A M™^ DU PÉROU, DAME DE SAINT-LOUIS
Bibl. nat. Mss. Fr. noiiv. acq., n° Uô8, p. 13i6.
(Fontainebleau, septembre 1711.)
Notre retour s'éloigne tous les jours par le plaisir de la chasse et du beau temps ; il faut être ici sans volonté et sans autre goût que celui du maître. Cependant le mien* ne me porte point à courre le cerf. Celui que j'avois même pour Avon est fort émoussé par les contradictions que je trouve partout. Mathurin Hoch"' ne peut s'accoutumer à mon ignorance ni moi à son savoir; je sais tout ce que je puis apprendre et il veut acquérir, il lit tout ce qu'il peut avoir, et jette mes enfans dans une profonde théologie. Us m'assurent tous les jours qu'on ne leur dit jamais un mot de ce que je leur ai appris, et il me paroît pourtant qu'ils n'en savent pas davantage. Je m'en consolerois s'ils se multiplioient. Françoise Payen* ne peut ni gagner son père et sa mère, ni perdre la moindre partie de sa passion. Nous sommes avertis par Suzanne (pi'elle ne voit pas son prétendu moitié son soûl. Ou ne trouve
* Cette lettre est de la main d'un secrétaire, sauf les deux dernières lignes.
^ C'est-à-dire mon goût.
5 Le magister d'Avon.
* Une autre lettre de M™" de Mainfenon donne des détails sur cette idylle qui semble l'avoir vivement intéressée. « Françoise l'ayen a une inclination opposée à son père et à sa mère. Ils veulent attendre son cbangemcnt de son amitié pour eux, et sans lui dire un mot de rudesse. Leur paix n'est pas troublée un moment; ce sont des procédés surprenans. Ils ne parlent pas si bien que nous ; mais nous ne taisons pas si bien qu'eux. » (Lettre à M"^ de Derval, manuscrit de Versailles, LcUres édifiantes, t. YI, p. 002.)
288 LLTTHKS DE M™" DK MALNTE.NON.
point de mari pour Madeleine Ge(>ffioy, que je voulois êlaldir. Hiindy a perdu un doigl, et sa fenune est -très mal. I.a morlalilé des vaches cesse un peu, mais non pas assez pour en acheler.
Je ne puis voir mes amis (pie le dimanche, parce qu'ils portent au marché leurs denrées, ou vont chercher à travailler, et ce dimanche doit être partagé enfre la prière et la compagnie qui dîne chez moi. Coniradiclion partout, si ce n'est dans la santé du Uoi, qui augmente sans aucune exagération. Les prières de nos chères dames pourroient hien y contrihuer.
Je reçois dans ce moment les gentillesses de nos fdles, qui sont certainement Tort jolies; j'en attends autant demain, et je ne m'en lasserois jamais. J'en ferai part à M'"' de Cavlus, qui les admire autant que moi; mais cette lettre-ci est destinée au sérieux, et, pour l'achever comn.e je l'ai conmiencèe, je vous prie, ma chère iille, de gronder M. de Poitiers de ce qu'il me demande un hènéfice. Je crois que vous voyez les choses d'assez près poui- étie persuadée que je ne gouverne pas le père le Tellier^
* Lavalloc îuloi>te pour ceUo loUre la dale de 1708 [Lellres historiques et cdi/irnites, t. H, |». ''llô). La mriitioii du père le Tellier, qui ne deviul coufcsseur du Uoi (fucu 1701), après la morL du père do la (Ihaise, la rojolfe nécessaii'emorif plus loin, ^ous ne trouvons j)oiiil de séjour à Foutainel»l(>au avant 1711. Uutie l'inlénH des détails sur Avon, la dernière phrase donne à celle lettre une ceriaine importance. La distribution des béntMices ecclésiastiques se faisait jiar un travail entre le IU)i et sou coidesseur. Ou a vu par les lellres au cardinal de Noailles que M"'" de Maintenon élait sans iufluencr sur le père de la Chaise. Elle atlirine ici qu'elle n'en eut pas plus sur le père le Tellier.
A M-"^ LA MARQUISE DE DANGEAU
Collection .Morrison. Ce lundi matin, d'un lieu délicieux* (octobre 1711).
Le Roi vous a destiné, madame, la chamhre de M"^ d'Armagnac ; je suis venue la reconnoître et c'est de là que j'ai l'honneur de vous écrire. Elle est au soleil levant, elle est chaude; elle est sèche ; elle est vis-à-vis de mes fenêtres ; je pourrois tous les matins vous donner le bonjour par quelque signe agréable. Vous n'aurez à craindre, madame, que mes importunilés, car, sans compter le plaisir de vous voir, (jue je compte infiniment, vous me sauverez peut-être la vie par l'air qu'on y respire et plusieurs péchés d'impatieiice que ma chambre me fait faire. AL de Dangeau logera chez M. du Maine et n'aura que le degré à monter, qui est plus aisé que le sien. En un mot, madame, vous y retrouverez votre santé. On vous souffrira tous vos défauts : l'obe de ouate, écharpe, bonnet, serviette sur la tête; ce sont tous ceux que je vous connois. Cette chambre est blanche comme vous, et sèche comme moi.
A M"" LA PRINCESSE DES IRSINS
ilusée brit. Add. mss., n" 20 9î0.
Saint-Cyr, le 50 novembre 1711
Je n'ai point de nouvelles cet ordinaire-ci, madame; peut-être est-il retaiMlé par les eaux qui nous inondent de toutes parts? 11 y a un mois qu'il pleut tous les jours
* Ce billet doit avoir été écrit de Marly : M""' de Maintenon y avait une chambre à coucher de la tristesse de laquelle elle se plaint souvent. D'autre part, les rijïueurs de l'étiquette y étaient Tort adoucies, ce qui ])ouvait permettre quelque négligence dans le costume.
et toutes les nuits; mais il n'importe, nous aurons apparemment la paix.
Voilà les passe-ports envoyés, et les Ilollandois commencent à changer leur idée : Philippe Y régnera sur le trône d'Espagne, et ses aimables descendans ; j'ai toujours espéré un miracle en sa faveur, et c'est à sa suite que nous profitons de ce qui lui arrive présentement, et qu'il mérite bien mieux que nous. J'espère encore, quelque vieille que je sois, que je verrai le roi d'Angleterre retourner dans son royaume.
Quelle gloire, madame, j)our notre Roi d'avoir soutenu une guerre de dix ans contre toute l'Europe, essuyé tous les malheurs qui peuvent arriver, éprouvé une famine et une manière de peste qui a enlevé des millions d'âmes, et la voir finir par une paix qui met la monarchie d'Espagne dans sa famille, et rétablit un roi catholique ^ dans ses royaumes! car je ne dois presque point douter que ce 110 soiï la suite de la paix. Le Roi jouit d'une santé qui fait espérer qu'il jouira longtemps du repos où il va être ; je vous crois encore assez Françoise, malgré toutes mes injures, pour m'en réjouir avec vous.
On dit qu'il faut bien encore dix à douze jours pour recevoir les passe-ports qui nous viennent par l'Angleterre ; si j'en suis crue, nos plénipotentiaires partiront un quart d'heure après qu'ils seront arrivés.
M'"*" la Dauphine prend bien vivement un tel sujet de joie; elle le goûte dans toute son étendue : elle se figure celle de la reine, elle me parle de la vôtre. Elle veut faire, le jour que la paix sera conclue, quelque chose qu'elle n'ait jamais fait, qu'elle ne fera que cette fois-là : elle ne l'a pas encore trouvé ; mais, en attendant, elle ira au Te Deum à Notre-Dame; diner chez la duchesse du Lude, dans une belle maison toute neuve ; ensuite à l'Opéra ;
* Elle entend le roi tl'Anorleterre Jacques III. On se flattait que la reine Anne le ferait accepter pour son successeur.
— DÉCF^^milE 17H.
de là souper chez M. le prince de Rohan, dans ce magnifique hôtel de Guise; au jeu et au bal toute la nuit; et, comme l'heure de son retour sera à peu près celle de mon réveil, elle me demande à déjeuner en arrivant. Je crois, madame, que vous trouverez cette journée un peu longue, malgré tous ses plaisirs.
M. le comte de Toulouse s'est très-bien porté jusqu'au 21'" jour de l'opération; le Roi l'ayant été voir ce jourlà, toute la cour, avec l'indiscrétion francoise, a été chez lui, et il en a eu la fièvre.
M""' de Graucey est morte ])resque entre les bras de M. le maréchal de Villeroy, mais très-bien préparée pour son salut^ M""" de la Fare vit encore, aussi bien que le marquis d'Alègre ; mais on ne croit pas que ni l'un ni l'autre en reviennent.
J'ai souvent appréhendé, madame, d'avoir l'honneur de vous voir; que ne donnerois-je pas présentement pour jouir de ma joie avec vous! On ne peut être tout à fait content dans ce monde-ci. Conservez-moi toujours, madame, vos j)récieuses boutés, et ne doutez jamais de mon respectueux attachement.
A M '• LA 1>ÏUNCESSE DES URSINS
Miis»'e brit. Add. w/.sf., n" 20920.
Versailles, le 28 décembre 1711.
Nous n'avons point de vos nouvelles, madame, et je n'en ai guère à vous mander de notre cour. Nous attendons les passe-ports mercredi ou jeudi, et, s'ils arrivent, on dit que nos plénipotentiaires partiront samedi. Mes
* Voir la note de Saint-Simon à Danj,'^eau sur cette « vieille médaille plâtrée, qui avoit été belle et galante, et ne pouvoit se résoudre à ne l'être plus », 20 novembre 1711.
092 Ll-TTUES DE M™» DE MAINTENON.
espérnnccs ne laissent pas d'être un peu troublées par tout ce qui nous revient des llollandois et de Tenipefeur. H faut espérer que l'Angleterre sera ferme : on dit que la reine commence fort bien à déclarer à son parlement qu'il faut faire la paix.
.l'ai remis entre les mains de M. le marécbal de Villerov toutes les lettres dont vous m'avez bonorée*. Je ne les aurois pas données au duc de Noailles si j'y avois cru le moindre mot qui pût jamais blesser quebiu'un; mais il me semble, madame, que vous n'y maltraitez que moi, par vos reprocbes et vos railleries; du reste, ce sont des louanges pour vos princes et pour les nôtres, et même pour les particuliers dont nous nous parlons. Peut-être que MM. d'Estrées y auroient trouvé quelques petits traits ; mais je les crois trop justes pour ne pas avouer qu'ils les ont mérités. Enfin, madame, je vous ai obéi, et cela seul me suffit, .le brûlerai à l'avenir celles que je recevrai*; mais je n'avois gardé celles-là que par les raisons particulières quej'avois eues par rapport à tout ce qui s'étoit passé en Espagne avant le voyage que vous avez fait ici.
Notre aimable princesse a été bien tourmentée, depuis quelques jours, de fluxions sur les dents : elle est un peu mieux présentement. M. le cbevalier de Croissy se marie à une des plus ricbes filles de Paris. Vous avez aussi un ami qui va se marier ; mais c'est encore un si grand secret que je n'ose le confier au papier.
M. le comte de Toulouse est tout à fait guéri.
Madame est toujours dans ses assoupissemens, malgré
* M™" des l'rsint: avait demaiulé à M"^ de MainU-noii de lui renvoyer ses lettres : le niartichal de Yilleroy se cliar^'eait de les lui transmettre. On voit qu'elles avaient été entre les mains du duc de >'oailles, prand collectionneur, et qu'il pouvait bien en rester nue
copie en France.
- Le re«'ueil de Bossange interrompt en effet la série des lettres de M""^ des l'rsins à M""" de Maintenon depuis le 50 novembre Hii jusqu'à la disgrâce 17 H.
les remèdes qu'elle vient de faire. Quand on la réveille, elle a l'esprit très-libre; mais elle retombe bientôt dans le sonuueil : elle ne témoigne pas la moindre inquiétude de son état.
Vous m'avez si bien accoutumée à vos lettres, madame, qu'il me manque quelque cliose de nécessaire quand je n'en ai point; et j'ai de plus l'inquiétude que le retour de votre fièvre ne soit plus considérable qu'on ne l'a mandé d'abord.
A M"'' LA PRINCESSE DES UKSINS
Musoe brit. Add. inss., W 2t09-20.
Versailles, le 11 janvier 1712.
Je ne sais, madame, si cet ordinaire-ci m'apportera de vos lettres; mais j'en ai une par le courrier de M. de Torcy, et une autre du dernier ordinaire pour y répondre.
11 est vrai, madame, que M""" la Daupbine a grand regret à sa jeunesse; il y a pourtant lieu d'espérer qu'elle poussera bien loin lé divertissement, car elle a un fonds de joie inépuisable; et, si nous sommes assez beureux pour avoir la paix, il est vraisemblable qu'elle sera trèsbeureuse. Sa grande gaieté n'empècbe pas une grande sensibilité dans les malbeurs; elle a senti vivement l'incertitude où le roi et la reine Gatboliques se sont trouvés; elle souffre beaucoup jmr rapporta M. son père, et il n'y a point de Française plus attacliée qu'elle au bonbeur de ce pays-ci : ainsi on ne pourra la tenir quand tous les sujets de peine seront ôtés. Elle a raison de se trouver beureuse : elle est bien mariée, fort aimée du Uoi et de M. le Daupbin, et véritablement elle fait les délices de la cour. Il y a quelques jours qu'elle eut un accès de fièvre; les couitisans en étoient déjà consternés,
(H so l'éciioient sur la i)erto irréparable qu'on fcroit. Lo peuple l'aime fort, parce quelle se laisse voir très-rfisément; elle a les plus aimables enfaiis qu'on i)uisse désirer, moins beaux que le vôtre, mais très-vigoureux et faits à peindre, gracieux comme elle, et montrant beaucoup d'esprit. Voilà, cemesend)le, un état assez beureux. Si l'on juge de la vie du Roi par l'état présent de sa santé, on peut espérer que sa vie ira aussi b)in que celle de M. le marquis de Mancera, puis(]ue leur régime est à peu prés pareil' : il n'y a encore aucun retrancliement des repas que vous connoissez, ni aucune diminution à la bonne mine, à la façon de marcber, et à toute la ligure, que vous savez, madame, être au-dessus de toutes celles que nous avons vues.
M. le Grand*, plus jeune, mange autant que lui; mais il est accablé de ibumatismes, il ne peut se traîner. M. de Villeroy a toujours une grande mine, mais toute sa sobriété ne l'exempte pas d'une goutte qui le fait beaucoup souffrir. M. le duc de Gramont n'a pas un jour de santé : voilà ses contemporains, et les gens les mieux faits de son temps.
J'ai eu bien de la joie de voir arriver les pouvoirs du roi d'Espagne; je ne saurois croire ses intérêts en mcil-
» Le marquis «le Mancora, qui uiourut au commoncoincnt de 17 iô plus que centenaire, s'était illustré par sa lidélilé au roi IMiilippe V. Empêfliô par sa faiblesse de suivre son roi lorsque celui-ci fut chassé de Madrid en mars 1710, il dut comparaître devant M. de Stanho|ie, qui lui proposa de recoiuiaître l'archiduc pour roi. Il lui répondit : « Je dois beaucoup de respect à W. l'archiduc par la maison dont il est ; mais je n*ai pas vécu jdus d'un siècle pour me déshonorer en mourant : il n'y a qu'un Dieu, qu'une foi et qu'un roi, rhilippe V, qui est le mien. Après cela, monsieur, comme je suis fort foi ble, trouvez bon que je me remette au lit ». M™* des Ursins parle souvent du marquis de Mancera dans ses lettres; elle s'entendait trop bien en llatterie pour ne pas rappeler au I\oi de France vieillissant ce vieillard qui portait si noblement un siècle. Voir Dangeau, t. XIII, p. 278.
* Le comte d'Armag^nac, grand ccuyer.
leures mains qu'en celles du Roi son grand-père : mais, connue il est de sa dignité d'avoir des plénipotentiaires, je soubaite de tout mon cœur de voir arriver les siens, et (ju'ils joignent bientôt les nôlix^s, puisque ce sera une reconnoissance générale du roi d'Espagne, qui est certainement autant désirée ici qu'elle l'est à Madrid. L'afAiire de Gardone est très fûcbeuse, et dans une mauvaise conjoncture; mais il n'y a pas d'apparence qu'elle cbange les affaires ^
Je ne vois pas sans peine que la reine Anne consente à recevoir le prince Eugène à Londres : il me fait déjà peur; mais vous savez, madame, que c'est ma pente naturelle.
Le mauvais temps nous a empécbés d'aller à Marly; voici un dégel qui pourra bien nous y conduire. Le Roi s'en dégofite un peu par la quantité de gens qui demandent à y aller; M'"'" la Daui)bine y en voudroit encore davantage : mais elle ne les logeroit pas si bien. 11 faut lui pardonner le peu d'attention qu'elle auroit à leur doimer des conunodités, puisqu'elle n'en désire point pour elle, et qu'elle consentiroit volontiers à mettre cinq ou six dames du palais dans sa cbambre.
La jeune marécbale d'Estrées continue dans sa dévotion, et, sous prétexte de sa mauvaise santé, demeure à Paris. Je ne penserois pas de même, parce que je crois que la piété ne doit jamais s'opposer au devoir; peutêtre aussi ses maux sont-ils j)lus grands qu'on ne le croit. M. le cardinal de Koailles a un surcroît de cbagrins par la maladie dangereuse du bailli de Noailles'. J'étois fort cboquée de ce qu'on avoit mandé à Rruxelles de ne faire aucuns bonneurs à nos plénipotentiaires;
* Cardone est une petite ville fortifiée, en Catalogne, que le duc de Vendôme avait voulu assiéger. H y avait échoué. L'édition Rossange met, bien à tort, Coi-doue au lieu de Cardone.
' Dangeau, 22 avril 1712 : « Lo bailli de Noailles mourut à Paris chez le cardinal son frère. Il avoit deux l)elles commanderies », etc.
niais j'apprends que cet ordre venoit de l'empereur, et que les llollandois ont mandé dans leurs places qli'on leur rendit les honneurs ordinaires. Vous entendrez parler d'une petite scène chez M™' la duchesse de BeiTy,qui fait bien de la peine à Madame et à M'"^' la. duchesse d'Orléans; il faut espérer quelque changement dans une personne de seize ans*. Pourquoi, madame, ine parlezvous d'attachement respeclueux? n'est-ce pas se moquer de moi ; vous ne me devez, madame, qu'un peu d'amitié pour les sentimens que j'ai pour vous. Je sijis bien propre à ne vous avoir point lait de complimens sur la nouvelle année : c'est une coutume qui m'a toujours tant déplu que je poiirrois bien m'en être dispensée; <: pendant, si c'est un devoir en Espagne, je vous supplie de me mettre aux pieds du roi et de la reine, et de croire q ^ je vous estimerai et aimerai toute ma vie; je ne crois pJnt que ce soit manquer au respect.
A M. LE DUC DE NOAILLES
Manuscrit De Longuerup, f* 63. Iiiptiito.
A Saiiit-Cyr, ce 25 janvier (1712).
Le Roi garde depuis quelque tem|)S un silence sur M. le cardinal qui m'est fort suspect. Vous savez que sa colère n'est pas dans le premier mouvement et qu'elle augmente par les réllexions; j'en ai averti M. de Meaux et M. le curé de Saint-Sulpice, afin de les presser encore de chercher quelque expédient pour accommoder ou pour adoucir celle triste affaire. Je vis hier au soir que je ne
' Cette brouillerieest contée tont au long par Saint-Sitnon, t. VIII. p. 280. Il s'agissait d un collier de perles que la duchesse d'Orléans ne voulut pas donner à sa fille. Celle-ci fit paraître toute la violence de son caractère. Elle fut sévèrement grondée jiar le Roi.
me suis pas trompée dans mon jugement. Le Uoi dit à M. le Dauphin, sans m'avoir rien montré, qu'il falloit finir avec M. le cardinal, qu'il ne pouvoit plus se contenir, qu'il le croit janséniste, qu'il le regarde comme le premier de ses sujets qui lui ait tenu tète, qu'il veut lui parler et rompre ensuite avec lui. Vous croyez bien que la conversation sera violente. M. le Dauphin, de son côté, est irrité de ce qu'on répand dans Paris et même à Rome qu'il est pour M. le cardinal, qu'il condamne lesévéques, et que le parti trouvera de l'appui de son côté. 11 me parut qu'il ne dédaigneroit pas de déclarer ses sentimens publiquement, et qu'il ne croiroit rien faire contre sa grandeur*. D'un autre côté, des gens obscurs m'assurent qu'ils savent par des subalternes de l'archevêché que M. le cardinal fait très secrètement quelque ouvrage pour contenter le Roi, mais qu'il cesseroit s'il savoit qu'on en eût quelque connoissance. Je n'ai parlé à personne de cet avis, dont je ne réponds pas. J'ai cru, monsieur le duc, qu'il étoit de mon devoir et de mon amitié de vous faire part de ce qui se passe et de ce que je crains. 11 sera toujours très-désavantageux à M. le cardinal d'être opposé à un Roi pieux et qui soutient la bonne cause. C'est le fait; le reste ne sont que des circonstances et
* Après la mort du second dauphin (le duc de Bourgogne) en février 1712, on trouva dans ses pa|>iers un mémoire sur l'affaire du cardinal de Noailles « rien moins que favorable à celui-ci ». Ainsi s'exprime Saint-Simon, qui témoigne en même temjjs sa surprise de cette i>ièce, et déclare que, si elle n'est i)as falsifiée, il faut la supposer écrite au début de la querelle et sous l'inHuence de Fénelon. >"ous voyons qu'ici encore Saint-Simon est emporté par sa jtassion. Zélé partisan du cardinal et non moins admirateur du jeune prince, il prête â celui-ci ses propres opinions. Si le Roi était absolu et impatient de toute contradiction, le cardinal avait l'enlêtement propre aux caractères étroits et scrupuleux, et il envenimait iHie querelle qu'il eût été aussi sage qu'utile à la religion d'apaiser. le consciencieux duc.de Bourgogne ne jtouvait se mêler d'une telle aflaire sans l'étudier sérieusement; de là le mémoire qu'on trouva dans ses papiers, et qui était d'accord avec l'opinion que lui prête ici M""' de Maintcnon.
des procédés. Je n'en paile plus, et je me renferme dans mon état, qui est de prier Dieu de donner la paix de tous col es.
A M" LA PlilNCESSE DES IRSINS.
Jlnsco hril. Add. mss., ii° 20 9-20.
Yorsailles, \c 7 l'ôvriei- 1712.
Je ne sais, madame, comment j'aurai la force de vous écrire toutes les horreurs (jui nous environnent. La rougeole fait de grands ravages à Paris; un jeune lionnne, nommé Vigno, dont le grand jeu est connu de toute la cour, est mort assez l)rus(juement; le chevalier d'Hauteforl le suivit de près. M. de Gondrin^ fut enterré hier au soir; M""' sa femme a la rougeole, une fièvre continue, un enfant moil dans le corps, ses eaux percées il y a trois jours, voulant se lever à tout moment pour aller voir son mari, dont on lui cache la mort. M. le duc de la Trémoille a une fluxion sur la poitrine et une assez mauvaise santé. M""" la Dauphine a une fluxion qui lui fait une douleur fixe entre l'oreille et le haut de la mâchoire ; l'espace de son mal est si petit qu'on le couvriroit avec l'ongle ; elle a des convulsions, elle crie comme une femme qui est en travail et avec les mêmes intervalles; elle a été saignée deux fois depuis hier; elle a pris trois fois de l'opium, elle paroit un peu plus tranfjuille depuis un nnmient. Je m'en vais chez elle, et je ne fermerai celte lettre que le plus tard (jue je pourrai, afin de vous en donner des nouvelles.
Je crois comme vous, madame, que la tendresse, la reconniMssance et la j)olitesse doivent porter le roi Catholique à une entière confiance dans le Roi son
o-rand-père ; cette voie sera la meilleure et la plus courte pour la paix. Les nouvelles qu'on dit hier d'Angleterre augmentent de plus en plus nos espérances. La reine Anne paroit hien autorisée; elle a reçu froidement le prince Kugène, et on dit qu'il n'y sera pas longtemps Mais, madame, je suis hien innocente de vous parler là dessus, car, selon toutes les apparences, vous avez les mêmes nouvelles que nous, et peut-être de meilleures. Or ne craint plus pour la vie de M. le duc; mais on ne doute pas qu'il ne perde l'œlM.
Sept liciires du soir.
M'"" la Dauphine, après avoir piis une quatrième dose d'opium, mâché et fumé du tabac, se trouve un peu mieux. On vient, dans ce moment, dire qu'elle a dormi une heure et qu'elle espère (pi'elle va dormir longteHq)S. M. le duc de la Tréinoille a la rougeole. 11 est logé trèsprès de M'"^' la Dauphine ; mais le Doin'a pas voulu qu'on le transportât, à cause de sa fluxion sur la poitrine. îiK' de Gondrin est toujours fort mal. M'"'' de la Yrillièrc a la rougeole, et nous voilà tous au milieu du mauvais air, après avoir fui tout l'été pour l'éviter. J'ai de mon côté un tiès-grand rhume, et un si grand abattement de tout ce que je vois et de tout ce que j'entends, (jue je ne saurois égayer ma lettre par aucun endroit. M""^ de Dan- «>eau vient de partir pour Paris, où son fils a la fièvre. Le comte de Doucy arrive de Petit-Bourg, (lui me dit que M. d'Anlin est dans une grande affliction.
» Leduc de Rorry. eu tirant nvoc M. lo duc (Loiiis-lionri de Rourl.oii-Condrj, l'avait atleiiil d'un i-louib (lui lui avait cicvé un œd. Voir Daugeau, 50 téviier.
* Fils du duc d'Anlin et L^endre de la maréchale de Noailles.
ÔOO
DE LA COMTESSE DE CAYLLS A LA PRLNCESSE DES UUSINS'.
3lusoc brit. Add. tnss., n° -109i0.
Maily, le 14 février 1712.
Quel étrange et funeste événement, madame, par lequel je rentre en connneree avec vous! et quel plaisir n'aui'ois-je jxnnt si ma tante m'avoit donné cette commission pour un autre sujet! Je ne saurcn's vous peindre l'état où nous sommes ici, et, quand je le pourrois, je ne le voudrois pas : le fait seul est plus que suffisant pour vous bien aflliger, connoissant comme je sais la sensibilité de votre cœur, votre attacliement pour le Roi et votre amitié pour ma tante. Vous avez encore la d(»uleur de la reine, qui perd une sreur si digne d'elle. Je ne crois pas les pouvoir louer l'une et l'antre plus dignement et plus justement que par cette comparaison.
Tout est mort ici, madame, la vie en est ôtée : cette princesse animoit tout, nous cliarmoit tous ; nous sommes encore comme enivrés et étourdis de notre perte, et chaque jour ne peut que la faire sentir plus vivement-. On ne sauroit voir le Roi ni y penser sans être au désespoir et sans être dans des alarmes continuelles pour sa santé. Pour ma tante, il ne m'est pas possible de vous en
* Nous (loiiiions par exceplioii celte lettre, parce qu'ici M"" de Caylus prête sa plume à M"" de Maiiiteuon, qui n'a point la force d'annoncer elle-nièine la mort de la Daupliine. Par une erreur (pie le texte suttit à rectifier, l'éditeur Bossange donne cette lettre connue de M""' d'Aumale. Le manuscrit du Musée britannique ne commet j)oint cette erreur.
* 11 est intéressant de rapprocher ces paroles de celles de Saint- Simo» et de voir i»resque les mêmes expressions naître d'un pareil sentiment de re^ïret. « Avec elle s'éclipsèrent joie, jilnisirs, amusemens mêmes et toutes espèces de ^n-àces; les ténèbres couvrirent toute la surface de la cour. Elle l'animoit tout entière, elle en remplissoit tous les lieux à la fois, elle y occupoit tout, elle en pénéiroit tout l'intérieur : si la cour subsista après elle, ce ne fut plus que pour lan^iir. »
parler que pour obéir à l'ordre qu'elle m'a donné : elle ne sauroit avoir l'honneur de vous écrire, et vous le comprendrez aisément. Elle parlera à M. Clément ; mais il faut qu'il y ait de vos lettres perdues; vous lui mandez par votre dernière que vous lui avez écrit pour une garde, et c'est la [U'emière fois qu'elle en ait entendu parler*.
M. le Dauphin a eu deux accès d'une fièvre qui sembloit se marquer en quarte; mais, le troisième ayant avancé et pris cette nuit au lieu de ce soir, on ne sait plus comment la nommer; mais, selon les apparences, c'est une fièvre de serrement de cœur, car il est, madame, dans un état tel que vous pouvez l'imaginer.
îl n'y a point, madame, ni d'absence ni de silence qui puisse me faire oublier les bontés dont vous m'avez toujours honorée. Je vous suis toujours tendrement et respectueusement attachée.
A M""^ LA PRLNCESSE DES URSINS
Musée brit. Add. jhs?., n° 20020.
Versailles, le 29 février 1712.
J'ai vu par les lettres de la reine et par les vôtres, madame, condjien vous avez été touchée de l'accident arrivé à M. le duc de Rerry et à M. le Duc; vous en apprendrez successivement de plus malheureux, et tels qu'il m'est impossible de vous en faire aucun détail. La douleur du Roi est trop grande ; toule la France est dans la consternation. Mon état ne m'empêche point de penser souvent à LL. MM. CC; je vous supplie, madame, de vouloir bien les en assurer. Le Roi perd un saint en per-
* La reine d'Espat,nie était sur le point d'accoucher, et il s'agissait de lui renvoyer l'accoucheur Clément avec une garde.
!.ia>*i-*f^.ifeaa»îa£^a£àËaaaà&:ai
r,02 LETTKÈS DE M"" DE MAINTENON.
dai.t un fierté ^ La reine est bien lieureuse de n'avoir point connu M""" la Dauphine^ J'ai fait tenir les tettres qui étoient dans son pa<iuet pour Turin. Adieu, madame; je ne puis vous instruire d'aujuin détail.
A M. LE DlC DE DEAIVILLIEU.
Imprimée dans la Correspondance de Féuelon, t. I", 18i7, in-S', p. So'j^*.
A Saint-Cyr, ce 15 mars 1712.
Pour VOUS mettre l'esprit en repos, monsieur, j'ai tiré des copies de tous vos écrits, et je vous renvoie tout sans exception*. On vous auroit gardé le secret; mais il peut arriver des occasions qui découvrent tout. Nous venons d'on faire une triste expérience, .le voulois vous renvover tout ce qui s'y est trouvé de vous et de M. de Camhray ; mais le Iloi a voulu le brûler lui-môme. Je vous avoue que j'y ai eu grand regret ; car jamais on ne peut écrire rien de si beau et de si bon : et si le prince que nous pleurons a eu quelques défauts, ce n'est pas pour avoir reçu des conseils trop timides, ni qu'on l'ait ti'op flatté. On peut dire que ceux qui vont droit ne sont jamais confondus.
* Le Dauphin (due de Bour^'ojïne) était mort le 18 février, six jimrs après la Dauphiue; leur lils aîné, qui avait cinq ans et demi, mourut le 8 mars. Les trois corps furent portés ensemble à Saint- Denis.
^ La reine d'P>pacrnc était enfant quand sa sœur la duchesse de BourfTOgne avait quitté Turin pour venii' eu France.
■* D'après un ori^Mual incomplet et une copie inlégrale de la main du duc de Chevrcuse, parait il.
* Il s'agit des papiers trouvés dans la casseUe (hi duc de Dourgo«,'ne, après la mort de ce prince.
— MAHS 1712. —
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A M™'^ LA PRINCESSE DES UKSINS
Musée brit. \dd. viss., ii° ^0920.
Versailles, le 27 mars 1712.
11 est vrai, madame, que je suis triste : jamais personne n'a eu plus sujet de l'être; mais comptez que toute la cour l'est autant que moi. Tout manque, tout paroîl vide ; il n'y a plus de joie, plus d'occupation. Le Roi fait tout ce qui lui est possible pour se consoler, et retombe toujours dans ses premières douleurs; il me les confie, et vous sentez bien que c'est une grande augmentation à la mienne. Cependant sa santé se soutient, et il ne manque aucun travail. Notre petit Daupbin* vit malgré tout le monde; je n'ai pu encore me résoudre à le voir : j'y aurois pourtant moins de peine que je n'en aurois eu pour celui que nous avons perdu; car il ressembloit en tout à M""' la Daupbine.
J'ai envové votre b'ttre à M. le marécbal de Villeroy : il ne quitte plus guère la cour.
M. le comte de Brionne se meurt; il y a longtemps qu'il n'étoit plus dans le commerce du monde. M"'' d'Armagnac est liors d'affaire; M'"*^ de Caylus est sortie du cbàteau sur un soupçon de rougeole : elle n'est pas déclarée, et on lui donna bier l'émétique, car c'est présentement la médecine de précaution. La ducbesse du Lude vient de me donner un grand nombre de lettres de Piémont ; on dit qu'on y est très-affligé. Nous espérons la paix; mais on ne peut se flatter que la campagne ne commence pas ; ce sera pour moi de nouvelles inquiétudes. Le maréclial de Tallard est dans la joie d'être duc ; il va marier son fils : on ne dit pas encore avec qui ce sera. Le
* Le duc d'Anjou, qui sera Louis XV. 11 a deux ans.
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ÔOi I.iriTIŒS DE M""^ DE MAI.NTKNON.
duc (le Giiiclie a obtenu la survivance du gouvernement de Béarn.
Je sais peu de nouvelles; je vis plus que jamais à Saint- Cyr pour me cacher; et, quand je demeure ici, les personnes les plus afiligées se joignentàmoi,.et le jourse passe à pleurer. Il seroit pourtant bien nécessaire de montrer au Roi moins de tristesse pour conserver sa santé ; mon abattement ne m'empêche pas, madame, d'être Irés-sensible à toutes vos bontés.
A M. LK DUC DE NOAILLES
Manuscrits De Mouchy, t. III, p. 501 .
A )laily. 1" avril 1712.
Il y a quelque temps que je ne vous ai écrit, mon cher duc, parce que je ne recevois point de vos nouvelles et que je ne comprenois pas bien ce que devenoient nos lettres; j'en reçois trois en même temps des vôtres, l'une du 2, une du 7, et une de M™'^ la duchesse de Noailles du même jour; il me paroit que vous recevez les mieimes.
Je vous passerois volontiers les lunettes si vous vous portiez parfaitement bien d'ailleurs. J'espère beaucoup de Bourbon pour vous et pour ma nièce, parce que je suis bien persuadée que vous les prendrez* sagement l'un et l'autre. J'aurois besoin, pour ma consolation, de vous voir en pai'faile santé et M"'^ la duchesse de Noailles heureusement accouchée d'un garçon bien fait et bien sain. On me dit hier que votre fille ainée avoit la fièvre; on craint toujours la petite-vérole. On ne manquera pas de Paris à vous mander de ses nouvelles.
* Les eaux.
Le roi d'Angleterre et la princesse sa sœur se tirent de la petite-vérole à force de bière, de pain et de beurre.
Je m'informe peu des nouvelles du salon, quelque envie que j'eusse qu'il se ranimât parce que le Roi le désire ; mais j'abandonne ce projet à M. le duc d'Antin; il me paroît que ses plaisirs l'emportent sur ceux du public, car il s'absente souvent pour des chasses et des repas avec M"»' la Duchesse et M. le comte de Toulouse. Cette princesse ne fut jamais plus gaie* et elle ne s'est jamais tant divertie; elle a été à Rambouillet plusieurs fois; elle mène les princesses ses filles : M""^ de Duras est venue de Paris pour l'y suivre.
Il me paroît que de tous côtés on ne veut pas douter de la paix. Toutes les lettres des particuliers de Hollande et d'ilrecht nous en assurent. Cependant il me paroît que les négociations qu'il faut faire en Espagne pour la succession nous vont jeter dans une lenteur qui m'alarme fort, dans la crainte qu'il ne se passe quehjue chose en Flandres qui devienne un obstacle à cette paix si désirée cl si nécessaire.
Si (luelque malheur nouveau ne change pas le projet du Roi pour cet été, uous nous en retournerons à Versailles deux jours avant l'Ascension; nous y serons jusqu'au lendemain de l'octave du Saint-Sacrement, que nous reviendrons ici pour nous en aller tout droit à Fontainebleau au conuuencement de juillet. Le degré qu'on veut laire à la (chapelle de Versailles nous empêche d'y repasser.
C'est M. du Maine, M. le comte de Toulouse et M. d'Antin qui ont mis Fontainebleau en tête dans l'espérance d'y amuser le Roi. J'ai dit que tous les lieux me sont
* La mort de h Daupliiiie avait été une délivrance pour la duchesse de Dourboii. qui ne se contraignait pas de le laisser paraître. Voir plus haut, pa-e 280, ce qui est dit des motifs de haine de M'-'-^ la Duchesse contre la Dauphine.
50r. LETTRES DE M™« DE MAINTENON.
indifférons et cola est ainsi dans la pnriio supôriouro; mais l'inforiouro aimoroit mieux Saint-Cyr quo do'passcr mes journôos dans un ('al)arol de Fontainohloau *.
M"'*" la maréchale de Noailles (et moi) avons eu un commerce de letlres assez court, mais assez vif ol assez aigre sur un mariage qu'elle voudroit faire et qu'on dit qu'elle ne fera pas. J'envoyai chercher le duc de Guiche pour mettre un homme entre nous, ce qui a fort hion réussi. J'ai meilleure opinion du mariage dont M. Desmaretz m'a parlé ouvertement, en me disant pourtant qu'il n'a pas le courage d'y penser présentement. Il est à hout sur l'argent, et je n'en suis pas surprise.
Pourquoi m'écrivez-vous tous deux en même temps, et pourquoi m'écrivez-vous de votre main? Je vous conjure de ne le plus fîiiro. Je vois que vous avez hi'aucoup dv conunorco dans ce pays-ici, et cependant il vous faut un grand repos. Je voudrois qu'on vous écrivit pour vous amuser et que vous ne ivpondissioz guère. Mon commerce avec M'"'' la princesse dos Ursins conliimo toujours, ^ous n'entrons point dans les grandes affaires; mais elle me fait sentir délicatement qu'elle désire la vie du petit dauphin et qu'elle no comprend point la politique de ceux qui désirent sa mort. D'autres écrivent plus clairement que le roi d'Espagne est fort accoutumé où il est, et qu'il auroit do la i)oine à venir ici. C'est ce que j'ai hion do la peine à comprendre ^
Je vois assez souvent M""' la duchesse d'Orléans : l'amitié qu'elle avoit poui' M'" la Dauphino me la rend
» M™'- de Maiiitcnon n'iniiiait point son apparteniont de Fontainebleau. Cet appartement existe encore et peut paraître cliaimanl; mais elle prétendait v sentir un vent qui lui rappelait relui de la mer. Elle avait une maison en ville (.ù elle se relirait pour trouver plus de calme. Est-ce là ce quelle appelle un cabaret? Ou bien veutcUe dire qu'elle était là comme à laubei-e? On sait que le mot « cabaret » désii^nait, au dix-septième siècle, untî sorte d'aubcr^-e ou l'on donnait à l)oire et à man;,'er.
^ Voir plus bas la ii(»te à la lettre du 17 juillet 171'2.
plus cliéro. Toutes les dames viennent dans ma chamhre pour voir le lîoi, c'est-à-dire dans ce grand cahinet oij je vais assez rarement. M. de Dangeau est tomhé malade à Paris; M'"' de Dangeau et sa très belle fille y sont allées. C'est encore une petite contradiction pour moi et même pour le Uoi, qui est fort accoutumé à elle. M™"' de Caylus se porte hion et a été quitte de la rougeole pour la peur. Vous voyez hion jiar ces détails que ma lettre est poin- M'"'' la duchesse de Xoaillos connue pour vous. M. le maréchal do Montesquiou lait merveille. Vos correspondans vous on rendront un meilleur compte que je ne le pourrois faire. Adieu, mon cher duc,je compte avec une grande confiance sur votre amitié, soyez de mémo sur la mienne ; consolez-vous, laissez-vous conduire à Dieu. Je pleurerai toute ma vie M'»*" la Dauphino; mais j'apprends tous les jours des choses qui me font croire qu'elle m'auroit donné de grands déplaisirs. Dieu l'a prise par miséricorde. Les médecins prétendent quo le Dauphin ne pouvoitpas vivre encore un an, par rapport à sa taille.
On se demande à quelles erreurs ou à quelles finîtes de la duchesse de Bourirogne ces dernières et graves paroles peuvent faire allusion. Duclos, dans i>cs Mémoires, dit qu'on trouva dans les papiers de la jeune princesse des preuves qu'elle trahissait la France par les averlissemenfs qu'elle faisait passer à son père le duc de Savoie. Les archives de Turin renferment un grand nombre de lettres de la duchesse de Bourgogne à di. vers membres de sa famille; un certain nombre sont adressées à son père, et précisément pendant les années de guerre entre la France et la Savoie. Elles ne conlienncnt que la vive expression des regrets de la princesse pour une lutte qui met en opposition ses afiections les plus chères; le ton général ne donne aucune probabilité aux accusations de Duclos, môme en supposant des lettres détruites ou perdues. Au reste Saint- Simon, dans le merveilleux portrait qu'il a tracé de la charmante princesse, ne dit pas un mot de ce bruit, qu'il n'aurait pu ignorer. Toulelois il ne dissimule ni ses erreurs ni ses laiblesses, et c'est lui qui nous fera comprendre le sens du repro-
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che que contiout la Irttre de M""' de Maintenon. La duchesse de Bourgogne était ardente pour tout ce qui concernait la gloire ou l'honneur de son mari : on l'a vu pendant la malheureuse campagne de Flandre de 1708; mais elle ne répondait que IVoidement à la vive passion du jeune prince, et en semblait même quelquel'ois importunée. Elle était donc mal défendue contre cpielque faiblesse. Maulevrier, ce gendre un peu fou du maréchal de Tessé, avait cherché à la compromettre; elle avait paru distinguer le jeune comte de >angis. Toute la cour le vit, dit Saint-Simon, et se tut pour ne point compromettre une princesse qu'on adorait. M""" de Caylus croit seulement « à des regards, à quelques lettres tout au plus .). Rien n'avait été grave sans doute, mais qu'eût été Tavenir? M™"' de Maintenon le redoutait apparemment lorsqu'elle écrivait que « Dieu l'avait prise dans sa miséricorde ».
A M. LE DUC DE .NOAILLKS
MaïuiscrilsDc Moucliy, l. III, p. iw.
A Versailles, ce 9 mai (1711>).
Vous ne trouverez ici que des sujets de peine de quelque côté «(ue vous vous tourniez; et cependant je ne puis m'enipècher de vous désirer souvent. Je suis toujours persuadée que nous aurons la paix; mais nous ne l'aurons pas sitôt, il y a trop d'intérêts à concilier, et les nouvelles d'Espagne soiU un peu longues à venir. Nous en attendons incessamment d'Angleterre qui seront bien importantes. Nous eûmes hier une alarme sur M. le Dauphin; il est bien aujourd'hui; mais sa santé est très foible, et met tout le monde dans une incertitude ((ui augmente toutes les diflicultés. 11 est vrai que l'on a paru fort alarmé du côté du Roussillon. .le ne saurois croire que le Uoi j)uisse douter de votre zèle; je l'en assurerai encore; je suis très chagrine. Je vous end)rasse de tout mon cœur, mon cher du.'.
— JllLI.ET 1712. — 509
A M»^ LA PRINCESSE DES URSINS
Musée hrit. Add. inss., u» 20 020.
Fonlaincbleau, le 17 juillet 1712.
Nous ne recevons plus de nouvelles sur la paix qui ne soient bonnes, et je ne vois plus personne qui ne croie celle de l'Angleterre au premier jour, et la générale dans celle année; mais tout cela va si lentement que les naturels vifs ont quoique chose à souffrir.
On dit que nous saurons demain quelle sera la suspension d'armes; on croit que les troupes à la solde de la reine suivront l'exemple des Anglois; on fait espérer que les llollandois entreront dans une suspension générale : c'est là ce qui seroit bon, et je me sentirois, en ce cas-là, de la patience pendant les négociations d'Utreclit.
Je n'ai pas de peine à croire, madame, que ce que le Roi a déclaré dans son conseil n'ait donné une scène bien héroïque et bien tendre*; notre siècle en fournit qu'on auroit crues trop fabuleuses dans un roman.
Je fus témoin, il y a quelques jours, des adieux de notre Uoi avec S. M. Britannique-. Le Roi lui dit des choses admirables sur l'amitié, sur les services qu'il lui rendroit toutes les fois qu'il pourroit, et finit par une exhortation sur la fidélité à sa religion et sur l'éloignement des nouveautés à laquelle on ne pourroit rien ajouter : un grand Roi est un excellent prédicateur. Le
* D'après Dangeau, on avait appris, le 12 juillet 1712, que « le roi d'Espajîiie avoit déclaré soleiuioileinent à ses ministres et à beaucoup de grands assemblés qu'il avoit renoncé au royaume de France pour nabaudoimer jamais ses lidèles sujets les Espagnols ». Selon la succession régulière, il n'y avait entre lui et le trône de France que le petit dauphin de deux ans qui fut Louis XV.
* L'abandon des Stuarts et la reconnaissance de la reine Aime sur le trône d'Angleterre étaient le prélude des négociations d'Utrccht. Jacques IH (le chevalier de Saint-George) quittait la cour de France et se retirait en Lorraine.
310 LETTUtS DE M- DE MAINTENON.
roi d'Angleterre répondit parfaitement à tous les articles, et recommanda la reine sa mère an Roi d'une manière fort tendre. Ce prince-là est bien sa.ue et plus qne son âge ne le porle. La reine, de son côté, dit tout ce qu'il y avoit à dire sur leur reconnoissance pour le Uoi, et sur sa soumission à la volonté de Dieu. Klle est d'une tristesse à faire j)itié aux gens les plus durs.
Quelle aimable idée voulez-vous me donner, nnulame, en me faisant voir la reine d'Espagne à Marly? Si elle étoit obligée de venir à Barèges, je liasarderois, à mon âge, un voyage jusqu'à liordeaux ; mais que de raisons, madame, et de difficultés se présenleroient pour s'opposer à ce projet : celle de vos deux princes est bien considérable.
Le marécbal de Villeroy est bien conlenM, madame; jugez par là des traitemcns (|u'il reçoit, car vous savez que sa délicatesse n'est pas aisée à satisfaire. 11 y a longtemps que je ne l'ai vu : il n'est pas facile de me joindre; le Roi est souvent chez moi, et j'aime fort à être seule dans les temps dont je puis disposer.
Je ne parle plus de la renonciation, car je ne crois pas qu'il y ait rien de i)lus imprudent que de tenir là-dessus les discours que l'on tient ici; du reste, je pense comme les autres, pour le mcnns, et il n'y a pas deux avis depuis le cabinet jusqu'à la halle-,
Li cour n'est pas encore grosse ici; on y chasse fort, et il y fait le plus beau temps du monde. Je suis partout également à vous, madame, quoique je ne veuille plus rien aimer dans le monde.
» l.c luaiéclial de Villeroy qui, on l'a vu, était dans une deuiidis^'iàce. rentrait tout à l'ait eu laveur; le Roi, au milieu de ses cha^'rius, semblait éi»ronver quelque plaisir à rapprocher de lui un courtisan qu'il avait connu depuis sa jeiuiesse. M"* de Maintcnou avait favorisé ce retour.
' M™« de Maiutenon aurait voulu que le roi d'Espa'rne ne renonçiit pas au trône de France.
A M"- llli rKROU, DAME DE SAINT-LOUIS.
Bibl. nal. Mss. Vv., nouv. acq., n" 1458, p. 1517.
24 juillet 1712.
H se doit passer quel(|ue chose en Flandres dont il ne faut rien dire; mais je vous prie de mettre demain tout le monde en prière, et de ne rien oublier vous-même, ma chère fille, pour obtenir de Dieu une fin heureuse pour cette triste campagne ^
A M"^ LA MAHOllSE DE MLLETTE,
PANS l'aBBAVE de NOTRE-DAME A SENS".
(Fontainebleau 5), ce 7 août 1712.
J'ai bien pensé à vous dans nos heureux succès, madame, persuadée que vous les sentiriez par bien des endroits ^ Vous ne croiriez i)eut-étre pas que je m'en suis trouvée mal par une trop grande dissipation d'esprit. Je m'en remets un peu et je rentre dans de nouvelles inquiétudes sur le siège de Douay, que je crains que le prince Kuiîéne ne veuille secourir. Que votre sainte abbcsse et toute la merveilleuse maison dont vous m'avez fait un si
» M""= de Maiutenon était bien informée; le 24 juillet, le maréchal de Villars forçait les lignes de Denain ; le 50, il prenait Marchiennes, et décidait ainsi d'une campagne qui sauvait la France.
- Lettre imprimée dans M™« de Mainlenon et m famille, par II. Bonhonmie. L'autographe a passé en vente chez M. Étiemie Charavay en 1880.
^ Sur l'autographe, le tindjre de la poste dit « de Fontainebleau ».
* La marquise de Yillette, nièce de M'"^ de Maiutenon, est la même personne qui devint plus tard célèbre quand elle eut épousé lord Bolingbroke. C'est elle qui recueillit la fille de M"" Aïssé et du chevalier d'Aïdy, et la conlia à sa lillc Sophie, abbesse de ^otre-Dalne de Sens.
beau portrait no se lasse donc pas de prier et de demander la paix, car il n'y a qu'elle (jue nous devions désirer. Je n'ai nulle grandeur dans mes sentimens; je ne veux point me venger du prince Kugène ni me ressentir de la hauteur desllollandois. La paix, la paix, voilà tout ce que je désire et qu'il faut que Sophie demande. La duchesse de Noailles a été très malade; mais elle doit arriver ici mardi piochain. On est dans une grande joie à Sainl-Cyr. Je sais la part que vous prenez toujours à cette maison-là, et je suis (rès-persuadée, madame, de l'ami lié que tous avez pour moi, que je mérite par celle que j'ai toujours eue et que j'aurai toute ma vie pour vous.
A M. LE CAUniNAL DE MOAILLES.
lUbliolhèquo Cousin, Mss. M. 1007, n* 3a. Autographe.
A Saiiit-Cyr, ce 9 oclobro (1712).
Je reçois votre grande lettre, monseigneur, et je ne sais comment y répondre. Je m'intéresse assez au snjel pour ne pas demeurer dans le silence, et je ne puis pourtant vous écrire que ce que j'ai eu l'honneur de vous dire cent fois : mon cœur ne peut se résoudre à vous flafter, et mon respect ne me permet pas de m'expliquer sincèrement.
Vous savez, monseigneur, quelle est la religion du Hoi et combien il est éloigné de mettre la main à l'encensoir. Mais, monseigneur, vous pensez tous deux très différemment. Vous traitez l'affaire des Jésuites d'affiiire spirituelle, qui inh'resse voire conscience, et dont il faudra rendre compte. S. M. la regarde comme un procédé particulier, comme une vengeance contre des gens que vous avez cru qui vous offensoient et qui vous ont offensé en effet. C'est le ressentiment de celte vengeance que le Roi
voudroit que vous sacrifiassiez à ce que vous lui devez, et à l'amitié qu'il a toujours eue pour vous; car de dire que les Jésuites sont incapables de confesser, il n'est pas possible, monseigneur, qu'ils soient devenus tels dans un moment.
Il y a un grand nombre d'ennemis des Jésuites; il y a beaucoup de gens malintentionnés qui aiment le bruit et la division. Tous ces gens-là vous applaudissent; mais les bons Chrétiens, amis ou éloignés des Jésuites, vous béniront si vous donnez la paix, si vous ôtez au Roi ce sujet de peine, et si vous faites finir un tel scandale. 11 y a si longtemps qu'il dure qu'on a eu le loisir d'entendre parler là-dessus, et vous savez fort bien, monseigneur, que vous avez trouvé de bons piètres et éclairés qui ne pensent pas comme vous? Si c'est votre seul avis qui vous conduit, ne devez-vous pas vous en défier dans des circonstances telles que celles où vous vous trouvez et avec tant de sujets d'être irrité? Si vous prenez d'autres conseils, examinez, monseigneur, l'intérêt et l'humeur de ceux qui vous les donnent.
Ma franchise, mon attachement pour vous, et l'envie de voir le Uoi hors de peine m'emportent, et me font manquer au respect que je vous dois. Je finis donc en vous assurant des prières que vous m'ordonnez, et que je vais faire avec toute l'ardeur dont je suis capable.
A M"*^ LA PRINCESSE DES UUSINS
Musée Brit. Add. m.is., n* 20920.
Mari y, le 27 février 1713.
Je suis bien aise, madame, que la maladie qui vous empêche de m'écrire plus amplement n'ait pas été plus longue, et qu'on vous ait donné une médecine si à pro-
pos. Jl ost eorlaiii que vous méritez de vivre, et que vous u'èles pas inutile sur la (eire. Je eonipreinls fort l)ieii que vous y f»i'oiidez queUjuefcus : il est impossible de vouloir les choses dans l'ordre sans reprendre ceux qui en sortent. J'ai souvent pris la liberté de gronder la duchesse du Lude, parce qu'elle ne grondoit pas assez' : ce personnage vous doit èli-e plus désagréable qu'à une autre, car il me stMuble que vous êtes naturellement fort douce.
M"^" d'Aumale m'a fait part de la lettre dont vous l'avez honorée, et vous cherche une quenouille. Vous aurez au pied de la lettre tout ce que vous demandez, et rien de plus : je n'irai point me piquer de vous envoyer vingt livres de laine, autant de soie et autant de lin; il ne vous faut que des échanlillons, et vos ouvrages u'iront jamais plus loin.
Les affiiires où vous vous intéressez, le soin d'occuper et de réjouir LL. MM. Cli., l'éducation de deux grands j)rinces, les commerces avec tant de gens qui vous honorent. Talent bien, auprès de Dieu et devant les hommes, le mérite de filer sa quenouille ^
Nous avons vu le caidinal de Polignac, qui, je crois, ne sera pas longtemps ici : il s'en va plus disposé que jamais à se joindre en tout à M. le cardinal de la Trénioille. On paile fort du mariage du comte de lioucy
* I.a ducliesiso du lAide avait été dame d'iioiiiicin* de la ducliosso de Bnui-jio^'iie dés l'arrivée do la princesse en France.
* Ce jïoût de Hier (]ni avait |»ris à M"" des Ursins n etait-il pas un moyen de laire sa cour à M"'" de Maintenon? Celle-ci n'en était pas dupe: dans une lettre précédente, du 'il) janvier, elle écrivait : « Me voici au bel endroit de votre lettre, qui est de Hier. Je vous avoue que je ne satn-ois vous repi'ésenler à mon imajj:ination une (pienouille au côté ; vous avez toutes les p-àces, excepté celle de l'ouvraice, (pie je n'a.commodc pas trop avec la dignité qui est dans votre i»ersonne. Contentez-vous donc, madauje, de vous occuper du roi et de la reine et de leurs aimables enlans : leurs alîaires, leur santé, leurs plaisirs, les dames du palais, les cérémonies, la musique, tout cela, ce me semble, fournit de quoi passer la journée. »
— FKVUIEU 1715. —
avec M"'' de Monaco, et de celui du fds de M. le inaréchal de Tallard avec une troisième fdle de M. le prince de Rohan. Il en a trois; rainée est un peu boiteuse, la seconde très-bien faite, mais voulant absolument être reli«'ieuse; la troisième étoit fort jolie dans son enfance. Elles ont toutes ces belles couleurs de M'"'' de Soubise.
Je connois, madame, le soulagement qu'on, trouve à mettre un corps*; mais il n'en faut plus parler en France : une belle et grande princesse les a détruits sans ressource; elle n'a pu se gâter la taille, mais elle a gâté celle des autres, et nous ne voyons plus (pie de grosses femmes courtes.
Le roi d'Angleterre, en sortant de France, a écrit au Roi la i»lus belle lettre du monde : jamais on n'a mieux mêlé les termes de respect, de reconnoissance et de soumission avec la dignité d'un grand roi. Je ne sais que son rétablissement qui me pût donner envie de vivre jusque-là.
M. le Dauphin vint ici il y a deux jours, ajusté, couvert de pierreries et le plus joli du monde, à ce qu'on m'a dit, car j'étois à Saint-Cyr. M'"« la duchesse du Maine contribue fort aux plaisirs de Paris par les comédies, les bals et les mascarades qu'elle donne ces jours-ci avec une grande magniticence. Les marionnettes représentent le siè*»ede Douav, les fanfaronnades de M. de Yillars, et nonnnentlous nos oflkiers par leurs noms. Tout le monde les veut voir; le maréchal de Yillars lui-même y a été, cidendaot fort bien la raillerie. M'""' la duchesse de Berry les a fait venir à Versailles.
Madame va toujours à son ordinaire; mais je ne saurois croire que ses maux ne soient pas fort considérables.
Je n'ose plus jiarler de la paix : on croit y toucher, et cependant elle s'éloigne. Ou dit que c'est demain que la
* Un corset.
316 LETTRES DE >l«"= DE MAINTENON.
reine Anne doit se dêrlarcr à son pailerneni, et que nous en aurons samedi la nouvelle.
Le Iloi a pris aujourd'hui sa médecine de précaution, il se porte parfaitement bien.
A M'»*' LA PRI.NCESSK DES URSINS
Musée biit. Add. ynss., n* 200iiJO.
Versailles, le 24 avril 1713.
Je vous plains, madame, dans la sincère affection que vous avez pour LL. MM. CC, d'avoir à trouver des gens propres pour bien élever vos princes. Les François sont affectionnés à leur Roi. Ce n'es! point une nouvelle domination; les sujets sont d'une même nation; leurs pères leurs aïeux ont servi les prédécesseurs de nos Rois; il v a beaucoup d'esprit, beaucoup de courage, beaucoup de science; et avec tous ces avantages, madame, j'ai connu plus d'une fois la peine qu'on a eue dans les choix qu'on a faits. Jamais prince n'a eu des intentions plus droiles que le Roi : quand il fallut donner les hommes à feu Monseigneur, il ne consulla aucune de ses inclinations. 11 lui donna M, de Montausier, qui éloit la vertu uiéme, mais d'une humeur si sévère et si âpre, que je crois qu'il intimidoit trop son pupille ; on l'environna dans les places subalternes de tout ce qu'on crut de meilleur*; on évita surtout la flatterie qu'on a pour les princes dès leur berceau; il n'avoit pas un gentilhonune de la manche qui ne lui parlât plus hardiment et plus franchement qu'on n'auroit fait à un bourgeois : mais tout cela peut bien avoir contribué à celte timidité. Vous avez vu le choix qu'on avoit fait de M. de Reauvillier et de M. de Cambray : on ne sauroit le trouver mauvais quand on a vu de près
» Il est singulier que M- de Mainlenon ne nomme i.oint Bosquet parmi ceux des places « subalternes v.
— AVIUL 1713. — 517
M. le duc de Bourgogne, et qu'on voit présentement S. M. C. Il me semble que, de la manière dont votre cour est tournée, on pourroit ne pas tant séparer les enfans qu'on l'a toujours fait dans cette cour-ci, et ne pas tant les abandonner à leur gouverneur. Votre roi, votre reine, et vous, madame, ne seriez-vous pas de bons gouverneurs et gouvernantes, en autorisant cependant le gouverneur nommé et le précepteur? J'ai connu, dans ma jeunesse, un homme de beaucoup desprit qui prélendoit que les honnues devroient élever les filles, et les fenniies prendre soin de l'éducation des hommes. Cette maxime pourroit élre trop poussée ; mais elle n'est pas sans raison. Il n'y a point de femmes si sévères par rapport à la coquetterie (pie le sont les honnues: ils veulent qu'elles soient modestes, précieuses et retirées. Il n'y a point de femmes (pii laissassent à un jeune homme les grossièretés et les (lésagrémens que les hommes comptent presque pour lien, et qui font pourtant plaire ou déplaire. Je voudrois donc un seigneur espagnol, brave homme de guerre, plein d'honneur et de probité ; un i)récepteur non pédani, et l'esprit orné de tout ce qu'il y a de plus agréable. L'exemple du roi, les agrémens de la reine, la politesse et la droiture de la camarera mayor feroient le reste. Voilà, ce me semble, madame, un assez beau projet.
Il y a dans votre lettre un mot qui me fait voir que je pense comme vous sur les enfans quand vous diles qu'il faut leur parler raisonnablement; j'en ai deux cent cinquante que je fais élever sur ce principe, dont je me trouve fort bien.
Vous avez raison, madame, de croire qu'il y a plaisir à entendre parler le Roi du i)eu de cas qu'on faisoil de lui dans sa jeunesse; comme il s'est bien tiré de cet étatlà, il en discourt présentement fort à son aise*.
' Dans un enJretieu à Saint Cyr, M""* de Mainlenon disait : « Le Uoi me surprend toujours quand il nie parle de son éducation. Ses
o18 LETTRES DE M"- DE MALNTENON.
M. le duc d'Alenron* est délogé de mon voisinnge, ce qui ne m'a pns surprise; mais je suis bien fâchée qu'il ne soit pas venu à terme, car je souhaite fort que M. le duc de lîerry ait des enfans. M""** la duchesse de Berry releva hier en parfaite santé; M. son mari n'est pas de même. Nous avions cru que l'émélique le guériroit; mais son visage ni son appétit ne reviennent. C'est ce qui a rompu le voyage de liambouilh't, où l'on devoit beaucoup chasser, et nous irons passer le mois de mai à Mai'ly, où la cour sera bien grosse. On conunenco à la faire à M*"" la duchesse de Berry; il paroît qu'on en est un peu plus content; au moins y a-t-il des gens qui la prônent. Kl le paroilia plus l'été que l'hiver : elle aime les chasses et la promenade, et ne peut souffrir ni le bal ni le jeu.
Quoiqu'on nous assure que l'empereur signera à son tour, je n'aime point à entendre encore pailerde gueri'c: tout se [Mépareici pour la campagne d'Allemagne, quoique tout le monde soit persuadé qu'elle ne se fera point.
La duchesse de Noailles est accouchée d'un garçon. Votre amie, M'"*' la maréchale, en est transportée de joie, et vous aurez bientôt Clément : il doit pourtant passer en Provence. Tout ce que vous aimez le mieux ici, madame,
{ïoiivcrnanîes jouoicnl tout le jour et le laissoient eiitiv les nuiiiis de leurs leiiimes de cliaiiilue sans se nieflre en i)eine du jeune roi, car v(»us savez qu'il a réjîiié à trois ans ef demi. Il manpeoit tout ce qu'il attrapoit, sans qu'on lit attention à ce (|iii pouvoit rire contraire à sa santé. C'est ce qui la accoutumé à tant de dureté pour lui même. Si on fricassoit une omelette, il en attrapoit toujours quelque pièce, que Monsieur et lui alloieut maiifrer dans quelque coin.... Sa compii-^iiie ordinaire éloit une potite lille delà femme de chambre des remm«'s de chambre de la reine; il l'appeloit la leine Marie, parce qu'ils jouoient ensend»le ce qu'on appelle à la madame: il lui re.«ioit toujours faire le personna^'e de reine, lui servoit de page ou de valet de pied, lui i)ortoit la queue, etc.. » (Manuscrits «le Versailles, Lettres édifiantes, t. V, p. 11.)
' Fils du duc de Derry ; il mourut quelques jours après sa naissance (20 mars- 10 avril).
— AVnîL 1717.. — 519
est en b^nne santé; conservez bien la vôtre, puisqu'elle
est utile à de si grandes choses.
A M'" LA PRINCESSE DES lUSINS.
Musoe brit. Add. mas., \\° -20 0.10.
Le ^9 avril 1715.
Votre Style est admirable en toute façon, madame; il a toute la liberté qu'il faut pour plaire, .le ne me suis pas encore aperçue que vous m'ayez manqué de respect, mais j'y regarderai de plus prés à l'avenir; car je sais toutes ies raisons que j'ai d'en exiger de vous. (Juant à la contrainte, je suis persuadée que vous en avez beaucoup avec moi, et que nos conversations ne seroient pas si mesurées (juc nos lettres'. Il y a beaucoup de gens qui gagnent à notre séparation, et il y en a peut-êtiT qui ne seroient pas trop aises de nous voir réunies; mais, comme vous dites, madame, il n'y a point de remède à ce qui nous déplaît, que celui que vous voulez lu'interdire : je n'ai jamais été fort attachée à la vie, et je vous avoue que je le suis moins que jamais. Ne croyez pas, madame, (pie je sois la seule qui conserve un fond de chagrin depuis nos malheurs : il n'y en a que trop qui n'en peuvent revenir; vous uie parlez sur le mien avec une bonté et une amitié qui me consoleroienl, si j'en pouvois jouir.
Je comprends bien, madame, que M-"" la duchesse d'Albe aime mieux voir des hommes que des femmes : je serois fort de son goût si je pouvois avoir encore quelque
* Les lettres de M"" des L'rsins, nous l'avons dit, manquent dans le recueil de Bossange du 50 novembre 1711 au 20 juin 1714. Le iii.niuscrit de Stockholm en donne cpielques-uncs dans cet intervalle, adressées à la maréchale de Noailles, mais aucune adressée à M"" de Maintenon (Voir Lettres inédites de M""" des Ursins, publiées par A. GelTroy).
société; mais il n'y en a point pour ceux qui font un personnage. Vous souvient-il, madame, que, dans votre grande jeunesse, vous me portiez envie quand des gens sérieux me menoient dans un coin pour me parler de leurs affaires? J'en étois Irès-affiigée, et j'aurois mieux aimé rire avec M"*" de Pons* et M"« Martel, que j'entendois se divertir à merveille : les années n'ont point changé mon goût; je n'aime que la société, et je n'en puis plus avoir.
Je serai bien surprise si M""" la duchesse d'Alhe se remarie après l'affliction que nous avons vue; il y en a pourtant beaucoup d'exemples. Le Roi a eu la complaisance de tenir le fils de M. le duc de Noailles; toute la famille se rassembla, et jamais on n'en vit une si nombreuse, ni tant de duchesses, qui bordoient le drap de pied du Roi. Je n'en ai point été témoin : ma vieillesse alla se renfermer dans Saint-Cvr.
M. le maréchal de Villeroy ne jettera point votre quenouille au feu; mais il dit que vous pourriez bien nous donner du fil à retordre : c'est à vous, madame, à lui faire expliquer comment il l'entend.
Vous avez présentement des courriers qui vous auront porté la nouvelle de la paix; mais je viens tout à l'heure <rétre témoin d'un conseil de guerre qui me déplaît fort, et que le Roi a tenu avec M. le marécbal d'Harcourt et le maréchal de Rezons,qui vont commander les deux armées d'Allemagne. Ce reste de guerre afflige le peuple de Paris et moi; car, pour les gens capables, ils prétendent que l'empereur signera la paix dans le mois de mai.
Le Roi a été saigné hier matin, et s'en portoit fort bien hier au soir. J'ai vu M. le Dauphin chez lui : c'est un des aimables enfans qu'on puisse voir, et dont la santé paroit tout à fait rétablie; l'appétit revient à M. le duc de Berry,
• Qui devint M"»^ d'Heiulicomf.
MAI 17i3. —
ce qui fait espérer qu'il va revenir dans son naturel; on dit pourtant qu'il est encore fort changé. Le maréchal de Villars a une assez violente fièvre tierce, qui résiste au quinquina.