à la voix publique; j'espère que M. Voysin s'abattra moins et servira plus vivement.

1 lettre md.liée daus .1/- de Mainlcnon et le maréchal de Vil- /.,.. pnr M. le marquis de Vo-muS tirage à part du Lorrcspondanl

'''Vr;ie'n!M*uière. iuleudaut de l'anuee ^c. Flau,h;es, était venu npporter à Versailles des nouvelles du maréchal de \illars.

Jo suis hi(Mi aise du commerce (lue vous avez ou avec M. le maréchal de Boufllers, il peut vous doiiuer de bonnes vues et vous saurez bien en profiler; sa probité et son zélé lui font passer de mauvaises nuils.

La reine d'Angleterre m'ordoima hier de vous conjurer de sa part de bien traiter le chevalier de Saint-George', que vous aurez mardi. 11 marche avec peu d'écpiipage. 11 fera mauvaise chère; je suis assurée que vous ne vous embarrasserez pas de lui. Il a une grande passion de vous suivre partout, et le Roi dit (fue, si cela est, il aura un peu de mouvement. C'est un aventurier qui n'en sauroit trop faire : s'il périt, il n'a plus besoin de rien; s'il vit et qu'il vous suive, il aura une réputation qui contribuera à le rétablir. La reine vous demande de lui donner vos avis, de le reprendre s'il man((uoit à quehpic chose, et de le faire aller aussi loin ({u'il doit aller; vous le trouverez, je crois, bien disposé.

Je n'ose vous rien dire de moi, monsieur. Je ne vis pas depuis que je vous sais à portée dune action; mais je me console par votre sagesse, qui sait fort bien connoître le péril, quoique les discours manpient la confiance. Les bonnes âmes ne cessent de prier pour vous. On me paroit très occupé de vous envoyer tous les secours qui seront possibles.

A M"- LA l'ULNCESSE DES UHSINS.

Musée brit. ArW, viss., n" i0 91«».

A Marly, le 17 juin 1709. Vous êtes fâchée contre nous, madame, et il faut vous le pardonner^ ce})endant, madame, nous n'aurons point

Le jeune prince (l'Anfrlcterre, le PrétendanI, allait servir à armée d'Allenia^Mic connne volontaire, sous le nom de clievalier de

Saint-Cieorpe. ..... . ,, *

« La lettre de la princesse des Irsnis, du o jiun, est eu ell«'t

la pai.. Le Roi n'a pu passer les conditions que les ennemis ont demandées, et M. Rouillé est revenu : amsi toute néi^ociation est rompue; Dieu veuille (juc nous nous en trouvions bien! Un reste de satig f.-ancois a it-nte le

peuple sur cette malheureuse paix; mais cela ne change point l'extrémité ott nous nous trouvons sur 1 argent e sur le blé. Je crois vous avoir mandé la disgrâce de

M. Chamillart. . . ,

M Vovsin, qu'on a mis h sa placo, sera, je crois, plus Jf M>lu:!igila.U;ilestalliéetamideM.Desm^

retz, et promettent tous deux un concert bien avan aoeux aux affaires. Il faut donc vous laisser avec les Lsnacrnols, puisque ..ous ne pouvons plus vous soutenir, 'que noul aurons bien de la peine à nous soutenir nous-mêmes. Vengez-vous, madame, de noire mauvaise eouduite en résistant par vos propres forces a ton nos ennemis; il v a des gens de guerre ici qui prétendent "von le pouvez; U y en a qui disent que vous serez vablés J- i toujours espéré des miracles pour vo re ^oilî votre reine; vous voilà dans l'état de les attendre

et de les demander. .

Le .naréchal de ViHars se liouve f.-.l inférieur aux ,„„e,nis, n.ais il ne perd peinl eonrage; il cr,e seuienient sur le pain el sur l'argent; on n'oublie nen .e. ponr lu> env.ver de l'un et de Vautre ; ce connnencement de campa., no est diincile : si nous vivons jus.iuau mois d août, lo^s aurons des ressources; si on pouvoit l-va.ller plus vile à la Monnoie, nous enverrions de plus g.oss s sommes en Flandres, car nous ne n.an.iuons pas de

.■„„„Hé,.e,„o„. vive et i,o,n„ue : ^"^^^ ::f:;^'^:ÎZ^ le scorbut et la i«.stc ; comment n y ■'J»".':-' <>" ^,f ' „^,,,,i,é que

vous trouve, à soumettre tout ""\'' „''"2'*„ ;''!°., .foeule le chapl„s g,.ana mona,-,,ne J" "":'»'«■/'• '4'",^;"3 X .ossentir une ;;,•■,. morlel (lu'il aura après le» .^J,'>''.^'""<=' douleur inconcevable. » (liossaujc, W, l^i)

matières en ce moment, par la quanlité de vaisselle d'argent et de vieilles espèces qu'on y porte.

Il seroit terrible, madame, que vous et M. Tambassa» deur eussiez besoin de ma proteclion. Je rendrai témoignage jusqu'à mon deiiiier soupir que les affaires d'Kspagne ont changé de face depuis (pie vous êtes retournée à Madrid; (jue le roi, la reine, vous el M. l'ambassadeur n'avez jamais écrit un mot cpii se conliarie, ni qui pût donner ici un moment d'endjarras, et que votre conduite a été à souhait pour tous les gens bien iidentionnès; c'est ce que j'ai vu dans toutes les lettres, que j'ai toujours lues avec une grande attention. Je suis témoin aussi du respect, de la tendresse et de la soumission de vos rois pour le nôtre; mais, madame, je ne sais pourquoi je vous dis tout ceci, car je ne vois pas le moindre doute làdessus, et si l'on vous manque en quehpie chose, c'est par impuissance. J'ai déjà eu l'honneur de vous mander <|ue le lioi n'a point d'autres ordres à vous donner que de continuer connue vous avez fait jusqu'ici : si l'on vouloit autre chose, je n'aimerois pas qu'on vous en donnât la commission; car, malgré vos chagrins, vos ironies et vos reproches, je vous aime toujours, madmiie, et serai vive h)Ute ma vie sur ce qui vous regarde.

Je respecte la vertu, le rang et le malheur de M'"** la comtesse de Soissons*; elle a été accusée, en France et en Savoie, de tenir d'assez mauvais discours contre les puissances : vous savez, madame, ({ue M. h; duc de Savoie n'a point voulu la souffrir dans ses Etals ; le Roi l'a reçue par bonté dans les siens. Elle est dans un beau couvent et dans une grande ville, el ne trouveriez-vous pas quel-

* Cotte nièco de Mazariii passait à lion droit pour l'oit suspecte dans tous les pays par ses dangereuses inlii^'^ues Kilo avait élé coniproniise dans l'atTaire des poisons de la Voisin. C'était la mère du juince tuj^ène. On s'étonnera (pic Louis XIV la re<;ùt en France; elle résidait à Lyon. Son mari, mort depuis longtein])s, appartenait à la maison de Savoie.

,u, désagrément pour M- la duchesse de Bourgogne d'ivoir si prés d'elle une princesse de sa maison qui forcit en tout la plus mauvaise figure? Voilà mes raisons; si vous les trouvez mauvaises, je passe condamnation.

A M. L'KVKOUE D'AUXERllE *.

Uibliolhèque Cousin, nis. 101)7, n- nS. Autographe. lurdile.

A Saint-Cyr, ce 20 juin 1709.

Je commence par vous remercier, monsieur, de ce que vous avez bien voulu faire pour Marguerite Gléret. Je me suis informée des dames de Saint-Louis sur sa capacité; elles disent que c'est une très-bonne fille, qui sait lire et „oint écrire, qui est bien instruite de son catéchisme, nui a de la facilité à parler, qui est douce et patiente avec un tout petit esprit. Si après ce portrait-là elle vous est bonne à quelque chose, je lui donnerai de meilleur cœur les pistoles que je lui offre. Quand je passero.s nia vie avec vous, monsieur, et quand vous auriez envie de me plaire, vous ne parleriez pas mieuK sur mes inclina, lions, qui sont toutes portées à l'instruction et au potage; le besoin de l'une et de l'autre est si grand que les cvéques ne sauroient trop y pourvoir; mais vous touchez justement aussi, monsieur, le malheur de notre état présent. La nécessité augmente tous les jours dans es pauvres, et les moyens de les secourir diminuent chez les riches, parce que tous ces malheurs viennent des mêmes causes. Elles ne seroient pas supportables si elles ne venoient de la main de Dieu.

Non, monsieur, je n'ai rien à vous demander sur les

États de Bourgogne; je désire de tout mon cœur que

^ L'évèque d'Auxcrre elait l'abbé de Caylus, beau-iVère de M- de Caylus. Il avait été promu en 1704.

M. le Duc* y fasse toutes sortes de lùens; il est en êl.il d'en praliquci' de i)lus d'une manière. Je voudrois que vous fussiez aussi riche que lui ou qu'il fut aussi zélé

que vous.

Au reste, monsieur, je vous demande voire protection auprès de M"'" de Caylus. Nos deux i)rinci|.aux ministres sont dans sa main*; Vaites-lui bien votre cour, je lui fais la inieniu> le mieux que je puis.

Vous avez trop de bonté de compter ma santé pour qnebiue chose. Llle est toujours très loil)le, et cela est dans l'ordre; mais je n'eu suis pas moins, monsieur, avec toute l'esliuie et tout le respect qui vous sont dus, votre très humble et très obéissante, etc.

- JUIIXET 1709.

A M. LE CARDINAL DE NOAILLES

Dibliolhùqno nationale. Mss. Fonds fr., 25.iS5, fol. 49. Inédite.

A Snint-Cyr, ce 5 juillet (1709).

Notre départ est remis au io de ce mois, et je crois, monseigneur, que vous pouvez choisir entre le premiei' mercredi ou celui que nous partons, car ce ne sera que l'après-dinée, pour éviter la chaleur. Si le Roi en ordonne autrement, vous en serez averti.

Vous ne vous tromperez jamais, monseigneur, quand vous compterez sur ce que vous appelez mes bontés. Je ne puis jamais cesser de respecter mon archevêque, d'estimer vos vertus, et, si je l'ose dire, d'aimer voire personne ; mais il est vrai que tous ces sentimens ne me causent plus que de l'amertume.

» Le duc de Bourbou-Condé, qui était -ouvcrneur de Doui-ogne. 2 M-»" de Caylus était très liée avec l\)ntchartrain, grand chancelier, et avec Voysin, ministre des tinances.

, • • ih fans les articles de votre lettre, Je ne répomlra.,.au,. » «^ ;»" ^^^^^ i.u.iilemcnt.

11 y en a "»/l"^;"."t. ",„ ,cr„.ine regarde point •''''^^^t.:^^::::"nS.;:.liscon,;e„nepure ,omn,cn.teie>.anl ouc ^,,,,ir,e,, soit que vous

vengeance que vou> P"; J,; ^„ ,„„, «ye. cru

jr;;:.: a-rs ï^^:::- e.îuu.u. . ...ua.

de les répéter. .. o ^ ^ ç^q goit

^' '« '^"' ':t trÎZ P J :>: .!;^> el, par>e. Je i,„éneuren,ent ca. ' "« " P J. ,„; ,„onseigneur;

r:::;r;i:ri:::::e:":;:ranaee.eeueae

;o;.eclt neveu ne „.-esl pas indiflérenle.

V M. LE I»IC DE NOAILLES

Jlanuscriu Do Mouchy, l. UI, f- 180.

A Saiat-Cyi', ce '28 juillet 1709. ,., n,uii-i<ro VOUS trompe quand vous

. ^- Il . <iii Ift IV'vrior 1705 avec la

. Voir .os Mnvs -V^rflt; iu'i î « P''- ™i- l"' -'■'""",''

,„nj..u,-s 0,1 lullo a"-c U> J ; ' , ,„„o miiros excei,-

;""'''i;\r ie^Tdlt'toui: XW d, dai, au crdiu.. de reUrer

coUc mesure.

je ne comprends point qu'on puisse éviter une paix aussi affligeante que celle qu'on nous offre.

La (liselle de blé et d'argent met à bout les meilleures intentions qu'on [)eut avoir et toute la capacité possible. Le maréchal de Villars, par sa bonne conduite, a arrêté les ennemis et a changé leurs desseins; mais il se voit toujours prêt à périr faute de subsistances. Vous éprouvez de votre côté cette extrémité. 11 est pourtant bien vrai que nos affaires changeroient de face si la récolte des petits grains fait diminuer le prix: du blé, s'il n'arrive rien en Flandres de plus fâcheux que la prise de Tournay et même de quelqu'autre place, et si vous vous soutenez un peu en Espagne. Tout le monde est persuadé qu'il y a plus d'argent à Paris qu'il n'y en a jamais eu. Si M. Desmaretz, par l'anéantissement des billels de monnaie, peut rétablir quelque crédit, nous aurions le temps de nous arranger pour la campagne prochaine. Je suis })ersuadéeque M. Voysin servira très-ulilement. M. Ghamillarl a tout perdu par son opiniâtreté. H vouloit absolument compter sur la j)aix et n'avoit fait aucune préparation pour la guerre. C'est ce qui nous met dans la dangereuse situation où nous sommes. Ce pauvre homme ne conduit pas mieux sa disgrâce que sa fortune; il veut voir le Iloi, il se pare de la bonté qu'il lui a marquée, et on lui donne l'air d'un retour qui n'est pas près, mais qui ne laisse pas de faire tort à ceux qui sont en place. C'est, je crois, ce qui donne lieu à ces changemens continuels des ministres qu'on fait à Paris et où il n'y a aucun fondement.

Vous croyez bien que M'"'' la duchesse de Bourgogne a vu l'article de votre lettre qui la regarde, et qu'elle n'y a pas été insensible. Klle est présentement dans son lit pour quinze jours, parce que c'est le temps qu'elle se blessa la dernière fois.

Je ne sais ce que c'est que cette lettre que la reine

. -In ^ M le duc de Savoie*. Ce prince com- -i'r«mo-nc a écrite a M. le quluc oc

,,eon-osp«»aaucedebmncats ^™-] '^^,^,,i,. ^,^ ,^,^„., j„„t

o|,os.c do nour,'o,-no "«' '»"' ^ ^ „„, : cependant on en t.-onve ,,,e M- de Mandonon ne^y « "l^^^^^ „ ,i,;,„ion, si la date n en ,„. qni sen>bft.-ad tont " t"jl;""f;';, ^,^, '^^ ,,-^,1 ,,u-nne eopie, d ne eiail du mois de janvier <'»f ' ^"'" ' (ù, ,,,,„„ée. Kn tout cas, en .erait pas in.poss.ble 1»''. "^ ^^j^ni " connalfe par quels efforts ,,ioi quelques .,mes,qu ta ..Uh." ^^ ^^ ^.^^^^

Mn,-ie-l.onise cherchait • ''',1;^^ '"' . > s„,Untèrèt. 11 esl probable s-a,lressant tantôt à son ^."^^ »'' » f^J, ,,„,,„ à celle tenlative et ,„e la princesse <>';^V:';nsrd^es' qui devaient tenter le due de La P'-«"--- !«"/,: tient a ehanuante reine qui trouva dans rrœuHrtSrettSnt post-scriptnn, :

c, A Madrid, ce r>l janvier 1-08.

. Pourquoi crove.vous^ '""" ^I^SÎ^'l^J-^''^^'^ pour vous, et que '"^'"^1'' "'"! ' '^;\" ■' e'. J'en suis très offensée, ln.der il y a quelque '^''"l';!':;; ".".^rpareille chose. Car je puis ,„„t aussi éloignée que je '« !^ ^.''^^ ,/teudre,nent. 11 me semble vous assurer 1"-=!'=.™'"-'".'."'^^ " ..u." des reproches, puis.pte vous ,p,e c'est bien plutôt a mo " ;«^.^ ^^ ^ ^„J„,,,,, et ,|uai»s. vous iLiles de votre •»|''»^1™".,"^', 'de la tendresse que vous dcvr.e. ne me donnez guère de .> '"q»^;^;^ ,„„3 |,,i,serez à la lin toucher avoir pour moi.... i >-'*P^-''=,," "^;","™ eur de tont ce qui se passe, |,ar une bile qui est pe.ielree de *^'™ ,„„^ ,„, avantages.

l,ui vous aime vértlablemen et qu. ..m ^^ ^__^^

Vous les trouverez s, v»"^ ""'';';,,",,;,„„ d„„ner tout le Mdalaurandissement de vos t; a ^; ^' ^. ^ ,,„, ,ous voudriez vous entei.- „.,i,, .p,i setoit aise are end e^^^^^^^^^ s, cela

dre avec nous pour '»?'"'' ™'X encore de vous faire donner par „c vous contente pas, je n"-"^';""" .,„,„. Voilà la vengeanee que je les deux rois le tttre de '^'^^^^^^^,„,„,, ,p,e je puis temr ce veux prendre de vou>.... Je oa >c| ^^ __^^. ^^„^ ^,.

que je pron,ets, «t r.^\ .«' ^ :^;^ .„ „ec une grande i.npat.ence cip,atimi d'aucun mnusl e. S ■■ \''"',,aijo„, et quelle me mar-ine votre réponse; laites ^ '="'',''' "['""n.he ■ père, par celle que vol,-e tendresse, que je merilc tant, 'm^iue-Locise.

j'ai pour vous. ^^ ,^ ;,

. Je crois que vous ne l»"»"':", ';,*;; ,emps, de lire une lettre ™ire louison,qui est le nom que ■;;;; J ites devenir sérieuse.

rz:st^ " - ^^^t vrtp;st;!;tr il;:

bons amis ! »

■'îtiîfSf^ifi!

nienco à sV'branhT, M. lo duc de lîerwick n'en paroît pas inquiet.

Les Kspai,qiols ne sont pas des traîtres, et je eohipterois beaucoup suc raffeclion qu'ils ont pouc leui' roi s'ils n'étoient sans argent aussi bien que nous, ils- perdront on M. Arnelot, qui in'a paru bien babile dans tout ce qui s'est passé depuis (pi'il est and)assadeur. M'"'' la princesse des Ursiiis ne revient pas encore, mais elle pourra bien devenir suspecte aux Espagnols. On se décliaînera contre elle; mais je suis témoin que sa conduite a été bien dioite et bien noble.

Un évéque de Normandie, je crois que c'est de Lizieux' (il s'appelle Nesmond), ayant su que trois bataillons passoient et se trouvoient sans subsislances, leur a envoyé mille francs à cbaque balaillon. Mon arclievéque de Houen- s'est fourré bravement au milieu detroismilleséditieux et a conliibué à les apaiser; mais ce qui est encore plus beau, c'est (jue le gouverneur, l'arclievéque, le premier président et l'intendant sont ti'ès unis pour bien servir le lioi.ll n'en est pas de même à Paris; nos magistrats sont de différens avis sur ce qu'il y auroit à faire pour le pain, dont le prix augmente tous les jours; le peuple est toujours piét à se mutiner.

Je ne suis pas étonnée que vous soyez pressé quand vous m'écrivez; pourquoi ne dictez-vous pas en vous reposant un peu, et surtout cpiand vous ne vous portez pas bien? Ma santé n'est pas liop mauvaise; je sèche à vue dœil; mais je ne me porte pas trop mal. Je suis un peu moins triste, et j'espère davantage. Le siège de Tournay va son train, la garnison fait des sorties vigoureuses, l'inondation va à merveilles. Adieu, mon cher duc, oui certainement je compte sur votre sincère atta-

* Il était évoque do Dayoux.

^ D'Aubi^iié, co cousin, ou se donnant pour tel, de M'"^^ do Manitonon, éliiit jiassé, en 1707. du siô^o de >oyon à celui de liouon.

..UcMUonl pour .noi et je vous reganle coumu. le meillem- „cs amis. Nous en avons un .[ui est en u.auva.s e al • , "noire maréehal de liouiners, il ne guént pou.l, cl |-,:ilati..n où il est conlinuelle.nenl l'en empêche.

Si M- votre feunne vous rend compte de sa condm e, ,„onsieur, vous savez que nous sommes souvent ense.nblc.

A M. LE DUC 1)K NOAILLES

Miinusi ril« Do Moucliy, 111, 256.

Sainl-Cyr, ô scptoiiiljro (1709).

Vous ne serez pas surpris, mon cl.erdue, q"«J« «?';;- ,„ence ma lettre dans un l.eu et que je la poursuive dans iiii intrc- ie ne sais où elle s'aclievera. "",:::: c'el intervalle, nous avons appris que la cUa e le de Tournav a capitulé le dernier jour daoul. U' 'wu-

alde «oufllers soutient le P>- .«^ï^;.-;'" , '.î:" de M. de Surville; M. le maréchal de Villars la laque hautement. Comme il y a bien à craindre une halaile, Îri'oi a envoyé le maréchal de Boufflers à Anas pour les accidents qui pourroienl arriver au -"'^'^ '«^ ^' ''•"-, Notre ami s'offre à être l'aide de camp ;"■ f' ^^ ' ,^ Général ne devroil, pas être fâché que M. de ISouflle lut ne aile. Je ne sais comment tout cela se démêlera. Nous jouerons gros jeu dans celle halaiUe, mon cher du^^^^^ il n'y a que hicu qui sache ce que nous allons devenu. La misère viendra bientôt jusqu'à nous; ou n a pas m sou le blé enchérillous les jours. Vous seriez penelic de l'a douleur du Uoi et de son entourage.

especl que je dois à M. le duc d'Orléans fail qu. je „c dis pas «n mot sur sou affaire^ Je vois avec deplaisu

le tort qTi'elle lui a fait dans le monde. D'un autre côfé il mène une vie scandaleuse et publique; le Roi en souffre par son aniifi»' et par sa conscience. De quelque côté qu'on se tourne, tout est affliction. Votre projet a été trouvé bon et beau, bien détaillé; mais les moyens manquent de tous côtés. Je ne sais ce qui est le plus à plaindre, ou de servir de loin avec les peines que vous avez, ou de voir de prés l'état où nous sommes. Dieu veuille nous domier la patience en proportion des épreuves !

On vous aura mandé la trisie aventure de M'"*" de Deaumanoir. Elle va aux eaux de Dourl)on ; M'"'^ de Cbamperon la suit. Il me paroît qu'elle n'est gouvernante de M" de iNoailles qu ad honore,^; mais c'est une bagatelle par comparaison aux autres peines qui nous accal)lent. M'"*' votre femme doit aller aujourd'bui à Paris pour voir la marécliale de Deaumanoir et la duchesse d'AlbeS dont vous aurez appris la désolation. Je suis très contente de M""' de Cliàlillon; il me semble que la duchesse de Noailles s'en accommode fort bien. Au reste elle fait la vie du monde la

on Espagne, les alTaires de IMiilippe V semblant i»rc?(|uo désespérées, il écoula certaines sugjçestions des mécontents, qui parlaient de l'aire passer là couronne d'Espa|,Mie sur sa tète. Il aurait été jusqu'à pressentir sur cette éventualité Stanlioi)e, le conunandant des forces ennemies. Il l'avait connu autrefois dans les plaisirs de Paris, et, sous i»rétexte d'écliang(' de prisonniers, il noua avec lui des rapports qui allèrent plus loin que les adaires de pnerre. C'est Saint-Simon qui le dit, malgré son désir de blanchir en tout le duc d'Orléans. Après son départ, il avait laissé un a.;ent de bas étage pour suivre ces intrigues; un peu après, il envoya un de ses oflicicrs, nonuné De Holte. Ces deux subalternes dépassèrent peut-être leurs instructions; tout fut dévoilé, les agents arrêtes, les papiers saisis et renvoyés en France. On reinar((uera avec quelle réserve, ici et dans des lettres à M""' des Irsins qui vont suivre, M"" de Maintcnon jtarle de cette fâcheuse atfairc; il n'y a rien qui témoigne de cette haine préconçue dont parle Saint-Simon qui lui aurait fait saisir avidement une occasion d'accabler le duc d'Orléans (Saint-Simon, Vil. p. 20-45). 1 La duchesse d'Albe, ambassadrice d'Espagne, venait de perdre son lils unique.

,,„s i.u.ocenlc ; elle passe les jours dans sa chambre ou à ÏÏint-Cvr; elle travaille, elle chante; il me paro.l .lu elle ;',„.c mieux être chez, elle que dans le momie.

le Roi reçoit très bien vos complimens; ,1 est persuade ,1e votre attachement pour sa personne et de votre

,„.-,,.Ue. M la duchesse de Bourgogne se p.que dot.e a

e Heure de vos au.ies. Je n'ose parler de mo. apiH^s de s personnages; vous devez savoir à quoi vous en temr.

A M. LE MARÉCHAL m VILLARS >.

„.. „c MaMcon cl le ,„arécM ,1e Wla,.,xm- le ,na,-,|uis deVosùo, „. 51.

Saiiil-Cyr, 7 seiilciiibi-c 1709.

Rien nesl si beau, monsieur, que ce que fait M. le ,„aréchal de liouiners: mais on ne peut en être touche ,u, point que vous fêtes que par être capable d une pareille conduite si vous vous trouviez, en pare. cas. .la. vu avec un grand plaisir ce que vous avez écrit a-dessus, et la satisfaction qu'a eue Celui à qui vous voulez plaire.

. Le maréohat de Coufnors, ^"0 sa snnto avaK.npècho cU. p^ndi-c ™ ço,n,„anac.o,,, , .. a..;- q^ 'la Clu'i "4anl, .•«.r.u.il^ les honuem-s et de ".""^J": '"('„,. i,„,„i„ente, il arrivait ni.dheuides alTaii-cs, et (|U.i>^i. Ja"- '■'''"'," r Tarn oo, offrit d'aile.- le A Villa.-., il ..-y a,..-a.t P"'?^;"'" 1' ) ^ "a, „ue,„o,.t séné-

,„|„i,„„.e co,..n.e volonum^e U a.c ^^ ^^ ^^^ ^^

,e„x, et •'"»-.^-:;; "^ri- ,0 io.rà llouine.-.. Il écrivit au U,.i „,.cue.l vlon. de . I a e ,. et d , , , ^^^^^^^^^ ^^^ ^^^ ^^ .^.,^^

le 4 sere.r,l,.-e : « ^ J^ "-^^ '"j,, '. „ ,,,, , es de V. M., ve.iir

persuadé que rien ne i.ouvoit l;>' V " 'r '\t -y eux-mêmes. » n.v F, -niçois ce qu'ils doivent a Y. M., a 1 Kt.it; .i eux nniut . .m\ l<iançois ce " jj,„, ^i^ Mainlenon écrivait a

brièvement. Il commauJa la retraite.

224 LETTRES J»E M™° DE MATNTENON.

Dieu veuilltMTComppnser votre droiture par (piehiulicureux évéuenieiil ou par onipèclicr nos ennemis de nous faire de <,n-ands maux! c'est ce (|ue j'envisage t(aijours et voici un temps de terribles in(|uiétudes. Soul'lVez, monsieur, (pie, par l'intérêt que je prends à ce qui vous regarde, je vous prie de ne vous point trop déchaîner sur M. de Surville*; vous vous faites des ennemis de tous ses amis et de tous ses proches. Si par là vous aviez pu sauver Tournay ou le reste de la campagne, il seroit beau de sacrifier votre intérêt parliculier à celui du Uoi ou de l'État; mais ce (jui est fait est fait. Comptez, monsieur, que je vous parle uni(iuement pour vous parce qu'on ne peut être, etc.

A M-^ DU l'KHOU, DAME DE SAINT-LOUIS.

r.ibliolli. Nalionalo, Ms-s. Fr. nouv. acti-, 1-4Ô8, p. 1517.

Ce 10 scptcmbro 1700.

Les armées sont en présence en Flandres; un courrier l'est venu dire au Roi à cinq heures du matin. Mêliez toute la maison en prières, je \ous en conjure, et allez toutes pour cela à la messe de dix heures ofl'rii' le saint sacrifice pour demander à Dieu de nous protéger. N'oubliez pas de prier la sainte Vierge 2.

* On a vu, par la loUre précédente, que Surville avait rendu la place de Tournay et en était hlàmé par Villars.

- Ce billet est écrit à la veille de la terrible délaite de Malphuiu»:!, du 11 septembre, (pii lut précédée de qucbiues condjats d'escaimoucbe les denx jours précédents.

— SEPTEMUKE 1700. —

A M. LE DUC DE NOAlLLtS.

Manuscrits Do Moudiy, t. IH, p. 19i.

A Saint-Cyr, 14 sei»tend)ie 1709.

La nouvelle de votre petite victoire arriva hier à Versailles un quart -d'heure après celle de la perte de la liatiiille en Flandres; vous jugez bien, mon cher duc, qu'on fut plus sensible à la douleur qu'à la joie. Cependant j'entendis dire au Roi que ce que vous aviez fait éloit bien pensé, bien conduit et bien exécuté. M. Voysm m'en a écrit à peu près de même, en m'euvoyanl ici e détail de cette action.

Vous croirez aisément que je suis un peu abattue des scènes que j'ai essuvées depuis trois jours. L'intérêt oénéral ne m'est pas indifférent, et je ne suis guère moins sensible à celui des particuliers. J'ai été témoin (le la désolation de la pluimrt des mères ou des femmes des tués ou blessés, qui jusqu'ici ne sont pas en grand nombre pour une bataille qui a duré huit lieures, et (pii s'est passée de part et d'autre avec un courage qui alloit à l'acharnement. De la inanièie dont on conte le détail, il y a apparence que nous l'aurions gagnée sans la blessure de M. le maréchal de Villars ; l'aile qu'il comrnandoit plia dès (lu'il l'eut quittée. On y envoya de l'infanterie, et par là on dégarnit un endroit, que les ennemis occupèrent bien vite. La blessure est dangereuse, et j'ai grand'peur que nous ne le perdions. Je n'ai pas entendu qne! ni à la cour ni à l'armée, on ait donné un seul blâme à toute sa conduite. Il avoit reçu le maréchal de Roufllers d'une manière qui a bien augmenté l'estime que j'ai pour lui, je veux dire pour le maréchal de Villars. M-"^ sa femme est allée le trouver». Quant au maréchal

» Y. Cb. Ciraud, La maréchale de Villars... ;18"<1), p. 27. Il ^''

IjyiM^Mira* 1)11^^1 1-^ ■HiiOH»iV.ijiii<!>>>IMLi ttÊJt

(le Boufflors, il s'est acquis une gloire dont il n'avoit pas besoin. Il n'y a point de régiment à la tète du(juel il n'ait chargé; il étoit comme un lion poui' le courage et donnoit ses ordivs avec un sang-froid comme s'il eût été dans sa chandjre. M. d'Artagnan a eu trois chevaux tués sous lui et s'est fort distingué, non seulement pour la bravoure, mais aussi pour la conduite. Le roi d'Angleterre y étoit avec la hèvre ; il a fait des merveilles.

Le maréchal de Houfflers a écrit une lettre au Roi dont on m'a dit ({u'on donnoit des copies. J'espérc que (pn'lqu'uu vous l'enverra avec la liste des tués ou blessés, qui sera sans doute augmentée quand on aura su un plus grand détail. Je suis bien affligée de l'élat de M'"'' de Dangeau; il n'y a guère d'apparence que son fils* en levienne. Vous serez sans doute instruit de tout ce «pii regarde MiM. vos beaux-frères. Notre princesse a rempli dans cette occasion, comme en toute autre, la bonne opinion que vous avez d'elle.

Vous croyez bien que je suis un peu languissante, et que j'ai eu besoin de la main de M"'' d'Aumale poui vous faire une si longue lettre. Votre absence me paroit bien longue ; vous me seriez un secours et une consolation. Dieu ne le veut pas; mais il veut bien que je vous aime avec une grande estime et beaucoup de tendresse.

Le maréchal de Boufflers appelle l'action qui vient de se passer glorieuse et malheureuse ^

* Le marquis de Courcillon, qui eut une jauibe euiportée.

* Ces deux dernières lignes sont de la main de M™^ de Miiintcnon.

A M""^ LA VRINCESSE DES l RSINS.

Sainl-Cyr, le 14 sepiciiibre 1709.

J'ai reçu, madame, avec beaucoup de douleur la lettre à hni et à sang que vous m'avez (ait l'honneur de nfécrire le 1" de ce mois-, je courus bien v.te a M Vovsin pour savoir quels ordres étoient ceux de 1. de ]^,.om: il me dit qu'ils portoient de se bien conduire de' ne se point commettre mal à propos, et en un mot, madante, comme ceux (lue l'on a toujours donnes aux généraux, et qui hnissoient par se r^ori^racn^dec. qu'ils jugeront nécessaire étant sur les heux Je su s 1 ion a Ilioée, madante, de ce qui s'est passe dans celte occasion, qui n'auroit peut-être pas été st heureuse ciue vous le crovez ; nous avons lieu de penser que nous vous aurions po;ié malheur, et peut-être ferez-vous mieux

nnand vous serez sans nous.

' Ïl .naaame. ccUc b.laiUo on Fl;>n.l-..an, dcs-vee

en Espagne et «i caiule en France, s'est donnée le 11 de

lavoi-able, avait, "•"°"- '„„„„„,.,„„,. ^es Iniuiics, qu'il avail oi-di-c „„ e„,„ba., ;-;;-%pi'uSns avait .ci'it, ilaus uu véiiUiblo ,1c ramoiioi' eu Fiauu -M vi..leiilcs à M- il'.' Main-

„,ouvei,ic,U .le '^''''•'^'^X, de llctell : « Si le Hoi, disait-elle, veut tenon, accusaul '>; '"^^ f ' ,ff. i ".'^olque ,l,«se qui lui en ,.«is.c perdi-e enlieremeul ^"» "r'','. " ,,„ j^'.e .léshoncu-er, il n'y a rien

cuùter et aux * '■•■"'«»"-•. '^''ac veul pas couliibuci- à sa perle, i,,.,-.p„„dre;maiss.au coiuaiic 1 e 1^^ Espagne à la solde de

il paroH que la it qu il '^ f ,,7;^,„,,'|,er à conihatlre les enneiiiis, S. M. C, elles doiven ai^ aUei lu^ ^^ ^^^ ^.^. ..^^

les cuuiC-elier au """f^'.'.'^'i'l.ons qu'eux en loule façon. . Et ,,„a„d nous ^""'"'f , ''■'■'^^V. "e e se ,iersuade qu'on aurait pu gagner avec son luiaginaliou '' f'f .';'^ , ■ , ,^ j ,,uitter la Catalogne, el le une bataille .lui eût oblige 1 :^-."'™ ',.„!" t„„„ Md,U'. ,1e la |,„,U,,,al à deniauder la 1-- :' ^.;,,^, ^.'^î^o, princesse des Irsins, p. oH), i M

22S, LETTRES llE M DE MAINTENON.

ce mois; M. le maréchal de lioume.s nomme cette action Worieusc et mall.eu.ruse, car nous l'avons perdue mal- U la valeur de nos l.'oupcs, dont aucun soldat nC s est débande, ni dans le combat, ni dans la ■ol.aUe. .es ennemis, aussi braves que nous, sont demeures unuUvs du cbau.p de bataille par leur nombre, .fu> éto.t supérieur lu notre, comme je l'ai toujours u.andé Notre malheur Va emporté sur le bouheur du maréchal de\.llars, «lU. a été dangereusement blessé, et que je crains fort .|ue nous ne perdions. Le maréchal de Doufflers, après sa belle retraite, s'est retiré sous leQuesnoy : on ne sait pas encore à quoi va la perte de nos enneuus et la notre ; mais ou croit <iuelle sera grande des deux côtés, car ou „'a jamais vu un tel acharuemeni, et nos troupes ne demandoieul qu'à aller aux ennen.is quand on les a fait retirer. ISieu n'est égala toutce qu'a fait M. len.arechal de BoufUers ; il est grand <lonunage qu'il ail so>xanle-s,i ans et nue M. le maréchal d.' ViHars se m.'ure. Notre prmccsse est bien aflligée, et vous auriez, été touchée de la voir environnée de ses dames criant les hauts cris sur leurs maris ou sur leurs enfans. Le duc de Guiche y ut blessé de la canonnade ; la duchesse sa femme partit des qu'elle le sut. Elle v avoit sou mari et deux enfans ; l'uu est en bonne santé, je ne sais encore rien de 1 autre : la blessure du duc de Guiclie n'est pas considérable. Le marquis de Coêlquen a été bl.'ssé de la même canonnade, on lui a coupé la jambe; M- sa mère a été au (piartier ou .onttous les blessés. Le tils de M- de Dangeau a la cuisse coupée • 'M'"' sa mère a été au Quesnoy, la maréchale de ViUars V est allée aussi. M. de Palavichini et M. de Cliemerault' ont été tués. Albergotli est blessé; le duc de Saint-Vignan l'est à la léte. M. d'Artagnan s'est signale et a eu trois chevaux tués sous lui : je retrouverai hum encore des sujets de tristesse avant de fermer ma lettre. Je n'ai pas douté, madame, que vous ne demeurassiez avec

MiÉilÉililÉI

— SEPTEMBRE l'Oit. — -'-'•'

la reine dans la eonjonclurc présente, et je ne comprends pas même que vous puissiez la quitter qu'elle n eu soit bien d'accord. M- la duch.-sse de Bourgogne et moi nous flourons souvent l'élat où vous êtes et celui que vous avTZ à craindre; il ne lui est pas indifférent : ces deux grandes princesses passent leur jeunesse bien tristement. Les idées de paix avec M. le duc de Savoie sont bien légères, et on n'y compte guère dans ce pays-ci. 11 n'v a pour nous que la paix, madame; la famine augmente tous les jours ; on commence à démêler le mvstère de la quantité de blé et de la cherté du pain : c'est que l'espèce manque, et que nous mourrons tous de faim cet hiver si la mer ne devient libre pour nous apporter des blés; c'est le seul moyeu de faire baisser les nôtres et de remettre l'abondance. Nous en sommes a „-avoir pas de quoi semer, et, si ce malheur amve, la famine se perpétuera pour plusieurs années. Dieu se déclare si visiblement que ce seroit lui résister que de ne pas vouloir la paix, et vous savez mieux que moi, madame, que le salut du peuple est la première obligation du lioi. .le n'aime pas contredire vos seutimens, mais j'aime encore moins à vous déguiser les miens.

Un quart d'heure après (pie le courrier <iui nous annonçoit la perte de la bataille de Flandres fut arrivé .1 en vint uu de M. le duc de Noailles qui nous apprit la jolie action qu'il a faite en Catalogue ; on fut insensible a ce bonheur, mais il n'en a pas été moins loué. Le ro.d Angleterre étoit à Uouay avec la lièvre quand il sut qu il y avoit apparence d'une bataille ; il y alla et lit des

mcrvoilles.

A Saiiit-Cyr, le 15.

Je n'appris hier au soir rien de bien cerlain Ou attend aujourdhui un courrier de M. le maréchal de lîoufflers, et, comme ma lettre ne part que demain, ] y

o.-jO LETTRES DE M"-^ DE MAINTE>ON.

ajouterai ce que j'apprendrai. M. Yoysin avoil reçu une assez faraude lettre de M. le maréchal de Yillars signée de lui, et qui marque une grande liberté d'esprit; mais il a tant de courage que je n'en suis guère plus rassurée

pour sa vie.

Du 10.

Plus on démêle Taction qui se passa le il de ce mois, moins on peut dire qui a eu l'avantage. Nos ennemis sont demeurés maîtres du champ de bataille et nous nous sommes retirés ; du reste, ils avouent avoir perdu prés de vingt mille hommes; ils ont eu dix lieutenansgénéraux tués. iM. de Nangis doit ce soir apporter le détail et prés de cinquante drapeaux. On croit que nous avons huit mille hommes tués ou blessés; les ennemis ont envoyé presque tous leurs prisonniers dans nos places sur parole, au moins ceux qui sont blessés; le petit-fîls de M. le Grand est de ce nombre-là. On croit que le marquis de Charost est mort. On mande des choses bien glorieuses pour le roi d'Angleterre ^ Les Anglois l'ont vu et en sont charmés; Marlborough but le soir à la santé du prince de Galles; ses sujets l'ont abordé pour la première fois d'une manière bien avantageuse. Notre triste reine est très sensible à cette joie, qui est la première que nous lui ayons vue. M. de Courcillon se porte si bien que M. de Dangeau est parti avec sa belle-fille pour l'aller trouver; on espèi'e pour le maréchal de Yillars, dont la valeur et la conduite sont admirées de l'armée et de la cour. Le iiiaréchal de lioulflers s'est signalé comme s'il en avoit besoin; il a cru la bataille gagnée quatre ou cinq fois, mais le grand nombre l'a emporté. On veut à Taris que le roi d'I^spagne ait gagné une bataille en arrivant; on ne pourroit le savoir. Dieu veuille

* C'est le Prétendant ; on a vu qu'il servait comme volontaire dans 'armée IVançaisc, sous le nom de chevalier de Saint-George.

OCTOBRE 1709. — nue ce bruit soit de bon augure! Si ma longue leltre vous ennuie, madame, songez à l'intention qui me la fait écrire, et croyez que je ne changerai jamais de senlimens pour vous.

A M™^ L.\ PIUNCKSSK DES IRSINS.

Musée brit. Add. nus., n" 20919.

Versailles, le 27 octobre 1700.

Je n'ai point eu l'honneur de répondre à la reine sur l'article qui regarde votre sortie d'Espagne parce que je m'en expliquerai avec vous, madame, avec plus de Ion-

•"•ueur et de liberté. ,. , , «

' Je ne vois rion dans les Icltres de M. de Bergheyck' ,,„i mar.iue qu'on prend des voies délonrnées pour vous l!,i,e entendre ce qu'on désire de vous. 11 sexplique, ce ,„e sendde, 1res netlement : il paroît être pmuade que le roi d'I-spagne <loit se défaire de tous les François; il donne ses conseils avec franchise; il vous les donne de même, et tout ce proeédé-là me paro.t b.en dro.l. L endroit le plus fort est quand il dit : C'est le sentiment de S. M. T. C. et de tous les principaux de la cour qui n. ont parlé. 11 se peut bien que le Uoi ait dit à M. de licrgbcyck, dans quoique conversation sur ces matieres-la, qu .1 pen-

i M ,1c Ber-l.cvck avait élé employé dans les «iiaHces et radmi- Hist'atit d^si^-Bas espagnols, puis d^s^.,.-^^^^^^

,.,„e et pana ^^-^^^^^Z^'^^^^ ^^^^'"^ '^'^ '»'' •"' dans les négociations du tiaiti **\'^*^ <ro«;nrit de sens, de

l,n„ii...es, une,rande 'f ' ' « /» '•'^; ''■-.in ilié personnelle con.re enlici- désinléresscnicnt. » (V, >"')• ^"l'" .""" ' ,, ,„.;,.eMce cl son M", dos l:rs,ns, il -•'«it/'-f "''""V' " il lo v"J t Tse re.irer. i„l,nonce indisposaient .^;l;:;i"';' ^:;. , ', ',^: 'es de retraite à M" des rrsn.s sy 'l';'^"' ' -• ^ '^' l' ;^,'; p„,it f du Uoi de France, M- de Matntenon, ''«'''^' ''•"V"'' " . ."/a-E,.,a.nie, el linalcment qui. ne voulait pins se nielei- des alLmes a b^pa^iie,

restait.

soit assez comme lui. Il poiirroit bleu être encore que quelqu'un de nos ministres ait confirmé M. de Berglieyck dans l'opinion où il est que vous devez sortir d'Kspagne; mais que ce soit un dessein du Roi et une insinuation de sa part, c'est, madame, ce que je ne saurois croire cl dont les raisons seroient incompréhensibles. Je persiste donc à croire que le Roi trouve très-bon que vous demeuriez auprès de LL. MM. CC. tant qu'elles le désireront, et que, s'il pensoit autre chose, il vous le feroit dire bien franchement. C'est mon opinion, que je ne garantis ni pour raisonnable ni pour bien fondée; je [)uis fort bien être trompée, mais je ne vous trompe jamais, madame. 11 n'y a point de finesse dans mes discours, ni rien à entendre de plus que ce que je dis. Du reste, je suis une particulière très peu importante. J'ai l'honneur de vous écrire très simplement; je ne montre ni mes lettres ni vos réponses ; je n'ai mission de personne, je ne sais point les affaires, on ne veut point que je m'en mêle, et je ne veux point m'en mêler. On ne se cache point de moi ; mais je ne sais rien de suite, et je suis très-souvent mal avertie. Si le Roi désiroit que vous quittassiez la reine, il en parleroit à son conseil; M. de Torcy vous l'écriroit, et cet ordre ne passeroit point par moi. Ne comptez donc pas pour grand'chose tout ce que j'ai l'honneur de vous dire, plaignez-moi autant que je vous plains, et croyez que rien ne me tient plus au cœur que le triste état de LL. MM. CG. Si vous ne voulez pas me croire sur le nôtre, croyez-en M. Amelot, croyez-en M. le maréchal de Villerov; ils ont votre confiance et ils la mérileut. Vous seriez bien injuste, madame, si vous vouliez que je continuasse à m'inslruirc des affaires d'Espagne quand vous et M. Amelot les avez quittées. Il me semble que vous suivez fort bien les conseils de M. de lierglieycli, et que votre séparation d'avec la France va jusqu'à l'animosité. Je respecteiai toujours votre mérite

OCTOCnE 1709. - -''

H vos malheurs, cl rien, madame, ne peut n.'aigrir

"" ojet de retraite à Pau est bien triste ' ; je n'eu

M point au Roi, il suffira de le lui d,re quand vo

rtirez Espagne, si vous en sortez. Je -«--P» ^^

,;, seule qui trouve votre personnage ""P"'- «"'' » «§" ;^

nue vous ferez à Pau n'y aura aucun rapport, et je vous

Lre, madame, que cette idée me fa. .me ex^^^^^^^

ncine. Encore une fois, madame, ne comptez sur tout ce r je vous dis que conuue venant d'une très humble rvanle, charmée de votre n.érite, et qu. lemo.gne j L u'à la n,ort que vous avez tenu depu.s q«at..aus a ,,„ habile conduite et la plus droite 'l".« »"" /"^ lai.er. Du reste je ne vous réponds de r.en, e eon o linjustice des hon.mes et la cabale cpu P«';»';;»'^;^^^ contre vous. Tout cela, madame, sero.l b.e. peu de Ce si LL. MM. CC. pouvoient demeurer ou e es^so,U Vous êtes bien bonne, madame, de me dn-e un mol du a"a évéque que j'ai perdu» ; le projet que vous fades, . voici conunon, M- -le. r.-sins ^^^^^\^^^'^^. ce projet (ICtrodu " "f •;''\!',e\. ^V^li™ .oit" cour, est ua

siiai. qui. q"«'1'' •'"''*'"'", '° '''''\°''™'ù on eMc '''"vcr; ce sera a.scr vil»i>, endroil, <lan. ''•^/'^"Si aucun™ o^^^.n.odito, los ma,- Ic moindre de n.os maux, e n j »"»' """!;,, „i„, je meubles à sons un peu propies y étant rares, onn^t ""';'- 1 o ^^

louer : je n'ai point d'arKen pour eu »cl»="" ; « \ ^ » f,,,, f,i,.e ,e„,ède'que de me serv.r de -non " J^^ '^iJL n.urailles de actuellement une tapisserie de nattes po^' ^"^^ ,,„„„ demeure,

u,a chanibreetlarendreunpeuidusc ande t.e t^^^^ ^.^ ^^^^

madame, pour une lenmie a qui """..", ;.„„;,„i,.e présent dinie jouoi, un m-and rôle. J a, ^'I, ^^f^ u" 'pot "ous écompenser l'une semblable tapisserie et a M'" d ^"'^ '" l" "^ .,„„ p,e„d la peine et l'autre des lettres <!"'' ™" ''f ^^ ^''^ ,'„^ peoportionnée à la d'écrire. Celte recompense, madame esi i ^^^^^^

simplicité de Saint-Cyr qu'au prix ''^/'^„^"1"'",V iniu.es. Voilà, „eur de me mander, car ^ ^"'^^^'^^^ ^^^. d'autres madame, ce projet qui vous a donne de la <;^^ « ^Yseule, et que par viour le reste de ma vie, (pic je lesene poui moi . 'conséquent vous ne saiiie,. ,;as , llossan.e 1 , ^5 , ^^^

'- l,ï.ïèqiic de Charlres, Godet des M.ir.us. %cnan coimnenceineiil d'août.

que vous ne me voulez pas dire, vous fera peut-être quelque jour sentir que c'est un grand trésor qu'un ami iidèle et qui nous aide dans la seule affaire nécessaire.

Tous nos blessés vont assez bien présentement. Ils nous ont donné de grandes alarmes : le duc de Guiclie est arrivé à Paris ; le maréchal de ViJlars doit venir au commencement de novend)re ; je voudrois bien que ce fût à Versailles, alin que Maréchal » prit soin de lui : c'est un honune qui vaut la peine d'élre conservé.

On a Hiit une grande opération à M"'<^ de Saint-Géran, qui s'est i)assée si heureusement qu'on ne doute point qu'elle ne guérisse.

Vous m'êtes, madame, un giand surcroît d'affliction ; je songe trop souvent à vous, et je suis bien fâchée de vous être inutile.

M. l'Électeur de Bavière sera le 4 ou le 5 novembre à Paris, incognito, et viendra de même voir le Roi à Mariy; en attendant il chasse à Compiègne, et doit y faire l.i Saint-Hubert avec des dames. M. le Duc est toujours malade à Chantilly. M"'^^ la Duchesse a pour compiignie les princesses ses iilles, la maréchale d'Estrées, M"« de Tourbes, M'"^ de Souvray, M""' de Croissy et M'"^ de Bouzols.

A M'"^ L:V COMTESSE DE CAYLLS.

Manuscrits de Versailles. Lettres édifiantes, t. VI, p. -202.

(Octobre ITOU.)

M. Voysin m'a dit qu'il vous donneroit le quartier de M'"" de Barneval : c'est vingt-cinq écus; je vous prie d'y en ajouter encore vingt-cinq, afin ([u'elle en ait cinquante. Je vous envoie soixante-dix livres, avancez le reste : je

.. Ip rendrai ce soir. Cette manière de payer cette

Tvre fe i -- plus utile que de lui donner tout

r^r^iP-vn.on partage bien des mtsérab es:

; ^d^m le a\.leuré ce matin de ce qu'elle a v.t autour

e mo . On voit des gens qui n'entendent p us ratson

nue 1. nécessité transporte; nous en viendrons a ne

ISi:: sortir avec sûreté, rappjh^^^^^^

,,at.M"^MleDangeau,etjemeursden^n^^^^^

apits ceia i quelque malinec ou je

de Bourgogne. Il laut "O"^^' '.

laisse partir tout de suile pour ^.'""*-"' ;

le coulure M- de Dangeau de cousiderc. '-^•l'"':'™^^ de on 6 at avec celui de M- la princesse. Bonson- ma Ïu^nircl je suis lasse du mien; priez pour que ja,e

la force de le soutenir jusqu a la fin.

* Le Ciiii'urgien ilii Roi.

A M-^ L.V PPdNCESSE DKS lUSlNS.

Musée hviUAdd. mss., n» 209l<>.

Marly, 4 novembre 1709.

Comme le roi' d'Espagne a proposé à son conseil ce nuil vouloit faire pour M. Amelo. noire Um a a Mm. usieuleconsenleuuM.qu%,nluidemandoa;e la,

n.adame. que l'exclusion a cle donnée', lout est lomb.

. ,0 nom ,™n.,»c <.,„.. la copie '^^:^^^j::::^::t:z^

^- An.cl,,.. qui avait ,,"'11^ ""*»« '"^ '';;^ f/^l^e „n neveu du avec M- des Vrsins de la,.e e '""l'^f ,,f;,;»j,^ a.alais. En cousidép,.enùe,- mari de celle-c, e. d» " ™'^ ' ^ , eu la p-andesse, ,alion de ce maeiaKC le comte de « » » -^ » " , „.,i, cependant quAmelot ne pouvait prélendi-e pou.- lu. mtme.

'^'^'■■«■'■««^■ÎBMlM

sur M. rambassadeur, il ne m'est pas revenu qu'on ait rien dit sur vous. Du reste, madame, je ne prétends pas justifier ce qui s'est passé là-dessus; je ne sais point parler contre ce que je pense, et ce que je pense ne doit point être dit. Je souhaite de tout mon cœur que ce que vous me faites l'honneur de m'écrire vous ait été de quelque soulagement, et, quoique je sois accablée de toutes sortes de peines, je prendrois encore les vôtres s'il m'étoit possible : je suis accoutumée à vivre de poison. Vous n'êtes pas de même, madame, vous êtes nécessaire à LL. MM. ce, et je ne suis plus bonne h rien. Je crains fort que le reste de votre vie ne soit bien triste, tout se dispose pour cela. Vous avez une humeur heureuse, du courage, un grand esprit, et un projet caché qui, si je le devine, est encore au-dessus de toutes ces ([ualilés^ : ce n'est pas trop de tout ce que je viens de dire pour vivre avec les hommes et avec les grands, pour partager toutes leurs afflictions, pour souffrir leurs injustices, pour se compter toujours pour rien, et pour ne voir de fin à tout cela que par la fin de sa vie; malheur à ceux qui n'en attendent pas une récompense éternelle! Vous m'ouvrez votre cœur, madame; vous voyez que je vous ouvre le mien. Je craindrois beaucoup, par plus d'une raison, de me retrouver avec vous dans cette chambre obscure où vous souffriez la fièvre avec tant de douceur et de patience; vous connoissez en effet de plus grands maux qu'il faudra bien souffrir.

Non, madame, on n'a point secouru Mons, et, quelque perte que nos ennemis aient faite, nous sommes encore plus mal qu'eux ; et le manque d'argent et de pain s'est

la permission du Roi de France, (jui la refusa ; Anielot en fut Irèscha^jrin. Sa fille épousa plus lard M. de Tavaunes (Saint-Simon, VII, 57). M""-' des Irsins fui, elle aussi, exlrèmement môrtiliée de ce refus (voir sa lellre du 21 octobre dans Rossanp:e, IV, ôhG).

* Voir la Jin de la lettre du 27 octobre 1709. M™'" de Maintcnon paraît supposer qu'il s'agit de quebpic projet de retraite reli^'ieuse.

opposé aux mouvemens que notre armée auroit pu faire l'endroit du blé va pourtant un peu mieux; on en iait venir des pays étrangers, et le pain a dnnuiue aux der-

niers marchés. , , n •• .;

Nous attendons jeudi ici M. l'Klecteur de Bavière, qui a voulu voir le Roi incognito et pour un moment; c etoit là son premier projet; on propose présentement quelque chasse, un peu de jeu au salon : il faudra voir Versailles, tout cela pourra bien mener loin. M. le Dauphin voudra uu'on voie Meudon, il doit revenir par Chantilly. M. le Duc va un peu mieux, il veut revenir à Pans. On dit (m'il va plaider contre toutes les princesses ses sœurs pour le testament de feu M. le prince. Nos blessés sont en cbemin, les officiers de Flandres arrivent tous les jours. On se dispose ici à brouiller cet hiver nos gèneraux, les discours des dames y sont très propres; il y en a beaucoup ici. Adieu, madame; je ne fais plus que languir- je n'ai point M- d'Aumale à Marly : elle aime mieJx le repos de Sainl-Cyr, et elle a grande raison.

A M. LE MARÉCHAL DE YILLEKOV

[AujîcrJ, Lettres de M"" de Maintcnon, l. Vil, p. iO.

A Saint-Cyr, ce 10 novembre 1709.

Je n'ai pu répondre plus tôt, monsieur, à la lettre que

vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le C de ce mois ;

et mes maux font assez de bruit pour qu'il vous soit

peut-être revenu que je ne me suis pas bien portée

depuis ce temps-là. .

En vérité, monsieur, s'il y avoit quelque justice dans le monde, on admireroit M. Desmaretz de soutxînir ce qu'il soutient depuis deux ans, dans une disette d argent aussi terrible que celle où nous sommes. Le Uoi auroit

trrand tort, si j'ose le dire, s'il n'éloit pas content d'un

tel ministre.

Je sens sur M'"" la princesse des IJrsins ce que vous voulez m'inspirer ; je la plains infininient, et je souffrinii patiemment l'aigreur de ses lettres, que vous savez bien que je ne mérite pas. Vous en verrez un échantillon dans celle que je vous envoie; je n'en reçois plus d'autres. Je lui mande encore aujourd'hui que je consens qu'elle ne me croie point sur lélat de la France, mais qu'elle vous en croie, monsieur, et M. Âmelot aussi.

Vous voyez que, malgré son bon esprit, elle croit que le dernier avis qu'elle vous a envoyé nous doit remellit^ dans l'abondance; vous savez que M. Desmaretz le trouve impraticable*.

Je suis si foible aujourd'hui que je n'ai pas la force de vous en dire davantage.

A M-^ LA PRINCESSE DES UHSLNS

Musée brit. Add. ms.s., w 20 919.

Saint-Cyr, le 2h novembre 1700.

Je ne sais plus, madame, où j'en suis avec vous, et si c'est une ironie de me mander que je vous ai appris le sens des lettres de M. Bergheyck. J'ai eu l'honneur de vous dire toujours ce que j'ai pensé. Je crois, madame, que vous n'avez pas autre chose à l'aire que d'attendre les ordres du lloi, (jui jusqu'ici ne m'a point i)aru désirer que vous quittassiez LL. MM. CC. (^e retour de M. Amelot, que vous nous reprochez tant, a été longtemps sollicité par lui. J'ai grand regret, madame, de n'oser montrer votre lettre; elle est si fort au-dessus de mes lumières

» Il s'ao-it d'un projet pour rétablii* les Ihiances en France. Voir la IctU-e suivante du 25 novembre et la note.

— KOVEMBnE 1700. — 230

que j'ai grand regret qu'elle ne soit écrite que pour moi, et je suis bien persuadée que vos raisons feroienl une orande impression.

' Ne grondez plus sur la paix; il n'en est plus question, et l'on ne songe qu'à la guerre. Dieu veuille que les niovens de la soutenir soient aussi possibles (iiie vous le crovez' Je n'ai vu (lu'un moment le maréchal de ^lllars; il H^ie dit : a 11 faut la paix, madame, à quelque prix que ee soit; mais, si nos ennemis ne la veulent lias, il faut faire la guerre tout de notre mieux, et je suis prêt à donner tout ce que j'ai de talent et de vie pour le service

J'ai déjà eu l'honneur de vous mander que M. Desmaretz a vu et examiné le mémoire, qui a passé par M. le maréchal de Yillerov» : il a été trouvé plein d'esprit et de caandes vues; mais le ministre prétend qu'il roule sur un faux principe, et qu'il n'y a point présentement en France cinq cents bommes eu état de prêter au Roi la somme qui v est marquée. Enfin, madame, on ne change Dis d'un jour à l'autre la forme du gouvernement d'un orand rovaume. On ne fait pas une aflaire de finance sans le contrôleur général, et il ne peut agir sans être persuadé qu'il réussira; il est bien diflicile de prendre d'autres voies ^ J'ai vu des gens de bon sens persuades

1 M- des Vrsins avait adressé au maréchal do Yilleroy (voir la l.Ure nrécédeule). pour le communiquer à M- de Manitenon un

;:u;ir " e^'a'uant mén.e la n.oUié de la taille dans les e V am éc. prochaiues.... On ne demande pomt de récompense,

a'outaU elle, ou olîrc au coutraire d'être le prenner a avancer une ômmè co idérable. . Quel était ce n.émoire? Orry en etait-.l 1 aurions' avons pu le retrouver. Ce qu'en dit M-^^le Man.tenon

lit cependant curieux et semble i.idiquer une p.ece dune verUable

"''«' M-'dcs Ursins répond (10 décembre, Cossange, p. 375) : « llien n'est plus vrai, madame, «in'il est toujours plus sa^e de laisser

qu'il falloit reliivr les troupes d'Espagne, pour montrer aux enneniis qu'on veut sineèrement la paix. J'ai vu soutenir qu'il ne falloit retirer les troui)es d'Espagne qu'en signant la paix, .l'ai vu une bonne tète dire que le plus grand service qu'on pouvoit rendre au roi d'Espagne étoit de retirer les troupes françoises, et que c'étoit le seul moyen d'affectionner les Espagnols pour leur roi, et que jamais on n'auroit du faire d'union entre les deux nations. Jugez, madame, de l'effet de la diversité des sentiinens dans l'esprit d'une personne qui avoit plus d." soixante ans quand elle a commencé à entendre parler d'aflaires. J'avoue, madame, tous les miracles que vous marquez dans votre lettre, et que, sans la famine, nous pourrions encore espérer une campagne plus heureuse. On s'y prépare autant que la disette d'argent et de blé le peut permeltre, et j'attendrai toujours avec confiance quelque miracle en faveur de l'Espagne. Si l'on pouvoit mériter quelque chose de Dieu, je dirois que l'innocence et la vertu du roi et de la reine méritent d'être récompensées. Je n'oserois montrer votre lettre, on n'aime pas ici que les dames parlent d'affaires; et, si je ne puis vous servir autant que je le voudrois, il faut au moins se l)orner à ne vous pas rendre de mauvais offices.

Conmient pouvez-vous dire que Dieu ne se déclare pas contre nous ((uand il nous envoie un hiver dont on n'a point vu d'exemple depuis cinq ou six cents ans, qui gèle tous les blés et toutes les vignes, qui ne laisse pas un fruit, non-seulement pour le présent, mais qui fait mourir tous les arbres. Les oliviers en Provence et en Languedoc, les châtaigniers en Limousin, les noyers par tout"^^ la France sont perdus pour bien des années; nous voyons mourir de faim les pauvres sans pouvoir les secourir, parce que nos terres ne produisent plus, et que

décider de ces choses ceux ((lie leur |.l;uc reu(t les arbUres de nos destinées ;... on a au moins la consolation de mourir dans les formes. »

les bienfaits du Roi* ne sont plus payés. Voilà, madame, l'état où nous sommes. Le roi et la reine d'Espagne ont bien des raisons de vous aimer; la passion que vous avez pour eux vous fait cesser d'être Française : il faut vous pardonner, madame, et faire des vœux pour qu'il plaise à Dieu de changer notre état. Si les affaires du Nord se brouillent, n'en profiterons-nous pas?

A M°"= LA PRINCESSE ES URSINS

Musée bril. Add. mss., n' 20919.

Versailles, le '25 décembre 1709.

Cet ordinaire ne m'apporte qu'un mot de vousS madame, et vous n'en aurez pas davantage de moi; je suis dans mon lit avec la fièvre, et ma santé diminue tous les jours. Le Roi fit hier une visite de deux heures à M. le maréchal de Yillars, pour les projets de la campagne prochaine. Nous avons vu la reine d'Angleterre à Marly, et je l'ai trouvée si changée que j'ai de la peine à croule qu'elle vive encore long-temps.

Je me soumets aux raisons que vous avez de ne me pas écrire, et, quoi qu'il arrive, je vous serai toujours également dévouée.

» Les pensions que faisait le Roi, cl inènie les traitements des

=! Voici ce petit mot que venait de recevoir M™" de Maintenon et nui succédait ù des lettres si vives : « 9 décembre. Je n'ai l'bonneur de vous écrire aujourd'liui, madame, que pour vous dn-e que je ne répondrai point à votre lettre du 25 novembre. Ce n est pas qu c le ne mérite de lon?s entretiens, mais j'ai quelques raisons qui mobli- ■ent à remettre cela à une autre occasion; je me contenterai donc Seulement, madame, de vous supplier de me continuer vos bontés, 01 de croire (pie vous n'en pouvez avoir pour personne qui vous soit plus dévouée que », etc. Rossanjje, t. IV, p. 577.

LETTRKS DE M"- DE M.UNTENON.

A M- DE L.V VIEFVH.LE, ADBESSE DE GOMEUFONTAINE.

Manuscrits <Io Vorsaill.^s. Lellres et avis, p. 801.

10 jiuivior (1710).

Quoiqiio mon inl(Milion s(»it do critiiinor touivs los lio-ùes do voliv lollio, ma chôrc abbosso, je commonoorni par vous diro qiio j'on suis charmôo par la candour ot la sincérilô avoc laciucHo vous mo pailoz. Je n'ai pas doulo un momonl quo vous no fussiez liiolio.' do co (juo jo vous ôtoisM"'» deSéiv : un peu d'envie de la convenir ot um^ cspéraneo de grands bionfails, jointe à de vrais et i)iesenls besoins, vous fournissent devant Dieu buMi des

excuses.

Vous raisonnez sur un fondement faux qnand vous dites qu'elle s'est dé.£(a^ée volontairement; e'est M. le duc dOrlêans qui lui a doimê son con^^c'., ot la i)auvre lille ne l'a pas pris à la première fois. Kllc seroit dcMic arrivée cliez vous désespérée, passionnée, fardée, magmlîque, en un mol toute mondaine et mémo toute criminelle'. J'avoue qu'un loi spectacle m'a paru dangereux

t Coifo riinluro dn duc .l'Orlrnii. ot de M'"" de Séiy M- d'Ai^onton) c.t racontée bien nu \ou'^ v.iv Sainl-SiMiou: il en savait tous les dét-iils car ce l'ut lui (jui, dêsdé de la disKiàce ou el ait, tombe U. prince,' non seulement par lalTaire d'Espa^-nc (Vil. '20 et su.v.], mais à cause de sa conduite privée, devenue scandaleuse, lui conseilla ce moven de rentrer dans la laveur du Roi. Celui-ci <'tail inilr comme roi et. comme père, puisque le duc dOrléans avait épouse M"- de Ulois, deruièie lille de M"' de Monlespan. On peut voir dans Saint-5>imi.n (Ml, 100-241)) toutes les péripéties de ce drame. DelKU.l de ^a propre laiblessc et voulant s'eniia^-er sans retour, le duc d Orléans conlia d'abord son dessein à M- de Mainlenon et, cnconraze par elle, parla an Uoi. M- d'Arfrenton con-édiée lut exilée de I ans. Kll,. jeta les liants cris, et ne se laissa j.as calmer par un don de plus ,lr deux millions que lui lit le prince. Enlin, voyant que celail M'rieux et sans retour, elle demanda à se retirer à 1 abbaye <le Comerlontainc. Ici M- de Mainteimn intervint pour lui interdire ce lien; nous en vovons les justes raisons dans la lettre du 10 janvier 1710. M"" d'Argenton se relira cliez son père; sa sœur resta a Gomciionlaine, on elle se lit reli^^icusc.

-MAI\>1710. - 2i3

pour une abbessc de trente ans et pour neuf demoiselles de Saint-Cyr. Je n'ai pas cru aussi qu'il me convînt d'avoir M""^ d'Argcnton dans une maison avec qui je suis dans nu continuel comnieive, et que ce lut à moi à suivre son histoire et à instruire la cour de tout ce qu'elle

le roi t.

On dit qu'elle ira dans un couvent de Compiégne ou elle a élé enfant. Si après une véritable conversion elle vouloit venir chez vous, je ne m'y opposerois pas; mais je voudrois, pour m'en assurer, un plus grand nom])re d'aimées (pie vous ne demanderiez de jours pour la recevoir.

Vous êtes admirable quand vous dites que cette fille a de l'amitié pour vous : on appelle cela dans le monde une confiance de religieuses qui croient tout ce qu'on leur dit. On se trompe tous les jours dans des amitiés de vingt ans Vous dites que vous l'avez connue sincère, cela par (p.ebiue liaison avoc sa famille, ne l'ayant presque jamais vue elle-même. Il faudra voir ce qu'elle fera et ce qu'elle deviendra; bien des gens la croient mal dans ses affaires, elle doit de tous côtés. J'aurois un grand déplaisir qu'elle retirât sa sœur d'auprès de vous; nous ferons lout ce (pie nous pourrons par M- de Venladour pour l'en empêcher.

A ^V"" LA PRINCESSE DES l'RSLNS.

Musée Liit. Add. mss., W 20 919.

Versailles, le 2 mars 1710.

Je ne crois ] oint, madame, que nous pensicms différemment cp.and je crains plus la perle de la France qu(| celle de IKspagne : mais vous ne croyez pas comme moi (lue nous sovons sans ressources ; je m'en rapporte a

244 LETTUtS DE M- DE MAINTENON.

M. de VilliMoy et à M. Anielot, ({uo vous croirez plus que

moi.

Ccpcndaul, inadaïue, je comprends bien que nous aurons moins de choses à nous dire à l'avenir, et que nos lettres seront plus sèches et plus courles ; mon cœur ne changera pourtant jamais pour LL. MM. CC, et je serai toujours sensiblement allligée d'avoir à désirer contre eux ; il me semble que le Uoi a beaucoup offert du sien avant d'en venir à l'exlrémité où nous sommes».

Nos plénipotentiaires parlent, peu ])ersuadés que la paix se fasse. Je n'ose ajouter là-dessus aucune réflexion, dans la crainte de vous blesser.

M-»^ la duchesse de Bourgogne a eu trois mouvemens de son lait qui retardent un peu sa guérisbn ; mais du reste elle est très-bien.

M. le maréchal deBoufflers a été assez mal : il est hors

de danger.

On a aujourd'hui recoupé la cuisse à M. de Courcillon : rien n'est égal à l'état du père, de la mèie et de l'enfant ; je crains bien que la suite en soit mauvaise.

Je suis toujours dans l'espérance que M. le cardinal de la Trémoille aura quelque part dans la succession dj M. l'archevêque de Beims.

Je me trouve mal, madame, et je n'ai pas la force de chercher davantage des nouvelles dont je crois que vous ne vous souciez guère; je vous supplie de ne me jamais mettre dans ce rang-là, puisque je ne changerai jamais pour vous.

» La France abaiulonnait entiomiieiit l'Espagne, et Pliiliiipe V, tout en gardant M™» des Ursins, ne cunii.lait plus que sur les Espagnols pour le soutenir.

À M. L'ARCIIEYÊQLE DE ROLEN, \ ROUEN».

A Saint-Cyr, ce 18 mai 1710.

Je vois avec plaisir, monsieur, que vous soutenez les fatigues de la visite après la longue maladie que vous avez eue. On a grand besoin dans les provinces d'un homme comme vous pour rassurer. Il faut espérer que Dieu ne nous poussera pas jusques à l'extrémité de voir nos ennemis en France. On ne parle que d'une bataille qui sera d'une terrible conséquence, et que l'on croit devoir donner, si on le peut, pendant le siège de Douay. L'armée peut être assemblée le 21. Elle est plus belle qu'on ne l'avoit cru et parolt de très bonne volonté ; mais je la crois inférieure à celle des ennemis. Nous ne méritons pas un ange exterminateur, mais il nous seroit bien nécessaire. M. l'évêque de Chartres est sacré aujourd'hui. M le cardinal de Noailles le traite comme il feroit un neveu qui lui seroit bien cher, et m'en fait les honneurs en m'assurant que j'en serai contente. J'ai r^cu une -rande lettre de M. le comte d'Aubigné^ et je lui ai fait réponse pour l'engager à continuer le commerce que je veux avoir avec lui. Il est si difficile de savoir la vente toute pure que je suis bien aise de lavoir dans ses lettres. Ma santé est toujours dans le même état, c'est-à-dire très incertaine ; mais rien n'est plus assuré que l'estime, 1 ainilié et la confiance que j'ai pour vous.

i Otte lettre, de la main de M- d'Aumalc, a passé en vente chez M. Etienne ChaJavay, le 15 n.ai 1S8G Elle -t, 3e pense inedjte

^ l'abbé d-\ubi-né (voir la lettre du 11 novembre l67o et la noiej étai 'cil^u d^md iv.,ue de Noyon, puis --chevêquc. e ^ouen ;

la correspondance que M-' de ^^^ »^7«'?,,^"\;;^^ .^, ^ f ''' '"' servée, au moins en partie, dans la fa.mllc de Toulongeon.

A M. LE DUC DE NOÂIELCS

Manuscrits De Moucliy, t. 111. i». :2I0.

A Saiiil-Cyr, ce 1") juin 1710.

Nous n'avons pas encore appris la prise de Donay. M. Albergotli accpiiert beaucoup de ^rloiic; mais il faut bien se rendre quand on ne peut être secouru. M. le maréchal de IJerwick revient demain ; il est nécessaire en Dauphiné ; il seroit devenu inutile et à charge en Flandres, par la différence de ses pensées avec celles de M. le maréchal de Yillars. Ils ont très bien vécu ensendjle, soutenus par l'espérance de se quitter bientôt.

Nous rentrerons après la perle de Douay dans les mêmes embarras pour une autre place, et tout le momie est persuadé qu'il faut une bataille : le succès n'en sera pas indifférent. Nos j)lénipotentiaires demeurent sans rien avancer ; l'aris vit toujours dans l'espérance de la paix; tout y est paisible parce que le pain est à bon

marché.

Nous attendons la dispense de Uome pour marier M. le duc de Berry; il y auroit bien des choses à vous mander là-dessus si la prudence ne retenoit ; mais il est temps d'en avoir un peu. On ne fera ni fête, ni réjouissances, ni dépense, tout se passera par rapport à l'état des affaires présentes '.J'avois proposé et prôné M-' de Lesdiguiéres' sur votre très périlleuse parole ; n.ais des gens plus alertes que moi ont découvert une direction intime du père de la Toui'; M. d'Anlin en a été bien fâché, il sou-

* Le duc de Berry épousait Madeinniselle, (ille aînée du duc d'Orléans. Ce mariage, qui comblait les vœux de ce dernier, récompensait sa rupture avec M'"" d'Argenton (voir la note p. 242). C'est pourquoi on verra M»» de Maintcnon insister sur l'union qui sendjle maintenant régner entre le duc et la duchesse d'Orléans.

* Nièce de M"" de Monlespan et, par conséquent, cousine de M. d'Antin.

— jriN 1710. —

f ..,^Hn .iffairp M'"*' de Gavlus a eu la hailo t passionnément cette allant, m ul uaj

.iMcinn ^nr li charoe de dame d'atour; il faut mémo exclusion sui la tnai-,i «^ , , . n

,,„.. ce i»MC soit bien ainn.l.le s'il peut consoler de telles

'""voU-e ch.T on,le a été ajouter un mol à se. explication, „„c je Louve plus offensant ,iue ce qui séloit fait contre lui. On dit qu'il en a écrit fort vivement a S. S.

Notre grande princesse de Conti est affligée do M- la ,U,cl.e-e de la Valliére'. Klle a élé blessée (p.e le Uoi ,,a pas été la voir là-dessus ; n.ais il a cru ne pas devoir renouvelé,- une cbose dont il se repent tous les jours. Du ,,.ste ils sont fort bien ensemble. La princesse ne peut plus ca.bersa piété et donne un grand exemple a la cour vec beaucoup de raison .'t de courage. Nous irons a :.;vaussitôt^.prés le mariage ;jai.pndquim,«^^^^^^^^^

,ry ;oir deux petites cbambres auprès de '« '^'"'P'^''»; /'"^ le Uoi me donne pour aller me reposer ,|uelquelo.s et me dérober à rimportunité des visites du malm •

M- la ducbesse de Bourgogne devient tous les joui = plus raisonnable; elle sera .bargée de la nourriture et de loducation de M la ducbesse de Berry, qui de longtemps n'aura rien cbe/. elle. .>n commence pourtant a ai,e qu-on ne peut faire de contrat de mariage sans donner un apanage ; le Uoi peut prendre ce qu av ,t M ,;„ise. Ja'nais on n'a vu un si beau ménage .p e celui de M. et M- d-Orléans : ils ne se quiltenl point et prennent ,.,us leurs plaisirs en famille. On croit que M...= de Samt-

s„.ur Louise ,1e la M.séricmde) <^;:'''';»;:,:^.,f,'; ;.,,",•;. Le R"i de s, fllle, h, princesse de .-""li. n"' •' '^'^'^^^^^^ ^,„„i i^

s-y nionn. I-;'-f'';;"^,'''f;'™'-,^-';' ."voient pu faii'e les ,„d.li,|ueui™t. le deud de s.i ".'^ p- >'' ^ .^ j,,„s paele

enliiuls de M- de Monlespan, çpn n ■"»'' P;'^ "^^ .' ™ ,, ^■^^ 1,45 sonde légiliuialion puisqu'elle était manee. Cette ddle.tuce

sible à ces dendeis. ^ ■ ,^5 t^s

'- Cet appartement paiticuliei- s appela « le nc-pu. 1

p. '209. Voir Sainl-Siuiou, Xll, 119-

.^i^ ^t^|5ii*|^j|Ç^^;#;S,é'*titHr "; ;

Simon sera dame d'honneur; la dame d'atour n'est pas

nommée*.

Il n'est question (jue de la chapelle; on accourt de tous côtés pour la voir; elle est magnifique ; je n'ai pas assez bon goût pour juger du reste *.

^jme votre mère m'a écrit pour avoir un rendez-vous et n'a pas mis le pied à Versailles depuis ce temps-là. M""^ de Gondrin est des repas particuliers de Meudon, et BI. d'An tin va chercher M'"<^ la duchesse de Bourgogne à la Ménagerie.

J'ai par-dessus tous mes maux un petit mal de dents qui ne me rend pas gaie. Ayons tous bon courage, dans l'espérance de la vicissitude des choses de ce monde. Adieu, monsieur le duc.

A M-- LA PRINCESSE DES IRSLNS

3Iusco bril. Add. mss., a" 20919.

SaiiJt-Cyr, le G juillet 1710.

On dit que les ennemis dévoient marcher hier, et que c'éloit pour attaquer notre armée ; d'autres croient que, s'ils la trouvent bien retranchée, ils pourront se rabattre à un siège, et nous serons encore à recommencer. Nous pensons si difleremment sur les affaires générales que je n'aime point, madame, à vous en parler; vous croyez que nous ne faisons rien qui vaille, et nous faisons beaucoup dans les circonstances où nous nous trouvons de tous côtés. Je suis bien assurée que, si vous étiez ici, vous changeriez de sentiment. Mais enfin, madame, vous êtes

» M"" de Saint-Simon fut en effet dame dlionneur, et M""= de Vieuville dame d'atour.

^ ]| s'ajjfit de la nouvelle chapelle du château de Versailles, celle qui existe maintenant.

Françoise aussi bien qu'Espagnole, et, de quelque côté que tusVous tourniez, je ne vous crois pas Ibrt a votre ais^^

Le duc de Noailles est désespéré de ne pouvoii un

faire; il n'aspire présentement qu'à garder le pays dont

chargé, et ce dessein ne convient guère à un honune

de son cotm.ge; il manque métne de subs.stance pour sa

très-netite armée. . , . ,,,.^

Je ne doute point des merveilles que fa.t le ro, d tspa^rmais j'^i peu. qu'elles ne soient inut.les contre u Général qu ne îeul pas se montrer : le ehaud viendra, Z sera lo.cé de se reposer, et de tous côtés nous nous

minons peu à peu. . i -^

La défense do M. d'All.ergoUi aété généralement louée de tout le n.onde. et on le trouve trop peu récompense par le cordon bleu et le gouvernement de Sarrelouis.

Le maréchal de ViUa.s a eu le gouvernement du pays Mo«in. 11 agit le plus qu'il peut, n>a.s .1 lu. en cou ouiours quelques douleurs. On dit que le marecha rS-court est encore très incon.modé; nous e verron „ car il revient au prender jour. Le duc de (.u.che retourné à l'armée par un excès de bonne v^ojHe car il n'est pas mieu. qu'il n'étoil l'année passée ; M- sa enune est dans d'étranges in.p.iétudes. Les noces qu. se son. faites aujourd'hui à Ve.sai.les n'ont onne e lao ,,u'à la famille de M. le duc d'O.leans et a M. le duc de B nv q..i paroit ravi de se n.arier; tout le .-este est e>. aW, es' de ce q..i se peut passer en Flandres. B.en des Lons ont cupéché de fah. des dépenses à ce n.anage ,nais les da.nes n'en ont pas été mo.ns pa.-ees a ec des h-.bils légers, convenables à la sa.son ou nous sommes. t.,.vai hier, en arrivant à Versailles^ que ^uc n,onde éloit cl.a,.né de M-" la duchesse de Bourgog. e , e la vis le soir, et fus su.p.ise co,.m.e «luelqu un qu . , e lauroit ja.nais vue. Je fe.ai vos comi.hmens, madam. . au Uoi et à ceux de la maison royale, que je su.s assuicc

qui los recevront h'icn; mon canal auprès de Madame no vous y recommaïuK'ia pas, car je crois y être encore plus mal (|ue vous. C'est dans celte occasion (jue le respect empêche la voix; ainsi je n'en dirai pas davantage.

On ne délait point le «^nand et beau de<;ré; la vieille chapelle sert de passage en haut et en has à la nouvelle, dont la magnilicence rêj)ond plus à la piété du Iioi (ju'à notre état présent. Je crois que la cérémonie qui s'v est faite aujourd'hui a été très belle*.

La reine d'Anuleterre n*a point voulu venir ni à la noce ni au souper; elle aime mieux prier Dieu à Chaillot. La bataille lui doime bien des alarmes pour le roi son fils, qui d'ailleurs a pres(pie toujours la lièvre et iina mauvaise saidé. La leine viendra demain à Versailles faire ses visites à tous ceux à qui elle a accoutumé de faire cet honneur; M'"« la Duchesse n'a point paru, étant encore dans sa première année'.

La campagne n'est encore guère avancée, madame, pour tout ce (jue nous avons à craindre, et l'argent devient tous les jours plus rare. Mais pourquoi vous inq)ortuner do mes plaintes quand vous en êtes accablée, et que vous avez à soutenir votie grande reine? Quelle cruauté si vous l'aviez quittée! La peur que j'en ai eue devroit me rendre un bon oflice auprès de Sa Majesté.

* La cérémouio de la consécration. Il y avait eu une disjuitc entre le cardinal de Janson, grand aumônier, et le cardinal de Noailles. Celui-ci l'avait emporté : il avait lait la cérémonie.

- Dans la jireinière année du deuil de son mari.

A M. lE DLC DE NOAILLES.

Manuscrits De Moiuliy, t. Ul, i». ilo-

A Saint-Cyr, ce 10 juilh^t (1710).

Je voudrois, mon cher duc, pouvoir me souvenir de la

disposition de celle lettre qui vous a plu, pour en rcM^om-

,Honcer une à peu près du même style, car j aune fort a

Is plaire; mais vous savez qu'il n'y a pas beaucoup

détude dans ce que j'écris et dans ce que .,e dis, et que, .il V a des traits vils, solides et brillans, on les doit a un beau naturel, qui même a été peu cultivé. Telle que je suis, personne ne vous aime ni ne vous eslnne plus que je le fais. Je ne sais connnent vous recevrez de loin la der- •,,e réponse de nos ennemis ; le Uoi Ta reçue avec le ..m..froid (au moins à l'extérieur) que vous lui connoi^^ez. Nos princes et grands seigneurs n'ètoientpa.^e

.étne; je ne les ai jamais vus si sensibles; ma^s^vous parler de moi en si bonne compagnie, je >ous d a nue i'ai été moins vive (iu'eux, parce que je n ai mn ppril de nouveau, et que je n'ai jamais espère a pai^

'il faut donc songer à la guerre et défendre notre tei- ,ain. Je suis toute préparée à ce qui nous peut arriver

' 7l"n-v a pas d'apparence que Ton allaq.ic M .le Villa.'s .,a„s sJs rel>anche.neas, qu'on dit très bons; la nouvel e .Pavant-hier n.arquoit que les ennenm •^"o'.«" „ ,^

sièoe de liélhune, et je cois en trouver ce so,r laconfi n,aîion. M. le duc de Savoie a été à l'extrem.te de la rouc^eole; il a reçu tous ses sac.emens. M. le m rechal d'Ilarcourt est revenu; je l'ai trouvé maigri el abattu ma,s tout à fait raisonnable. Ce n'est plus cet bomn.e d.u- e i„l,unmin; il ne veut pas qu'on parle du passe, ma qu'on prenne les cboses dans l'état o» elles sont, qu on s'unisse pour aider au Roi, pour le soulager, pour prendre

- iun.^l.MrfMf t,f^iBhfMtll^^'^V,yt.

les meilleurs moyens; il n'admet aucune aversion particulière, il veut que tout cède au bien public et que le maître se serve de tous selon leurs dilTéiens talens. Il a eu une longue conversation avec le Roi sur ce ton-là; il vient les matins et retourne se reposer à Pontalie.

Il y a longtemps que je n'ai vu notre ami M. le maréchal de Bouftlers; il m'a demandé ce malin un rendezvous. La duchesse de Guiche est àMarly, ou par politique ou j)our être plus près des nouvelles; ce n'est assurément pas pour son plaisir. Elle est hors d'elle à chaque courrier; un siège la mettra un peu plus à son aise. M'"'" la duchesse de Derry est en soupçon de grossesse; je crois que M. le duc de Berry s'en saura aussi bon gré que deux hommes que j'ai connus. Notre princesse gouverne sa belle-sœur avec autorité et tendresse: M. le Dauphin est souvent avec ses belles-filles; c'est à qui lui donnera des repas. M. et M'"'' d'Orléans sont de tout et ne se quittent point. M"»' la Duchesse est dans son antre obscur et humide, ne se montrant guère ; je crains qu'elle ne médite notre peite à tous, et je la vois sortir au bout de son année plus aimable et plus redoutable que ses ennemis. Notre princesse tache de s'étourdir; elle court à pied, à cheval et en carrosse; mais elle porte partout ses inquiétudes, qui ne sont pas de son âge.

On rompt, on efface les fleurs de lis et les armes que le cardinal de Bouillon' a fait mettre à Saint-Denys dans la chapelle d'Évreux, pour confondre quelque jour ces noms-là avec le sien. On laisse seulement les armes de M. de Turenne sur son tombeau. Plus on approfondit tout

* Le cardinal do nouillon, de la maison do Lorraine, on disgrâtc depuis longtemps, venait de passer à l'ennemi. Par une lettre dinio rare insolence, il envoyait au Roi la démission de toutes ses charges on Franco, et, se tar-^nant de son titre do prince étranger et <le cardinal, se déclarait délié de fout lien de fidélité envers la France. Il avait été reçu avec de grandes démonstrations d'honneur par le prince Eugène, à l'armée duquel il s'était d'ubord rendu.

- AOUT 1710. — ce qui a rapport à ce pantalon suisse, plus on trouve de preuves de son incroyable vanité. M. de Bouillon* ne se porte pas bien, il est pourtant à Marly.

Les gens de bon sens croient qu'on devroit envoyer quelqu'un au roi d'i:spagne pour tâcher de le persua- ,hT qu'en refusant un équivalent il perdra tout, et sera réduit à Versailles. C'est là une mauvaise commission, quoique le sujet n'en soit que trop vraisemblable.

On se trouve mieux que jamais à Marly depuis celte liberté de courre les tables^ M- de Caylus a été considérablement malade. Je me porte très-bien pour mon âge, et toute courageuse, au moins en ce moment, car je vous avoue que j'en ai de mauvais. Je ne voudrois pomt vous savoir à une triste défensive dans l'état ou nous sommes. Adieu, mon cher duc ; j'espère toujours un comte (lAven.

A M. LE DUC DE EGAILLES

Manuscrits Do Moucliy, t. Ill, p. 2^9.

A Versailles, ce 5 août (1710).

Que puis-jc vous dire, mon cher duc, sur ce que vous venez de faire? Vous avez rendu un grand service à l'Ltal, v(ms avez fait un extrême plaisir au Boi, vous acquérez une réputation (pii est le plus grand bien de la vie, vous avez ravi tous vos parents, vous avez consolé ma vieillesse,

* Le duc de Bouillon, frère du cardinal.

^ Dans une lettre précédente à M«- des Irsins, du H mai 1 dO. M"^ do Maintonon disait : « Lo Roi, fatigué de Irnis les «vis directs ei indirects qu'on lui donnoit sur la trop grande dépense qu .1 les< it à Marlv, a pris la résolution de n'y plus nourrn- les dames et de mn o .onnno il fait à Versailles et à Fontainebleau : on commencera cet c M.aniore nouvelle au premier voyage (luo nous y lerons ». Ces -a- .liroqno cbacun pourrait diner et souper dans son «PPartomont e y recevoir ses amis. C'est là ce .p.e M- do Maintonon expnnie pai ' la liberté de courre les tables ».

c,5i lETTRF.S DE M™" DE M\l>TENON.

VOUS avez rempli Ions mes désirs par rapport à vous, d m'avez ôlé la oonfusiou où j'élois d'estimer si sérieusciiieiit uu si jeune homme ^

Le Uoi vous sait bon gré de ce (|ue vous avez lait, cl se sait bon gré aussi de l'avoir deviné. 11 admire volic diligence et celle de vos troupes; mais il avoue (juil ne peut comprendre celle de voire canon. Le peuple de Tai is dit que, si vckis éles arrivé le jour (|ue l'on mar((ue, le diable vous a porté; ainsi vous v(dlà regardé connue un sorcier pendant que nous vous admirons. J'ai reru l)ieii des complimens; j'ai élé surprise de la vivacité de celui de M. le duc de Deauvillier, avec qui je ne vous croyois pas si bien. Il m'a parlé connue vousconnoissant. M. Desmarelz m'éci'ivil de manière à mériter de vous envoyer sa lettre, mais je ne l'ai pas ici, il faut que celle-ci parle. Notre maréchal de Boultlers est à Paris; je m'atlends à de grandes démonsliations de sa part.

M'"« la maréchale de Noailles me fit aller hier chez M. Desmaretz pour l'affaiie des renies sur la ville; nous conclûmes tous deux (pi'il ne seroit pas de votre goût qu'on en parlât présentement.

M. Yoysin envoya votre lettre à la duchesse de Noailles; elle n'a pas été insensible à celle circonstance. iNous dinâujes hier ensend)le chez M""- Voysin ^ ; elle est bien hère de ce (lue vous avez fait ; sa santé est très-bonne quoi qu'elle

* Par min iiimrlic rapide cl liartlio, le dur de Noailles, qui coinniandair en Roussilloii, avait rejoint le 26 juillet M. de Uoqnelauio, menacé par uu débanpieineiit des troupes ennemies eu Provence. I.o port de Celte, envahi, avait été dé,4a-é et les troupes ennemies oblijîées de qnillcr le sol de la France. I-a nouvelle de ce beau lait d'armes arriva à Ver?ailles le .' aoùl.

s M""= de Maintenou avait en prande amitié M™" Vojsin, et celle amitié avait sans doute contribué à la fortune de son mari, qui venait de remplacer Cliamillart au ministère de la <ruerre. Saiiii- Simon, qui reproche à M"- de Maintenon c<'lle laveur, fait cependant uu pnrlr;.it si inléres>ant de M'"- Voysin, qu'il justilie tout le piemie.l'estime et le ^'oùt que M"'= de Maintenon avait i>our elle ;VI, iil- Ui.

puisse dire. Notre princesse a eu en tout ceci une conduite par rapport à vous qui doit vous racconuiioder pour longtemps; Mesdames vos sœurs ne vous la laisseront pas ignorer. Adieu, mon cher duc; j'ai tant à répondre sur tout ce que vous m'avez attiré qu'il faut que je songe à ce que vous avez fait pour vous le iiardonner. Je ne laisse pas dans ma joie d'éti^e en peine de l'excès de fatigue que vous venez d'essuyer. L'esprit est prompt, etc.

A M. LE DUC OE NOAILLES

Manuscrits Do Mouchy, t. HI, p. 2'>1-

A Versailles, ce 17 août 1710.

Vous croyez donc, M. le duc, que nous sonunes des sols en ce pays-ci, et qu'il n'y a personne qui ait entendu toutes les merveilles et délicatesses de voire conduite? C'est ce qui vous trompe. Quand on reçut votre lettre, simple, succincte, le Roi dit : « Il n'a pas voulu rendre compte de ce qui s'est passé; il veut laisser au commandant et à Uintendant à mander le détail ». Celle lettre lut donc pesée dans toutes ces circonstances jusqu'à la lin, où vous demandiez si tendi^cment au ministre de la guerre de mander de vos nouvelles à vos parents. J'aurois été bien offensée s'il y avoit eu quelque chose de plus pour moi. Quand le couiTier ou officier de M. de Uo- (pielaureme présenta deux leltresjc dis qu'elles seroient de M. de Roquelaure et de M. de Caville. Vous voyez, monsieur, qu'on a (juelque discernement et qu'on vous coninùl un peu. Jamais on n'a donné plus de louanges à un homme que vous n'en avez reçu. Ne point attendre l'ordre, prendre votre parti sur l'heure, aller sei^viren suballernc, les ordres donnés d'abotd, la diligence incroyable, l(>s rafraîchissemens pour les troupes, la promi-titude à

attaquer les ennemis, la bonne volonté de l'armée, l'amour qu'elle a pour son général, votre retour en Roussillon, tout a été considéré, et je n'ai point encore vu de cou|)s de patte. Je ne dis rien de votre courage, vous en seriez offensé; mais on a parié de celui des deux frères. Faites mou compliment au clianoine; il n'aïu'oit pas si bien réussi à Notre-Dame*.

Je dinai cbez M""' votre fenmie, qui croit accoucher bientôt. Kl le a beaucoup souffert d'un mal de dents.

Je crains bien que la terre d'Oncau ne vous échappe, et que le Roi ne croie que tout ce qu'a fait M'"'' votre mérc ne soit une adresse pour retirer vos rentes.

M. de Vendôme est retenu parla goutte; ou croit qu'il ne trouvera pas les affaires en fort bon état en Espagne, et que le dernier combat ne s'est })as passé heureusement pour le Roi. On ne parle ici que de notre union avec l'Kspagne, et les dames, en mettant leur rayon^ agitent s'il faut faire un traité ou non; ce sera bien autre chose à Marly, où nous allons le 'iO.

Je suis plus solitaire que jamais; je vis hier le père de la Rue, qui vous voudroit connétable; il vous aime passionnément''.

Adieu, mon cher duc; je compte sur vous, soyez de même pour moi.

* Le comte de Noailles, frère cndet du duc, avait élé destiné ;i LÉjîliî^e; déjà pourvu d'un canonicat à Notrr-Daine, il quitta le petit collet pour l'éjiée. 11 avait rejoint son frère à l'armée do Roussillon.

* Rayon se dit de la coiffure des femmes, pour marquer la ma iiière dont leurs coiffes sont élevées sur leurs têtes eu forme de rayons. Dhlionnaire de V Académie française, édition de 1740.

^ Le père de la Rue, Jésuite, était confesseur de la duchesse de

Bourf:o^me. Prédicateur estimé, liUérateur fécond en tous ^anues,

il était sans doute de ce }j:ronpe d'iionunes instruits dont le duc de Noailles aimait à s'entourer.

Le manuscrit M. le duc de Moucliy contient ici la lettre de Lainoiguon de Bàville dont M'"'' de Mniiilenon vient de parler, cl qui rend compte de l'action militaire du duc de ISoailles. M""" de Waintcnon y répondit par le billet qui suit:

A M. DE LAMtlIGNON DE MVILLE, LMENDAM DU LANGUEDOC.

(Août 1710.)

Je suis bien sensible, monsieur, aux marques de votre amitié sur laquelle je compte il y a longtemps, et que vous devez à l'estime que j'ai toujours eue pour vous. La descente de Cette me mettoit dans une grande inquiétude, et je pense que celle des autres n'étoit pas moindre. C'est un miracle de votre bonne conduite depuis tant d'années dans cette province que la vue des ennemis n'y ait rien excité, ayant tant de raisons ou de prétextes d'élre mal contents. Je suis ravie qu'un honnne qui m'est cher ait rendu ce service conjointement avec vous; le Roi est bien content de tout ce qui s'est passé en cette occasion. Vous nous avez donné de la joie dans un temps oii nous n'en connoissions plus. Il faut prendre courage et songer à la guerre, puisque nos ennemis ne nous laissent point de paix.

A M"" LA PRINCESSE DES URSINS

Musée brit. \dd. mss., ii° âOUlD.

Versailles, le 15 seplcndire 1710.

J'ai montré votre lettre au Roi, madame, selon votre intention; il n'y a rien vu de nouveau par rapport à LL. MM. ce, et pour ce qui vous ringarde, madame, il est trés-persuadé de vos droites intentions pour sa personne et pour la France. Vous pensez tous de même, vous désirez les mêmes choses ; les intérêts sont communs, la 11. 47

leiulresso, la gloire, riionnoui -, mais il n'y a qu'une dift'érence, qui est celle possibilité dont ou vous pîule toujours. Je n'en dirai pas davanlago; le Roi veut que toutes ces choses-là passent par les canaux ordinaires, et en vérité je le veux bien aussi; et, si j'ainiois la vie et ina santé, je voudrois bien n'en entendre jamais parler.

Je vois avec déplaisir, madame, que vous êtes aus3i triste que moi; votre joie me consoloit quelquefois, votre courage m'en donnoit, et enfin j'étois toujours iort aise de vous voir pleine d'espérance et d'idées agréables. 11 y alongtenq)s que je vous ai mandé que tout le monde est venu à mon point, vous y voilà venue comme les autres. Vous êtes sage, madame, et vous savez mieux que moi qu'eu tout il y a toujours un parti plus mauvais que l'autre, qu'il y a des extrémités où il ne faut pas s'exposer, et des temps où il faut céder pour en attendre de plus

heureux.

C'est trop (jue vous ayez encore eu le cœur serré de la crainte de perdre monseigneur le prince des Asturies. Il faut dire la vérité : votre grande reine est exposée de bonne heure à de tristes expériences. 11 paroit que Dieu lui a donné un courage proportionné aux épreuves par où il veut la faire passer.

Je relis votre lettre pour y répondre. On voudroit de tout son cœur fortitier le duc de Noailles, mais il faut attendre que les ennemis du côté de Savoie nous en laissent la liberté; et quelle marche! quelle lenteur de secours! Je ne puis passer l'article où. vous parlez de chasser l'archiduc sans vous assurer que les meilleures têtes sont persuadées que c'est une vision.

Vous avez iirésentement M. le duc de Vendôme', vous aurez bientôt le duc de Noailles; sa femme n'a eu qu'une lillc, dont je suis bien fâchée à cause de lui. On dit que

* Il avait été domaiulo par le roi a'Esi>ayno iiuur i)rendre \o coinmaïKlcniciit de son armée.

les ennemis feront tout à la fois le siège de Saint-Venant et celui d'Aire. Vous voyez qu'ils ne nous craignent pas ; mais vous avez vu aussi ce que c'est qu'une bataille perdue, et vous espérez encore, si vous pouvez remettre une armée sur pied !

Le maréchal de Villars part le 25 j)Our aller aux eaux, et le maréchal d'IIarcourt et lui se doivent voir sur le chemin. Si vous voyiez l'état de ce dernier, vous jugeriez, madame, (jue nous sonnnes en tout à rextréniité.

Le roi d'Angleterre doit partir demain de rarniéc pour s'en revenir; il n'a pas un jour de santé. Les maladies sont grandes et dangereuses dans ce pays-là, et nos affaires n'y sont pas tournées assez vivement pour qu'il doive y demeurer jusqu'à l'hiver.

La pauvre M'"' de Mantoue se meurt, je la plains moins que M'""' sa mère. Toute notre cour est en parfaite santé, cl je suis, madame, parfaitement à vous.

A M. LE DUC Dl^: NOAILLES.

Manuscrit De Longucrue, f" 4i, cl Maiinsciits De Moucliy, l. III, j). ::JaO'.

A Saiiit-Cyr. ce 25 iiovcinlire (1710).

Knfin j'ai reçu une lettre de vous du 14 de ce mois toute rem|>lie de plaintes; le Roi ne doute point que votre zélé et voire intelligence ne remédient à tout; mais M'"*" la duchesse de Bourgogne et moi entrons dans vos peines. Nous connoissons (lue votre style n'est pas plaintif et nous jugeons par là que votre état est piessant. (Cependant vous avez le beau temps que vous désirez;

* La i»reiiiiéie j)artie de cette lettre, la nioilié environ, se trouve autographe dans le manuscrit possédé par M. le baron de Lon;,Micrue ; la seconde moitié, aussi autogi'a[tlie, est dans le volume manu sci'it des lettres au duc de Noailles possédé ])ai' M. lo duc de Woucliy

ainsi j'cspi'TO qiio vous sorlirez do vos premiers embarras; mais il en viendra d'autres.

La cour de ViKoria* s'éloil flattée, suivant sa coutume, que l'archiduc se retiroil, ce qui ne se trouve pas vrai. Ou dit que M. de Stareud)erg attend les troupes (pie les ennemis envoient à Barcelone et en Porluii^al. Les bonnes tètes d'ici sont toujours persuadées que nous n'aurons jamais la paix en i^ardant l'Lspagne, et que tout bon François doit désirer que IMiilippe V se contente d'un partage en attendant des conjonctures plus favorables. Ils prétendent que le Roi devroit exij^or de M""^ des Lrsins d'entrer dans cette vue et d'y travailler peu à peu.

Je n'ai encore vu M. le maréchal d'IIarcourt^ qu'en présence du Roi; il me parut le visage un peu étonné. Je dois le voir demain ou après-demain. Il a pris le bâton. Le duc de Yillerov esl, allé à Paris et reviendra jeudi pour suivre le Roi à Marly, et M. d'Ilarcouit prendra deux ou trois jours de repos. M. le maréchal de BouHlers n'a point demandé à me voir depuis son retour. M. Albergotti m'a paru aussi vif que jamais''; aussi dit-il que son mal n'a été rien de considérable. M. de Guébriant sera chevalier de l'ordre et aura une pension en attendant le premier gouvernement vacant. Nous allons voir bientôt l'effet du dixième; il y a des provinces qui murmurent un peu. Le Roi dit que les gardes du corps sont en très bon état. M. le prince de Conti sera chevalier de l'ordre au premier jour de l'an. Notre princesse a commencé à tenir une cour chez elle le soir depuis sept heures jusqu'à dix; M. le duc de Bourgogne y tient une table de jeu. On veut quelques bals à Marly. Tout cela m'inquiète pour

* Le roi d'Espagne, qui avait vAé forcé de sortir de Madrid leO septembre après la bataille perdue de Saragosse, était alors à Vittoria.

^ Le iiiarérlial d'ilarcoiirt avait eu une attaque de jiaralysie.

^ Ici s'arrête le l'ragnienf du manuscrit de Longuerue et recommence celui du manuscrit De Moucliv.

une personne qui paroît sur sa bonne foi et qui jusqu'ici en use bien^

On est fort attentif sur la destinée de M. de Marlborough, qui est retourné en Angleterre. Si tout ce qui s'y passe n'apporte point d'autre changement que celui de ce général, il me semble que c'est [leu de chose.

Votre maître se porte très bien, et la santé de votre très humble servante est meilleure qu'elle n'a été depuis dix ans. M""" de Mantoue vivoit encore hier au soir.

A M"'^ LA nilNCESSE DES UUSLXS.

Musée brit. Add. inss., 20 919.

Versailles, le 15 décembre 1710.

Dieu veuille, madame, que toutes vos bonnes nouvelles coidinuent et que l'archiduc sorte d'Espagne. Tonte notre attention est de ce côté-là, et nous voudrions à tout moment recevoir de vos lettres et do celles du duc de xNoailles. Cependant il finit prendre patience, car vous êtes tous bien loin.

Le voyage de la reine à Ragnéres paroît un contretemps dans la conjoncture présente, et fait faire bien des raisomiemens à ceux qui ne veulent jamais juger simplement-. On dit que les Espagnols trouvent très-mauvais que M. le p'rince des Asiuries passe en France, et il couroi t hier un bruit que vous le laissiez, ce qui ne seroit pas un petit inconvénient; je ne crois pas même que la reine ni vous puissiez soutenir cette séparation, et j'espère que le voyage se fera sans violence et sans accident.

* M""-^ de Mainlenon désigne évidemment ainsi la ducbesse de Derrv.

- La ivine d'Espagne, toujours souiTrante, devait aller prendre les eaux de liagnères. Les circonstances lirent renoncer à ce voyage.

J'ai consullé ce matin M. Fagon, pour savoir s'il appi'oiivoit que vous remportassiez des eaux de lîarèges quand vous retournerez à Madrid; il m'a dit qu'il en avoit écrit en ce sens-là à vos médecins, et leur avoit mandé l'expérience que Gervais en avoit faite autrefois.

Quoique je sache que la reine est au-dessus des femmes, je ne i)uis m'empôcher d'élre sensible à ce qui la déligureroil ; je vous conjure, madame, de m'en mander des nouvelles.

Trouvez bon, madame, que je m'épanche avec vous sur M'"* la du(îliesse de Bourgogne. Après avoir souffert bien des discours sur toutes les mauvaises mesures que je prenois pour son éducation, après avoir été blâmée de tout le monde des libertés qu'elle prenoit de courir depuis le matin jusqu'au soir, après l'avoii' vue haïe de tout le monde parce qu'elle ne disoit mot, après l'avoir vue accusée d'une dissinuilation horrible dans l'allachement qu'elle avoit pour le Hoi et dans la bonté dont elle m'iionoroit, je vois aujourd'hui tout le monde chanter ses louanges, lui croire un bon cœur, lui trouver un grand esprit, convenir (ju'elle sait tenir une grosse cour en respect; je la vois adorée de M. le duc de Bourgogne, tendrement aimée du Roi, qui vient de lui remettre sa maison entre les mains pour en disposer connue elle voudra, en disant publiquement qu'elle seroit capable de gouverner de plus grandes choses ^ Je vous fais part de ma joie là-dessus, madame, persuadée que vous en serez bien aise, car vous avez démêlé plus tôt que les autres le mérite de notre princesse.

M"**' la duchesse de lîerrv est encore une enfant, M. son

* Danj^^eau dit les mêmes choses et rapporte ces paroles du Roi : « Je la laisse imiîlresse absolue de sa maison ; elle seroit capable de choses plus difliciles et plus importantes ». 9 décembre 1710. Voir ci-dessus, p. 121).

— DEGEMRRE 1710. —

mari l'aiiue passionnément, et M. le Dauphin disoit hier au soir qu'il étoit l'homme du monde qui avoit fait les meilleurs maris. Dieu les conserve tous!

M"'" de Mantoue est encore à l'agonie et meurt dans une piété admirable. J'ai vu M. Amelot; on ne peut l'entretenir sans l'en estimer davantage. M. le maréchal de Villeroym'a demandé une audience pour M. d'Aubigny; je la lui donnerai jeudi à ma maison de la ville, afin de pouvoir l'entretenir en repos et d'avoir le plaisir de l'entendre parler de vous.

Adieu, madame; seroit-il bien possible que nous vissions nos rois en repos? On dit que les Hollandois sont très fâchés.

A M-"" LA PULNGESSE DES IftSINS.

Musée brit. Add. visa., 20919.

Versailles, le 29 décembre 1710.

Je voudrois de tout mon cœur, madame, obéir à l'ordre que vous me donnez de vous faire une relation diffuse de la maniéi^e dont toute la cour reçut les merveilleuses nouvelles d'Espagne': je n'élois point à Versailles, le Boi étoit à la chasse, et nos princes et princesses avec lui. On vit venir M. de Torcy, accompagné de M. d'Antin qui revenoit sur ses pas; on se douta bien que c'étoit quelque chose de bon, et la joie se répandit bien vite partout. Un écuyer du Roi qui est fort de mes amis vint à Saint-Gyr, et me fit dire de venir vite au parloir: j'appris la bataille gagnée, et le courrier de M. de Torcy, qui s'étoit joint à

* Le 20 décembre était arrivée à Versailles la nouvelle de la victoire de Villavieiosa, {jagnée par Philippe V et le duc de Vendôme; elle suivait quehpies autres succès et rétablissait les affaires en Espagne. On ji'eut que le 24 les nouvelles détaillées.

l'écuver, nrinforma du détail. Mes trois cent trente fdles commencèrent par aller remercier Dieu ; on leur permit de se réjouir, et les récréations durent encore.

J'eus quelque impatience de sortir de Saint-Gyr pour aller voir tout le monde ravi ; le Roi létoit très-fort delà gloire personnelle du roi son petit-fils. Ma chère princesse, plus vive que les autres, étoit transportée ; les habiles gens étoient plus sérieux et ne croient pas que nos affaires en aillent mieux ; cependant le plus grand nombre pétille de voir Starem.berg pris et l'archiduc aussi, ou du moins ejnbarquès pour aller où il leur plaira.

Le roi d'Espagne a grande raison de se réjouir, madame. Je vis avant-hier M""' la duchesse d'Albe ;on l'aiiroit crue dans les premiers mouvemens, et je la trouvai toute rétablie de sa longue maladie.

J'ai bien pensé que votre grande reine ne voudroit pas qu'on la reçût comme on auroit fait autrefois. Vous qui connoissez la magnificence, la politesse du Roi, vous lui ferez des excuses et les honneurs de la France, que S. M. verra par un vilain endroit; il n'importe, si elle y recouvre la santé*.

Je suis dans de grandes inquiétudes sur le duc de Noailles ; il s'exposera plus qu'il ne faudroit, et vos heureux succès vont encore augmenter son ardeur. Son frère est toujours mal à Perpignan; sa famille voudroit le faire revenir, puisqu'il n'est pas en état de servii*.

Nous avions cru la duchesse de Noailles grosse, elle ne l'est pas. On dit que la reine laissera M. le duc des Asturies au roi son père, parce que les Espagnols ne veulent pas qu'il entre en France. Nous ne croyons pas votre

héros fort propre à gouverner un enfant. Conuuent vous partagez-vous, madame, entre la reine et lui? Je ne consentirois pas à l'expédient de Salomon.

A M. LE MARÉCHAL DE VILLEROY

Miscellanics of the philobiblon Society, t. XIII (1871-7i). p. 40.

A Saiiit-Cyr, 0 janvier 1711.

J'avois deviné, monsieur, que M. lÉlecteur de Cologne auroit envie de dire la messe à Saint-Cyr; car c'est la manière dont il régale toutes les personnes à qui il veut faire honneur ou plaisir'. Vous avez répondu à souhait, et vous me tirez d'un très-grand embarras, que ma santé et mon âge ui'auroient rendu fort pénible; j'aime beaucoup mieux avoir l'honneur de le voir à Versailles, s'il le veut absolument. Je l'avois évité au premier voyage qu'il fit ici : mais, comme M. l'Électeur de Raviére m'a fait cet honneur à Marly, celui-ci voudra peut-être faire la même chose. Vous savez connue je pense, et combien je voudi'ois m'enfermer; faites donc là-dessus avec votre bonté oïdinaiie et selon ce (|ue vous croyez que je dois faire. Je ne puis, monsieur, vous remercier assez de m'avoir sauvé la visite de Saint-Cvi*.

Quant à ce qui vous regarde, je co?nprends vos resseulimens; mais il ne faut jamais désespérer de rien. 11 me semble que si vous vous rapprochiez un peu, vous trouveriez moins de sécheresse. Il m'est revenu qu'on vous a parlé : suivez ce petit adoucissement, je vous en conjure, et croyez qu'il n'y a personne qui désire votre

* C'est toujours du voyatre à Bagiièrcs (juil est question. On remarque de quelle nianièi-e M""= de Mainlenon, qui avait été plusieurs lois à Rarèges et à Ra^rnères avec le duc du Maine, apprécie les Leaulôs des Pyrénées.

* On peut voir dans Saint-Simon (V, 118, et VllI, 170-172) que cet archevêque-électeur aimait à faire toutes sortes de fonctions ecclésiastiques et s'en acquiUait singulièremcnl. H avait [leu prolité du célèbre discours que Fénelon lui adressa lors de son sacre.

satisfaction plus sincèrement que votre très luniil)le et très-obéissante servante.

A M. LE DUC DE EGAILLES

Manuscrits De Mouchy, t. III, p. 261.

A Mari y, ce 0 février 1711.

J'ai beaucoup de joie et je l'ai acbetée par beaucoup de peine, non par les sots discours que j'entendois sur la levée du siège, mais par beaucoup d'autres raisons, comme le retardement que le déluge vous apportoit, la diminution de vos vivres, la difliculté d'en avoir, le peu d'habileté de vos ingénieurs, la capacité de M. de Staremberg, la rage des peuples, vos inquiétudes, vos fatigues. Tout cela, mon cher duc, m'a fait passer de mauvaises nuits, me mettant souvent à votre place, qui étoit très mauvaise.

Enfin Girone* est pris, et tout ce qui en fesoit les difficultés fait aujourd'hui votre gloire. Madame, qui sort de ma chambre pour m'en faire compliment, m'a assuré que vous étiez encore aimé et loué de bon cœur, et nous avons conclu que, si vous continuez, vous pourrez bien être haï et blAmé.

On nous annonça M. Voysin en même temps que le capitaine des gardes avertit pour la viande. Vous savez qui est dans ma chambre dans ce temps-là; nous criâmes d'abord que ce seroit des nouvelles de Girone. M. Voysin entra suivi d'un petit homme qui avoitune grande barbe et qui commença son récit d'un ton et d'un accent qui charma nos princes. La joie fut grande quand on sut que les forts étuient rendus, car on n'avoit d'abord compté que

* (iii'one, assiégée par le duc de Noailles, cai»itiila le 23 janvier, avec promesse de rendre les deux forts (|ui tenaient encore le dernier du mois, s'ils n'étaient pas secourus, ce (pii était probable.

— FÉVRIEK 1711

sur la prise de la ville. Je ne vous dirai pas le compte que :>I. Planque rendit de toutes les attaques, tenant un plan à la main : le Koi y prenoit un singulier plaisir, et je veillois sans peine pour l'entendre. Ce que j'ai le mieux retenu est ce qui fut dit de vous : « J'ai servi, dit M. Planque, sous tous vos généraux; vous n'en avez ])oiut qui approche de celui-ci; il a la prudence et la prévoyance de Tiirenne, la valeur et la vigilance de Créquy, l'intelligence pour l'arlillerie de la Freselière, et le détail de Jacquier. » Chacun s'en alla coucher ensuite ou, pour mieux dire, souper. Pour moi, je demeurai assez longtemps réveillée assez agréablement et j'eus ensuite une fort bonne nuit.

Le lendemain matin le Hoi me dit que votre dépêche étoit merveilleuse; qu'il n'avoit jamais vu tant d'ordres si bien donnés; qu'il n'y avoit pas un seul officier qui ne siit ce qu'il avoit à faire, et que vous aviez poussé la prévoyance jusqu'à marquer aux soldats de ne pas entrer trop avant dans la ville, parce qu'ils trouveroieut des retranchemcns et d'autres empéchemens dans les maisons, qu'il falloit aller à tout cela pied à pied. Nous attendons le courrier de vous qui nous apprendra ce que vous allez faire. Je suis bien persuadée que vous ne vous brouillerez pas avec M. le duc de Vendôme, par les endroits que prétendent les dames du salon; mais je craindrois la diversité de vos sentimens sur le siège de Barcelone, et qu'on ne seprîtà vous, en Espagne, de l'opposition qu'on trouvera dans le Roi, qui, très naturellement, pense comme vous.

Je vis avant-hier M. le maréchal deVilleroy,qui professe une grande estime et amitié pour vous. 11 a été des premiers à m'écrire sur cette affaire-ci. M. Desmaretz l'a fait aussi et parle fort bien sur votre sujet. J'ai fait mes complimens là-dessus à M™*' la maréchale et à M. le cardinal, et j'ai reçu ceux des autres.

A cette lettre dictée, M"" de Maiiiteuoii ajoute de sa main:

Le Roi coinmeiicoit à être inquiet sur Girone : il a été ravi, et véritablement il est bien content de vous. Il me semble qu'il a fait tout ce que vous avez désiré pour les officiers. Quant à vous, cela viendra, et j'ai fort assuré que vous seriez satisfait tant qu'il le sera. On craint de petits embarras; j'ai répondu ce que vous auriez réj)ondu vous-même, et je vous connois assez pour savoir ce que vous penserez. Je suis ravie de ce ipie vous mettez M. de Hrancas eu train d'avoir des grâces; je vous prie de lui faire mescomplimens de celle qu'il vient de recevoir.

M'"' la ducbesse de Noailles doit venir ici à quelques bals; mais jamais elle n'a paru moins empressée. Adieu, mon clier duc J'étois venue au Repos* pour vous écrire avec plus de loisir, mais le froid m'en cliasse. Vous ne voulez point ma mort, et vous avez raison, car ccrlainemiMit vous y perdriez ce (pi'on ne trouve guère.

A M. DE LAMORi-NON DE DAVILLE, INTENDANT DE LVNT.UEDOC.

Uémuires et documents publiés par la Société d'histoire cl d'archéolo(jie

de Genève, t. XIX, ISTj.

11 IV'vnor 1711.

Vous croyez bien, monsieur, (|ue j'ai reçu beaucoup de complimens sur la prise de Girone; mais je distingue le vôtre comme j'ai toujours distingué votre persoime. Vous êtes trop attacbé au Roi pour n'avoir pas été sensible à celle conquête, et vous avez toujours témoigné tant do bontés pour M. le duc de Xoailles que je vous crois bien aise qu'il en ait le mérite. Vous y avez contribué, monsieur, par vos soins et votre diligence, et sans votre

1. Son appartement privé à Marly. Voir Saint-Simon, XII, 119.

secours il n'auroit pas pu exécuter son projet. Je suis ravie de la bonne opinion que vous avez de lui; mais je l'cgarderai toujours connue un de ses grands bonbeurs d'avoir un ami comme vous. Vous savez, monsieur, que ce n'est pas d'aujourd'bui que je suis toucbée de tout ce que vous valez, et de tout ce que vous faites. J'ai entendu M. Planque avec grand plaisir sur ce qui vous regarde, et je vous supplie de me croire votre, etc.

A M-- LA PRINCESSE DES URSINS

Musée hvW. .\dd. 7nss., ii" 20019.

Versailles, 25 Cévrier (1711).

Je reçus Lier au soir votre lellrc du 15, madame, et je vis que votre secrétaire a cbangé d'encre, et que ma vue n'est pas diminuée. Il est vrai que j'ai jvpondu une fois à trois de vos lellres; mais il est vrai aussi j'ai été trèsinquiète de votre santé.

Je doute fort que le Roi permette au duc de Noailles d'accepter la grandesse, car je l'ai vu bien ferme à ne plus vouloir que les François jouissent de cet lionneur. Il est vrai que la paix est très-désirée ici, et qu'on y souffre beaucoup du côté de l'argent. Ce n'est pas l'abondance, mais l'avarice qui fait jouer nos courtisans : on met le tout pour le tout pour avoir quelque argent, et les tables de lansquenet ont plus l'air d'un triste commerce que d'un divertissement.

Voici, ce me semble, une campagne bien importante, les ennemis fort près de nous, et qui, selon les apparences, feront leurs derniers efforts pour nous réduire à une inauvaise paix. D'un autre côté, nos arrangemens sont meilleurs que les autres années, et nous espérons nous mettre les premiers en campagne. Si Dieu veut nous secourir, nos affiùres peuvent en peu de temps })rendre un

aussi 1)011 tour que les vôtres; mais, madame, il faut que vous conveniez que c'est un miracle que votre rétxijjlissement, et que, malgré votre courage et votre habileté, vous étiez perdus si M. de Slaremberg avoit gagné la bataille qu'il a perdue.

M. le duc de Fronsac est aussi aimable que je vous l'ai dit; mais jusqu'ici il ne paroît pas dangereux ]>our les dames; il a quinze ans et n'en paroît pas douze: on voudroit le caresser comme un joli enfant et je lus hier sur le point de le prendre sous le menton, quand il me piia de signer son contrat de mariage*. La manjuise de la Vallière a la petite-vérole, mais c'est très peu de chose; elle en a si grand'peur qu'elle ne veut point voir M. le marquis de Noailles, qui en est encore rouge: ce sont les deux filles de la duchesse de (iuiche qui la lui ont donnée.

Je suis en })eine de la résolution qu'on prendra sur les blés ; je vois de quelle nécessité il est de vous en donner, et je comprends nos frayeurs de nous retrouver dans l'état où nous avons été ; celui où nous sommes est trop violent, et se fait sentir à chaque occasion. Je vous assure, ma-

* Ce duc de Fronsac ost le futur inaréclial do Uicli(>liou. l'ami de Voltaire, le liéros de rort-Malion; il apjtaraîl avec éclat dès ici sur la scène qu'il occupera jusqu'en 17<S«. Voici le portrait qu'en faisait M""' de Maintenon dans une lettre du 12 janvier: c II paroît pour la proînière lois un jeune courtisan, (ils de M. de nichelien, et (pi'on appelle le duc de l'ronsac. Il a seize ans et en iiarait douze; il est, dans sa petitesse, de la plus jolie taille du monde : un beau visage et nne parfaitement helle tête; il est des meilleurs danseurs, il est très bien à cheval, il joue, il aime la musique, il est propre à la conversation. Il est respectueux, très poli, un tour de raillerie afrré;ible ; il est sage (piand il le faut, et tout le monde le trouve tel que je viens de le dépeindre : il doit se marier dès que nous serons à Versailles; il éjiouse M"° de Xoailles,... qui aura plus de cinq cent mille écus de bien : elle est laide, bieji faite, raisonnable et a dixhuit ans. » CeUe M"" de Xoailles était tille du marquis de ÎN'oailles et CDUsine germaine du duc. Le futur duc de Hiclielieu, qui se mariait pour la première lois à quinze ans et demi, se l'cmaria puur la troisième fois à quulre-vingt-(]ualre ans.

— FÉVniKPi 1711. —

dame, qu'il y a ici bien des gens affectionnés à l'Espagne, et je vous assure aussi que je vous suis très tendrement dévouée.

A M'"^ LA PUINOESSE DES l'RSlNS.

Musée brit. Add w.ss., u» "20919.

Saint-Cyr, le 20 février 1711.

Je ne doute point, madame, de la joie que vous avez eue de la prise de Girone, par toutes les circonstances <|ue vous me faites l'honneur de me mander : la Reine m'en écrit d'une manière à gagner mon cœur si elle ne l'avoit jins déjà; et, si vos rois continuent, ils seront adorés de tout le monde comme des Castillans. C'est bien sincèrement que je trouve M. le duc d(^ Xoailles trop heureux d'être enq)loyé à leur service. Il a besoin, madame, de toutes les consolations qu'il re(;oit de votre part, car il en a peu de la nôtre : tous nos soins sont pour la Flandre; il me semble qu'on se propose d'aller à cette campagne avec plus d'espérance qu'on n'en avoit dans les autres. Il n'y a que Dieu qui sache ce (|u'il nous garde. Le Roi ne s'est point encore déclaré sur la graudesse du duc de Noailles; il dit qu'il attend de ses nouvelles; je crois que je pourrois bien deviner ce (ju'il y aura dans sa lettre. Mais venons encore à votre reine : elle écrit à M'"*" la maréchale de Noailles. Veut-elle, madame, faire un parti en France par toutes ces manières-là ? Je vous réponds ])ien qu'elle y est aussi aimée et aussi estimée qu'en Espagne. Je ne sais ce que c'est que M. le comte d'Estaires ; mais je le tiens honnête hotnme par la commission que le duc de Noailles lui a donnée, et par la grâce qu'il a demandée pour lui. Je suis bien sensible, madame, à la part que vous voulez me donner à celle que M. le marquis de Reaufremont vient de recevoir. Dieu vous bénisse tous!

VOUS lo nioritoz hicn, et j'admire vode conduito en tout cl parfont; mnis je vous conjure de ne plus vous séparer de la leine et de ce charmant prince : j'ai une grande Idée du hesom qu'ils ont de vous, et que vous faites toute iour joie en même temps que vous leur lendez les 'services les plus solides.

Notre ami, le maréchal de Villerov, a la goutte aux deux pieds, aux doux genoux, aux deux mains et aux deux coudes : c'est bien expier le bon air; Dieu veuille qu il le prenne en patience!

Nous avons vu M- de Fronsac, qui est parfaitement laide: on dit qu'elle a de l'esprit et de la raison.

On espère que le procès de nos princes sera jugé avant la nu-carême, ce que j'ai bien de la peine à croire. Je voudrois bien, madame, être avec vous comme vous êtes avec moi, quelque inégalité que je sente qu'il v ait entre nous.

A M. LE DUC DE EGAILLES

Mamiscrils IH- Moudiy, t. III, p. 27f.

A Saiiit-Cyr, ce 1" mars 1711.

Je sais, monsieur, ce que vous pensez sur ce qui se passe; je connois la vérité de votre vertu, et qu'elle n'est pas en paroles; je sais que vous (îonnoissez les hommes et tout ignorante que je suis, je sais que la lecture vous a donne une assez grande exi>érience pour n'être surpris de rien. Après cela, allons notre chemin, et faisons le mieux que nous pourrons en tout et partout!

Je suis plus sensible à vos travaux qu'au retardement des honneurs S parce que je suis assurée qu'ils vous

fâchent davantage. Il faut pourtant bien prendre votre parti là-dessus après avoir proposé ce que vous crovez nécessaire ; car ce qui s'a])pelle vos travaux, c'est de mampier de ce qu'il faut pour le service. 11 ne m'est pas revenu un mot de votre famille, la petite-vérole l'a dispersée, et je me cache de "plus en plus. Le Iloi est trèscontent de votre belle lettre; il est délicat en slvle, le vôtre l'a satisfait. Je n'ai pas encore bien vu comment est pour vous celui à qui vous donnez de Vohéhsant, et qui n'auroit que de V affectionné sans son maître ; je ne sais si vous vous souviendrez de ce que vous me mandez là-dessus.

Le Hoi me dit hier que M. Voysin venoit de lui lire votre lettre, cpi'il n'y avoit rien de particulier, que c'éloit des demandes de ce qu'il vous faudroit ; voilà tout ce que j'en saurai. M""* la duchesse de Bourgogne a reçu et lu voire leltre fort sérieusement; elle m'a dit seulement qu'il n'y avoit nulle raillerie. M. de Brancas m'écrit vivement sur ce qui vous regarde ^ Je ne montrerai pas sa lettre, je ne puis lui en savoir mauvais gré.

Adieu, mon cher duc, et plus clier que je ne le puis exprimer; je prie le ciel de vous conserver et toute votre maison. Je suis charmée de votre lettre, elle part du co'ur, l'esprit ne pourroit fournir tout ce qui y est, et on V sent la vérité.

Je reçois en ce moment une lettre de M"^*^ votre mère, désespérée de ce (jue le Boi ne déclare pas votre grandesse ; j'ai répondu ce que je crois vous convenir et qu'on vous obligeroit fort de se taire.

* Le marquis do Brancas était ambassadeur eu Espagne.

A M. LE DUC DE NOAILLES

Manuscrits Do Moiicliy, t. III, p. iT9.

A Sîiint-Cyr, ce 22 mars 1711.

On va vous envoyer notre petit prodige* qui n'est plus prodigieux; on donne autant sur Ini présentement qu'on le louoit au dernier voyage de Mari y ; je ne sais pourtant rien de positif que d'avoir doiuié dans un panneau qu'on lui a tendu sur le jeu. 11 a perdu vingt ou trente mille francs au (juinze tête à tèle avec un lionmie qu'on prétend qui avoit bien des moitiés*. Quoi qu'il en soit, mon cher duc; ce fardeau retombe sur vous. M. le duc de Richelieu a cru qu'après cette équipée il falloit l'éloigner encore plus qu'il ne le seroit en Flandres; que le marquis de Noailles, qui est à présent le sujet de son admiration, auroit soin de lui sous vous; qu'il y apprendroit parfaitement son métier, et qu'il étoit bien juste qu'il profitât d'avoir un tel cousin-germain. J'ai trouvé tout cela très bien pensé, et j'espère qu'il ne vous embarrassera pas plus que de raison. C'est la plus aimable poupée qu'on puisse voir.

M'"« la princesse des Ursins m'écrit toujours sur la facilité et l'utilité du siège de Barcelone; on ne pense pas de même ici. Nous sommes bien persuadés que les ennemis ne nous préviendront pas en Flandres. Le général ne presse pas d'y aller, de peur d'entamer trop tôt nos magasins. La finance et la guerre ne s'accommodent guère ^; il y a eu un peu de bruit ; on m'assure qu'il n'ira pas plus loin. Je suis plus affligée que jamais sur ce qui

* Le duc de Fronsac.

* C'est-à-dire bien des personnes intéressées dans son jeu, y ayant des parts.

5 C'est-à-dire les deux minisU-es, Desmaretz et Yovsin.

touche votre oncle*; il a des ennemis, il leur donne beau jeu pour le brouiller tout à fait avec son maître. Je suis plus séquestrée que jamais; je ne puis m'accoutumera ce que je vois et je deviens très insupportable à tout ce qui environne notre princesse; elle est plus âpre aux diverlissemens qu'elle n'a jamais été. Je vais à Saint-Cyr le plus que je puis.

J'ai fait une faute en pliant mon papier; je n'ai pas le courage de la réparer.

On n'a pas envie de vous voir, parce qu'on vous trouve un ardent solliciteur. Je vous assure, monsieur, que je ne pense pas de même.

A M. LE CARDINAL DE NOAILLES

Manuscrits De Mouchy, 1. 1, p. 249.

A Marly, ce 15 avril (1711).

Venez quand vous voudrez, monseigneur, faire votre triste compliment. Le Roi est abattu*; mais, gi^âce à Dieu, il n'est point malade. L'air contagieux empêchera de rendre au corps les honneurs qui lui seroient dus. On le portera à Saint-Denis dans un carrosse avec un aumônier, le premier gentilhomme de la chambre, douze gardes et douze flambeaux. Il ne sera point ouvert et on le mettra en arrivant dans la cave. Je n'ai pas la force, monseigneur, de vous rien dire de plus.

* Le cardinal de Noailles.

- Le Dauphin, qu'on appelait Monseigneur, était mort h 14 avril dans la nuit, de la petite vérole; la mort avait été très i-apide. La lettre suivante en dira les circonstances.

A M"^ LA 1»1U.NCESSE DES LRSINS.

Muàôr bril. Àdd. ms»., n' iUWtO.

Miiily, le 10 avili 171 1.

Un accès de fièvre plus violent qu'à l'ordinaire et l'absence de Mlle d'Auinale m'enipèclièrent d'avoir l'honneur de vous écrire par le dernier ordinaire, et de répondre à votre grande lettre du 30 mars, dont je vous rends mille grâces, car je vous assure, madame, que je ne les trouve jamais assez Ioniques.

Mais quel sujet de lettre, madame, ai-je à tiaiter aujourd'hui avec vous, pour vous rendre compte de l'état de notre cour et de tant de personnes auxciuelles vous vous intéressez! Vous aurez su, madame, (juapiès trois jours de maladie, où les médecins jugèrent qu'il y avoit de hi malignité, la petite-vérole se déclara samedi, onzième du mois, à six heures et demie du luatin. Nous entrâmes dans l'inquiétude de la manière dont elle sortiroit, à cause d'un assez grand assoupissement; mais elle auf^menta dès huit heures, la fièvre diminua, il vint des sueurs qui parurent très favorables, et nous demeurâmes dans cet état d'espérance et de joie jusipi'ù mardi, que le Roi, entrant dans ma chand>re, suivi de M. Fagon, me dit : « Je viens de voir mon fils, qui m'a si fort atlendii que j'ai pensé pleurer; sa tète est grossie depuis Irois ou quatre heures prodigieusement, il est presque méconnoissable, ses yeux coinmencent à se fermer; mais on m'assure que tout se passe ainsi dans la petite-vérole, et M'"'' la Duchesse et M'"*' la piincesse de Conti disent qu'elles ont été tout de même; sa tête est fort libre, et il me dit qu'il espéroil me voir demain en meilleure sauté. » Et sur cela le Roi se mit à travailler avec M. Voysiu et M. Desmaretz.

Comme vous savez, madame, que je n'ai pas de dispo-

silion à me flatter, je crus voir de l'inquiétude sur le visage de M Fagon, mais je n'osai le questionnera cause du Roi; j'envoyai seulement faire part de ma peine à M"'" la princesse de Conli, et M'"^ Durfé eut la bonté de venir me dire de sa part quelle connoissoit parfaitement bien l'élat de Monseigneur par celui où elle avoit passé : elle ne l'a pas quitlé et le servoit avec beaucoup d'affection et de courage ^

Le Roi alla souper, comme à son ordinaire, avec ces deux princesses et les dames de leur suite; car nos princes et ce qui s'appelle maintenant M'"'' la Dauphine éloient demeurés à Versailles par ordre du Roi. Sur les onze heures on vint le cherchei', en lui disant que Monseigneur étoit très-mal. On descendit, on le trouva avec des convulsions et sans aucune connoissance. Le curé de Meudon arriva avant le père le Tel lier, que le Hoi avoit pourtant eu la précaution de faire tenir à Meudon, et cria : « Monseigneur, n'étes-vous pas bien fâché d'avoir offensé Dieu? » Maréchal, qui le tenoit, assure qu'il réj)ondit : « Oui ». Le curé reprit : « Si vous étiez en état de vous confesser, ne le feriez-vous pas? » Le prince répondit : « Oui ». Le père le Tellier assure qu'il lui serra la main, après quoi il lui doima l'absolution.

Quel spectacle, madame, quand j'arrivai dans le grand cabinet de Monseigneur! Le Roi assis sur un lit de repos sans verser une larme, mais avec un frisson et un tremblement depuis les pieds jusqu'à la télé ; M'"^ la duchesse se désespérant, M'"'' la princesse de Conti pénétrée, tous les courtisans en silence, interrompu par des sanglots et par les cris qu'on entendoit, qui se faisoient dans la chandjre à chaque moment qu'on croyoit qu'il expiroit.

Le Roi y étoit entré trois ou quatre fois avant que j'arrivasse, pour voir s'il n'y auroit pas quelque moment

* La diicliosse do BourhonCondé et la [irincesse de Conti étaient de la cabale de Monseigneur et i)erd;iient tout par sa mort.

pour introduire le père le Tellier, et pour envoyer chercher rextrênie-onclion. Les carrosses du Roi vinrent. J'avois fait avertir M'»« la duchesse de Bourgogne de se trouver sur le chemin du Roi, parce qu elle vouloit venir avec lui à Marly. Car il faut vous dire en passant que sa conduite est merveilleuse; elle se partage continuellement entre le Roi, M. le duc de Bourgogne et M. le duc de Berry. Le Roi prit le premier de ses carrosses qui se présenta, et s'y mit avec M""^ la duchesse et M™** la princesse de Conti; il voulut que j'eusse l'honneur de les accompagner.

Ces princesses le prioient en chemin de ne plus se contraindre et de pleurer, craignant son saisissement; mais il ne le put jamais. M"'" la Duchesse faisoit des cris à percer le cœur, et reloinboit dans un silence affreux. On trouva M"''^ la duchesse de Bourgogne entre les deux écuries : elle vint bien vile au carrosse; le Roi la conjura de n'y pas monter, étant rempli de personnes qui sortoient de la chambre de Monseigneur, et son premier devoir étant d'aller trouver M. le duc de Bourgogne et de lui apprendre cette mort. Nous arrivâmes à Marly, où l'on ne nous attendoit pas et où personne n'avoit ce qui lui étoit nécessaire : on l'attendit avec le Roi jusqu'à quatre heures du matin qu'il alla se coucher.

Dans le moment que Monseigneur rendit l'esprit, tout son corps fut couvert de pourpre, ce qui oblige à l'enterrer sans cérémonie. 11 ne sera point ouvert, on le pjrtera dans son carrosse; un premier gentilhomme de la chambre, un aumônier, douze gardes et douze flambeaux l'accompagneront; et, en arrivant à Saint-Denis, on le mettra dans la cave : voilà où se termine toute grandeur! Notre douleur ne nous a point empêchés de songer à celle qu'aura le roi d'Espagne. Oserois-je vous supplier, madame, de lui nommer mon nom dans cette triste occasion? J'ai épuisé toutes mes forces à vous faire cette rela-

— AViiir 1711. —

tion, croyant qu'il seroit plus consolé de savoir ce détail que de l'ignorer; je n'aurai donc point l'honneur d'écrire à LL. MM. Cette lettre-ci me coûte trop de larmes; Elles en seroient accablées, et leur excessive bonté les porteroit peut-être jusqu'à me faire réponse.

M'"« la dauphine vient ici tous les jours ; M. le daujihin, M. le duc de Berry et tout ce qui est à Versailles de leur suite v viendront dimanche en cérémonie, et le Roi verra tout le monde : ce sont des suites bien cruelles, et qui renouvellent à chaque moment la douleur. Nous attendons ce soir la reine d'Angleterre; je ne sais si le roi viendra, car il est assez mal de ses vapeurs, et il n'a jamais eu la petite-vérole, non plus que la princesse sa sœur.

M. le duc de Bourgogne est transi, pâle comme la mort, ne disant pas une parole, levant les yeux au ciel: il a écrit au Roi une lettre fort touchante. M. le duc de Berry a eu une autre sorte de douleur; toujours prés d'étouffer, il fallut le déshabiller à moitié dans la chambre de M""^" la duchesse de BouriiO^aie^

Monseigneur étoit trés-ainié; tout Paris est affligé. Deux harengéros de la balle le vinrent voir : il les fit entrer; elles lui promirent d'aller fture chanter un Te Deiim pour le bon état où elles le Irouvoienl. 11 leur répondit qu'il n'en étoit pas encore temps; il a toujours été frappé de son âge, disant : « J'ai la petite-vérole, mais j'ai cinquante ans ». Il niarquoit une grande peine de voir que le Roi s'exposoit si souvent au mauvais air.

Adieu, madame; j'espère que le Roi se portera bien, quelque pénétré qu'il paroisse, malgré les soins qu'il prend de le cacher. 11 étoit changé hier matin à n'être pas reconnoissable ; mais il étoit beaucoup mieux le soir parce qu'il avoit pris l'air. 11 déclara dès hier à M"« la

* Cefle ]iliraso, donnée jtar Dossange, est omise dans le manuscrit n» 209^20, f" 43, r.

daiipliinc qu'il ne vouloil plus souffiir de séparation ontro eux, ni que nos princes eussent d'autres maisons de plaisance que les siennes. Cet ordre-là ne lui déplut pas.

Pour connaître toutes les pnssions que soulevait la mort de Monseiiïneur, on ne peut que renvoyer au célèbre et adniirahle récit (le Saint-Siuiou (Mil, p. 255 et suivantes). Cette fois, nous ne trouvons auciuie op|»osilion rntre ses jugements et ceux de M"'' de Mainteuon ; il n'y a que la dilïéreuce du ton nécessaireuiPut contenu et discret à la véliéiueuce passionnée, à la liberté absolue des licmoircs. Rappelons en quelques mois la siluatiou de la cour. JIonsei^Mieur, héritier du trône sous un roi déjà âgé, était environné à Meudou, sa résidence ordinaire, d'une coterie dont rand)ilion se pn-parait à régner sous un prince faible et peu intelligent. A la tète était la duchesse de Rourbon- Coudé, lille du Roi et de M'" de Montespan, celle qu'on appelait M"" la Duchesse, ent(>urée des princesses de Lorraine, et s'appuyant sur le duc de Vendôme. Monseigneur n'aimait point son (ils aine, le duc de Bourgogne, dont l'austérité le gênait, et il n'avait point subi le charme de sa belle-tille. C'était de Meudou qu'étaient partis les Irails envenimés de celte cabale qui, pendant la campagne de 1708, avaient atteint le duc de Bourgogne, et causé de si cuisants déplaisirs à la duchesse. Le mariage du duc deBerry, troisième fils de Monseigneur, n'avait fait qu'aggraver celte situation. Sa femme, lille de Philippe il d'Orléans, le futur Régent, était déjà, quoicpie encore enfant, ce « prodige d'esprit, d'orgueil, d'uigratilud»', de folie et aussi de débauche»» qu'a dit Saint-Simon (VIII, 27N). Elle avait aspiré aussitôt et réussi à dominer Monseigneur, dont son mari était le favori, et à l'éloigner toujours plus du duc et de la duchesse de Bourgogne. On comprend dans quel abîme tombaient toutes ces ambitions et toutes ces viles intrigues par la mort du Dauphin. Le duc de Bourgogne devenait héritier immédiat du trône. La duchesse de Bourgogne préludait à son règne futur par son inlluence sur le Roi, dont elle était l'enfant gâté; elle était aidée et soutemie par M'"" de Mainlenou, qui voyait en elle son élève, el qui se vantait d'avoir formé cette charmante et séduisante princesse.

ÎSll

A M. LE DUC DE NOAILLES

ilanuscrils De Moiicliy, t. III, p. 283.

AMarly, 27 avril 1711.

Je n'oublierai point votre nom, mon cher duc, je l'entends nonuner trop souvent, et je crois en vérité qu'on vous loue trop. Vous augmentez mes in(iuiétudes sur le mal de la leine, qui me paroît bien considéiable ; nous en attendons des nouvelles avec impatience, et j'espère (jue nous en recevrons par le courrier que vous dcîvez env(>yer. Il me paroît (jue M. de Vendôme et vous êtes d'accoi'd : c'est à quoi je ne m'attendois pas ; je serois ravie de m'èti'e ti'()nq)ée.

Vous aurez appris la mort de Monseigneur, dont j'ai fait la relation à M""* la princesse des Ursins. M. d'Antin s'est distingué par ses empressemens auprès de lui pendant sa vie, MM. de Roche-Guyon, de Roucy, de Sainte- Maure par leur douleur après la mort. M. le Dauphin et M""" la Liauphine font un grand personnage. Notre princesse dit qu'elle se sent croître à tout moment; mais les èvénemcns l'agitent si fort qu'ils en allèrent sa santé : elle est très changée. Il vous passera bien des choses par la tête sur la mort de l'empereur* ; je me ilatte que Dieu a voulu nous donner la paix ; mais ce ne sera pas si tôt que je le voudrois.

Les Jansénistes, les Jésuites, M. le cardinal de Noailles, M. l'archevêque de Cand)ray, plusieurs évoques font un grand bruit; si vous voulez savoir mon avis là-dessus, je vous dirai qu'ils ont tous beaucoup de torts. M. le cardinal de Noailles a demandé la permission de venir ici mercredi pour faire ses plaintes en forme ; j'ai grand'

* L'empereur d'Allemagne, Josei»h L"% était mort le 17 et l'on avait appris sa mort à Marly It» 25.

peur que celte audience ne fâche beaucoup celui qui a donnera et celui qui l'a demandée.

Rien n'est égal à la d(»uleur de M""' la Duchesse. Aussi tondie-t-elle de bieji haut. M""' la princesse de Conli a toujours été malade depuis la mort de Monseigneur. La moil de la duchesse de Villerov a si fort auofmenlé la frayeur de toutes les dames qu'aucune n'ose sortir de chez elle. M""* la duchesse de Noailles est enfermée dans son appartement, ne voulant voir personne, et ne sortant que pour aller à la messe le dimanche. Saint-Cyr lui est interdit parce qu'il y a cent vingt filles avec la rougeole. Je m'imagine que M'"'' la duchesse de Guiche ne vous laissera pas ignorer l'état de M. et M'"^' de Boufllers, qui approche fort de celui de Job *.

Nos bonnes têtes crient qu'il faut se tenir en paix bien sagement pour profiter de ce qui va se passer en Allemagne. Nos armées sont pourtant en présence avec quelque rivière entre euv. Dieu veuille bénir ce que vous allez entre])rendi'e! Vous n'avez pas besoin d'être exhorté à faire de votre mieux. Je vous prie seulement de vous souvenir qu'il n'y a que Dieu qui mérite d'être servi comme vous servez. Je me porte assez bien et vous aime tous les jours de plus en plus.

* Ils vcnaiont de perdre leur (ils aîné, et recevaient beaucoup de condoléances de la part du Roi et de la cour. Le maréchal lui-même, longtem])s malade, allait mourir le 22 août 1711.

A M. LK MAUKCIIAL DE VILLEROY

Auger, t. VI, p. 01. iliscellanics of the philohibïon Society^ t. XIII

(1871-7i), lettre 28.

Mnrly, 19 mai 1711.

M. le duc de Yilleroy^ me dit hier que vous aviez la goutte. Si c'est dans ce teinps-là que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, je vous pardonne tout le vinaigre qui est dans votre lettre : il y en a pour tout le monde; mais je n'y répondrai point. Je vous dirai seulement, monsieur, que je n'ai point pleuré avec M. Chamillart, et que j'ai seulement envié le bonheur et la tranquillité de la vie qu'il fait jn-ésentement. Je voudrois bien que nous fussions à Versailles, et que vous puissiez y venir. J'ai aussi quelqu'impatience de voir si vous vous y conduirez bien, et si vous répondrez t\ l'avance qu'on vous a faite. Je crois, monsieur, que tous ceux qui aiment l'Etat con)me vous ne peuvent rien faire de mieux que de prôner M. le Dauphin. Il le mérite par bien des endroits; il a des défauts : qui est-ce qui n'en a point? M'"^' la princesse des Ursins m'écrit que, bien loin de retirer quatre bataillons d'Esjiagne, nous devrions les fortifier, finir la guerre en ce pays-là, et recommander le reste à Dieu. Je ne crois pas que vous pensiez de même. Il ne me paroît pas que les aflaires aillent de ce côté-là aussi bien qu'on Tespéroit par rapport à l'argent et aux subsistances. Guérissez, monsieur, et nous nous raccommoderons à la l)remiére conversation.

* Le duc de Villeroy était lils du maréchal.

28i LETTRES DE M- DE MAINTEXON.

A M. LE CARDINAL DE NOAILLES

liiMiolh. nrUioiialc. Mss. Fr., n» ioioS, i" i5. Iiiôilil.'.

A Ma ri y, ce t>8 juin 1711.

M. (leMeaux* va vous proposer dos moyens de paix, inonsei«;ueur. Au nom de Dieu, ne les rejetez pas, el couvrez de eonfusion ceux qui osent vous accuser. Ecoulez vos vêriLibles amis, ({ui son! ceux qui désirent la fin de celle affaire. La duiée n'en peut êlre que scandaleuse et liisle,quand même la lin seroit selon vos souhaits. Ouelle scène de voir notre archevêque déféré à Rome ! Je ne sais peut-être ce que je dis, monseigneur; mais vous voyez bien ce que je pense et ce que je sens pour vous. Confondez vos ennemis; consolez le Roi et tous les gens de bien. Vous ne pouvez me soupçonner d'être vive en cette occasion par d'aulies intérêls que les vôtres. Je ne désespère j)as d'avoir l'homieur de vous voir demain.

Nous touchons dans la lettre qui va suivre à une accusation infamante de Saint-Simon contre le duc de Ncailles, accusation dont il fera sortir les soupçons les plus horribles. Selon lui, le duc et un grand d'Espagne, le marquis d'Aguilar, résolurent de miner à leur profil riiifluence de la reine et de la princesse des Ursins sur Pliilippe V. Profitant de ce qu'un état de maladie séparait Warir-Louise de sou époux, ils comhinérerit toute une vilaine intrigue pour donner au roi une maîtresse. Les scrupules du roi intervinrent. 11 avoua tout à la reine : colère de celle-ci et de M""" des Ursins ; disgrâce du duc de

* Henri de Thiard de Bissy avait succédé sur le siège de Meaux à Bossuet, en i70i. Il avait été l'ami de l'évêque de Chartres, Godet des Marais, et M"--' de Maintenon lui accordait une jrraiido confiance. Il prit avec ardeur, dans l'alfaire de la bulle Llingenilus, le parti opposé à celui du cardinal de Noailîes, c'est-à-dire au Jansénisme. 11 devint cardinal en mai 1715.

Noailles, qui doit quitter immédiatement l'Espagne. Il trouve à Versailles — toujours selon Saint-Simon — la duchesse de Bourgogne, qui lui était jusque-là si amie, irritée d'une telle insulte à sa sœur, et M™' de Maintenon désabusée, ùtanl à ce neveu jusque-là si cher son estime et son affection. — Si l'on cherche à contrôler par d'autres témoignages cette histoire que Saint-Simon coule avec toute sa verve, on trouve que les Mémoires du marquis de Saint-Philippe, une des sources espagnoles de l'histoire de ce temps, n'assigne à la disgrâce très réelle du marquis d'Aguilar d'autre cause que ses démêlés avec Vendôme, sous lequel il était irrité de servir.

Quant au duc de N'oailles, s'il eut alors quelques difficultés en Es')agne, elles lui vinrent sans doute de l'opposition qu'il lit aux vues de la cour espagnole, qui, enivrée de ses récents succès, ne mettait aucune modération dans ses exigences et entravait les négociations pour la paix. Mais en ceci il était parfaitement agréable à M"" de Maintenon. Quant à l'apparence d'une disgrâce, il est impossible d'en trouver trace dans notre correspondance. Quelques mois après son retour en France, le duc va aux eaux de Bourbon, et pendant ce séjour on voit un échange presque quotidien des lettres les plus atïectueuses. Le mécontentement toujours croissant du Roi contre le cardinal-archevèjpie de Paris éloigna cependant un peu tous les Noailles de la cour. Le duc déclina respectueusement le rôle d'intermédiaire que M""' de Maintenon eût voulu lui donner pour ramener son oncle aux désirs du Roi. Quelque refroidissement en fut la suite. « Je ne m'accou- Unne pas, écrit M"'' de Maintenon, à voir le nom de >oailles à la veille d'une disgrâce » (lettre citée dans les Mémoires de Nouilles, p. 255). Mais, nous le répétons, rien ne changea dans les témoignages d'estime et d'affection qu'elle continua à prodiguer à ce neveu qu'elle s'était choisi. Peut être laul-il croire à quelques bruits calonmieux circulant à la cour et avidement recueillis par la haine de Saint-Simon. Cette haine l'emportera jusqu'à montrer le duc de Noailles abimé dans sa disgrâce, se liant avec les ennemis de la Dauphine, et jusqu'à insinuer que la Dauphine a été empoisonnée, le duc de Noailles ayant fourni le poison par désespoir et par vengeance. Nos lettres mettent à néant tout ce tissu d'infamies, que démentent tant d'autres témoignages.

A M. LE DUC DE NOAILLES

Jlannscrit Do Longruorue, f" 08.

A Fontainebleau, ce 45 août 1711.

J'entrevois bien qu'il s'est passé quelque chose en Espagne qui vous a donné envie de revenir, et je comprends que vous avez voulu quitter quand vous avez cru être inutile, el que vous y demeurez par la confiance que vous avez dans M. le comte de Bergheyck. Je n'ai pas dessein de cond)attre tous les sentimens d'honnête liomme que je connois en vous ; mais je vous réponds que vous les poussez trop loin, et que vous n'en aurez jamais que la satisfaction de votre conscience.

Je ne suis pas en belle humeur; les affaires de Flandres prennent un mauvais tour, et celles du Dauphiné nous donneront de l'inquiétude encore un mois. Je vis l'autre jour dans votre dépêche que vous désireriez des troupes; mais, quelque merveille que vous puissiez faire en Espagne, nous no nous consolons point de vous en avoir donné qui nous seroient bien nécessaires.

11 vous est très honorable d'avoir été retenu par Leurs Majestés Catholiques; vous saurez bien placer votre retour, il n'y a qu'à vous laisser faire. Le Roi approuve fort toute votre conduite et diMuéle bien pourquoi vous ne revenez plus et pourquoi vous vouliez revenir. Si je considérois mon intérêt et mon amitié, je vous désirerois ici ; mais, selon toutes les apparences, vous n'y trouveriez que des sujets de chagrin, et par les afftiires générales et par les affaires de M. le cardinal de Noailles, qui se répandent déjà sur votre famille.

Je languis de tout ce que je vois ; mais je ne meurs point, et Dieu me laisse pour souffrir. Cependant M. le dauphin et M'"^ la danphine tiennent la cour dans toutes sortes de plaisirs et se font aimer de plus en plus chaque

jour. Adieu, mon cher duc; s'il est vrai que l'archiduc soit parti, je m'attends à vousvoir révolter la Catalogne*.

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