‹ Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentique [microform]: choix de ses lettres et entretiensChapitre 78 sur 98 · FY · texte numérisé non relu

FY

aux enfans de ces pauvretés qu'il faut qu'elles oublient ; il ne leur faut donner que ce qui leur sera toujours bon, religion, raison, vérité.

Comme vous gardez peu vos pensionnaires, vous devez vous borner au catécbisme, lire et écrire. C'est perdre votre temps et le leur de leur apprendre des vers et des Conversations^ Si elles s'en plaignent ou leurs parens, répondez qu'on ne vous les laisse pas assez longtemps.

Mais il est certain que ce n'est pas là l'essentiel de l'éducation de Saint-Cyr, et que vous devez vous contenter d'apprendre vous-même les instructions qui sont dans les Conversations pour vous en servir dans vos instructions. Vous passerez bien du temps à leur apprendre par cœur, comme à des perroquets, ce qu'elles n'entendront jamais. Tout cela est bon à Saint-Cyr, où la plupart demeurent treize ans.

Vous ne pouvez êtr(î aussi désintéressée qu'à Saint-Cyr; mais il faut pourtant l'être dans ce qui est essentiel pour vos pensionnaires; nourrissez-les frugalement, babillez-les de toile tout l'été, mais brûlez de la cliandelle l'biver pour qu'elles soient vues jour et nuit. Sacrifiez deux ou trois cents livres de plus pour avoir un bon confesseur. Bâtissez pour contenir beaucoup de filles, mais non pas pour qu'on parle jamais de vous à Bisy. Ayez peu de professes de cbœur et de converses, mais le plus de pensionnaires que vous pourrez : c'est où vous ferez le plus de bien. Donnez-leur peu de livres, mais qu'on leur explique ce qu'elles lisent : l'Évangile, saint Paul, saint François de Sales, etc.

* Ce que M"" de Mainlenon appelle Conversations n'est autre chose que de petits dialogues moraux qu'elle faisait apprendre par cœur, réciter et commenter. On a beaucoup de ces pièces composées par elle.

A )!■"« LA PRINCESSE DES URSINS

Jfusée brit. Add. mss., n" 20 920.

(Marly), le 31 mai 1713.

Je vous assure, madame, que j'ai été fort aise de la naissance de M. le comte d'Ayen, et qu'il s'en faut bien que je sois aussi méchante parente que vous le croyez. M"^" la maréchale^ a été ravie; je crois sa dévotion très-sincère : quand on a vécu avec honneur, qu'on ne s'est occupé que de sa famille, il n'y a pas un grand chemin à faire pour aller à Dieu, et il suffit de le mettre à la place des motifs qui nous faisoient agir. Elle est plus gaie que jamais; mais on s'aperçoit pourtant bien que ses discours sur le prochain sont plus mesurés.

M. et M'"'^ la duchesse de Berry m'ont fiiit l'honneur de venir chez moi séparément. Le prince m'a paru tout à fait dans son naturel ; il est maigri, et n'en est que mieux ; M'"« la duchesse de Beri7 est un peu crue, fort grossie, un peu pâlie, de bonne mine, et toute propre à paroître belle au peuple. Elle me tint de ti^ès-beaux et de trèsbons discours, et elle a tout l'esprit imaginable; elle

s'exprime en Mortemart.

Je comprends, madame, la joie que vous avez eue du courrier de Savoie: c'est un grand plaisir de voir la reine en état de jouir du commerce de la meilleure mère du monde, et qui ne peut sans un grand mérite avoir commencé les deux éducations que nous avons vues.

Il est vrai, madame, qu'on n'a pas besoin de livres pour faire des méditations, et que tout ce que nous voyons tous les jours nous en fournit de grands sujets. Celui que vous marquez du duc de Médina-Cœli est bien touchant; mais nous en avons vu de terribles dans des personnes qui étoient l'inuocence même.

* La maréchale de Noailles. Voir Saint-Simon, VI, 107.

Toutes les fois que vous voudrez me donner des louanges sur ma capacité sur l'éducation des enfans, je les avalerai à longs traits; car je suis véritablement persuadée que j'en sais beaucoup là-dessus. Je vous trouve bien moins embarrassée que nous sur un gouverneur, par la sorte de vie que vous faites. Le roi, la reine et vous, madame, devez foire plus de la moitié de son ouvrage; car je m'imagine que vous n'abandonnerez pas vos princes entre les mains des gouverneurs sans les voir qu'un quart d'heure par semaine en cérémonie.

Nous avons un dauphin bien précieux, et je ne sais si, dans les conjonctures présentes, il faudra attendre qu'il ait sept ans pour lui donner les honunes. On n'a point porté le deuil de M. le duc d'Alencon.

Ce seroit une grande tentation pour moi, madame, que cette conversation que vous me faites l'honneur de désirer ; je ne serois pas si mesurée que M'"'^ la maréchale de Noailles, et le prochain auroit un peu à souffrir : on ne sauroit ouvrir son cœur sans tomber sur lui.

On publie demain la paix à Paris : il y a des dames de Marlv qui y vont ; le feu de joie sera jeudi, et le Te Deum. Avec tout cela, madame, l'empereur nous déclare la guerre, nous voyons partir tous les officiers, au grand repret de la pauvre duchesse de Guiche, qui avoit bien compté de passer l'été avec son mari. Vous ne doutez pas, madame, que je ne sois plus sensible à cette dernière nouvelle qu'à toutes les autres.

Je ne me lasse point de vous dire que la santé du Roi est à souhait; cependant je ne vous en parlerai plus, pour ne pas répéter la même chose, à moins que je n'eusse quelque raison particulière.

La belle M™^' de Courcillon, après sept ou huit mois d'une

langueur qui faisoit tout craindre pour elle, se trouve

enfin grosse, au grand contentement de toute sa famille.

Il est vrai, madame, que M™'^ la duchesse de Berry

veut se divertir ; mais elle a encore plus d'envie d'avoir des enfans : je suis persuadée qu'elle ne hasardera rien là-dessus, car elle est capable de suivre un dessein.

Le chevalier de Saint-George est charmé des traitemens qu'il reçoit à la cour de Lorraine : il faudroit encore voir le rétablissement de ce prince, dont la réputation augmente tous les jours ; la reine sa mère est dans la solitude de Ghaillot, sans secours et sans consolations qu'autant qu'il plaît à Dieu de lui en donner. Marly m'éloigne encore d'elle : si la santé où je suis depuis quinze jours continue à Versailles, j'aurai l'honneur de la voir.

M'"^ la duchesse de Tallard est déjà grosse ; elle n'a que quatorze ans. Je suis à vous, madame, au delà de toutes mes expressions.

A M" 1)K FOMALNES, DAME DE SAINT-LOIIS,

Page 1